

(Moi je dis qu'il y a une arnaque quelque part)
Au moment de l'inscription dans les TD d'anglais du deuxième semestre, je devais choisir un groupe pour la littérature britannique.
Le premier groupe c'était "La poésie lyrique en Angleterre du Moyen Age à la mi-Renaissance ; forme et aspects de la rime trochaïque". Donc j'ai dit nan moyen.
Le deuxième groupe c'était : "Herman Melville, génie incompris sauf par nous les profs de littérature", puisque tout les gens normaux qui ont essayé de lire Moby Dick jusqu'à la fin se sont tous pendus avec leur ceinture, leurs lacets, le fil de leur souris, leur câble Vialis, y'en avait même un qui avait la wi-fi eh ben il a essayé quand même.
Et là je me suis souvenue de mon expérience traumatisante avec Moby Dick, un an et demi pour le finir (à cette époque-là j'abandonnais jamais, jamais un bouquin quand je l'avais commencé, et même aujourd'hui ça m'arrive qu'avec du Marc Levy) et je me suis dit que jamais au monde je ne me soumettrai à la torture de relire le chapitre de trente-deux pages intitulé "La tête de la vraie-baleine, vue contrastée". Et les schémas, oh, Hitchcock tout-puissant, les schémas. J'en ai les yeux qui saignent rien que d'y repenser.
Après les gens ils s'étonnent quand je leur dit que j'ai lu le Seigneur des Anneaux trois fois en français et deux fois et demi en anglais (je suis à la moitié là) en comptant la préface, les cent premières pages sur la culture de l'herbe à pipe dans le quartier Sud de la Comté, les annales de tous les rois du Gondor, les règles de grammaire elfique, l'étude des noms propres chez les orques, tout.
Les gens ils me regardent comme si je venais de leur avouer que mon hobby préféré c'était de balancer des sacs remplis de chatons contre des murs, et ils disent :
- Ah ouais, t'es une vraie fan, hein.
Mais en fait non (enfin si, mais juste un peu). C'est simplement que Herman Melville a redessiné toute ma géographie personnelle de la chiantise. Moby Dick, c'est l'ultimatum, c'est le boss de fin de niveau, c'est le mètre-étalon de tous les La Bruyère, Flaubert, Balzac et autres Yves Bonnefoy.
Donc j'ai pris le troisème groupe : "Richard II, la tragédie historique chez Shakespeare". Shakespeare, alias le mec absolument génial et sur-kiffant, que j'ai lu Roméo et Juliette cinquante fois en pleurant, que j'ai lu Hamlet et ensuite je détestais toute l'humanité pendant trois mois, que j'ai lu Macbeth et c'est là que j'ai réalisé que Tolkien lui avait tout piqué (Eh dis-moi John Ronald Reuel, le coup du "aucun homme ne peut me tuer" c'était un peu gros quand même)
Donc j'étais contente.
J'achète mon petit livre, et le mec me dit qu'il reste qu'une édition bilingue. Là je me dis "Haha naïf enfant, comme si j'avais besoin d'une édition bilingue, c'est pas comme si je partais en Angleterre l'an prochain". Et puis j'ouvre le livre, et je vois ça :
- Old John of Gaunt, time-honoured Lancaster,
- Hast thou, according to thy oath and band,
- Brought hither Henry Hereford thy bold son,
- Here to make good the boisterous late appeal,
- Which then our leisure would not let us hear,
- Against the Duke of Norfolk, Thomas Mowbray?
Peut-être qu'ils m'autoriseront à rejoindre le groupe 2 à la rentrée.



