dimanche 16 mai 2021

Séries 2020 : le top

Et voilà mon top personnel des séries sorties en 2020!

(Comme tu le remarqueras, il est moins long que l'an dernier - pas faute de séries de qualité, mais parce qu'entre le confinement et le couvre-feu, disons que ça abondait pas de baby-sitters pour me permettre de me la couler douce devant la téloche.)


7. Le Bazar de la Charité


Une fois n'est pas coutume, je vais dire du bien d'une série française!


Le Bazar de la Charité est une mini-série vaguement historique sortie sur TF1 et Netflix, et qui se base sur un drame réel : l'incendie du Bazar de la Charité (une grosse vente caritative qui attirait beaucoup de ces dames) et les (très) nombreuses morts qui en ont résulté (plus d'une centaine), principalement des femmes et des enfants de la haute société parisienne.

Surprise, alors que j'imaginais qu'on allait suivre les destins des futures victimes, puis les voir périr dans les flammes dans l'épisode final, la série a pris le parti inverse : on assiste tout de suite à l'incendie dans l'épisode 1, et le reste de la série va suivre les destins de trois survivantes : Adrienne, qui va profiter qu'on la croie morte dans l'incendie pour échapper à son mari abusif, Alice, une jeune noble qui va tomber amoureuse du prolo qui l'a sauvée, et Rose, la domestique d'Alice, gravement défigurée par le feu et impossible à identifier....

Alors, c'est un pari courageux, qui a ses points forts et ses points faibles. 

Le point faible, c'est évidemment que le côté dramatique est un peu perdu, vu qu'on n'a pas d'attachement personnel aux victimes qu'on voit mourir dans l'incendie. Le point fort, en revanche, c'est que la série t'accroche direct avec son meilleur épisode.

Oui, parce qu'autant l'admettre, une fois l'incendie terminé, c'est quand même vachement moins intéressant, surtout d'un point de vue cinématographique.

(Les scènes de l'incendie sont un bijou de réalisation : les plans serrés et la caméra à l'épaule contribuent énormément à faire vivre au spectateur ce côté étouffant et désorientant.)

(Aussi, big up aux techniciens pour avoir fait les choses bien et avoir VRAIMENT fait cramer les trucs.)


(La pyromane en moi vous dit merci)

Le scénario est plutôt convenu (on voit venir un peu tout ce qui se passe), l'intrigue tire souvent du côté du mélo cul-cul (mais j'ai pas regardé tout Downton Abbey pour rien) et, comme toujours dans les productions Netflix françaises (cf. la Révolution, cf. Lupin) les dialogues ne sont pas naturels DU TOUT.

(Petit aparté : j'ai pas parlé de "Lupin" dans ce classement parce que j'ai tellement hésité entre la mettre dans les bonnes séries ou les mauvaises séries que, finalement, elle va sur la pile du "meh".)

Alors, je ne dis pas ça parce que les personnages utilisent un vocabulaire moderne, honnêtement, j'ai aucun souci avec ça. (C'est tout à fait justifié par la volonté des scénaristes de renforcer le parallèle contemporain avec les thèmes de la violence conjugale, de la lutte des classes, etc.) (Et, bonus pour les gens que les fictions historiques font pioncer, ça agrandit l'audimat.) Non, ce que je trouve dommage, c'est que les dialogues restent très corsetés, très théâtraux, et sont souvent tellement blindés d'explications que les acteurs pourraient tout aussi bien regarder la caméra droit dans la lentille tellement il est clair que c'est au spectateur qu'on s'adresse, pas aux personnages.

Malgré ce bémol, les acteurs s'en sortent tous très bien (mention spéciale au gamin qui joue le petit Thomas, hyper convaincant) et puis bon, y'a Audrey Fleurot dedans, elle est fantastique, et aussi :


(Tellement jalouse de cette chevelure)

Et puis bon, on va pas se mentir, je suis un petit coeur d'artichaut, et ça réjouit toujours immensément mon âme de midinette quand une histoire finit avec tous les gentils heureux et tous les méchants punis.

(C'est pour ça que je lis tous les Ken Follett.)

(Alors que le gars réécrit clairement la même histoire à chaque bouquin, juste à une époque différente.)

Et je trouve que le bonheur final est encore plus appréciable quand les gentils en ont bien chié pendant hyper longtemps (j'appelle ça "le syndrome Rémi Sans Famille"), et du coup, avec le Bazar de la Charité, je suis bien servie.

(J'avais dit "spoilers", ou pas?)


6. Upload


Lecteur, lectrice, connais-tu Greg Daniels?

C'est ce type-là :


(Okay)

Sa tête ne te dit sûrement rien, mais son travail est mondialement connu, puisqu'il est le scénariste et producteur à l'origine de la géniale série The Office (US), qui a révolutionné la manière dont on faisait les comédies à la télé aux USA, qui a influencé une génération entière de réalisateurs, et qui a obtenu un statut tellement culte que la chaîne NBC a récemment payé 500 millions de dollars pour la racheter à Amazon et Netflix et en faire la série-étendard de sa nouvelle plateforme de streaming, Peacock. (Et tout ça pour une série vieille de 15 piges!)

Greg Daniels n'a pas chômé depuis la fin de The Office, puisqu'il a également co-créé la géniale, la fantastique, la magnifique série de mon coeur adorée Parks and Recreation, est-ce que je t'ai déjà parlé de cette série? 


J'ai l'impression que je ne t'en ai pas encore assez parlé.


Regarde-là, elle est merveilleuse.


Et NON, je ne dis pas ça juste parce que Leslie et Ann me font constamment penser à moi et Sarah:


Et NON, je ne dis pas ça juste parce que je suis tellement amoureuse de Ben Wyatt et parce qu'il est 85% un copier-coller de mon mari:


(Il partagent même cette obsession des pizzas pliées en deux!)

Bref Bref Brejnev.

Greg Daniels, donc, a sorti pas moins de DEUX séries en 2020 : une chez Netflix, et une chez Amazon, toutes les deux des comédies un peu loufoques comme il sait si bien les faire. 

Et même si, pour le moment, aucune n'arrive à la cheville de Parks and Rec, elles sont toutes les deux suffisamment cool pour être mentionnées, et, surtout, ont un énorme potentiel.

(Puisqu'il faut savoir que The Office et Parks and Rec ont ceci en commun que leurs saison 1 respectives sont bien, mais sans plus, et que ce n'est qu'à partie de la saison 3 que les deux séries deviennent vraiment excellentes.)

(Greg Daniels, le roi du slow burn.)

Commençons tout de suite avec Upload, la série Amazon qui nous envoie dans le lointain futur de 2033 (c'est-à dire que nos héros sont nés après l'an 2000, autant dire des BÉBÉS.)

Dans ce futur quasi-utopique, point de pandémie et nul cataclysme économique, mais des voitures autonomes et une Amérique entièrement Silicon-Valleyisée. On y suit Nathan, un jeune programmeur de la start-up nation beaucoup trop beau gosse pour être crédible :


("Je suis ingénieur informaticieeeeen")

Malheureusement, Nathan meurt dans un accident de voiture autonome, et se fait "uploader", un procédé courant en 2033 où on numérise ta conscience au moment de ta mort, et on l'envoie dans un "paradis" virtuel, d'où tu peux continuer à communiquer avec le commun des mortels. Grâce à Ingrid, sa copine ultra-friquée :


(Pardon, mais c'est impossible pour moi d'entendre ce prénom sans penser à ce sketch)

Nathan se retrouve dans le très luxueux paradis Lake View.... mais entièrement à la botte d'Ingrid, puisque c'est à elle que revient la décision de renouveler l'"abonnement" de Nathan à l'au-delà.

