dimanche 30 octobre 2016

L'Instant Kiwi: un long week-end à Whanganui


Et donc le week-end dernier c'était Labour Day, et comme tous les longs week-ends, Flaxou et moi on est partis à l'aventure.

On a décidé d'aller dans un endroit où on n'était jamais allé, et mine de rien ça commence à nous restreindre quelque peu – après 4 ans, quand même – parce qu'on a visité à peu près tous les endroits accessibles du pays.

Du coup, maintenant, on est un peu obligés de partir dans les vraies aventures de bonhomme, genre les parcs nationaux de huit millions d'hectares où y'a ni routes, ni maisons, et où tu marches trois jours au milieu de la forêt avec tout ton barda sur le dos.

Sauf que comme on n'est pas des sado-masochistes, on n'avait pas vraiment envie de marcher trois jours au milieu de la forêt avec tout notre barda sur le dos – pardon, mais je ne comprendrai jamais les gens qui disent que c'est une activité fun.

- Ha c'était magnifique, on a marché trente kilomètres par jour pendant quatre jours et on a dormi sous une tente microscopique dans des draps qui puent, c'était tellement revigorant! Je me sens super relaxée, j'ai rechargé mes batteries à bloc, hihi!

NOPE, désolée Micheline j'y crois pas, y'a pas moyen que ce soit "revigorant" de bouffer de la farine et de mariner dans du jus de chaussettes sales pendant des jours.

Donc pour moi, les week-ends rando, c'est mort: autant je saisis parfaitement l'attrait de courir dans la forêt pendant des jours, autant l'idée de devoir porter une charge de mille kilos sur mon dos par monts et par vaux, merci mais non merci.

(Bah oui parce que moi il me faut minimum deux litres d'eau par jour, déjà.)

(Ou alors le week-end rando devient très vite le week-end cystite.)

D'autant que c'est triste mais je ne suis plus la petite sauvageonne que j'ai été, et niveau confort, je suis un peu une princesse, donc laisse béton, tu m'entendras jamais qualifier un week-end où tu dors sur des cailloux et tu te toches avec des fougères de "relaxant".

Fort heureusement, il existe un endroit magique en Nouvelle-Zélande où l'on peut concilier l'amour de la forêt vierge et de l'aventure et l'amour de pas flinguer son dos et ses pieds, et cet endroit, c'est le parc national de Whanganui.


Le parc de Whanganui (ou Wanganui, on peut dire les deux) (l'orthographe officielle du moment c'est Whanganui, mais ça change à chaque pleine lune, alors on va pas enculer les mouches) BREF le parc de Whanganui est une réserve naturelle de plus de 700 kilomètres carrés, construit autour du fleuve Whanganui ("le grand estuaire" en Maori).

Le fleuve est l'un des plus grands de Nouvelle-Zélande, et a été appelé par les Français "le Rhin de la Nouvelle-Zélande" (heu....okay).

(C'est une rivière, quoi.)

(C'est un peu leur seul point commun.)

(A ce moment, là, moi aussi je peux m'amuser hein.)

(A partir de maintenant, le Tongariro sera connu sous le nom de "Ballon des Vosges de la Nouvelle-Zélande", deal?)

La particularité du parc de Whanganui, c'est que le meilleur moyen d'admirer sa beauté pleinement, c'est de descendre la rivière en canoë plutôt que de traverser la forêt à pied.

Du coup, tu imagines un peu notre bonheur quand on a appris qu'on pouvait avoir le beurre et l'argent du beurre en faisant une "rando" de plusieurs jours au milieu du bush, MAIS sans avoir à faire d'efforts ou porter des trucs lourds.

(Et en plus on pouvait dormir dans un refuge et pas sous une tente – bim, sourire de la crémière.)

C'est donc plein d'entrains qu'on s'est mis en route vers Raetihi, où nous attendait notre canoë de location – non sans un petit arrêt autour des volcans du plateau central, parce que si déjà on passe à côté, on va pas cracher dessus:


(Franchement, ça donne pas envie?)

On a donc osé le détour de deux heures, juste le temps de faire une petite balade et manger notre takeaway acheté sur la route (big up à Flaxou qui a trimballé son petit tupp' en polystyrène à la main jusqu'à ce qu'on trouve un coin sympa pour pique-niquer) (bah oui mais quand on veut des frites, on assume).


(Ça va, la vue était PAS MAL.)

Après cette pause, donc, c'était direction Raetihi pour la nuit, et le lendemain, c'était parti pour deux jours de canoë – non sans un briefing pas flippant du tout:

- Bon, comme vous vous en doutez, il n'y a pas de réseau sur la rivière, donc s'il vous arrive quelque chose, vous ne pourrez prévenir personne.
- ....
- Mais pas d'inquiétude, on connaît votre itinéraire, donc on pourra venir vous chercher si jamais on ne vous voit pas arriver au refuge à la tombée de la nuit.
- Et si on a une urgence?
- Alors on vous donne un tracker GPS; si vous avez un souci urgent, par exemple si vous avez besoin de soins médicaux, appuyez sur le bouton, et on enverra un hélicoptère de secours pour vous chercher.
- Ah, c'est chouette.
- Oui par contre l'hélico met deux heures à arriver, donc j'espère que vous êtes qualifié en premiers secours, haha!


Mais c'est pas grave, on est des oufs, moi j'ai mon certificat de premiers secours (qui me sert à rien dans des cas de ce type, mais c'est pas grave, au pire du pire je sais faire un garrot, et si tu me donnes du fil dentaire je peux te faire une suture) (oui, okay, ce sera une suture de type "ourlet de pantalon", mais quand on est dans la jungle on fait pas le difficile).

C'est donc le coeur plein de joie qu'on s'est mis à l'eau:


(Passion gilet de sauvetage)

Comme je suis une quiche en canoë, j'étais à l'avant, AKA la place des quiches (où t'as juste besoin de savoir pagayer) et Flaxou, fort de ses années d'expérience en colo EDF, faisait le gouvernail à l'arrière – ce qui veut dire qu'il nous amenait au milieu du courant quand y'avait des rapides, et ensuite il branlait plus rien.

- Pagaye plus fort, Cha!
- Ouais enfin toi je t'entends pas pagayer!
- Non, mais ça c'est parce que je... manie le gouvernail.
- Ah bon?
- Non non, te retourne pas, tu vas nous faire chavirer! Regarde droit devant, toujours droit devant.

