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lundi 1 mai 2017

La perle du mois – version Kiwie!


Comme tu l'as vu, avec mes copains du boulot, on rigole bien.

On rigole tellement que j'ai récolté assez de citations rigolotes pour te faire une perle du mois spéciale Kiwie!

Alors c'est comme une perle du mois normale (sauf que toutes les citations sont en anglais dans le texte, parce que c'est moins rigolo si c'est traduit). Si tu es Anglais LV1, tu peux voter pour ta perle préférée dans les commentaires, et le vainqueur gagnera rien du tout et sera probablement un peu déconcerté de se voir plébisciter par plein de francophones inconnus des Internets.

On commence avec la première partie, que j'intitule "le marketing, un si beau métier":

1. Amber *to computer*: Why can’t you be normal?
Charlotte: You sound just like my mother.

2. Amber: “Don’t forget to nominate your colleagues” WELL FUCK THEM!

3. Charlotte: There are no photos of the steam oven FUCK ALL THE STEAM OVENS!

4. Emma: I don’t like the ad with the Union Jack because I don’t find England premium.

5. Amber: Why are you talking to yourself?
Charlotte: I do what I want.

6. Charlotte: I just want to eat fudge and die.

7. Charlotte: Have you tried Ctrl + Alt + Del?
Amber: Have you tried shutting up?


Et puis quelques jolies perles:

8. Amber: Amy, did you cave? You cave woman!

9. Charlotte: Opinions are like assholes: we all have them, but we don’t share them.

10. Emma: Until recently I hadn’t eaten feijoa…only in vodka.

(Les feijoa, pour ceux qui ne connaissent pas.)

11. Amber: Amy can't talk right now, she's got Toffee Pop mouth.

(Les Toffee Pop, pour ceux qui ne connaissent pas.)

12. Emma: Max Key is such a noodle douche.

(Max Key, pour les chanceux qui ne le connaissent pas.)


Et on finit avec les travaux de groupe:

13. Amber: Do you have any big plans this weekend?
Charlotte: No, but maybe the neighbour’s cat will visit again… that was a fun day.

14. Charlotte: My rangehood has 2 modes: “sucks a little” and “sucks almost nothing but makes a lot of noise”
Amber: That sounds like me as a wife.

15. Charlotte: You know how when you poop and you have your period at the same time, you wipe and you wipe and after some time you can’t tell where the poop ends and the blood begins?
Amber: Yes
Amy: Absolutely
Dylan: OH MY GOD WHAT

16. Amber: Stay for drinks!
Emma: I can’t, I have to go home to my chicks.
Amber: What about us? We’re your chicks too!

17. Dylan: There’s this theory that your earlobes align with your nipples.
Amber: Anything aligns with your nipples if they’re big enough!

18. Amber: I’ll tie you up and force-feed you chicken nuggets!
Amy: Sounds like a Friday night to me!

19. Amber: Charlotte, I want to eat you. But not in a gross, lesbian way.
Charlotte: So just in a cute, cannibal way?

20. Charlotte: My calves are so big I can't fit into any boot.
Dylan: I bet I could fit you in my boot!

(En néo-zélandais, "boot" = 'botte' mais aussi 'coffre de voiture'.)

21. Amber: My shirt sleeves are off…Charlotte, can you tie me up?
Charlotte: Yes, but you have to call me Daddy.

Et on finit sur une très jolie participation d'Amy, via texto:


Bon vote à toutes et à tous!

samedi 15 avril 2017

Une vraie, une dure, une tatouée (bis)


Et donc je me suis fait faire un tatouage.


J'en avais déjà fait un pour mes 20 ans, en 2008 donc (bouhou je suis si vieille) – un petit phénix sur l'épaule gauche. Et je l'adore toujours malgré le temps qui l'a délavé, et malgré le fait que PAS UNE SEULE PERSONNE EN NEUF ANS n'a réussi à comprendre ce que c'était:

- Oh c'est joli ce tatouage! C'est une...grenouille?

- Mais non Sylvie, tu vois bien que c'est un lézard!
- Ah? Moi je croyais que c'était une tortue.
- Peut-être une salamandre?




(Franchement, presque.)

Et depuis pas mal de temps, je voulais me faire un deuxième tatouage (et, si possible, moins cryptique). J'avais comme projet de me faire un tatouage à thème "Nouvelle-Zélande", comme en plus c'est le pays du moko, mais je l’avais repoussé maintes fois, d’abord faute d’argent, et ensuite parce que mon corps a décidé que ce serait fun de me faire cosplayer Michael Jackson (comme si j’étais pas déjà assez blanche comme un cul) et donc je me suis mise à faire du vitiligo dans tous les sens.

(Pour rappel, le vitiligo, c’est quand des morceaux de ta peau perdent leur mélanine – en gros, t’as des taches albinos qui apparaissent un peu à la n’imp nawak sur ton corps.)

Et le vitiligo, c’est pas dangereux ni douloureux, c’est juste pas gégé niveau esthétique. Parce qu’on n’a pas tous des taches symétriques qui ont l’air hyper classe :



(On n’est pas tous non plus des mannequins ultra bonnasses, mais c’est une autre histoire.)

Apres, j’habite dans le pays du non-jugement depuis quelques années, donc ça fait longtemps que j’ai fini de m’en battre les couilles de mon apparence (cf. mes excursions au supermarché en short-pyjama, tongs et pull troué) (et encore, j’ai pas osé les pieds nus). Mais le dermato m’avait déconseillé les tatouages, rapport au fait que le vitiligo kiffe se fixer sur le tissu cicatriciel – tissu qui se créé quand on se blesse...ou qu’on se fait faire un tatouage.