Parallèlement, Nathan se lie d'amitié avec son "ange", Nora, une conseillère clientèle vivante et qui l'aide à s'acclimater à sa nouvelle "vie". Evidemment, les étincelles fusent entre ces deux-là, et évidemment, ça va poser moult problèmes....

La série a quelques points faibles : d'abord, ses acteurs, qui ne sont pas tous très bons (surtout Ingrid et  Nathan, ce qui est un peu dommage vu que c'est le perso principal) (par contre, Andy Allo, qui joue Nora, est très juste et absolument choupi-mimi). Ensuite, sa trame principale, un peu vue et revue (on voit venir la romance entre Nathan et Nora de tellement loin que ça ne mérite même pas le nom de spoiler).

En revanche, l'univers d'Upload est extrêmement intéressant, et la série m'a surprise par son mordant.

Car, si j'ai dit plus haut que le monde de 2033 semblait quasi-utopique, on se rend compte dès le premier épisode que c'est loin d'être le cas, et que, sous le vernis de la modernité, le capitalisme de masse fait plus de dégâts que jamais : même la mort a un prix, et elle coûte CHER.

(Ou, comme le résume Professeur Flaxou qui a regardé cette série avec moi : "En gros, c'est un futur où même quand t'es mort, tu reçois encore les pubs pour Youtube Premium".)

Qu'on soit clairs : Upload a un format de comédie, elle a l'apparence d'une comédie, elle est marketée comme une comédie, et oui, il y a des blagues dedans, mais vraiment, cette série est GLAUQUE. 

Déjà, les blagues ne sont pas vraiment drôles (au mieux, elles font sourire), et comme je l'ai dit plus haut, on peut blâmer un peu les acteurs, mais je pense plutôt que Greg Daniels ne se soucie pas réellement de la comédie dans cette série. Le vrai discours est ailleurs. Il est dans cette scènes aux allures kafkaïennes où Nathan assiste à ses propres funérailles, et se rend compte que tout le monde s'en fout qu'il soit mort, vu qu'il n'est pas vraiment "mort":


Il est dans ces dialogues où l'on comprend à demi-mot que les entrepreneurs milliardaires continuent à nous enfler jusque dans l'au-delà, que le fossé entre riches et pauvres s'est encore plus creusé, que les conditions de travail dans l'Amérique corporate sont de pire en pire, et que chaque aspect de nos vies, même personnelles, est noté, évalué, étoilé et pouce en l'air-isé.

Et tout ça dans une série produite par AMAZON! 

Mais comment est-ce que t'as réussi ce pitch, Greg?

- Alors monsieur Bezos, je voudrais un budget conséquent pour faire ma série de science-fiction.
- D'accord. Une comédie, je suppose?
- Euh.... oui! Exactement! Une... comédie.... romantique!
- Parfait, voilà mille millions de dollars.

(Sincèrement, je pense que c'est vraiment ce qui s'est passé, ce qui explique pourquoi toutes les bandes-annonces te vendent "Upload" comme une comédie légère alors que TROP PAS.)

Pour revenir sur le budget, même si Amazon est toujours hyper secret avec le pognon qu'ils dépensent, on peut se douter qu'il est plutôt conséquent, en témoignent des effets spéciaux pas trop mal foutus (pour une série assez gourmande en CGI, vu le thème, tu t'en doutes).

Bref, la série n'est pas aussi réussie que "The Good Place" (à laquelle elle sera immanquablement comparée, vu qu'elle a un thème similaire et qu'elle a été créée par l'ancien acolyte de Greg Daniels sur "Parks and Rec", Michael Schur). Là où "The Good Place" réussit à maintenir un équilibre délicat entre comédie et réflexions plus profondes (et même carrément philosophiques), "Upload" est beaucoup plus sombre et grinçant qu'il n'est mignon et lolilol.

Néanmoins, la série vaut le coup d'oeil et aborde des thèmes intéressants, et je te la recommande chaudement si tu aimes les questionnements éthiques et moraux sur la valeur d'une vie.



5. Space Force


Abandonnons la science-fiction mais allons quand même dans l'espace avec Space Force, co-créée pour Netflix par Greg Daniels et Steve Carell, ex-Michael Scott dans The Office et qui tient ici aussi le rôle principal.


On suit l'histoire du Général Naird, ancien ponte de l'Armée de l'Air qui se voit offrir le contrôle de la nouvellement intronisée United States Space Force (une branche de l'armée qui existe réellement depuis 2019, merci Donald Trump), et dont le rôle est littéralement d'amener des flingues dans l'espace.


(Pardon, son rôle est de "protéger les intérêts des Etats-Unis et décourager les agressions dans l'espace")

On suit donc la vie du général Naird, et surtout sa coopération avec la branche scientifique de la Space Force (présidée par un John Malkovich plus Malkovichesque que jamais) :


(Cet homme est un bijou)

Petit bonus perso : le chargé de presse est campé par Ben Schwartz, qui reprend quasi exactement son rôle de Jean-Ralphio dans Parks and Rec, et je suis tellement heureuse:


La série faiblit quand elle se penche sur la vie personnelle du général Naird, avec sa femme qui est en prison pour une raison mystérieuse (mais tout de même love sur Lisa Kudrow) et sa fille de 16 ans qui.... fait son ado :


(C'est-à-dire cette tête, tout le temps.)

(Aussi, je sais que c'est difficile de trouver des ados qui jouent bien, mais cette meuf a clairement 23 ans, c'est ridicule.)

(Et honnêtement, vu son jeu d'actrice, vous auriez aussi bien pu prendre une vraie gamine de 16 ans.)

Le vrai sel de la série se trouve, comme toujours chez Greg Daniels, dans la "workplace comedy" (un genre télévisuel qu'il a plus ou moins inventé tout seul et dont il reste le meilleur représentant), et les interactions entre tous les personnages sont délectables:



(Par contre, 3615 références de nerd, tu es prévenu.)

Bref, jette-y un oeil, cette série est criminellement méconnue et mérite tellement plus d'amour.


4. The Boys


Pfou là là mais t'imagines pas comme je suis allée voir cette série en traînant des pieds.

Parce qu'après une bonne décennie de Marvelitudes tous les six mois sur grand (et petit) écran, quand Flaxou m'a dit "Eh, y'a une nouvelle série Amazon avec des super-héros un peu anti-héros", j'ai fait peu ou prou cette tête-là:


Parce que BON DIEU COMME J'EN AI MARRE DES SUPER-HÉROS.

Depuis 2008 on se farcit des super-héros en long, en large et en travers, entrée, plat, dessert, matin, midi et soir STOP J'EN PEUX PLUS ARRÊTEZ TOUT JE PEUX PLUS VOIR UNE CAPE SANS VOMIR.

Entre les Avengers, la Justice League, les Defenders, les univers cinématiques, les cross-overs, les reboots, les prequels, les multiverses, j'ai l'impression que j'ai passé ma vie depuis 2008 à regarder constamment la même histoire en boucle, à base de grandes responsabilités, de mort de figures paternelles, de training montages, de fiancées kidnappées, et de dialogues pompeux en mode "Tu sais, on n'est pas si différents, toi et moi".

(Et ne commence même pas à me chauffer avec les films choraux à bases de multiples super-héros, parce que c'est encore plus répétitif.)

("Nos amis ont bien du mal à s'entendre! Mais ils vont devoir s'unir pour affronter la vague et terrible menace du gros-rayon-dans-le-ciel".)

Et, depuis le volet final des Avengers en 2019, plus aucune histoire de super-héros n'a réussi la tâche colossale de titiller mon intérêt émoussé.

(A part le prochain Thor, parce qu'il va être réalisé par Taika Waititi, et je lui donne un pass, parce que s'il y a UN film de super-héros dont je ne me lasse jamais, c'est bien Thor: Ragnarok.)

Bref, les super-héros, c'était cool deux minutes, mais j'ai tourné la page, merci.