IL A BON DOS LE DROIT DEVANT, HEIN.

(Flemmard.)

Mais malgré cette trahison évidente, c'était quand même une journée géniale.

(On a vu des chèvres sauvages et une fois y'avait un bébé chèvre avec sa maman, j'vois pas comment tu peux faire mieux, honnêtement.)


(Bon et aussi le paysage était PAS MAL.)

Après plusieurs heures de pagayage et de repas en boîte, on est arrivés en début de soirée à notre refuge pour la nuit, John Coull Hut, où on a pu s'asseoir pour un repas à base de crackers et de poulet en conserve – ce qui aurait été supportable si y'avait pas eu les gens les mieux préparés du monde juste à côté de nous, qui avaient emporté des glacières et se faisaient cuire des steaks et des patates douces.


(3615 gros seum) 

Mais on a profité pour discuter avec d'autres êtres humains – ce qui n'était pas facile pour tout le monde:

- Chaaaaaaa!
- Quoi?
- Je m'ennuiiiiiiie!
- Ben chais pas moi, va discuter avec des gens.
- Mais j'aime pas les geeeeennns!
- Ben va lire un magazine.
- Mais j'aime pas liiiiire!

(Vis ma vie avec un enfant de cinq ans et demi.)

Finalement, j'ai réussi à convaincre Flaxou de s'asseoir dans un coin avec un National Geographic, et là, le miracle: il s'est fait un copain.

- Eh, tu l'as trouvé où le National Geographic?
- Y'en a une pile dans la cuisine.
- Y'a des articles bien?
- Oui, là j'en lis un pas mal sur les parasites.
- Ah j'adore les parasites! Quand j'étudiais la microbiologie on avait étudié la douve du foie de mouton, tu connais?
- HAN!
- Quoi!
- Mais la douve du foie de mouton c'est mon parasite préféré!!


(Apparemment les randonnées canoë attirent les biologistes, voilà comme ça t'es prévenu.)

Bref, après une nuit super fêtarde (on s'est tous couchés à 20h30 parce que la nuit était tombée et qu'il y avait plus rien à faire à part discuter dans le noir) et un réveil en fanfare (6h du mat, enfin bon du coup c'était comme une grasse mat' en fait), on a pris un petit-déjeuner fort équilibré, à base d'eau froide et de lembas:

- Elles ont l'air bonnes tes barres de céréales, Charlotte, c'est fait maison?
- Oui.
- Y'a quoi dedans?
- Du muesli, du sucre, du beurre, du sirop d'érable, du miel, des noisettes, des noix de cajou, des noix de pécan, des noix du brésil, des raisins secs, des cranberries, des pommes séchées, des baies de goji, et du beurre de cacahuète.
- ....
- Je voulais rajouter des pépites de chocolat, mais j'en avais plus.


(Tu comprends pourquoi Flaxou appelle ça du lembas.)

Et puis on s'est remis en route (pendant que les gens les mieux préparés du monde se faisaient griller des toasts à la banane et à l'avocat) (qui sont ces gens, quels sont leurs réseaux?)


Et après quelques heures de pagayage, on est arrivés à notre destination finale: THE BRIDGE TO NOWHERE.

Le Bridge to Nowhere est, exactement comme son nom l'indique, un pont qui ne va nulle part. En gros, tu gares ton canoë le long de la berge, tu marches 45 minutes sur un sentier au milieu du bush, et là, y'a un pont en béton qui traverse une gorge, et de l'autre côté... y'a rien.

En fait, le pont a été construit au début du XXè siècle dans l'optique d'exploiter la vallée de Mangapurua. Le gouvernement avait décidé de donner la terre aux soldats revenus de la Première Guerre Mondiale pour qu'ils puissent construire leur ferme dans le bush – avec l'espoir de fonder une ville une fois suffisamment de monde installé.

Sauf que non, sauf que pas du tout.

Parce que oui okay, dans la vallée de Mangapurua, y'a de l'eau, mais c'est un peu tout ce qu'il y a, en fait. Et c'était une super mauvaise idée de s'installer près du fleuve Whanganui, parce qu'il a environ quarante mille affluents, et c'est donc un fleuve qui est en proie à des crues soudaines et brutales en permanence.

(Du coup les mecs se défrichaient péniblement un lopin de terre, et HOP CRUE SOUDAINE a pu d'champ!)

Donc bon, les mecs ont vite renoncé à faire pousser quoi que ce soit, tout le monde s'est cassé, et le bush a bien vite repris sa place dans la vallée – à tel point qu'aujourd'hui, la seule trace qui reste de cette tentative ratée de colonisation, c'est ce pont qui part de nulle part pour aller nulle part.


(Un exemple parfait de la logique Kiwie dans toute sa splendeur.)

Le point positif de toute cette histoire, c'est que le Bridge to Nowhere est maintenant une curiosité locale qui attire les touristes et fait prospérer la région – parce que la majestueuse splendeur de la forêt vierge, c'est bon pour attirer les étrangers, mais si tu veux faire venir du Kiwi quelque part, il faut l'appâter avec des monuments, sinon il fera jamais le déplacement.

- La nature? Pfff relou, y'en a partout, c'est bon.
- Oui mais là y'a un vieux bout de béton moisi au bout.
- Super, on est partis!

Bref, le Bridge to Nowhere était censé être la fin de notre voyage en canoë.

 En effet, la descente entière de la rivière se fait en trois jours, mais Flaxou et moi on n'avait que deux jours de dispo avant de devoir rentrer à Auckland. "Qu'à cela ne tienne", nous a dit l'agence de location de canoës, "Vous avez qu'à faire la moitié du chemin, et on viendra vous chercher le second jour en jetboat pour vous faire descendre le reste de la rivière en mode express".

On arrive donc en avance au Bridge to Nowhere, et là, on tombe sur un jetboat amarré avec son conducteur dedans (qui avait la tête de Tywin Lannister qui aurait oublié de se laver). On lui tient donc à peu près ce langage:

- C'est vous qui passez nous chercher tout à l'heure?
- Oui, c'est moi. Par contre j'ai prévenu le camping ce matin que je pourrais pas venir vous chercher à 14h, ce sera 16h.