Du coup, pendant deux ans, j’ai fait super attention à ma peau. J’évitais le soleil, je couvrais la moindre croûte de pommade cicatrisante, et j’avais laissé tomber l’idée du tatouage.

Sauf qu’entre-temps, j’ai quand même eu du vitiligo qui m’a poussé sur le corps comme des champignons albinos (en mode une égratignure = une tache) alors au bout d’un moment j’ai dit fuck it.

Et comme en plus on avait décidé de rentrer en France et que je voulais un souvenir de mon pays d’accueil, j’ai mis les hésitations au placard, et j’ai googlé « Bon studio de tatouage à Auckland, genre pas ceux qui t'inoculent la rage merci ».

Et c’est comme ça que je suis arrivée sur le site de Sunset Tattoo, et que je suis tombée amoureuse des designs de Tristan Marler.






(J’veux dire, voilà quoi.)

J’avais déjà une vague idée de design, qui était de me faire tatouer un kauri, parce que c’est mon arbre préféré en Nouvelle-Zélande et dans mon top 5 de mes arbres préférés au monde.

Anecdote : quand j’ai parlé de mon idée à mes amis néo-zélandais, tout le monde m’a fait la remarque :

- Mais QUI a des arbres préférés ?


Et j’ai envie de répondre : qui n’a PAS d’arbres préférés ?


Moi j’ai un classement top 10 de toutes les choses au monde que j’aime, et ça inclut les saveurs de chips, les accents de la langue anglaise, les chansons de Pink Floyd, les sauces pour pâtes, les groupes de power metal, les épisodes de Game of Thrones, ET LES ARBRES.


(Pour les curieux, la liste complète est 1. Saule pleureur, 2. Marronnier, 3. Bouleau, 4. Sapin, 5. Kauri, 6. Peuplier, 7. Frêne, 8. Pohutukawa, 9. Platane et 10. Hêtre.)

Bref bref.

Du coup, je suis allée voir Tristan pour une consultation, qui s’est passée à peu près comme ça :

- Alors, qu’est-ce que tu voudrais comme tatouage ?

- Je voudrais un kauri.
- Non. Autre chose ?



J’étais un poil déçue, mais ensuite le mec m’a expliqué que les arbres c’était pas un design recommandé, puisque de 1. Il fallait les faire très grands pour que ça rende bien au niveau des détails, et que de 2. Même grands, au bout de quelques années, les contours des branches/feuilles allaient s’estomper et se rentrer dedans, et ça deviendrait flou et moche.

Du coup, comme j'avais quand même envie d'un tatouage qui resterait joli plus de deux ans (d'autant que je prévoyais de le faire sur le bras, qui est quand même une partie du corps plutôt visible) j'ai décidé de faire plus large dans l'idée "souvenir de Nouvelle-Zélande" et de me faire tatouer un paysage néo-zélandais.

J'ai donc dit à Tristan:

- Alors il faut qu'il y ait au minimum un volcan et une cascade.

- Pas de soucis.
- Et aussi le bush, et un lac.
- Heu...
- Oh! Et un long nuage blanc. 
- Oookay.
- Mais je veux pas que ça soit trop grand, hein.

Et tu sais quoi? Il l'a fait.


Je suis retournée au studio deux semaines plus tard, et il avait un design tout prêt avec exactement ce que j'avais demandé, et même un peu plus ("j'ai rajouté des roches volcaniques, c'était classe").

Par contre, le design initial était un peu grand (du coude à l'épaule) et j'avoue que ça avait l'air super badass mais j'étais pas prête émotionnellement à devenir une nana qui a un-demi bras tatoué. Dans ma tête, ça impliquait trop de jeans troués et de bottes de motard pour avoir l'air raccord, et même si c'est un look que j'adore, dans la vraie vie de tous les jours j'ai un travail où le code vestimentaire est plutôt genre "jupe tailleur et petits souliers vernis", c'est pas le même délire, on en conviendra.

Du coup, on a raccourci un peu le truc, et on l'a fait partir d'un chouïa plus bas, histoire de couvrir la tache de vitiligo sur mon coude.



(Puisque, comme je savais toujours pas si le tatouage n'allait pas créer PLUS de vitiligo, je me suis dit "autant commencer par un endroit déjà affecté".)

C'est donc le coeur plein d'entrain et l'estomac plein de pancakes que je me suis rendue au studio de bon matin (10h) (ben oui mais le week-end c'est de bon matin je trouve) le premier avril.

(La date aura son importance dans l'histoire plus tard.)

Je suis arrivée et j'avais même pas eu le temps de dire bonjour qu'on m'avait déjà chopé le bras et rasée sur toute la longueur.


(MAIS?)

Enfin je sais qu'il y a des petits poils, mais si on m'avait prévenu à l'avance, je les aurai épilés!

(Maintenant ça va repousser tout dru et j'aurai des poils de barbe sur le bras, PAS MERCI.)

Et puis Tristan m'a collé le pochoir sur le bras, je suis allée l'admirer dans le miroir pour valider l'emplacement, et puis il m'a dit "installe-toi confortablement", il m'a fait une clé de bras, et il m'a charcutée sans un mot pendant trois heures.

(Je me rappelle avoir pensé au bout d'une heure que c'était quand même bien dommage d'avoir oublié de prendre mon walkman.)

Je m'attendais à souffrir sérieusement, mais au final, c'est de l'ennui que j'ai surtout souffert – ma position (allongée sur le ventre avec le bras retourné le long du corps) rendait la chose plus inconfortable que douloureuse.

