vendredi 13 janvier 2017

Séries 2016, partie I : le flop


Comme tu le sais, je regarde beaucoup (trop) de séries.

Mais comme c’est un peu le mal du siècle, j’ose espérer que toi aussi.

Sauf que, pour éviter de polluer mon blog avec des articles hyper pointus à chaque nouvel épisode de Game of Thrones, je réfrène le plus possible la fanattitude.

Mais quand même, une fois l’an, j’aime bien faire le bilan (calmement) (paye tes références de l’an 2000).

C’est pourquoi, comme l’an dernier, je voudrais revenir sur mes séries préférées de 2016, et celles qui m’ont fait dire « STAAAHP ».

Et on commence par celles que j’ai arrêtées en 2016, parce que c’est toujours plus fun de dire du mal.



Vinyl


Alors ne mâchons pas nos mots : Vinyl, selon moi, c’est la plus grosse tragédie de 2016.

(Bon okay, y’a eu des guerres et des attentats.)

(Disons la seconde plus grosse.)

C’est une tragédie parce qu’on n’a eu qu’une saison alors que merde quoi, elle était super cette série !


(Firefly all over again.)

(HBO, j’en attendais mieux de ta part.)

Sans déconner, je ne sais pas ce qui s’est passé pour en arriver à cette décision, parce que tout y était, là : des acteurs au top, un bon scénario (qu’on pourrait résumer par « sex, drugs, and rock’n’roll, and then a lot more drugs »), une BO crème de la crème, une reconstitution des années 70 impec, et une direction par MARTIN MOTHERFUCKING SCORSESE MAIS SERIEUSEMENT ??!


Bref, je ne sais pas ce qui s’est passé, mais mon cœur saigne, parce que j’aimais vraiment d’amour cette série.

(En même temps, j’ai entendu « Martin Scorsese et Mick Jagger », et mon sang de petite mémé du rock n’a fait qu’un tour.)




Downton Abbey


Combien de temps peut-on continuer à regarder un truc chiant?

Si j’en crois Downton Abbey, 52 épisodes.

Downton Abbey s’est donc terminée en cet an de grâce 2016, et bordel c’était pas trop tôt.

Parce que oui d’accord, la reconstitution impeccable, la réalisation au cordeau, des acteurs corrects, des costumes éblouissants, mais à un moment donné va falloir nous donner une histoire et arrêter de pomper les Feux de l’Amour deux minutes.

Vraiment, je ne m’explique pas à moi-même comment j’ai pu regarder cette série si longtemps, parce que c’est franchement rien de plus qu’une telenovela avec du budget.

Et au moins, une telenovela comme Jane the Virgin (malgré ses longueurs) a la franchise de reconnaître ce qu’elle est, et de s’en moquer gentiment. Mais là, les auteurs se prennent tellement, mais TELLEMENT au sérieux, en mode « On est en train de ciseler un joyau du huitième art » que ça en devient presque risible.

J’veux dire, vous avez quand même rempli le bingo des feuilletons du samedi matin en six saisons, faut pas vous étonner.


Donc voilà, bon débarras Downton Abbey. Tchao les prout-prout, allez vous faire couper la tête et saisir vos richesses, ça vous apprendra la vie un peu.

(De toute façon tous les bons personnages sont morts.)

(A part la mamie comtesse, Maggie Smith est formidable et géniale et c’est un être de lumière pure.)




(Et aussi Tom. J’aime bien Tom.)

(Même si c’est un vendu.)

(« Je suis socialiste, à bas les classes ! » « Attends viens on te donne de l’argent » « Putain en fait c’est cool » SALE TRAÎTRE VA)


Orphan Black


Orphan Black a selon moi un mérite immense, c’est qu’elle partait d’un principe super audacieux.

Le synopsis : Sarah, une paumée avec des mauvaises fréquentations, cherche à mener une vie meilleure et récupérer la garde de sa fille. Un jour, sur un quai de gare, elle croise son double – qui se jette prestement sous un train. Comme elle a besoin de sous, elle décide de se faire passer pour elle le temps de vider son compte en banque, mais se fait rattraper par les événements et découvre qu’elle fait partie d’une flopée de clones – créées par qui, comment, dans quel but ? C’est ce qu’elle va tenter de découvrir.

Le gros défi d’un scénario pareil, c’est évidemment de trouver une actrice qui puisse jouer tous les personnages des clones. Et là, rien à dire, Tatiana Maslany est tout bonnement formidable.


(Et même quand elle fait dans l’exercice casse-gueule au possible – genre l’une des clones qui se fait passer pour une autre des clones – elle est juste un poil à côté de la plaque, exactement comme il faut.)

Le souci, avec les scénarios ambitieux de ce type, c’est qu’ils peuvent facilement devenir alambiqués – et malheureusement pour Orphan Black, c’est exactement ce qui s’est passé.

Parce qu’on partait déjà avec du lourd – une bande de clones créées et surveillées par une corporation mystérieuse, plus une secte religieuse qui veut les tuer et a retourné l’une des clones contre les autres – mais si en plus après on ajoute le réseau politique de la mère adoptive, les super-soldats, et la gamine qui se régénère comme Wolverine, ça commence à faire un peu trop.