(Génial.)

- Mais ça nous arrange pas des masses, en fait, parce qu'on doit faire la route jusqu'à Auckland ce soir. Il n'y a personne d'autre qui pourrait passer nous chercher?
- Non, c'est juste moi. Par contre, là, j'attends un groupe de touristes qui sont allés voir le pont. Ils seront de retour dans une heure. Si vous arrivez à faire l'aller-retour dans les temps, je peux vous prendre avec moi maintenant, du coup vous arriverez plus tôt que prévu.

On est donc partis au pas de course dans la forêt (avec nos bottes en caoutchouc aux pieds et tout) dans l'espoir fou de faire en une heure un chemin qui met une heure et demie.

(Sachant que bien entendu c'était un sentier qui grimpait, et que j'ai des jambes de trente centimètres de long.)

On est arrivés au pont, on est restés littéralement la seconde qu'il m'a fallu pour faire ma photo, et on est repartis en trottant manu militari.

Finalement, on est arrivés essoufflés et épuisés sur la jetée, mais PILE A L'HEURE.

(Mon âme germanique était en extase.)

Et là, le bateleur nous regarde et nous dit:

- Ah bah dis donc, vous avez fait vite!

Nous, très fiers, on opine du chef en reprenant notre souffle.

Puis le mec nous sort:

- Bon par contre là j'peux pas vous prendre en fait, j'ai plus de place dans le bateau.


Et le type d'enchaîner:

- Non mais reprenez votre canoë et continuez à pagayer le long de la rivière, moi je passerai vous prendre sur le retour.


- Au final, vous aurez, quoi? Une heure, une heure et demie de retard? Ça va!

MAIS JE VAIS T'ENFONCER UNE PAGAIE DANS LE CUL, TYWIN, ET ON VERRA SI CA VA!

ON A COURU A TRAVERS LA FORET COMME DES TEU-BE PARCE QUE T'ES PAS FOUTU DE COMPTER LES CONNARDS QU'IL Y A DANS TON BATEAU, ET MAINTENANT TU VEUX NOUS FAIRE PAGAYER??

Ça, c'était bien évidemment ma réaction interne, en vrai j'ai rien dit.

(J'allais pas me mettre à dos le seul gus qui pouvait nous ramener à la civilisation.)

A la place, je l'ai juste regardé partir avec mon plus bel oeil torve:


(En plus le mec a foutu de l'eau partout avec son jet-ski à la con, ça a fait une flaque dans le siège de mon canoë, et du coup à cause de lui j'ai eu le cul mouillé pendant trois heures, PAS MERCI JEAN-MICHEL CONNARD.)

Donc on s'est remis en route un peu dépités, mais Professeur Flaxou l'amoureux des bois avait vite oublié ce contretemps, en mode "plus je passe de temps loin de la civilisation, mieux je me porte":


Par contre, moi, j'ai boudé.

MAIS BOUDÉ.

J'AI BOUDÉ COMME JAMAIS PERSONNE D'ADULTE N'A BOUDÉ AUPARAVANT.


Et Professeur Flaxou, en essayant de me remonter le moral, en ajoutait encore une couche:

- Non mais Cha, ça nous donnera l'occasion de découvrir la rivière un peu plus! Okay on a mal partout et t'as froid au cul, mais c'est pas si gênant!


- Non mais tu sais, là je fais les calculs dans ma tête et c'est pas si mal! On arrivera à Auckland, il sera, quoi, minuit? Minuit et demie, à tout casser? Ça nous fait genre six heures de sommeil, c'est large!


(Essaye même pas de me parler.)

Bon, au final, j'ai boudé une-demi heure, après on a vu une maman canard avec plein de petits canetons tous duveteux, alors on a fait une pause pour les regarder et ensuite Flaxou m'a donné du chocolat, alors au final c'était quand même bien.


(Et aussi, le paysage était vaguement sympathique.)

Au final, on est arrivés à Auckland à 22h30 – parce qu'on avait calculé les distances avec le traffic, mais bien évidemment y'en avait pas, puisqu'on s'est mis en route à 18h, quand tout le monde à Auckland était déjà chez soi en train de manger le dîner.

On était tellement grisés par notre vitesse qu'on s'est même permis un petit arrêt pipi-dîner:

- Ah, ça va faire du bien d'avoir de la vraie bouffe, après deux jours de viande en conserve! Tu veux manger qu...
- BURGER KING!
- Okay, oublie ce que j'ai dit, du coup.

samedi 15 octobre 2016

L'Instant Aucklandais : les élections municipales



Et sinon l'autre jour j'ai voté aux élections municipales d'Auckland.

Et quand je dis "j'ai voté", tu t'imagines peut-être que c'est un truc qui m'a prix deux minutes; hop on marche jusqu'à l'école maternelle, on met un bulletin dans une urne, et roulez jeunesse.

Mais QUE NENNI ma bonne dame.


Là, faut élire un gus, et ensuite élire TOUS LES MECS qui vont bosser dans son équipe!


(C'est épuisant de nous demander notre avis comme ça, tout le temps.)

(Sérieux, si y'a des Suisses qui me lisent : les gars, je sais pas comment vous faites.)

Nous en France on élit un mec une fois tous les trois-quatre ans, et après le mec pistonne tous ses amis bons à rien, et nous on peut faire des barbecues tranquilles sans devoir se casser la binette sur les dix-sept gens qui vont nous représenter.


Mais là, Flaxou et moi, on a dû passer une après-midi entière à choisir:

- 1 maire

- 1 conseiller municipal
- 4 membres du conseil d'administration local (qui gère les infrastructures de notre quartier – piscines, gymnases, parcs, pistes cyclables, etc.)
- 7 membres du conseil de la santé publique (qui gère les hôpitaux, cliniques et autres services de santé dans la région)
- 6 membres du "Licensing Trust" (des fondations qui reçoivent le revenu des taxes - exorbitantes en Nouvelle-Zélande - sur l'alcool et les machines à sous, et les redistribuent dans des projets pour améliorer les communautés locales.)

(Après, on va pas se leurrer, 90% du temps, ça veut dire "aménager des terrains de rugby".)

(Et les 10% restants, c'est des terrains de netball.)

Comme tu vois, il y a fort à faire - Flaxou et moi, on a donc dû éplucher les biographies de pas moins de SOIXANTE-SEIZE candidats.