Bref, ça faisait deux heures que j'étais sur le billard, et j'étais en train de me dire que woh, eh, Charlotte, franchement tu gères ça comme un guerrier barbare, même pas mal ni rien, du sang de Viking coule dans tes veines ma championne.


Et là, on est passés sur le coude.




Je dois avouer que j'ai quand même un peu morflé la dernière heure – pas de la douleur insoutenable, mais Tristan devait quand même me plaquer le bras le long du corps pour pas que je tressaille. 

(En gros, c'était pas de la douleur à crier ta mère, mais c'était de la douleur à gémir très doucement "Pourquoiiiii? Pourquoi tant de cruautééééé?")

Au bout de trois heures, j'ai enfin eu le droit de me dégager de la clé de bras, de m'asseoir et de boire un verre d'eau, puis d'aller admirer très vite le résultat final avant que Tristan ne m'enroule le bras dans du cellophane.

Le résultat final était un peu rouge (et un peu saignant vers le coude, qui avait pas mal morflé) mais tout de même MAGNIFAÎQUE:


(Vise un peu!)

J'avais dit à personne dans ma famille que j'allais me faire faire un tatouage, vu qu'ils sont plutôt hostiles à ce genre de trucs (surtout quand c'est sur une partie du corps exposée aux regards) et que j'avais surtout pas envie de me taper le laïus que je sentais venir du côté maternel:

- Mais Charlotte, pense au vitiligo, bla bla bla complètement inconsciente, bla bla bla et pour trouver un travail respectable, bla bla bla et tu sais j'ai lu qu'on peut attraper le sida, etc.


Donc, comme ils étaient tous à l'autre bout du monde, je me suis dit que je les mettrai juste devant le fait accompli, comme ça ce sera trop tard pour dire que c'était une mauvaise idée.

Là où j'ai beaucoup rigolé, c'est que, comme je te l'ai dit plus haut, je me suis fait faire le tatouage le premier avril – détail qui m'avait échappé sur le coup, mais qui a donné sans que je le veuille le meilleur poisson d'avril que j'aie jamais fait:

- Alors quoi de neuf chez vous?

- Eh bien en fait, aujourd'hui, je suis allée me faire tatouer!
- Ha ha! Poisson d'avril!
- Hein? Non non, sérieusement.
- Elle est bien bonne celle-là!
- Non, mais regarde, je te montre à la webcam.
- Dis donc, c'est bien fait, on dirait presque un vrai!

Les têtes de ma famille au moment où ils ont réalisé que c'était pas une blague, c'était magique.




(Un peu comme ça.)

Ce qui était moins magique, c'était la réaction de ma mère:

- Bon maman, je sais que tu n'approuves pas, mais je me suis fait faire un tatouage...

- Non! Charlotte! Mais le vitiligo....
- Mais ça va, maman, ça fait une semaine et il n'y a aucune trace....
- Mais le dermato avait bien dit que c'était une mauvaise idée! C'est complètement inconscient! Et sur le bras en plus! Comment tu vas faire pour trouver un travail respectable?
- Eh ben je mettrai un pull, écoute maintenant c'est fait...
- Tu sais que j'ai lu qu'on pouvait attraper l'hépatite B dans les salons de tatouage?

(Bon, mes prédictions étaient justes à 90%.)

Et, si l'enthousiasme de ma famille était, disons, plutôt tiède, mes amis et mes collègues de bureau ont bien rattrapé le coup, à coups de "ouaaah trop canon meuf!" et "j'adore ce design, il est si beau" et "han t'es si courageuse, ça a dû faire tellement mal!"



(Moi arrivant au boulot toute la première semaine.)

Niveau soins post-tatouage, c'était plutôt minimal, j'avais juste une crème cicatrisante à étaler sur la surface de la peau trois fois par jour, et l'interdiction formelle de gratter ou de frotter les croûtes.

Ce qui était plutôt facile les 3-4 premiers jours, sauf qu'ensuite la cicatrisation s'est vraiment mis en marche, et là, CA DÉMANGEAIT, t'imagines même pas.

C'était d'autant plus horrible que:

1. J'ai aucun self-control et je me gratte toujours comme un chien avec ses puces (croûtes, piqûres de moustiques, je les gratte systématiquement jusqu'au sang)

2. Le tatouage est sur mon bras, AKA l'endroit super facile d'accès pour se gratter.

Vers la fin de la première semaine, ça démangeait tellement, et j'avais tellement peur de gratter le tatouage dans mon sommeil, que, je l'avoue, j'ai dormi quelques nuits avec une chaussette sur la main gauche.


(Glamour total.)

Mais au final, ça valait totalement le coup, puisque de 1. aucune trace de vitiligo (YES) et de 2. mon tatouage est enfin cicatrisé, et il est aussi beau que dans mes rêves:



On a donc, de bas en haut: un lac, une cascade, le bush d'un côté et des roches volcaniques de l'autre, un volcan en haut, et le long nuage blanc pour la symbolique.

(Le nom originel de la Nouvelle-Zélande est Aotearoa, "le pays du long nuage blanc" – ao = nuage, tea = clair et roa = long).

Morale de l'histoire: je suis très contente de mon tatouage, qui a l'air super cool, et ça fait plaisir d'avoir enfin un tatouage où les gens arrivent à dire ce que ça représente – même si, là encore, y'a des accrocs:

- Oh il est joli ton tatouage Charlotte! Ça représente quoi?
- La Nouvelle-Zélande.
- Ah bon? Mais c'est juste un paysage, ça représente rien! 
- ....
- Non, si tu voulais vraiment représenter la Nouvelle-Zélande, t'aurais dû faire un kiwi, ou une fougère.