Et voilà qu'Amazon sort "The Boys", énième série inspirée d'un énième comic "subversif", et dans la PREMIÈRE PUTAIN DE SCÈNE, UN SUPER-HÉROS OBLITÈRE UNE PASSANTE EN COURANT A TRAVERS SA GUEULE:


(OKAY)

Et puis on a, en vrac, une jeune ingénue qui veut protéger la veuve et l'orphelin et se fait agresser sexuellement par un Aquaman du pauvre, une méga-corporation qui jette du pognon à tous les quidams qui passent pour cacher les frasques de ses "héros" hors de contrôle, et un ersatz de Superman qui CRASHE UN AVION ET TUE TOUT LE MONDE A BORD juste pour protéger les intérêts de la firme qui détient les droits de son personnage.

Et tout ça dans LE PREMIER EPISODE!

Bref, tu l'auras compris, "The Boys" est une série réellement subversive, dans une vibe qui me faisait beaucoup penser à "Preacher" (et OH SURPRISE les comics sont tous les deux écrits par le même mec, comme quoi la vie est bien faite).

C'est très rafraîchissant de voir une fiction où les personnages "antihéro" sont littéralement ANTI-HÉROS. Genre ils veulent vraiment TUER les héros. Parce que, dans le vrai monde de la réalité véritable, si tu donnes aux gens des super-pouvoirs, ils vont faire de la merde avec. (Même ceux qui étaient bien intentionnés au départ.)

Je ne vais pas te raconter toute l'intrigue, parce qu'il y a des rebondissements et que j'ai pas envie de spoiler, mais sache juste que la série est plutôt marrante (faut aimer l'humour noir), plutôt bien écrite (en dehors de quelques soucis de logistique dans la saison 2, mais je pinaille), et que les acteurs sont bons. 

Et je vais même pardonner les énormes problèmes d'accent de Karl Urban (on sent bien qu'il essaye de faire un accent cockney, mais ça finit toujours par sonner comme un Kiwi qui essaye d'imiter un Australien) parce qu'on voit tellement peu Karl Urban et il est super, je l'adore:


(Cœur avec les doigts)

Et je vais MÊME pardonner le fait qu'ils aient un personnage qui s'appelle FRENCHIE et qui n'est PAS joué par un Français (sérieusement?), parce que sans déconner, je sais pas comment ils ont fait, mais ce mec a vraiment une tête de Français:


(Et il est super mimi, je le kiffe.)

(En vrai je kiffe tout le monde dans cette série, donc t'as vite fait le tour.)

Surtout, la série est très mordante vis-à-vis des dérives du capitalisme corporate (sens-tu comme un thème dans ce top 2020?) (sens-tu comme un vent de révolution?) (sens-tu comme une envie de pendre les riches avec leurs tripes et faire cramer leurs baraques pardon je m'emporte).

Vought, le conglomérat pharmatico-médiatique qui encadre les super-héros, fait beaucoup penser à une sorte de Dark Disney, avec ses origines obscures, sa culture corporate toxique, son "optimisation" fiscale, et son armée d'avocats prêts à étouffer tous les scandales à la racine.

Ah oui, et sa récupération de thèmes progressistes, en mode "nous aussi on est woke":



(DU GÉNIE)

Tu l'auras compris, la série est très mordante (big up aussi à cette secte scientologique où, pour une raison que je ne m'explique pas, tout le monde boit un Perrier Citron du pauvre). Les personnages de la bande des Boys sont tous très attachants, et même les super-héros ont une psychologie intéressante et peuvent, dans certains (rares) moments, se montrer sympathiques (je pense notamment à Maeve ou Lamplighter).

Bref, cette série est cool, et si, comme moi, tu n'en peux plus des super-héros, tu vas kiffer les voir se faire démonter la tronche.

(Ah oui, ça vient peut-être un poil tard, mais Alerte Chiffes Molles : cette série est un poil gore.)

(Que ceux qui n'ont pas envie de voir une baleine éventrée par un hors-bord passent leur chemin.)



3. The Queen's Gambit


Ou "Le Jeu de la Dame" comme elle se nomme en Hexagone, cette mini-série a une histoire vraiment cool qui mérite d'être racontée:

Remontons le temps jusqu'en l'an de grâce 1983, où est publié le roman "Le Jeu de la dame" par l'écrivain Américain et grand amateur d'échecs Walter Tevis. Le roman est un classique "Bildungsroman" (ou roman d'apprentissage), genre très prisé aux Etats-Unis et qui raconte le cheminement d'un héros de l'enfance à l'âge adulte (ou, plus globalement, de l'immaturité à la sagesse). Il est centré sur le personnage de Beth Harmon, une prodige aux échecs qui chemine de l'orphelinat jusqu'au statut de "Grand maître international" aux échecs, tout en luttant contre ses addictions aux tranquillisants et à l'alcool. Le roman est plutôt bien accueilli aux Etats-Unis, et est notamment salué pour ses descriptions apparemment très justes de compétitions d'échecs. 

Quelques années plus tard, en 1992, Allan Scott, un scénariste écossais et grand fan du livre, achète les droits du bouquin à la veuve de l'auteur, avec l'idée d'en faire un film indépendant. Problème : tout le monde trouve que le projet pue du fion. Comment faire un truc intéressant basé sur un jeu aussi complexe que les échecs? N'importe quel novice va s'emmerder comme un rat mort!

Scott ne désespère pas, travaille sur plein d'autres trucs, mais continue à porter le projet dans son coeur. En 2007, sa chance tourne enfin quand Heath Ledger accepte de passer pour la première fois derrière la caméra pour réaliser le film, et des négociations sont engagées pour engager Elliot Page (à l'époque Ellen Page, hyper bankable après le succès massif du film indé "Juno") dans le rôle principal. Sauf que... Heath Ledger décède d'une overdose quelques mois avant la date de début du tournage. 


Tout est annulé, retour à la case départ.

Puis, dix ans plus tard, Scott Frank (un scénariste/réalisateur qui avait bossé avec Allan Scott sur le film avorté de 2007) termine sa propre mini-série "Godless" sur Netflix (dont je t'avais déjà parlé, au passage) et se dit "Eh, mais je me demande si y'a pas d'autres projets de films sur lesquels j'ai bossé à l'époque et qui pourraient tenir la route en mini-séries!" Et il vient toquer à la porte de Netflix avec "Le Jeu de la Dame". Netflix accepte, après tout, ça fait quoi comme budget, une série de 7 épisodes? Quelques millions?

(Ceci est une question rhétorique, car encore une fois, Netflix n'a pas divulgué le budget.)

(Mais vu qu'ils ont tout filmé en ex-Allemagne de l'Est, quelque chose me dit que ça devait pas faire exploser les caisses.)

Et là, c'est le jackpot :



"Le Jeu de la Dame" devient la mini-série la plus regardée sur Netflix depuis la création du site, et Netflix est tellement fier qu'il publie même les stats (alors que bizarrement, ils font jamais ça pour les bides) : 62 millions de foyers ont vu la série, donc potentiellement plusieurs centaines de millions de personnes. 

(On ne sait pas si c'est "ont vu jusqu'au bout" ou "se sont endormis devant les dix premières minutes", cela dit.)

Mais alors, pourquoi, comment? Qu'est-ce qui est donc si intéressant dans une histoire de meuf qui joue aux échecs pour motiver 62 millions de péquenots à la regarder alors qu'on est bien d'accord que PERSONNE sur cette terre ne joue encore aux échecs, oui? 

(Enfin chais pas, tu sais jouer aux échecs, toi? Parce que moi non.)

(Mon père a essayé de m'apprendre quand j'étais gamine, mais de un, c'était pas vraiment Bobby Fischer, et de deux, j'étais pas vraiment Gary Kasparov, alors on s'est vite lassés.)