(Donc ne te plains PLUS JAMAIS de recevoir trop de prospectus dans ta petite boîte aux lettres française en période électorale, parce que je te laisse deviner la quantité monstrueuse de paperasses qui nous a inondé pendant des semaines.)

Donc, concrètement, cette élection, comment elle marche?

Eh ben déjà, on ne va pas au bureau de vote (dieu merci).

(Je rappelle qu'on doit voter pour dix-neuf personnes en une seule fois, donc t'imagines le temps d'attente, ce serait du niveau nucléaire.)

(Ou niveau "Europa-Park un 8 mai", au moins.)

(3615 blague de niche.)

J'ai donc reçu une très jolie enveloppe de Bisounours avec mon papier de vote dedans:




("La politique c'est super et vive l'amour!")

Et un petit livret avec les programmes de chaque candidat dedans.

Sachant qu'en bons citoyens, on a lu TOUS les programmes de TOUS les soixante-seize candidats, même si j'avoue qu'à un certain moment, tu commences à un peu discriminer au faciès.


Non Chris, je ne voterai pas pour ta sale tête de hipster, retourne manger du tofu soyeux sur ta trottinette à moteur électrique.




Non Bridgette, je ne voterai pas pour ton regard froid de T-1000 sociopathe, retourne assassiner des clochards derrière des abribus.




Non Sonya, t'as la tête de Dwayne "The Rock" Johnson avec des boucles d'oreilles.... et en fait attends, nan, t'as des super idées, bien sûr que je vote pour toi, on est pas des bêtes.




(En fait je voudrais trop être copine avec Sonya, elle a l'air de la meuf la plus badass du monde.)

Alors ça c'était pour le menu fretin, mais pour les candidats au poste de maire, on a passé un peu plus de temps sur la question.

[Petite parenthèse amusante: l'actuel maire, Len Brown, ne se représente pas, parce qu'il est englué dans un scandale sexuel qui a ruiné sa vie politique à tout jamais, à savoir : il avait une maîtresse qu'il a entretenue avec une partie de l'argent de ses dépenses publiques - ou, comme on appellerait ça en France : un jour normal.]

Pour certains des dix-neufs challengers, on avait déjà notre petite idée de ceux pour qui on ne voulait PAS voter. Parce que certains candidats étaient clairement des gens qui allaient peut-être récolter deux voix dans toute la ville - s'ils n'oubliaient pas entre-temps de voter pour eux-mêmes - comme par exemple le délicieux Phil O'Connor, du non moins charmant parti "Christians against Abortion":



Pour les non-LV1 anglais: je ne vais pas m'amuser à traduire la diarrhée dégoulinante qui sort de la bouche de cette immondice putride à peine humaine de Philou, mais sachez que vous ne ratez rien.

(A part un peu de vomi dans votre bouche.)

Ah si, quand même: le mec a calculé (probablement avec le cloaque purulent qui lui sert de cerveau, de bouche et de trou de balle) qu'il y avait un-demi million d'avortements en Nouvelle-Zélande.







Bon alors Philou, déjà tes 500 000 avortements, t'as oublié de préciser sur quelle période de temps tu les comptes, mais même si c'est depuis l'aube des temps, GROS LOL, vu qu'on est à peine 4 millions sur tout le territoire et que, pour arriver à ces chiffres, il faudrait que chaque femme de Nouvelle-Zélande pratique des avortements à un rythme genre:


- Bonjour, je suis venue pour une IVG la semaine dernière, sauf qu'entre-temps je suis retombée enceinte.
- Ah il va falloir attendre madame, je dois faire passer deux cent mille patientes d'abord, mais je serai à vous bientôt.

(Plus sérieusement, ça me donne toujours un peu envie de sauter par la fenêtre quand je vois que ce genre de personnes existent encore en 2016.)

(On a des avions et des téléphones portables et des vaccins contre la polio, Philou. Réveille-toi et mets ton cerveau à l'heure.)

Dans une veine plus rigolote, on a aussi le SUBLIME candidat du non moins glorieux parti "Auckland Legalise Cannabis" (tout est dans le nom), et qui, ça ne s'invente pas, s'appelle Adam HOLLAND:



  
(La nature est si bien faite.)

A noter que le gars ne s'est pas foulé, puisque non seulement il n'a pas fourni de photo, mais en plus il ne s'est même pas fendu d'un discours – je l'imagine bien recevoir ses papiers de vote chez lui et faire:

- Ah putain mais je savais que j'avais oublié un truc!





(Ma vision d'Adam Holland, une illustration.)

Après, y'avait d'autres candidats où il me suffisait de lire leur petit paragraphe descriptif pour mettre une croix dessus - comme, par exemple, la très choupi Chloe Swarbrick, que j'admire sincèrement parce qu'elle a seulement 22 ans et que c'est beau de s'intéresser à la politique à cet âge-là (honnêtement, à 22 ans, mes intérêts à moi étaient plus ou moins uniquement de valider mon année de fac et de regarder Supernatural)



Sauf que son programme politique se résumait à dire "Dites-moi quoi faire" et je suis désolée mais NON Chloe, c'est pas comme ça que ça marche, t'as vu les tarés du bulbe qu'on se coltine, tu veux vraiment te faire le porte-parole de leurs idées?

(Tu veux que je te re-montre le paragraphe à Philou le Taliban Chrétien?)

Idem pour Patrick Brown de la ligue Communiste (flash info: je ne savais pas qu'il y avait des communistes en Nouvelle-Zélande, mais vu le nombre de voix qu'a récolté Patrick, il semblerait qu'il y en ait environ neuf cent) et honnêtement j'étais plutôt d'accord avec ses idées jusqu'à ce qu'il donne Cuba comme exemple d'un système qui marche, et franchement Patou tu me déçois, là.



Je sais que c'est dur de trouver des exemples de révolution communiste qui ont marché (vu qu'il y en a ZÉRO) mais à ce moment-là tu dis "On va être la première à marcher comme il faut", tu dis pas "Bon dans l'histoire ça a toujours un peu cafouillé, mais Cuba est le seul régime communiste qui ne s'est pas soldé par plusieurs millions de morts, alors on va dire que c'est cool?"

(Non, c'est pas cool, non.)