OU J'AURAIS PU FAIRE UN BURGER A L'AVOCAT EN TRAIN DE SE FAIRE SODOMISER PAR UN MOUTON, MAIS EST-CE QUE CA T'AURAIT EMPÊCHÉ D'OUVRIR TA GRANDE GUEULE KAREN?

(Non, je crois pas, non.)


Question de fin d'article (ça m'intéresse): est-ce que tu as des tatouages? Si oui, pourquoi et que représentent-ils?

samedi 7 janvier 2017

L'Instant Kiwi: un long week-end à Queenstown


Et donc on est partis à Queenstown pour les vacances de Noël.

Quand je dis "on", je veux dire moi et Flaxou, mais aussi mon papa et belle-maman, puisque ça fait quatre ans que je vis ici et que c'est seulement maintenant que les gens se décident à venir me rendre visite.

(Il vous a fallu le temps, les gars.)

J'ai voulu profité de cette occasion de montrer mes endroits préférés à ma famille pour en découvrir de nouveaux dans le même temps, et on a donc sauté sur l'occasion de passer quelques jours dans mon endroit préféré de Nouvelle-Zélande : l'Otago.

L'Otago, au cas où vous connaissez pas, je vous décris ça en deux mots: c'est une terre promise de lait et de miel (et vous pouvez me croire parce que je sais toujours proportions garder).

C'est une région au centre de l'Ile du Sud où on trouve tout ce qu'il faut pour être heureux à jamais dans la quiétude des nuits fraîches. La mer, les montagnes, des lacs purs comme des joyaux cachés, des glaciers, des forêts ancestrales, des cascades perdues au fond de vallées secrètes, des moutons (PLEIN de moutons) et du pinot noir (PLEIN de pinot noir).

(Gros gros love sur l'Otago.)

Bon, le seul souci, c'est que quand on est allés faire les touristes en Otago y'a quatre ans, c'était bien tranquille pépère, et là c'était la foire aux bestiaux, on se serait crus au lac d'Annecy un jour de canicule.

(3615 mes vacances de riche.)

En même temps, la moitié des touristes Asiatiques et Américains ont décidé de bouder l'Europe cette année parce qu'ils ont peur des attaques à la bombe (et en même temps, on les comprend), du coup ils se retrouvent tous ici – tous les trois mille bus pleins.

Ce que j'ai d'ailleurs très vite compris après avoir acheté nos billets d'avion pour Queenstown, quand je me suis mise à chercher un endroit où dormir, et que j'ai fait successivement: "Oh zut! Toutes les chambres d'hôtes sont prises. Je vais devoir nous trouver une auberge de jeunesse" "Oh nan! Toutes les auberges de jeunesse sont pleines. Faudra aller au motel." "Quoi? Tous les motels sont pleins? Mais attends tu déconnes on va pas dormir à l'hôtel ça va être super cher!" "PUTAIN MAIS MÊME LES HÔTELS SONT PLEINS MAIS C'EST QUOI CE DÉLIRE?"

Bonus angoisse: ma conversation avec les rares établissements qui n'affichent pas leurs réservations sur Internet:

- Oui bonjour, je voulais savoir si vous aviez de la place pour 4 personnes.
- Pour quelle période?
- Entre Noël et Nouvel An.
- De... de cette année?
- Ben oui.
- HAHAHAHAHAHA
- Je....
- AHAHAHAHAHAHAHAHA
- Du coup ça veut dire non j'imagine, ou...
- AHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA

J'ai finalement réussi à trouver un appartement à louer à Wanaka (à 50km et un col de montage de Queenstown), ce qui au final était pas si mal, puisqu'on était un peu moins pris dans l'agitation du moment.

(Je dis "un peu moins" parce qu'on se retrouvait quand même à vingt mille kékés dans une ville prévue pour huit mille.)

(Autant te dire que les courses de Noël dans l'unique supermarché de la ville, c'était fun.)

(Citation papa: "Ça me rappelle mon premier voyage en RDA.")

Bref bref.

Le but premier de ce voyage dans le Sud, c'était de faire découvrir l'endroit à mon père et ma belle-mère, tout en profitant de l'occasion pour visiter des trucs que Flaxou et moi on n'avait pas eu le temps de voir lors de notre dernier séjour.

Et donc on a suivi un programme "vacances de vieux" qui consistait à se lever à sept heures du mat', faire de la rando, rentrer boire une bière à 17h, manger à 19h30, et s'endormir devant la télé à 21h45.

(C'était curieusement productif.)

(Les vieux ont le secret du rendement optimal.)

On a donc découvert de magnifiques endroits, comme cette super balade aux alentours de Wanaka:





Mais bon, qui dit "endroit touristique" dit bien sûr "main au portefeuille", et les activités gratuites sont rares, cf. notre expérience en voulant faire l'une des plus belles balades de la région:

- Alors le problème, c'est que la route d'accès n'est pas goudronnée, donc on n'a pas le droit d'y aller avec la voiture de loc.
- Ils ont pas des navettes?
- Si, y'a une compagnie qui organise des navettes dans toute la vallée. Je les appelle.

Résumé de ma conversation avec le mec des navettes:

- Bonjour, je voudrais aller de Wanaka à Raspberry Creek.
- Combien de personnes?
- Quatre.
- Parfait, c'est 40 dollars.
- Ah, c'est bien, c'est pas cher.
- Heu... c'est 40 dollars pour un aller simple.
- Ah, okay! Du coup, c'est le prix d'un taxi, quoi.
- Heu... c'est 40 dollars PAR PERSONNE, pour un aller simple.

MAIS WHAT?

LE MEC IL VEUT QU'ON PAYE CENT SOIXANTE DOLLARS (105 €) POUR FAIRE L’ÉQUIVALENT D'UN ALLER-RETOUR ENTRE COLMAR ET MULHOUSE!