(Voilà, j'ai maintenant épuisé mes connaissances en citant les deux seuls noms de joueurs d'échecs que je connais.)

Eh ben malgré ça, figure-toi que j'ai vraiment kiffé cette série.

D'abord, parce que la partie "championnat d'échecs" est bien filmée pour les béotiens dans mon genre, et se concentre sur les expressions du visage des joueurs plutôt que sur les pions (il est alors beaucoup plus facile de comprendre les enjeux de ce qui se passe). 


Et puis, surtout, parce que ce serait bien réducteur de faire du "Jeu de la Dame" une simple histoire d'échecs, puisque, comme je l'ai dit plus haut, le bouquin d'origine est avant tout un Bildungsroman, et je ne l'ai pas lu donc je ne sais pas à quel point la série y est fidèle, mais du point de vue des thèmes, on est clairement sur une.... Bildungs-série (?) (je tente des trucs)

Car si la petite prodige Beth Harmon est si attachante, c'est moins par son côté génial (qui aurait plutôt tendance à la rendre antipathique - vu que nous, spectateurs, on est en majorité des imbéciles gens simples), mais bien par sa personnalité et les obstacles qu'elle doit surmonter : orpheline, sans le sou, rejetée par ses pairs, précoce mais immature, et, surtout, tenaillée par son alcoolisme et son addiction aux tranquillisants.


Et on a beau avoir revu l'histoire "partie de rien pour arriver au sommet" des milliers et des milliers de fois, je trouve qu'il y a toujours quelque chose de prenant dans ces récits-là. C'est avec ce genre d'histoires que je me retrouve systématiquement impliquée au point de parler aux personnages devant ma télé:

- Allez, Beth, fais pas de conneries, c'est la demi-finale! Mais NON refuse ce verre de vin, tu sais bien que t'arrives pas à gérer, espèce de génie abrutie, là!

(Que j'appelle "le Syndrome Rémi Sans Famille II", vu que ce livre est la définition même de "la vie me donne des baffes continuellement pendant des années, mais tout finit bien dans le bonheur et la richesse".)

Pour porter ce genre de scénario, il faut un interprète principal en béton, et là, c'est bingo, la toute jeune Anya Taylor-Joy est magistrale. 


(Elle est née après 1990, c'est donc par définition une enfant.)

Elle a une présence tellement magnétique que, dès qu'elle apparaît à l'écran, la caméra ne voit qu'elle, ne suit qu'elle, ne s'intéresse qu'à elle. Et même durant les moments les plus mutiques (les parties d'échecs), son jeu de regards, son langage corporel, est tellement intense, qu'on est absorbé par tout ce qu'elle fait.

Cela étant dit, les autres acteurs sont très bons aussi (notamment l'interprète de Benny Watts, ou encore celle de Jolene, un personnage tellement intéressant que c'est hyper dommage qu'elle n'apparaisse que si peu à l'écran).

(Le casting est tellement bon que je leur pardonne même d'avoir pris un Polonais pour jouer le rôle du champion Russe - c'est dire.)

Ajoute à ça des décors somptueux, des costumes magnifiques, une musique du tonnerre, et une esthétique très filmique qui vient apporter un agréable vent de fraîcheur au champ/contrechamp qui fait normalement l'apanage des séries "cérébrales" dans ce genre.


(Avec des plans-séquences de toute beauté!)

Bref, si tu ne fais pas encore partie des 60 millions de foyers conquis par "Le Jeu de la Dame", n'hésite pas!


2. Unorthodox


Encore une mini-série de seulement 4 épisodes (en vrai, appelons un chat un chat et un téléfilm un téléfilm, hein), Unorthodox est une fiction Netflix qui raconte l'histoire d'Esty (diminutif d'Esther), une toute jeune femme Juive Orthodoxe qui cherche à échapper à l'oppression de sa communauté ultra-conservatrice de Williamsburg (un quartier de New York).

La série est quasi-intégralement tournée en Yiddish, la langue des Juifs Ashkénazes, et c'est super rigolo à écouter en tant qu'Alsacienne parce que c'est vraiment très proche de notre dialecte. (Sans surprise, puisque l'Alsace a très longtemps abrité une nombreuse communauté Juive, et que les deux langues se sont mutuellement influencées.) (Un exemple passionnant est celui du mot "bubbala", qui veut dire la même chose dans les deux langues (un terme affectueux pour désigner un bébé), et dont les origines se perdent si loin qu'on ne sait pas vraiment si l'étymologie se trouve dans l'hébreu, l'allemand, ou même dans les langues slaves.)

Bref bref (je m'arrête ici parce que l’étymologie c'est trop passionnant et il faut que je me coupe la parole ou je vais te pondre quinze pages).

La série est vaguement basée sur une autobiographie du même nom, par une jeune femme dont le parcours suit globalement celui de notre héroïne : mariée à 17 ans à un inconnu, elle se retrouve prise dans l'étau d'un mariage dysfonctionnel, dominé par l'absence d'enfant (une "faute" qui va lui bouffer la vie), au point de la motiver à s'échapper.


Et je dis "s'échapper" au sens propre, puisqu'Esty prend littéralement la fuite avec rien de plus que quelques dollars et les vêtements sur son dos, pour aller à Berlin où vit sa mère (également paria de la communauté orthodoxe), avec laquelle elle a coupé tous les ponts. Mais bien vite, son absence est remarquée, et son mari est sommé d'aller la chercher, sous peine d'amener l’opprobre sur la famille entière....

Evidemment, en tant qu'athée ayant fréquenté l'école catholique, je pense que c'est plutôt clair que je n'ai aucune connaissance des coutumes et traditions dans la communauté Juive Orthodoxe. Bonne nouvelle, les réalisateurs se sont douté que ce serait le cas de la majorité de leur audience, et ont très bien œuvré pour expliquer les choses aux non-initiés, MAIS sans verser dans la surenchère d'exposition (je leur dis notamment un grand merci pour l'absence de voix-off).

Le regard posé sur la vie d'Esty est à la fois franc et pudique, et, à travers elle, on perçoit parfaitement ce double aspect de la vie dans une communauté qui la protège et l'étouffe à la fois. Les personnages sont merveilleusement complexes (le mari d'Esty, par exemple, est très touchant, là où il aurait été TELLEMENT facile de faire de lui le grand méchant de l'histoire) et les interprètes très convaincants.

Evidemment, la série repose quasi-intégralement sur les épaules de Shira Haas, la jeune interprète d'Esty, et je n'ai rien à dire si ce n'est qu'elle est bluffante. Elle dégage une force incroyable qui tranche avec son visage d'enfant et son petit corps tout menu (l'actrice a en réalité 26 ans, mais passerait sans souci pour une adolescente), et son jeu tout en retenue et en nuance fait d'Esty un personnage éminemment sympathique. Dès ses premières minutes à l'écran, on n'a qu'une envie, c'est de la prendre dans nos bras, et de lui dire "chhhh, chhhh, tout va bien petit chaton".


(Ne pleure pas, bubbala, je te protègerai.)

La prise de vue est très belle, la lumière et les cadrages aussi (cette scène du lac! Magnifique!), il y a surement beaucoup de symbolisme qui m'est complètement passé au-dessus de la tête, et si tu as l’œil pour ce genre de trucs, je crois qu'il y a bien moyen de s'éclater.

(Je pense aussi qu'il y a beaucoup de nuances qu'on ne peut pas vraiment comprendre si on n'est pas Juif, mais perso, ça ne m'a pas empêchée de beaucoup aimer cette série.)

Bref, si les sous-titres ne te rebutent pas, n'hésite pas à y jeter un oeil!


1. The Haunting of Bly Manor


Oh là là mon gars mais y'a tellement à dire sur cette série, mais ça va être tellement difficile de t'en parler!