Et puis on a aussi éliminé d'office les candidats un peu chelou, comme Alezix (à tes souhaits) Heneti, qui je crois n'a pas trop bien compris le principe d'une élection municipale, parce que son programme est un mélange gloubiboulga entre un CV et un profil Meetic qui aurait été écrit complètement soûl:



Et puis pardon Alez Blaise (jeu de mots obligatoire, déso pas déso), mais c'est pas trop malin de lister tes précédents échecs en politique si tu veux te faire élire:

- Alors j'ai déjà été candidate à plein de trucs différents, bon on m'a jamais élue hein, je mentionne ça juste pour montrer que j'ai vraiment très très envie d'être au pouvoir, peu importe à quel poste. Votez pour moi!


(Non, je crois pas, non.)

Pour conclure, voilà l'effet que ça me fait de lire ta description entière:



(J'veux dire, "mon arrière-grand-père était Irlandais", vraiment?)

Bon après, y'avait des candidats qui ont nécessité de faire un peu plus de recherche, parce que leur présentation était quelque peu vague. Comme par exemple la militante Penny Bright, dont le profil me semblait vaguement intéressant, si on arrivait à comprendre le vocabulaire ultra-précis manifestement tiré du manuel de la CGT néo-zélandais:



Sérieusement, Rogernomics? Qu'est-ce que quoi?




Ah oui non pardon autant pour moi, c'était limpide comme référence, il suffisait de connaître sur le bout des doigts la politique économique de la Nouvelle-Zélande il y a trente ans.


(3615 références récentes.)

(Oui, je saisis l'ironie de la parenthèse ci-dessus.)

Bref, c'était pas vraiment le vocabulaire, mon problème avec Penny (et c'était pas non plus son prénom de chien – ça c'est juste la faute à pas de chance).

Non, mon gros problème, c'est surtout quand j'ai lu dans le journal que la meuf était en train de se faire saisir sa maison par l'Etat parce qu'elle avait pas payé sa taxe de propriété depuis 2007 et qu'elle devait plus de QUARANTE MILLE DOLLARS – somme qu'elle refuse de payer tant que le conseil municipal ne rend pas public ses dépenses et revenus.

Et alors oui, autant je suis d'accord pour l'histoire de "ce serait bien d'avoir de la transparence", autant BORDEL DE MERDE cette meuf veut se faire élire maire alors qu'elle est littéralement en train de crier sur tous les toits qu'elle ne respecte que les lois qu'elle juge utiles.

C'est pas vraiment le meilleur argument de vote, si tu veux mon avis.

Et, de base, c'est pas la meilleure attitude à adopter dans la vie:

- Madame, vous étiez à 160 km/h sur la départementale.

- Oui mais c'est parce qu'en fait je proteste contre les limitations de vitesse arbitraires!
- Je vais devoir vous confisquer votre permis.
- Ah! On m'opprime! On veut me faire taire! C'est parce que je dérange!

(Non, c'est parce que t'es une trouduc. D'autres questions?)

Mais le champion toutes catégories en termes de descriptions vagues, c'était quand même John "Oncle Sam" Palino, un Américain expatrié et présentateur télé (deux critères indispensables quand on veut faire de la politique locale). Et mon problème avec John, outre son incroyable tête de connard:




(Franchement, c'est pas que moi?)


Mon problème disais-je, c'était qu'après avoir lu sa description, j'avais toujours aucune idée de son orientation politique:


En gros, le gars vient de dire:

- A Auckland il y a des problèmes: le logement, les transports. Je vais les résoudre! 


OKAY.


ET AVEC QUOI, SI JE PEUX ME PERMETTRE?


AVEC TA BAGUETTE MAGIQUE DE PRINCESSE STARLA?


Non parce qu'il va me falloir un peu plus que ça, Johnny.

Du coup je suis allée sur son site pour avoir un peu plus d'informations, et dis donc j'ai bien fait parce que téma les idées de génie à Johnny:

- John, votre idée pour résoudre la crise du logement?

- ON BÉTONNE TOUT!

Ou, comme le dit si bien l'intéressé: "Je favoriserai une expansion agressive vers l'extérieur, en réquisitionnant tous les espaces constructibles disponibles. Les Kiwis veulent des maisons individuelles, et on leur en donnera! Même s'il faut aller les construire à cent kilomètres du centre ville, on le fera!"

Car oui, le mot d'ordre de la campagne à Johnny, c'était clairement "Nique la logique":


- John, Auckland est congestionnée de partout, comment vous y prendriez-vous pour résoudre le problème des transports?

- C'est simple: on construit plus de routes. Comme ça on fait passer plus de voitures. Hop, problème résolu! D'autres questions?
- Oui, question un: les routes supplémentaires, vous allez les sortir de votre cul? Et question deux: développer les transports en commun, non, on se torche avec l'idée?
- Alors oui, et oui. 



C'est quand même le mec qui te balance sans ciller que "Les Aucklandais nous ont montré qu'ils ne voulaient pas des transports en commun. Alors moi je dis: je ne suis pas un gros con gauchiste qui va vous fourrer des pistes cyclables et des tramways dans la gorge! Moi je dis: restez des gros blaireaux qui amènent leur voiture partout et ne marchent jamais plus d'un mètre! On va tous continuer à circuler avec une voiture par personne et je ne vois pas comment ça pourrait mal finir dans cette ville en perpétuelle croissance!"

(Bien joué, Johnny.)

Mais sinon, blague à part, c'était quand même une élection intéressante.

Déjà parce que j'aurais jamais cru dans ma vie que j'allais voter pour un hybride mi-homme, mi-tortue:




(Mais il avait des bonnes qualifications, pour un être qui n'est éveillé que six mois de l'année.)

Et encore moins que j'allais voter pour le sosie de Vladimir Lénine:



("A capable leader you can trust in". Dis ça au peuple Russe, Patrick.)

Au final, le maire élu, Phil Goff, est celui pour lequel j'ai voté (c'était assez facile, c'est le seul gars qui avait dans son programme "Développer les transports en commun, construire des appartements au lieu de maisons individuelles, protéger les côtes et limiter la pêche") (en plus à un moment donné j'ai vu écrit "piste cyclable", c'est bon mec, tu m'avais déjà à "transports en commun"). 