(Et je sais ce que tu te dis: oui mais c'est quand même pas pareil, il roule sur des voies non revêtuesCHUT.)

(Les voies non revêtues en Nouvelle-Zélande sont comme toutes les autres routes de Nouvelle-Zélande: PARFAITES.)

(Pas de trous, pas de boue, et suffisamment de place pour faire passer quatre voitures de front.)

(Une Twingo y serait passée sans problèmes.)

Au final, mon père a dit "Oh c'est les vacances, on se fait plaisir, allez on prend le taxi, c'est pour moi!" et ma belle-mère l'a regardé genre:



Mais j'avoue que c'était une balade super cool quand même (malgré le fait que ça montait DE OUF), vu qu'on a eu droit à un pont suspendu, des cascades, et un glacier:







(Bon je trouve le prix du transport quand même abusé, mais ça valait le coup.)

Mais le clou du séjour, le truc pour lequel on était venus spécifiquement à Queenstown, c'était bien sûr Milford Sound.

Milford Sound (en maori Piopiotahi, "le premier piopio") (le piopio était un petit oiseau, aujourd'hui éteint) est décrit comme "la huitième merveille du monde" par les tracts touristiques - ce qui veut tout et rien dire, puisque dès qu'il y a un truc vaguement imposant quelque part, on l'appelle la huitième merveille du monde (cf. l'Empire State Building, l'opéra de Sydney, les statues de l'Ile de Pâques, la montagne Uluru, Stonehenge, Machu Picchu, le Taj Mahal, la Grande Muraille de Chine, Angkor Wat et la Statue de la Liberté, qui se sont aussi tous auto-proclamés Huitième Merveille du Monde).

(Les mecs, va falloir vous entendre, parce que vous pouvez pas tous être huitièmes.)

(Ça contredit un peu l'idée d'un classement.)

Milford Sound est, comme son nom ne l'indique pas du tout, un fjord (le nom "sound" désigne en anglais un bras de mer formé par une rivière, alors qu'un fjord est un bras de mer formé par un glacier) (mais bon à l'époque où les Anglais lui ont donné un nom, ils savaient pas la différence).

Comme tous les fjords, Milford Sound est un écrin de nature spectaculaire, et un super endroit pour admirer la faune locale (otaries, pingouins, dauphins, et même parfois baleines). Mais il est surtout connu pour ses milliers de cascades temporaires qui se forment lorsqu'il pleut – ce qui est quand même relativement souvent, vu que la région de Milford est l'une des plus pluvieuses au monde.

Pour la petite anecdote, il y a en moyenne sept mètres de pluie par an qui tombent à Milford Sound (c'est cinq à six fois plus que Brest), et il pleut en moyenne un jour sur deux.

Alors je vais même pas commencer à imaginer la joie de vivre des gens qui habitent dans le coin, parce qu'on n'était là-bas qu'une-demi journée, et que mes cheveux ressemblaient à ça tout du long:


Enfin, je dis une-demi journée, mais c'était une sacrée longue journée au total, puisque le bus partait de Queenstown à sept heures du matin pour nous redéposer à vingt heures – sachant qu'en plus on logeait à Wanaka, donc ajoute deux heures encore – ah et est-ce que j'ai précisé qu'on a fait tout ça à la Saint-Sylvestre?

(Oui ben sinon c'était complet, donc on prend les dates qu'on nous donne.)

C'est donc frais comme des gardons et munis de nos sandwichs à la confiture qu'on s'est assis dans le bus pour nos cinq heures de route:

- C'est marrant, sur la carte ça avait l'air vachement plus proche!

Bah oui, mais c'est parce que sur la carte, on avait pas fait gaffe qu'il n'y avait pas de route directe :


Donc ouais, tout de suite, ça fait du chiffre.

Mais l'avantage de faire de la route en Nouvelle-Zélande (et a fortiori si c'est pas toi qui conduis), c'est que le paysage est toujours au rendez-vous. Même si, pour le coup, on était moins dans le trip "été alpin" et plus dans le trip "préparez-vous à entrer dans les Monts Brumeux":


(Mais ça a son style aussi.)

En tout cas, y'en avait un qui était ravi:

- Ah il fait tellement brumeux, j'adore! Ça faisait quatre jours qu'on avait du soleil, là, j'étais soûlé.

(Seigneur, j'ai épousé un gothique.)

On a notamment pu goûter aux joies de l'été austral une fois débarqués à Te Anau pour la pause pipi/café:



J'en ai donc profité pour acheter une SUBLIME polaire turquoise (oui ben je prends ce qu'il y a en solde) qui sentait le vieux moisi (ou alors c'était mes cheveux, avec l'humidité, tout ça) mais il faut ce qu'il faut pour se protéger du froid mordant de l'équivalent de fin juin.

Donc, pour ceux qui se demandent: non, je me vois vraiment pas habiter dans ce coin.



(Même si c'est joli à t'en crever un oeil.)

Et ce fut enfin l'arrivée à Milford Sound, charmante bourgade de... rien en fait, personne n'habite ici, ils sont pas fous les gens, y'a le port et un café et c'est marre.

Et après avoir payé encore un rein, c'était enfin l'heure de la croisière dans le fjord!

Parce qu'en fait, le meilleur moyen de voir les cascades et tout ça, c'est de prendre un bateau (on peut faire des randos le long des falaises, mais c'est super escarpé et puis est-ce que j'ai mentionné qu'il pleuvait sa race aussi?)

Pour se prémunir de la pluie, on avait tout prévu tout oublié à Auckland comme des grosses nouilles.