The Haunting of Bly Manor, par le même mec qui nous avait empêché de dormir il y a deux ans, n'est pas du tout la suite de The Haunting of Hill House, et ce, même si plusieurs des acteurs jouent dans les deux séries, et que les deux partagent le même thème.

(Thème : "Cette maison est hantée, mais est-ce que les vrais fantômes ne sont pas ceux que l'on porte en nous? Mais à part ça, oui, cette maison est grave hantée.")

Et je le dis tout de suite pour les chochottes dans mon genre : Bly Manor est bien moins effrayante que Hill House (c'est bien simple, je n'ai perdu qu'une nuit de sommeil au lieu de deux semaines!)

Même s'il y a quand même des fantômes planqués partout:


(Salut)


(Coucou)


(Heyooooo)

Bref, de quoi ça parle, tout ça?

Nous sommes dans les années 80 : Dani, une jeune Américaine fraîchement débarquée en Angleterre, se fait embaucher comme fille au pair par un riche lord Anglais pour assurer l'éducation de son neveu et de sa nièce, dont il a la garde depuis la mort de leurs parents il y a de cela un an. Les enfants ne sont pas scolarisés parce que "il y a eu des soucis" (....cool), leur ancienne gouvernante s'est noyée dans la mare aux canards (....cool cool) et, tu t'en doutes, le manoir où résident les gamins est hanté de partout.


Un peu comme pour "Hill House", la narration est fragmentée, mais quand je dis "fragmentée", accroche-toi à ton slip, parce qu'il y a plus de sauts temporels en un épisode que dans toute la saga Retour vers le Futur.

La narration est d'ailleurs ce qui va t'accrocher à l'intrigue, puisqu'à chaque fin d'épisode, tu te retrouves avec plus de questions qu'au début (mais rassure-toi, tout sera expliqué à la fin).

Les interprètes sont inégaux : l'actrice qui joue Dani est plutôt médiocre et extrêmement nunuche (mais allez, c'est bon, elle est bien gentille), certains autres (Jamie, Rebecca, Henry) sont très monolithiques, et MON DIEU mais pourquoi vous leur avez fait prendre des accents, c'est épouvantable (Henry Thomas n'essaye même pas de faire un accent britannique potable, et même Oliver Jackson-Cohen, qui est pourtant britannique, ne sait pas faire l'accent écossais) (ou irlandais? Honnêtement, je sais pas ce qu'il essayait de faire, mais c'est mauvais).

Heureusement, deux acteurs sauvent la donne: T'Nia Miller en Hannah (l'intendante au grand coeur du manoir) et surtout Rahul Kohli en Owen, le chef cuisinier aux blagues de daron:


(Tellement de love sur Owen)

Les deux gamins sont également excellents (surtout le petit Miles, qui navigue à merveille la frontière entre mignon et inquiétant).

Mais ce que j'ai le plus adoré dans cette série (et qui lui fait prendre la tête de ce classement), c'est LES ALLEGORIIIIIIES 


Et malheureusement, je ne pourrai pas t'en parler sans spoiler comme une bâtarde, DONC j'ai fait la chose suivante : j'ai écrit en encre spéciale pour espions ce que je pense de l'allégorie principale de cette série, et si tu l'as déjà vue, tu peux surligner l'espace ci-dessous avec ton curseur. 


Tout comme "Hill House" était une métaphore géante du deuil, "Bly Manor" est une métaphore géante des troubles mentaux, notamment via le personnage de Dani.

Dès le début, on voit que Dani souffre d'attaques de panique liées au traumatisme de la mort de son fiancé (dont elle se sent responsable). Ce trauma se superpose à sa lutte pour accepter sa sexualité (cf. cet épisode de panique où elle est LITTÉRALEMENT ENFERMÉE DANS LE PLACARD).

Une fois qu'elle est "possédée" par la dame du lac, la manière dont Dani entrevoit sa relation avec Jamie (profiter de chaque instant de bonheur, sa peur d'être un fardeau, de lui faire du mal) reflète bien le concept de vivre avec une personne atteinte de troubles mentaux. (Jamie doit constamment lui rappeler "J'ai choisi cette vie, tu n'es pas un poids", etc.) 

(On peut aussi voir une métaphore de la dépression quand Dani dit à Jamie qu'elle a l'impression de "marcher dans la jungle avec une bête sauvage, qui attend son moment pour me sauter dessus")

Mais il n'y a pas que Dani, tous les habitants de Bly Manor ont souffert de traumatismes : les enfants ont perdu leurs parents, Owen est en train de perdre sa mère, Hannah fait le deuil de son mariage, Peter a été maltraité par son père et, perpétuant le cycle de la violence, abuse émotionnellement de Rebecca, etc. Même la dame du lac est coincée dans ce cycle perpétuel (elle marche toujours sur le même chemin).

Mais ce n'est pas le seul propos intéressant dans "Bly Manor" : j'aime aussi beaucoup la juxtaposition des deux histoires d'amour que l'on voit dans la série : celle de Peter et Rebecca et celle de Dani et Jamie. (A un moment donné, Dani et Jamie discutent de l'idée que "l'amour n'est pas une question de possession", alors que Peter possède Rebecca (au sens littéral) pour l'empêcher de le quitter.)

Bref, voilà pourquoi cette série a conquis mon coeur et le haut de ce top 7, et voilà, ça y est, j'ai ENFIN dit tout ce que j'avais à dire sur mes séries pref' de 2020!

(On est juste en MAI, hein.)

Et toi, quels ont été tes coups de cœurs sériels l'an passé?

(Lâche tes commmmmzzzz)

dimanche 28 février 2021

Séries 2020 : le flop

C'est avec un (très) grand retard que je vous présente le moment le plus attendu de l'année par exactement une lectrice (coucou Sarah) : les séries que j'ai adoré, détesté, et adoré détester en 2020.

Bon, pour la catégorie "adoré détester", il n'y a guère eu que la saison 2 de The Alienist, qui, bien qu'excellente sous tous points de vue, m'a grave mis dans le mal, cf. cette correspondance avec force angles flatteurs:


(Et des bébés QU'ON KIDNAPPE DE LEUR BERCEAU LA NUIT!)

(Laisse tomber comment j'ai pas bien dormi pendant des semaines.)

Sans plus attendre (parce que dieu sait que je me suis déjà suffisamment fait attendre), on commence tout de suite par le plus rigolo : dire du mal des séries pour des raisons absolument subjectives et sans avoir une once de légitimité.



Mrs America



"Mais enfin Charlotte", te dis-tu en lisant ce titre, "Tu t'es trompée de catégorie!"

Car tu me connais bien (mais si!) et tu sais que cette série regroupe toutes les choses que j'adore :

1. C'est une mini-série (engagement minimal, plaisir maximal)
2. C'est une série historique qui se situe dans les 70's, décennie ô combien intéressante (#passionguerrefroide)
3. Ça parle de féminisme (heyooooo)
4. Ce CASTING MILLE ETOILES DE FIFOU!

Sérieusement, même si les trois premiers points n'avaient pas été au rendez-vous, le casting à lui seul m'aurait fait regarder la série : en tête d'affiche, Cate Blanchett, un monument de cinéma (et je ne dis pas ça QUE parce qu'elle était dans le Seigneur des Anneaux) (même si elle avait le rôle le plus difficile avec celui d'Elrond et qu'elle s'en est sortie IMPÉRIALEMENT, mais là n'est pas la question) et qui est tout simplement magistrale en Phyllis Schlafly, tête de file du mouvement anti-féministe aux Etats-Unis dans les années 1970 :


(La perfection, j'te disais)

Mais on trouve aussi dans cette série Rose Byrne, une si bonne actrice qui fait souvent de si mauvais films (miskine), et qui interprète ici la star de l'émancipation féministe outre-Atlantique, la glorieuse Gloria Steinem:


(Oui, c'était un jeu de mots facile)

Mais aussi Uzo Aduba, qu'on avait vue exceller dans Orange is the new Black:


Ou encore Sarah Paulson, une actrice criminellement sous-cotée, et qui resplendit ici de retenue, toute en passive-agressivité et rage refoulée :


Sans oublier ma pref' Margo Martindale, à qui POUR UNE FOIS on laisse jouer un autre rôle que la redneck du Texas :


Mais alors, si tout ce casting est si resplendissant, et que l'histoire est intéressante, pourquoi avoir mis la série dans cette catégorie?