Note: Flaxou voulait voter pour le candidat écologiste, David Hay, mais ensuite il a vu son slogan de campagne et il a dit "Nan":



(Je ne le répéterai jamais assez: ce pays a besoin d'un million de conseillers en com.)

Donc, après tous ces efforts et ce vote fort laborieux – et je dis "laborieux" non pas seulement parce qu'on a dû voter pour 19 personnes, mais parce qu'en plus, certains votes se faisaient au scrutin à vote unique transférable – c'est-à-dire qu'au lieu du système classique "1 nom = 1 voix", là, on faisait un classement des gens qu'on préférerait avoir – tu donnes 1 à ton candidat préféré, 2 à ton second choix, 3 au troisième, et ainsi de suite jusqu'à 17.

C'est un mode de scrutin parfaitement archaïque et incroyablement chiant à dépouiller – d'autant que quasiment tous les bulletins sont bourrés d'erreurs.

(Moi, par exemple, j'ai failli rendre mon bulletin avec deux numéros 9, mais aucun numéro 8 – ce qui aurait rendu les deux votes nuls.)

Bref, ce qui est rigolo, c'est qu'après tous ces efforts, on a bien failli oublier de voter.


Parce que comme une neuneue, j'ai mis les enveloppes à poster dans mon sac le samedi soir en disant "Je les posterai lundi sur le chemin du boulot!"

Et j'ai bien évidemment tout oublié jusqu'au mercredi soir, où j'ai dit à une collègue:

- Ah oui on a goûté aux élections locales ce week-end avec Flaxou, haha c'était pas de la tarte! D'ailleurs faut encore que je poste nos votes.

- Heu oui alors par contre le délai c'était ce matin.



Fort heureusement, les gentils mecs du conseil municipal avaient pensé aux mous du bulbe dans mon genre, et avaient disposé des urnes dans tous les lieux publics où on pouvait encore déposer nos bulletins de vote une fois le délai postal passé.

Sauf que le lieu public le plus proche fermait à 18h, qu'il me faut 30 minutes pour y aller du boulot, et que ce jour-là je sortais du travail à 17h30. 


Je te laisse donc imaginer la tête du gars de la bibliothèque quand je me suis pointée à 17h58 en soufflant comme un cachalot, avec mon casque de vélo de travers, et des enveloppes moites de sueur tendues au bout de ma main fébrile, tandis que je haletais d'une voix rauque:


- Oui salut alors j'ai oublié de poster mes papiers de vote mais on m'a dit que je pouvais les déposer ici, s'il vous plaît s'il vous plaît dites-moi que c'est vrai j'ai passé tellement de temps à choisir tout le monde et je veux vraiment pas faire gagner Chris le hipster, pitié!


Et donc ils avaient bien une urne et j'ai pu accomplir mon devoir civique en fin de compte.



(Mission accomplie.)

Et je ne suis pas peu fière d'avoir voté pour la première fois en Nouvelle-Zélande (non, le référendum sur le drapeau ne compte pas, tout le monde savait d'avance que ce serait foireux cette histoire). D'autant qu'à voir les chiffres de l'abstention, Flaxou et moi, on était à peu près les seuls.

Pour les curieux, le taux cette année était de 35%.

35% de PARTICIPATION.


Ce qui était, selon les médias, "super flex" parce qu'apparemment c'était bien plus que les années précédentes.




(Ah okay bon ben c'est cool alors.)


Sur ce, je te laisse, c'est la rentrée des séries et j'ai environ huit mille épisodes à rattraper parce que je perds trop de temps à jouer au Witcher.

(Je pensais en avoir fini parce que j'avais terminé la quête principale (pour les curieux: je suis team Triss) et ensuite j'ai découvert qu'il y avait deux DLC, et donc c'est reparti pour cent heures de course à pied et de pourfendage de noyeurs.)

(On se retrouve à la fin du jeu, quand ma vie aura repris un sens.)

Sondage de fin d'article: est-ce que tu kifferais avoir des élections hyper engageantes à la Kiwie, ou est-ce que ça te soûlerait?

mercredi 28 septembre 2016

Brève conjugale


Professeur Flaxou est un homme très intelligent.

(Y'a "Professeur" dans son surnom, c'est pas pour rien.)

MAIS.


(Car il y a un mais.)

(Sinon j'aurais pas pris la peine de faire un article juste pour dire que mon mec est malin.)

Il est super nul avec les dates.

Et là tu pourrais penser "Ouais, mais bon c'est normal, Facebook nous a tous pourri, moi non plus j'arrive pas à me souvenir des anniversaires des gens que j'ai rencontrés après 2005".

Mais quand je dis "nul", c'est "nul" hein.

C'est pas "nul" genre "j'oublie la Saint Charlotte, qui est le 17 juillet pour info, même si ça fait dix ans que je sors avec une Charlotte et qu'elle me le rappelle chaque année". Ça, on va pas se leurrer, tout le monde s'en fout (même moi, en fait).

(Surtout qu'on a déménagé en Nouvelle-Zélande, où il y a genre onze catholiques, donc vas-y pour que les gens se rappellent de ta fête dans un pays où on ne connaît pas les Saints.)

Donc non, Flaxou c'est pas du menu fretin.

Flaxou, c'est le mec qui est tellement nul avec les dates qu'il se rappelle jamais de l'âge des gens - y compris le mien, mais, encore pire, y compris le SIEN!


C'est le mec qui m'a un jour appelé au bureau en disant:

- Euh écoute je suis en train de faire des papiers pour l'assurance, ma date de naissance c'est  le 5 mars ou le 3?

- Tu rigoles?
- Non mais j'ai un doute.
- Le 5.
- Ah oui voilà! Je me doutais bien.
- ....
- Et l'année, c'était quoi déjà?

Flaxou c'est le mec qui oublie non seulement les dates personnelles, mais aussi les dates universelles. Par exemple, l'an dernier, quand j'étais chez ma famille pour les fêtes de fin d'année, je l'ai skypé de France:

- Salut Flaxou! Joyeux Noël!

- Ah c'est aujourd'hui?

LE MEC AVAIT OUBLIE LA DATE DE NOEL.


Un ALSACIEN qui oublie NOEL!


(Chais pas si tu réalises l'ampleur du truc.)