- C'est pas grave Cha, j'emmène toujours un poncho d'urgence dans mon sac.
- Tu veux dire ce sac poubelle?
- Non, c'est un PONCHO D'URGENCE.



(Je vous laisse juges.)

Enfin bon, pour ce qui est des cascades, on n'a pas été déçus, mate un peu.

(Si tu arrives à distinguer quelque chose, RIP la lentille de mon appareil photo qui se couvrait de gouttes de pluie toutes les demi-secondes où l'objectif était à découvert.)

(Et merci à Flaxou pour son coin de T-Shirt qui marchait étonnement bien.)

(C'est aussi mon chiffon à lunettes désormais.)








(Tu vois que je déconnais pas quand je disais que cette polaire était sublime.)

Conclusion: le Sud de l'Ile du Sud c'est super duper, mais c'est super froid, résultat maintenant je dois retourner au travail à Auckland alors qu'il fait 25 degrés, je suis pas prête psychologiquement, je veux juste aller à la plage et boire des mojitos merci.

Je te laisse sur cette photo d'otarie avec un lumbago:


(Ouïe.)

mercredi 23 novembre 2016

La création de l'homme selon les Maoris - une légende WTF


Lors de mon week-end au marae (voir article ci-dessous), j'ai entendu pas mal de légendes maories, donc j'étais aux anges tu t'en doutes.

(Les légendes c'est mon centre d'intérêt principal dans la vie, avec les chips saveur pas chips.)

(Tu savais qu'en Nouvelle-Zélande on avait des chips goût cheeseburger?)

(What a time to be alive.)

Bref.

J'ai entendu pas mal de légendes que je connaissais déjà, comme celles de Maui et de ses exploits, de Rona et de la lune, de Tawhaki et de son séjour au ciel, ou encore celle du kauri et de son écorce.

Mais j'ai aussi et surtout entendu LA LEGENDE LA PLUS OUF DE TOUS LES TEMPS: celle de la création du monde selon les Maoris.

C'est une histoire à la fois super familière et incroyablement originale. Mais je vais te laisser juger par toi-même.

Donc c’est l’histoire du dieu Tāne, qui était, on se rappelle, l’un des enfants de Rangi (le ciel) et Papa (la terre), et qui était la force principale qui les avait séparés, créant ainsi le monde (grosso modo). Tāne régnait sur la terre, et s’était donné la tâche de la peupler. Et pour ce faire, il y va pas par quatre chemins: il nique tout.


(Ah bah oui mais c’est ça la joie des civilisations pré-colonisation.)

(Vis la vie de gens pas encombrés par des siècles de tabous sur le sexe.)

Donc il nique des montagnes et ça fait des arbres, il nique les arbres et ça fait des arbustes, il répand sa semence par terre et ça fait de l’herbe, bref tu vois le topo.

Au bout d’un moment, la terre est peuplée d’une végétation luxuriante, et Tāne commence à en avoir un peu marre de s’accoupler avec des buissons (et on le comprend). Il se rend donc sur une plage située au bout du monde, et commence à modeler une forme dans le sable. Il travaille sa sculpture tant et si bien qu’elle prend forme humaine.

Tāne souffle dans les narines de sa sculpture de sable, et lui insuffle le souffle de la vie. La sculpture se transforme donc en être de chair et d’os : la première femme.

Jusqu’ici, tu remarqueras qu’à part le bout où Tāne copule avec des arbres, on a affaire à un mythe de la création tout ce qu’il y a de plus banal : le coup de modeler un être humain à partir de terre et de lui insuffler la vie, c’est très littéralement un conte vieux comme le monde.

Sauf que dans la plupart des autres mythes de la création, l’entité créatrice fait généralement deux personnes, un homme et une femme, dont découle le reste de l’humanité (ou alors – variante – le dieu créé juste un homme, et c’est ce dernier qui créé la femme).

Mais là, Tāne, rappelle-toi qu’il cherchait pas tant à engendrer une espèce entière qu’à se taper du cuissot, donc un seul garage à bites, ça suffit bien.

Le problème, c’est qu’une fois la nana vivante en face de lui, Tāne ne sait pas trop comment s’y prendre.

(On se souviendra que son expérience sexuelle s’est forgée principalement sur tout ce qui était chlorophylle.)

Du coup, il fait comme tout le monde aurait fait à sa place : il fourre sa bite dans tous les orifices et il regarde où ça rentre.

(Je dirais bien que c’est dégueulasse, mais étant moi-même dépourvue de ce type d’appendices, je m’abstiendrai de commentaires.)

Donc comme Tāne est un être super logique, il commence par les yeux (euh…aie ?)

(Enfin chais pas mec, y’avait quand même des trous un peu plus évidents !)

Il essaye donc tant bien que mal de niquer l’œil de sa nouvelle création, mais, n’y arrivant pas, se retire, laissant un peu de sa semence au coin de l’œil de la jeune femme.


(Petit instant de compassion pour la demoiselle.)

C’est de là, selon la légende, que viennent nos larmes.

Eh ouais ! On pleure tous du sperme divin !


(On en apprend tous les jours.)

Mais la leçon d’anatomie ne s’arrête pas là, puisque Tāne n’est rien si ce n’est persistant.

Il va donc s’introduire méthodiquement dans chaque recoin de décidément l’Eve la plus mal barrée de la création, et y laisser à chaque fois de la semence, qui donnera naissance à un fluide corporel. 

Il lui fourre donc successivement la teub dans la bouche (et ça donne la salive), dans l’oreille (et ça donne la cire d’oreille), sous l’aisselle (et ça donne la sueur), et dans le popo (et ça donne… bon j’te fais pas un dessin).