Eh bien, parce que malgré les efforts en termes de réalisation, scénario et jeu d'acteurs (ah oui et la musique est tip top aussi), ben faut bien avouer qu'on se fait chier ma petite dame.

Sérieusement, la série ne décolle pas, ce qui est dérangeant pour une mini-série (où tu es quand même censé faire dans le synthétique). Et imagine un peu que je te dis ça alors que je suis féministe et que ce thème m'intéresse vachement! Même moi, coeur de cible de cette série, j'ai trouvé ça hyper chiant d'entendre pendant dix heures des débats sur les différents sous-genres des courants féministes du vingtième siècle.

Faut-il accepter les lesbiennes sous peine de s'aliéner Madame-tout-le-monde? Plutôt émanciper les femmes au foyer, ou les accepter pour leur choix de maternité? Et quid des femmes de couleur? Des questions somme toute intéressantes (en tout cas, pour moi), mais vraiment pas propices à ce genre de média.

(En fait, c'est le genre de questions que je préfère largement aborder en lisant des articles de presse, des livres, ou en regardant des débats, mais pas sous forme de fiction historique.)

En plus de ça, les personnages féminins se ressemblent tous beaucoup physiquement (pas merci la mode 70's), et peu d'entre elles ressortent suffisamment du lot pour qu'on s'intéresse réellement à leur histoire.

Du coup, je trouve ça dommage, parce que cette série avait beaucoup à offrir, mais si elle n'a pas réussi à convaincre une meuf comme moi, qui avait tout pour l'adorer, alors je me dis que les audiences n'ont sans doute pas été au rendez-vous. 

(Hulu, tout comme Netflix, tient ses audiences secrètes, on ne saura donc pas combien de téléspectateurs ont regardé la série jusqu'au bout.)

(Mais à mon avis, pas des masses.)

C'est doublement dommage, parce que la série aurait pu avoir un rôle éducatif important, et même si je ne suis personnellement pas fan du traitement "cinématographié" de Phyllis Schlafly (qui était une personne odieuse et ne méritait pas qu'on l'humanise à coups de scénario inventé), je comprends le principe de montrer qu'il y avait à l'époque, dans les deux camps, des arguments valides, et de ne pas tomber dans la facilité du "les féministes c'est toutes des héroïnes gentilles et courageuses, et les anti-féministes des grosses dindes sans cervelle".

Je reste donc sur ma faim avec Mrs. America, mais je lui mets quand même un 10/20 pour l'effort.


(Rien que ce passage mérite un bon point.)


The Morning Show


On prend les mêmes critiques que ci-dessus et on recommence:

"The Morning Show", donc, est la série-phare de la nouvelle plateforme Apple TV+, featuring une brochette de stars en pleine forme et des thèmes d'actualité, en mode "on est Apple TV, on est des fifous, on donne un coup de pied dans la fourmilière, on se prend pour HBO".

L'histoire : Mitch (Steve Carell), un présentateur de "morning show" (pense "Télématin", mais avec des audiences de ouf) est viré de son poste après 20 piges d'antenne, suite à un scandale sexuel dans le sillage des révélations #metoo. Sa partenaire à l'écran (Jennifer Aniston) doit se battre pour garder son boulot, tout en rivalisant avec sa nouvelle co-animatrice, une jeune journaliste combative (Reese Witherspoon).

Comme pour "Mrs America", sur le papier, la série avait tout pour me plaire : des acteurs que j'adore, un scénario original et d'actualité, et (on était en droit de s'y attendre) un sous-texte féministe, vu le sujet de la série.

Et, petit bonus personnel, ça me permettait de revoir Jennifer Aniston et Reese Witherspoon jouer les soeurs ennemies, comme à la grande époque:


(Cette série est tout pour moi et je m'en lasserai jamais, okay?)

Côté casting, parlons-en vite fait : rien à redire, tout le monde est en grande forme (même si Jennifer Aniston peine un peu à exister dans ses scènes avec Reese Witherspoon, qui crève l'écran).

Côté réal, on voit qu'Apple a mis de la thune dans le projet, parce que ça sent le solide : décors, éclairage, même la mise en scène se permet des plans un peu léchés, c'est très joli.

Côté féminisme, le propos est nuancé et le sujet (très houleux) est bien traité, notamment via le personnage de Mitch (le prédateur sexuel), qui n'est pas juste un gros porc baveux et libidineux comme on en voit souvent dans les fictions. Non, Mitch est un type sympa, marrant, intelligent, et on aurait presque envie d'avoir de la compassion pour lui... excepté le fait que, bah, c'est un prédateur sexuel. Et je trouve très criant de vérité le fait qu'il ne se remette pas en question et se sente, lui, victime d'une chasse aux sorcières parce que, selon lui, le sexe était consensuel, parce que techniquement la meuf n'a pas dit non.


Cependant, en dehors de cette sous-intrigue, le reste du scénar fait plutôt bâiller d'ennui (à bases de luttes de pouvoir intestines et d'histoires de pognon). Alors peut-être que la série résonne différemment aux States, mais en France, où les "morning shows" n'existent pour ainsi dire pas (et n'ont en tout cas certainement pas l'audience et le glamour dont ils jouissent outre-Atlantique), ben on se sent un peu hors sujet.

Autre point faible, la série a clairement été écrite pour reposer sur les épaules des deux persos principales, et du coup, les personnages secondaires sont bâclés et oubliables (c'est bien simple, en dehors de Mitch et Cory, le producteur, je ne me rappelle d'absolument aucun nom).

Au final, je suis assez perplexe, déjà face à l'existence de cette série, qui, au vu de sa substance, aurait franchement fait un bien meilleur film (je l'imagine mal tenir plusieurs saisons, quand j'ai personnellement trouvé que 10 épisodes tiraient déjà bien sur la corde). Mais soit, je suis prête à être ouverte d'esprit sur ce sujet (au vu des actualités, je peux comprendre qu'on soit frileux à l'idée de réaliser des films, même si le direct-to-TV ne semble clairement pas en effrayer certains) (HUMHUMDisney)

Ce que j'ai beaucoup plus de mal à comprendre, par contre, c'est ce budget absolument démesuré (15 millions de dollars PAR EPISODE, soit le même budget que FUCKING GAME OF THRONES) pour une série qui se passe entièrement sur un studio de télé!

(Alors oui, okay, je sais bien que les stars, ça coûte cher, mais soyons honnête, on se retrouve quand même avec un surplus de ouf même après que Jennifer Aniston ait touché son cachet!)

(Alors quoi, vous aviez des sandwichs au caviar sur le plateau, ou comment ça s'est passé?)

Mais, au-delà de la question "comment avez-vous réussi à dépenser tellement de pognon pour une série qui nécessitait littéralement deux chaises et une table?", se pose surtout la question du "pourquoi?" Qu'est-ce qui a poussé Apple à tellement investir dans "The Morning Show", et pas ailleurs?

Ma théorie personnelle est qu'ils espéraient surtout s'acheter une crédibilité en faisant une série qui allait rafler plein de récompenses, et ainsi se poser en concurrent sérieux aux autres plateformes de streaming. (C'est loupé, ils ont juste eu un Emmy, et c'était pour meilleur acteur dans un rôle secondaire.)