Du coup, comme je connais le phénomène, je fais toujours bien attention de lui rappeler quelques semaines avant la date de mon anniversaire, comme ça il a le temps d'acheter un cadeau. Et j'ai aussi pris soin de faire graver la date de notre mariage dans nos alliances, pour qu'il ait un rappel utile à chaque fois qu'il l'enlève.

(Et il l'enlève tous les soirs pour dormir.)

Mais quelquefois, ce n'est pas suffisant, cf. la conversation d'il y a quelques semaines:

- Ecoute Fla, avec le salon de l'habitat en ce moment, je suis hyper vannée, donc ça te va si demain on fait rien, et qu'on fait le restau plutôt ce week-end?

- Le restau? Quel restau?
- Ben... Fla! Me dis pas que t'as oublié!
- Oublié quoi?


- Mais je croyais que ton anniversaire c'était pas avant la semaine prochaine!



- Non, Fla! Notre anniversaire de mariage!
- Ah, ça! Mais comment veux-tu que je me souvienne de ça?

Ben chais pas, c'était censé être le plus beau jour de ta vie, face de pet.


Okay, ton oncle a donné un coup de boule à ton beau-père sur le parking de la salle des fêtes, et ton autre oncle a cassé une vitre de voiture avec son poing, mais quand même.


(3615 mon mariage de gitans.)

Donc j'ai un peu fait la gueule pour le principe.





(J'étais pas vraiment fâchée parce que je connais l'oiseau, mais dans un mariage, c'est important de faire semblant de s'énerver de temps en temps.)

Et le pauvre Flaxou, en tentant de s'excuser, s'est enterré encore plus profond:

- Mais tu sais bien que je suis nul avec les dates, ça ne veut pas dire que je ne suis pas très heureux que tu sois ma femme, et je suis ravi d'être marié avec toi depuis tout ce temps.

- Ah ouais? Et depuis combien de temps, au juste?



(C'est presque trop facile.)

Donc c'était l'histoire de mon époux qui non seulement oublie notre anniversaire de mariage, mais oublie aussi depuis combien de temps on était mariés.


Mais comme je suis la meilleure femme du monde, je lui ai pardonné (aussi parce qu'on parle du type qui oublie son propre anniversaire, donc bon) et comme j'avais fait semblant de bouder pendant un quart d'heure, le lendemain j'ai eu des fleurs.

Comme quoi, la clé d'un couple heureux, c'est le mensonge et la manipulation.


(Tindomerel, meilleure conseillère conjugale EVER.)


Épilogue:


- Tu sais que je t'en voulais pas vraiment, c'était pas la peine de m'offrir des fleurs.

- Oui, c'est ce que je pensais aussi. Mais au boulot ce matin j'ai raconté l'histoire à mes collègues, et ils m'ont tous dit qu'il fallait que je te fasse un cadeau, parce que sinon c'était un coup à se retrouver empoisonné à la mort-aux-rats.
- Pour ça, faudrait déjà que je te fasse à manger.
- T'es la meilleure femme du monde.

samedi 24 septembre 2016

Vis mon week-end de films d'horreurs


Il y a de cela bientôt un an, j'ai fait un article sur les superstitions et autres légendes urbaines (enfin rurales plutôt mais tu vois ce que je veux dire) en Nouvelle-Zélande.

J'y mentionnais, entre autres, l'hôtel "hanté" de Waitomo Caves.

Or, Flaxou, moi, et nos potes Sarah et Guilherme, on s'est fait une rétrospective de films d'horreur pour égayer les week-ends pluvieux d'hiver, et un jour, entre L'Exorciste et The Grudge, je leur ai raconté la rumeur de l'hôtel de Waitomo Caves.

Ce à quoi ils ont tout de suite répondu:


- Il FAUT qu'on aille dormir là-bas!


Et donc comme on est des aventuriers du paranormal qui ne craignent pas la mort, on est partis pour un week-end de sensations fortes à Waitomo.


Waitomo, c'est à un peu moins de trois heures de route d'Auckland, et c'est un très joli coin connu pour son impressionnant système de grottes calcaires, et les très jolies stalactites et vers luisants qu'on trouve dedans.


C'est donc le coin idéal à visiter en hors saison, puisque 1. l'été, ça grouille de touristes 2. les activités type spéléologie/canyoning sont à moitié prix et surtout 3. comme tu passes de toute façon la journée sous terre, c'est pas bien grave si dehors il fait moche et froid.


Mais bon, ne nous leurrons pas, on était venus principalement pour les fantômes.


Sachant qu'on était à nous quatre très bien échelonnés sur le spectre du "à quel point est-ce qu'on est sérieux", de Sarah (qui croyait vraiment aux fantômes et espérait en voir un) à Flaxou (qui n'y croyait résolument pas, mais on lui avait dit qu'il y avait un jacuzzi) en passant par Guilherme et moi (qui étions de l'école des sceptiques qui ne se mouillent pas - AKA "en théorie j'y crois pas, mais bon après on sait jamais").


On s'est donc rendus sur place après un petit détour par Bridal Veil Falls (près de Raglan, pour ceux qui connaissent) (c'est-à-dire pour tous les nombreux francophones vivant dans le Nord de la Nouvelle-Zélande qui me lisent), bref Bridal Veil Falls, une chute d'eau qu'elle est très jolie:




(Mais qu'elle est un peu abrupte)



(Pour ceux qui se demandaient à quoi ressemble le bush néo-zélandais en hiver, voilà la réponse: exactement pareil, mais en plus humide.)

Et puis, le soir tombant, on s'est dirigés vers l'hôtel, qui déjà de l'extérieur avait carrément une tête d'hôtel hanté, faut le dire: 




(Spooky)

Mais alors de l'intérieur, c'était encore plus flagrant, ambiance "Les portraits des chefs Maori - dont c'est la terre sacrée qu'on a violée en construisant cet hôtel - qui te suivent du regard quand tu montent l'escalier":



Et puis plus simplement, ambiance BIEN GLAUQUE:




("Viens jouer avec nous, Danny")

Bref, on s'est posés, on a fait des petites blagounettes sur les fantômes et l'ambiance spooky dooky, et puis tout le monde a décidé que, comme il faisait froid, c'était le moment idéal pour aller passer un peu de temps au jacuzzi.

(Oui, c'est un hôtel hanté, mais il y a un jacuzzi.)