(Pendant ce temps, la pauvre dame.)

Et donc, après avoir essayé tous les endroits sauf le plus évident, Tāne se dit enfin « Allez hop, si déjà on est là, on tente le vag’ ».


(Pas trop tôt.)

Il s’accouple donc enfin avec l’heureuse élue.

(M’est avis qu’elle était vivante, mais pas super bien finie, la meuf, pour se laisser faire aussi placidement.)

(Genre hep salut ça gaze ma bichette, bon j’te mets ma bite dans l’œil ça te dérange pas hein ?)

(Et même pas un restau d’abord, franchement.)

Alors la morale de cette belle légende, outre que ça doit être super rigolo de la raconter aux petits enfants, c’est quoi ?

Bon d’abord, je pense que c’est important qu’on retienne bien qu’on est tous des sacs à foutre divin.

(RIP à tous les prêtres catholiques qui sont entrés en combustion spontanée alors même que cette phrase était formulée.)

Mais si l’on passe outre le côté xptdr de l’affaire, y’a quand même une chose extraordinairement positive à cette légende : c’est que, contrairement à d’autres cultures qui imaginent l’homme comme créé à l’image divine, les Maoris, eux, nous expliquent qu’on est littéralement les DESCENDANTS d’un dieu !

Et c’est une petite nuance, mais pas si petite que ça.

Parce que déjà, c’est plutôt cool de se dire qu’on est tous un peu des dieux (les plus mégalomanes d’entre nous l’ont déjà compris) mais aussi, je trouve que ça véhicule un joli message.

(Pas celui du garage a bites, hein.)

Parce qu’au final, ce mythe nous dit qu’on est tous des descendants divins, mais pas seulement nous : les montagnes, les forêts, les oiseaux, les arbres, ce sont tous des descendants de Tāne aussi – et, qui plus est, ils sont arrivés avant nous, et on leur doit donc le respect qu’on accorde aux tuākana (grands frères/grandes sœurs).

Et oui, je sais, c’est incroyablement hippie de dire qu’on est tous les frères et sœurs de Gaïa, mais voilà, moi je trouve ça beau.

(Vis ma vie élevée par des gauchistes dans la montagne.)

Sur ce, je vais me coucher avec ces belles images dans la tête (tous ces sacrifices que je fais pour toi lecteur), et je te dis à bientôt pour de nouvelles aventures!

(Et de nouvelles légendes j'espère.)

vendredi 18 novembre 2016

L'Instant Kiwi: un week-end au marae


Comme tu sais déjà (parce que je te bassine avec depuis des mois) je prends des cours de Te Reo Maori.

Et dans le cadre de mes cours, je suis allée passer un week-end au marae. 

Et comme c'est un truc pas banal, je me suis dit que je te raconterais un peu comment ça se passe.

Alors d'abord, les basiques:

Qu'est-ce que c'est qu'un marae?


Expliqué très simplement, un marae, c'est un lieu de rassemblement communal. Pour les Maoris, c'est un endroit qui a une importance capitale, parce que c'est l'endroit où vit la culture de la tribu: on s'y rencontre pour des négociations, on y accueille les visiteurs, on y célèbre les mariages, les naissances, et les décès.

Les marae étaient communs autrefois dans toute la Polynésie, mais aujourd'hui, ils subsistent principalement en Nouvelle-Zélande. Et, contrairement à d'autres pratiques culturelles qui sont mortes avec l'arrivée des colons, le marae reste aujourd'hui une part importante de la vie de tous les Maoris – même ceux qui ne s'impliquent pas activement dans la célébration de la culture maorie y sont allés au moins deux-trois fois dans leur vie, et connaissent les us et coutumes à observer sur place.

(Un peu comme nous en France avec l'église.)

(Moi je suis une athée élevée par des bobos, mais je sais quand même faire le signe de croix et réciter "Notre Père" et "Je vous salue Marie" – c'est un peu le minimum syndical.)

En Nouvelle-Zélande, on trouve en général un marae par village, et plusieurs dans les grandes villes. En général, chaque marae est consacré à un hapū (clan) : la tribu locale est le bénéficiaire légal du marae, et a la charge de son entretien.

Le marae est en général séparé du reste du village/de la ville par une enceinte en bois, parce que c'est un lieu sacré (tapu): on n'y entre donc pas comme dans un moulin, et il y a une multitude de règles à suivre une fois à l'intérieur.

Le marae, à quoi ça ressemble?




Le marae est peu ou prou toujours composé des mêmes bâtiments:

- Le wharenui (littéralement "maison-grande"), la maison de rassemblement, où l'on discute et où l'on dort;
- Le wharekai (littéralement "maison-manger"), le réfectoire;
- Le wharepaku (littéralement "maison-petite"), qui comprend les toilettes et les douches.
- Le marae ātea, la cour qui se trouve devant le wharenui (c'est aussi un endroit très important, même si ce n'est pas un bâtiment).

Ça, c'est le strict minimum. Les marae plus grands ont quelquefois des trucs en plus, comme le wharekarakia (église), le wharemata (morgue) ou le poukara (mât pour les drapeaux).

Peut-on accéder au marae si on ne fait pas partie du hapū/si l'on n'est pas Maori?

Oui, mais il faut avoir reçu une invitation formelle de la part du hapū, et même une fois invité, c'est pas genre "Viens, mets tes pieds sous la table". Les gens qui arrivent dans un marae pour la première fois (qu'ils soient Maori ou non) doivent passer par l'étape du pōwhiri (cérémonie d'accueil).