Et tout le monde sait qu'il n'y a rien que l'industrie audiovisuelle aime tant que les productions qui parlent de l'industrie audiovisuelle.

(HUMHUMLa-La-Land.)

Et en parlant de s'auto-sucer la bite, devinez de quelle série on va parler pour la suite?


Hollywood


Une série qui m'a moins déçue que "Mrs America", mais alors c'est vraiment parce que je n'en attendais rien, hein.

Encore une minisérie (ça se voit que j'ai moins le temps de regarder des séries depuis que j'ai fait des mômes?) mais ce coup-ci sur Netflix, "Hollywood" est une version fictive de l'Age d'Or Hollywoodien (post-Seconde Guerre Mondiale), réalisée par le célèbre Ryan Murphy, prolifique scénariste et producteur notamment à l'origine de séries comme "Glee" ou encore "American Horror Story".

(Deux facettes bien différentes.)

Et c'est clairement plus à "Glee" que cette série est apparentée, toute en acteurs beaux gosses, paillettes et cul-culserie.

Sur les points positifs, je dirais que la production est de qualité (notamment au niveau des décors, des costumes, et des coiffures, tous magnifiques) et.... bon.... attends, je vais trouver un autre truc positif, laisse-moi une minute.

En attendant, démarrons sur le négatif : les acteurs sont mauvais, voilà, c'est dit, c'est fait, ne revenons pas dessus, je sais que vous êtes tous in love de Darren Criss depuis qu'il était dans la comédie musicale Harry Potter, mais regardez la vérité en face, il sait peut-être chanter, mais il ne sait pas jouer.


(Aussi, je crois que j'ai jamais vu un gars incarner un personnage hétérosexuel de façon aussi peu convaincante.)

(Chaque scène avec sa copine, mais on dirait des cousins quoi, j'ai jamais vu aussi peu d'alchimie.) 

(Et je sais que pourtant cet acteur est hétéro, c'est dire s'il est mauvais.)

Alors là, je m'acharne sur Darren Criss, mais rassurez-vous, TOUT LE MONDE est mauvais dans cette série! Les gars, les meufs, c'est le festival des mauvais rôles (Palme d'Or au faux Rock Hudson, encore plus mauvais que le vrai) (qui n'était de base pas gégé).

Il n'y a vraiment guère que Patti LuPone qui sauve la mise, mais cette femme est un trésor, et elle est parfaite partout, tout le temps:


Mais le vrai souci de la série, c'est son scénario.

Ryan Murphy a en effet pris le parti de ne pas faire de "Hollywood" une série historique, mais plutôt une sorte d'uchronie : que se serait-il passé si l'industrie du cinéma avait osé prendre des risques pour inclure plus de diversité au sein de ses productions?

La série mélange les personnages inventés de toutes pièces (comme Jack, le protagoniste de départ, ou encore Camille, la jeune étoile montante) et les personnages inventés de toutes pièces aussi, mais avec des noms de vrais gens (Rock Hudson, Henry Willson, et un panel de caméos).

Et c'est là l'un des soucis de la série : le grand écart avec la réalité est tellement vertigineux que ça passe encore plus mal en utilisant des vrais personnages de l'époque.

Car s'il est bien établi aujourd'hui que le vrai Rock Hudson était, sinon gay, du moins bisexuel, à l'époque, il n'aurait jamais pu songer à faire son coming out; déjà, parce que la pratique du coming out n'existait pas, et pourquoi ça déjà? Ah oui, parce que non content de ruiner sa carrière, il serait surtout allé en PRISON, parce que l'homosexualité était pénalement répréhensible en Californie jusqu'en 1976.

(Et si tu trouves que c'est tard, dis-toi que, pour tout le Sud des Etats-Unis, la sodomie n'a été décriminalisée qu'en 2003.)

(DEUX MILLE TROIS.)

(LE VINGT-ET-UNIÈME SIÈCLE.)

Le seul personnage à peu près fidèle à son vrai alter ego est celui d'Henry Willson, un agent proche de la mafia qui forme de jeunes acteurs, et au passage les abuse verbalement, mentalement, physiquement et sexuellement.

(Rien que ça.)

C'est un choix que je ne m'explique pas, d'avoir gardé un personnage qui colle avec le vrai Hollywood des années 50, quand il n'a clairement rien à faire dans la version Bisounours de Ryan Murphy.

Oui, parce que le concept de base de la série ne me dérangeait pas en soi : après tout, je suis une optimiste, j'aime la vie, j'aime l'amour, j'aime les fleurs et les chansons, et un peu de mièvrerie n'a jamais fait de mal à personne.


Un peu.


J'AI DIT "UN PEU", RYAN!


Le souci, c'est que "Hollywood" va trop loin.

Je veux bien suspendre mon incrédulité pour accepter que les gros studios des années 50 acceptent de faire un film à gros budget avec une actrice noire en rôle principal (et pourtant dieu sait que, même aujourd'hui, ça n'arrive presque jamais), mais la série ne sait pas où s'arrêter.

D'épisode en épisode, Ryan Murphy semble tomber de plus en plus profond dans son délire, et nous pond un final ahurissant, où "Meg" (le film avec l'actrice noire en rôle principal) montre un baiser interracial (ce qui n'est pas arrivé dans le vrai Hollywood avant 1967 et Sydney Poitier), puis rafle tous les Oscars, dont meilleure actrice, pour une actrice noire (ce qui n'est pas arrivé dans le vrai Hollywood avant 2002) et meilleur scénario, qui récompense un homme noir (ce qui n'est pas arrivé dans la vraie vie avant BORDEL DE MERDE 2018 pour "Get Out" mais vous êtes sérieux Hollywood?). 

Par la suite, "Meg" devient un succès mondial, et anéantit le racisme.

Littéralement.


(AH BON BEN C’ÉTAIT FACILE EN FAIT.)

Mais, non content de résoudre le racisme pour toujours, "Meg" arrive aussi à éradiquer l'homophobie en sus, puisque Rock Hudson fait son coming-out lors de la cérémonie des Oscars en embrassant son petit ami (le scénariste oscarisé) devant la foule des photographes... sans aucune répercussion. 

Il ne va pas en prison, ne fait l'objet d'aucune enquête policière, sa carrière n'est pas affectée, et, un an plus tard, le premier projet de film avec en tête d'affiche un couple homosexuel est validé par les studios. (Alors que, dit-elle avec un soupir, dans la vraie vie, on a dû attendre 2005 et "Brokeback Mountain") (Allez, soyons généreux, et disons 1993, avec "Philadelphia").

Et je comprends ce que Murphy essaye de dire : les studios sont un moteur de changement social, et ont une responsabilité à endosser en montrant de la diversité à l'écran, d'accord.

Mais il est évident que le pouvoir du cinéma est limité. Un film ne peut pas changer le monde, ni en 1950, ni maintenant. Le progrès social se fait à petits pas, et oui, c'est rageant, mais c'est comme ça.

Donc, quand je vois "Hollywood" me dire:

- On a fait un seul film, une fois, avec une actrice noire, et ça y est, y'a plus de racisme!

Je trouve que ça a l'effet inverse de celui que Murphy cherchait : au lieu de faire réfléchir sur le pouvoir de la pellicule, il ridiculise des décennies de lutte acharnée, en mode : "Y'avait qu'à" : Y'avait qu'à faire des productions inclusives, et le monde aurait tout de suite changé dans le bon sens.


(NOOOOON)

Pour moi, la cerise sur le gâteau de cette série en mode auto-fellation, c'est la scène où Eleanor Roosevelt (alors First Lady) explique à sa copine, la productrice de cinéma, à quel point la représentation au cinéma est importante, en mode "nan mais la politique c'est bien beau, mais on a bien peu d'influence à côté du CINHEMAAAA".