(Le sens des priorités, c'est important.)

Sauf que comme moi j'aime pas les jacuzzi (pour la même raison que j'aime pas les bains, ou les hammams, ou les saunas: on est juste assis au chaud à rien faire et on a les mains moites) (franchement je vois pas ce que ça a de relaxant), bref j'ai fait ma maline et je suis restée toute seule dans la chambre.

Sauf que mon cerveau de merde a jugé bon de me troller juste quand je m'installais avec mon livre, en me disant :

- LOL t'as vu on voit le reflet de la salle de bains dans le miroir en face de toi.
- ...
- Imagine tu lèves la tête de ton livre et tu vois un fantôme JUSTE DERRIÈRE TOI.



(PUTAIN)

Donc comme EVIDEMMENT après une pensée pareille, je pouvais pas gentiment lire dans le silence total, j'ai allumé la télé et j'ai branché mon disque dur portable pour regarder des sketchs des Inconnus.

(Ce qui ne m'a bien sûr pas empêché de flipper comme une petite lopette en allant faire pipi, parce que le rideau de douche était tiré sur toute la longueur de la baignoire, et je sais bien que dans ce pays c'est obligatoire si on ne veut pas du moisi sur le rideau, mais moi dès que je vois ça je repense à la scène de la baignoire dans Shining et Y'A PAS MOYEN.)

Bon, ensuite tout le monde est revenu et ça allait mieux, jusqu'à ce que quelqu'un propose:

- Eh, vu qu'on est dans un hôtel hanté, si on regardait un film d'horreur?
- Oh oui, bonne idée! Charlotte, c'est ton disque dur - des suggestions?

Alors tu vois, là j'étais futée: comme j'avais déjà des relents de Shining depuis le début, j'ai pas aggravé les choses en re-matant le film le plus terrifiant de l'histoire du cinéma (si).

Par contre, là où j'étais pas futée, c'est quand j'ai fait "On peut regarder The Descent" alors qu'on allait faire de la spéléologie le lendemain, mais bon, on ne peut pas tout avoir.

Et puis ce fut l'heure d'aller se coucher, et vas-y toi essaye de t'endormir dans un hôtel qu'on dit hanté quand toute la chambre grince et craque et qu'en plus y'a du vent qui s'engouffre entre les fenêtres en faisant "houuuuuu".



(Glauquitude/20)

Et je tiens à remercier tout particulièrement mon époux pour ma crise cardiaque de deux heures du mat', quand il a voulu attraper la bouteille d'eau posée sur ma table de nuit, que je me suis réveillée en sursaut parce que j'avais senti une main appuyée sur mon oreiller, et qu'en ouvrant les yeux j'ai juste vu une forme sombre penchée juste au-dessus de ma tête.

(Et non, je ne m'excuserai pas pour avoir poussé Flaxou hors du lit.)

(Avoir l’instinct de survie, c'est une bonne chose.)

Bref, désolée si ça va en décevoir certains, mais je n'ai senti aucune trace de fantômes à l'hôtel de Waitomo Caves qui ne venaient pas de ma propre imagination malade.

En revanche l'hôtel est très joli et le petit déj est royal, donc je recommande. (Et apparemment le jacuzzi est bien aussi, pour les tarés qui aiment ce genre de trucs.)

Et pour les fans de surnaturel, tout n'est pas perdu: j'ai appris par la suite que l'aile qui est réputée hantée était à l'autre bout de l'hôtel - ce seraient apparemment les chambres 12, 12a (pas de chambre 13) et 14 qui concentreraient l'activité fantomatique.

(Comme par hasard, ce sont aussi les chambres les plus chères, mais bon hein voilà.)

Mais ce n'était pas la fin de notre week-end frissons, puisque le lendemain, après un petit détour par une autre chute d'eau:



("Oui bonjour, bienvenue dans la région de Waikato, y'a de l'eau tout le tour du bide alors on a mis des chutes un peu partout, ça fait joli, vous voulez un arc-en-ciel dans le tas aussi?")

On s'est dirigés vers les grottes pour aller faire du tubing.

Le tubing, c'est une activité qui consiste à aller dans les grottes avec une chambre à air de camion, et à flotter dans le noir le long d'une rivière souterraine.



(Et évidemment on a les combis qui vont bien, parce que l'eau fait neuf degrés.)

Et c'est là que j'ai regretté qu'on ait vu The Descent la veille, parce que le guide était pas particulièrement rassurant:

- Alors, petit briefing de sécurité: j'ai sur le dos un sac de premiers secours, qui contient un kit de soins, une carte, et des batteries de rechange. S'il m'arrive quelque chose, si par exemple je tombe et je me brise la nuque, pensez bien à récupérer le sac sur mon cadavre, sans ça vous n'arriverez pas à sortir et vous mourrez d'hypothermie. Des questions?

Mais, si on enlève le spectre de la mort, c'était une balade ultra cool: on a vu des os de baleine fossilisés, on a fait du toboggan dans l'eau, on a sauté du haut de cascades, et on a fait une jolie balade en bouée sous les voûtes piquées de vers luisants.

C'était un peu magique jusqu'à ce que le guide nous dise:

- Si vous sentez des choses vous frôler dans l'eau, n'ayez pas peur, c'est juste des anguilles.


Ah oui.

Juste des monstres pleins de dents à tête de serpents qui rôdent dans les ténèbres des abysses.

Tout va bien, donc.

- Non, je disais "n'ayez pas peur" parce que vos combinaisons sont très épaisses, donc même si elles vous mordent, vous ne sentirez rien.

AH BEN DE MIEUX EN MIEUX PABLO.

20/20 EN RASSURAGE, CHAMPION DU MONDE.

Mais bon, à part ça, la balade était sympa quand même. Les jolies petites loupiotes au plafond, les innommables léviathans serpentant dans la noirceur des profondeurs, c'était chouette.


(Tu noteras Professeur Flaxou en mode hyper content, et moi en train de me demander si ça valait la peine de se mettre à hurler parce que j'avais senti un truc me toucher la cheville.)

Voilà, c'était mon week-end frissons à Waitomo.

(Des frissons de peur, mais aussi de froid.)

(Je t'avais dit que l'eau était à neuf degrés, ou pas?)

A bientôt pour d'autres aventures!