Contrairement à beaucoup d'idées reçues, le marae n'est pas fermé aux non-Maoris; en revanche, comme le but de l'endroit, c'est de célébrer la culture maorie, il est quand même nécessaire pour les visiteurs de s'y intéresser un minimum, et de savoir parler au moins un peu la langue (ne serait-ce que quelques mots appris par cœur et ânonnés péniblement). D'ailleurs, dans la majorité des marae, l'usage de l'anglais est, sinon interdit, du moins fortement déconseillé.

(Du coup, tu comprendras que c'est pas vraiment l'endroit que tu vas aller visiter pendant tes vacances.)

Le pōwhiri, c'est compliqué?


Ouais, hyper. Un pōwhiri formel, en grande pompe, peut durer facilement deux heures.

Une petite pensée au passage pour la famille royale, qui se tape des pōwhiri de trois-quatre heures à chaque visite.



(Ceci dit, ça reste toujours moins long qu'un match de cricket.)

Dans mon cas, j'ai été accueillie au marae de l'université où je prends mes cours (chaque université en Nouvelle-Zélande a son propre marae), et on a eu droit à un semi-pōwhiri, parce qu'on était un groupe assez grand à visiter pour la première fois, donc il fallait marquer le coup, mais en tant qu'étudiants à l'université, c'est techniquement NOTRE marae à nous aussi (il n'est pas assigné à une tribu en particulier).

La cérémonie est souvent adaptée au cas par cas (sinon ça prend des plombes).

Comment se passe un pōwhiri?



(Exemple de pōwhiri formel)

Le pōwhiri consiste en deux groupes qui se rejoignent pour n'en former plus qu'un: d'un côté, les manuhiri (visiteurs), de l'autre, les tangata whenua (hôtes).

Le pōwhiri est une cérémonie très codifiée, qui a plusieurs étapes distinctes:

D'abord, les visiteurs sont groupés hors de l'enceinte du marae (dans la rue, quoi) et les hôtes sont groupés dans la cour, le marae ātea. Dans les deux groupes, les femmes se tiennent devant, les hommes derrière. Puis, les femmes du marae entonnent un chant d'accueil, auquel les femmes du groupe de visiteurs répondent en chantant aussi. Les paroles du chant donnent quelque chose du genre:

- Yo salut les visiteurs, vous êtes qui?
- On est la tribu de X, descendants de Y, Z, etc.
- Vous venez pour faire la guerre ou comment ça se passe?

C'est une tradition des temps jadis, où comme les Maoris passaient leur temps à se faire la guerre, la coutume était de ne jamais laisser entrer des étrangers dans un village sans leur avoir demandé pourquoi ils venaient.

(Et pour ceux qui se demandent "Oui mais les gars ils peuvent mentir, non?" la réponse est : non.)

(Chez les Maoris on s'emmerde pas avec la stratégie: quand on vient pour faire la guerre, on arrive en criant C'EST LA GUERRE, y'a pas de lézard.)

(Les Maoris sont un peu les Leeroy Jenkins de la vraie vie.)

Ensuite, les visiteurs entrent, et les hôtes leur font un chant d'accueil avec une chorégraphie à base de branches d'arbres. 

(Ça c'est un truc très Maori, il faut toujours qu'il y a ait des chorégraphies) 

(C'est comme un peuple entier de Kamel Ouali).

Ensuite tout le monde s'assied (enfin!) et là c'est au tour des hommes de parler. 

Et ils vont parler, parler, parler pendant super longtemps, parce que le Te Reo est une langue très codifiée, et que les Maoris sont un peuple très formel, donc juste pour dire bonjour dans les règles, t'en as déjà pour cinq bonnes minutes.



(Oui, les Maori sont un peu les Ent de la vraie vie.)

Puis une fois que tout le monde a fini de parler, il y a encore des chansons et encore des chorégraphies, et ensuite c'est le moment du hongi.

Le hongi est une manière de dire bonjour, qui consiste à presser légèrement le front et l'arête du nez contre l'autre personne.



(J'ai dit "légèrement", hein.)

L'idée derrière le hongi est de mélanger les souffles – on partage donc notre essence vitale avec l'autre personne.

Autrefois, tout le monde (femme et hommes confondus) faisait le hongi, mais les colons Anglais jugeaient la pratique impropre entre personnes du sexe opposé, et l'ont replacé par une bise.

(Alors là, faut m'expliquer le raisonnement.)

("Non, c'est trop intime de poser ton front contre celui d'une femme. Embrasse-la plutôt sur le visage!")

Aujourd'hui, selon les marae, soit tout le monde fait le hongi, soit les femmes font le hongi aux hommes et la bise aux autres femmes, soit les femmes font la bise à tout le monde et les hommes font le hongi entre eux.

(Ouais, c'est compliqué.)

Une fois le hongi accompli, le tapu des visiteurs est officiellement levé, et tout le monde peut aller manger.

Qu'est-ce qu'on mange au marae?

La même chose que partout ailleurs en Nouvelle-Zélande : des trucs gras et frits. Question suivante!

Une fois les cérémonies terminées, qu'est-ce qu'on fait au marae?

On célèbre la culture Maorie en parlant te reo, on chante des chansons, les anciens racontent des légendes, et puis bien sûr on n'oublie pas les chorégraphies.



(Moi pendant les chansons, une illustration.)

On dort aussi sur place (parce que les légendes, ça prend du temps à raconter).

Bref, c'était un week-end super cool où j'ai appris plein de choses, notamment une légende COMPLÈTEMENT DÉMENTE sur la création du monde, mais ça j'en ferai un article à part parce que ça vaut son pesant d'or.

Je terminerai avec un petit snapchat de ma soirée:




 Je pense que tout est dit.