(Pitié)

Bref, à moins de raffoler de la guimauve, passe ton chemin.


Vikings


J'ai suivi "Vikings" depuis la saison 1, et ça a toujours été une série chère à mon coeur (si on met de côté le fait qu'elle est produite par History Channel et ose, OSE, MAIS OSE SEULEMENT se décrire comme "historiquement fidèle") (alors que LOL).

(Mais en vrai, ça on s'en fout, on regarde pas une fiction comme on regarde un documentaire, donc moi je m'en balek que tout le monde ait les dents blanches, que les costumes soient en coton-polyester, et que les Francs, ce peuple CLAIREMENT GERMANIQUE, aient un accent parigot du XXIè siècle.)


(Je m'en remets pas et ça fait genre six ans, les gars)

Bref, faisant fi du réalisme historique, la série me plaisait bien.

Mais force est de constater que, depuis la disparition de Ragnar Lothbrok (en 2016, ça remonte déjà), la série n'a fait que péricliter.

Ben oui, quand on mise tout sur le talent et le charisme d'un seul acteur, et qu'ensuite on tue son personnage, forcément, ça coince.


 (Tu nous manques, Travis)

Alors, certes, la série avait d'autres atouts (notamment de très bonnes chorégraphies dans les premières saisons) mais a peu à peu délaissé les scènes de bataille pour des intrigues plus politiques, et perso je trouve ça bien dommage. Pas parce que j'aime pas les intrigues politiques, mais parce que, maintenant que vous faites parler vos acteurs, on voit quand même beaucoup mieux à quel point ils sont mauvais.

C'est l'un des gros soucis de la série post-Ragnar : maintenant que Travis Fimmel ne crève plus l'écran, tous les autres acteurs peinent à remplir le vide, et pfiou, mais les gars, vous avez toujours été nuls ou bien vous en avez juste plus rien à foutre?

J'veux dire, on sait bien que Rollo n'a jamais été très bon, mais de toute façon c'était pas vraiment les expressions de son visage qu'on regardait, si tu vois c'que j'veux dire:


(Hello)

Mais là, force est de constater que les acteurs en font tous beaucoup trop (salut Floki, salut Ivar, sentez-vous visés) ou, à l'inverse, semblent juste regarder dans le vide en attendant qu'on dise "coupez".


(Groud Control to Major Lagertha)

Même les noms connus font n'importe nawak, cf. un Jonathan Rhys Meyers qui a probablement dû se faire payer en vodka et rails de coke tellement sa prestation est hallucinée.

Bref, après m'être péniblement farcie la saison 5 en mode "allez, ça passe", j'ai démarré la saison 6, et, à la moitié de l'épisode 1, j'ai dit à Fla :

- Pfouuu dis donc il est long cet épisode! Ils les ont rallongés ou quoi? Tu peux regarder si on est bientôt à la fin, sinon je vais me coucher.

Et non, en fait, ça faisait que vingt minutes qu'on était devant la télé.


(T'as raison, Ragnar, on se casse.)

J'ai quand même terminé l'épisode, puis je me suis demandé si j'allais regarder la suite, et je me suis posé la question qui tue (alias la question que je me pose à chaque fois que j'hésite à arrêter de regarder une série dans laquelle je me suis déjà pas mal investie) (cf. Big Bang Theory, The Walking Dead, Better Call Saul, et j'en passe).

Est-ce que je me soucie du sort de ces personnages?

Et le verdict était sans appel : clairement, non.

Floki peut bien crever sur son île pourrie, Ivar peut bien crever chez les Rus' de Kiev, et même mon chouchou Bjorn Ironside peut bien continuer à faire je sais même plus quoi, sans déconner j'ai même pas suivi c'était quoi l'histoire avec Bjorn tellement je m'en bats les steaks de vous tous, vive Ragnar, tchao.



La Révolution


Alors, je vais pas ajouter (trop) d'eau au moulin, cette série a déçu beaucoup de gens.

Pourtant, sur le papier, encore une fois, ça paraissait sympa : nous sommes en 1787 dans une réalité alternative, et, alors que la révolte gronde chez le peuple asservi de France et de Navarre:


Une mystérieuse maladie commence à se propager chez les nobles : le "sang bleu", qui pousse ceux atteints à tuer des gueux et se repaître de leur chair (mais les rend au passage immortels, et aussi leur rend littéralement le sang bleu).

Et déjà, rien qu'en écrivant ce synopsis, j'ai dû me retenir de ouf pour pas coller des commentaires sarcastiques partout.

Et ce n'est pas par rapport au projet de base "crossover série historique et film de zombies", ça, au contraire, je trouve que c'était plutôt une bonne idée.

J'veux dire, on comprend dès les premières secondes que la série n'a aucune velléité historique, donc je suis tout à fait prête à suspendre mes lunettes de nerd et mes "Heu mais ça en vrai ça existait pas à l'époque, hein", puisqu'il est très clair qu'on est dans une série fantastique, pas historique.

(Contrairement à "Vikings", où on a le droit d'être pète-couilles.)

Le côté allégorique de la maladie infectieuse ne me dérangeait pas non plus, mais, MAIS MAIS MAIS, quand on fait dans l'allégorie, les enfants, il faut être subtil.

SUBTIL.


BORDEL MAIS J'AI DIT "SUBTIL!"


(Pitiéééééé)

Sans déconner, cette série a beaucoup de problèmes, mais le principal, c'est celui-là : les dialogues ont l'air sortis d'une pièce de théâtre amateur écrite par des lycéens de Première L qui viennent de découvrir Marx.

T'as constamment l'impression que la série te donne des coups de coudes en mode "EH! T'AS COMPRIS?! ON FAIT UNE RÉFÉRENCE !!!"


("Eh ! T'as compris? C'est parce qu'ils les mangent! Littéralement!")

En soi, la métaphore aurait pu passer, mais là, c'est beaucoup trop appuyé pour que ça soit agréable. J'avais sincèrement l'impression que la série doutait beaucoup trop de l'intelligence de son public, et se sentait obligé de lui tenir la main. Ce qui est assez étrange, parce que le scénario, de son côté, part dans tous les sens, et là par contre, on ne t'explique RIEN!

Y'a un virus aux origines jamais expliquées et aux pouvoirs hyper flous (mais du coup, ils meurent quand on leur coupe la tête, ou pas?), des histoires de vaudou (OK?), un arbre magique (?), et une gamine qui a des pouvoirs psychiques, ça on sait, par contre on sait ni lesquels, ni pourquoi, ni comment.

(Et l'annulation de la série va sans désespérer les fans, parce que les créateurs comptaient clairement sur une suite pour nous donner des réponses.)

Le jeu d'acteur est globalement catastrophique, mais les pauvres ont probablement fait du mieux qu'ils pouvaient, handicapés par des personnages unidimensionnels dignes d'une télénovela, et des dialogues lourdingues et répétitifs (cf. la réplique "la colère gronde", répétée trois fois par épisode) qu'ils doivent déclamer avec sérieux et qui en deviennent involontairement comiques :



(Des fois, tout est dans la didascalie.)

(Vous noterez aussi les ongles sales et crochus du roi, pour qu'on comprenne bien à quel point il est fort méchant.)

Après, tout n'est pas à jeter : les décors, les costumes, la musique, la lumière et la mise en scène sont beaux, somptueux et très bien exécutés (même si le montage nous donne par fois un tout petit peu l'impression d'être dans un clip de Mylène Farmer).

Je terminerai sur une note positive : la série aura au moins eu le mérite de faire briller les comiques du web, cf. ce billet Tumbr qui me fait encore rire aujourd'hui :



Bref, c'est tout pour le négatif, je te dis rendez-vous dans quatre mois (au rythme où j'écris) pour te parler de mes séries pref de 2020!

Des bisous.