Apres, je lui jette pas la pierre autant qu’aux autres, parce que c’est une série dont les défauts sont causés par son ambition, et il vaut toujours mieux se planter en faisant un truc original que de se ramasser en faisant du comme d’habitude.

(Quelle perle de sagesse.)

(Je suis un véritable Dalaï-Lama aujourd’hui.)



The Big Bang Theory


Big Bang Theory, c’est cette série qui m’a fait l’effet de beaucoup de sitcoms: j’ai arrêté de la trouver vraiment bonne au bout de quelques saisons, mais comme ça devenait jamais vraiment mauvais, j’ai continué à la regarder, plus par habitude qu’autre chose.

Parce que soyons francs : si on n’était pas en plein dans l’Age D’Or des séries, Big Bang Theory serait très bien. Et quand la saison 1 est sortie y’a dix ans (putain, dix ans !) c’était effectivement le haut du panier en matière de sitcom : des bons acteurs (enfin Sheldon et Howard quoi, mais bon c’est suffisant), des réparties qui fusent, un humour référencé mais quand même accessible, tout y était.

Sauf qu’on est dans l’Age D’Or des séries, et qu’il y a tellement de trucs exceptionnels qui sortent que j’ai plus envie de me contenter d’un truc moyen.

(Pourquoi manger des salsifis quand on peut avoir des panais ?)

(3615 passion légumes racine)

Bref, ça devient de plus en plus difficile de passer outre les défauts du format sitcom qui étaient faciles à ignorer en 2006 : l’éclairage pas naturel, les décors en toc, le surjeu, et surtout CES PUTAINS DE RIRES ENREGISTRÉS DE MES FESSES BORDEL ON EST AU VINGT-ET-UNIÈME SIÈCLE.

- Nan y faut garder les rires, sinon les gens vont pas savoir quand c’est drôle !
- Mais plus personne ne les utilise, chef !
- Ah, et pense bien à mettre des pauses pas naturelles du tout entre les répliques, hein.
- J’aurais dû rester chez Modern Family
- PARDON ?
- Non j’ai dit, y’a pas de problème, j’aime les salsifis !

Mais pour moi, le plus grand mal du siècle dernier dont souffre Big Bang Theory, c’est son absence de continuité.

Alors, qu’on soit clairs : l’évolution des personnages au sein de l’histoire (Sheldon qui s’éveille à l’amour, Howard qui fonde une famille), j’ai rien contre. Je pense que ce serait emmerdant de regarder dix saisons des mêmes gens qui font les mêmes trucs (n’est-ce pas Docteur House ?)

Le problème, selon moi, c’est que les scénaristes inventent des traits de caractère à leurs personnages pour coller à l’intrigue d’un (ou plusieurs) épisodes, et ensuite soit les oublient totalement (genre non chut on n’en a jamais parlé) soit forcent le trait au point que ça en devienne grotesque.

Un exemple parmi d’autres : qui parmi vous se souvient que Bernadette, au début, avait une voix normale ?

Voilà Bernadette dans le premier épisode où on l’aperçoit :


Et la voilà quelques saisons plus tard :


POURQUOI ?

Pourquoi faire prendre à cette actrice une voix de souris dans Cendrillon ?

Ça n’a aucun sens !

Idem pour plein d’autres choses qui sont passées sous le tapis – genre Raj, qui, pendant plusieurs saisons, avait une incapacité totale à parler aux femmes, et puis ensuite pouf d’un coup il y arrive en genre huit épisodes (on note l’effort tout relatif des scénaristes de se débarrasser de son affliction en deux phases : phase 1 « quand je bois de l’alcool je peux parler aux femmes », phase 2 « bon les blagues sur l’alcool c’était marrant deux minutes mais on est dans une comédie et on ne peut pas me faire devenir alcoolique, alors on dirait que je bois de la bière sans alcool par erreur et oh je peux parler aux femmes quand même, je suis guéri, le courage était en moi depuis le début ! »), et maintenant il est totalement à l’aise en permanence avec n’importe quelle nana, genre même pas un soupçon de timidité, pif pouf la magie du script.

Alors certes, on est dans une fiction, je dis pas que tout doit être conforme à la réalité à 100%, mais quand tout l’intérêt de ta série est basé sur l’interaction entre les personnages, ça devrait pas être trop demander que de vouloir un minimum de continuité.

Et aussi, j’aime beaucoup Leonard et Penny, mais ça n’a aucun sens qu’ils finissent ensemble – déjà ils ont absolument zéro points communs, et en plus Leonard est un intellectuel plutôt condescendant et Penny est conne comme une truite.


(Les créateurs de la série quand ils écrivent les dialogues de Penny.)

(Sans déconner, dans la vraie vie elle serait déjà morte en s’étranglant avec sa propre salive parce qu’elle est TROP STUPIDE POUR VIVRE.)

Et puis, tant qu'on est à parler de Penny, une dernière chose: on est en 2017. Pourquoi Penny est encore coincée en 1998, quand les geeks étaient des losers?

Non parce que là, on parle de trentenaires qui ont des boulots respectables et qui aiment les films de science-fiction et les comics (comme presque tout le monde), jouent aux jeux vidéos un soir par semaine (comme presque tout le monde), et vont au Comic-Con une fois l'an (comme CENT CINQUANTE MILLE AUTRES GENS).

Donc, disons-le une fois pour toute: quand Penny et ses potes font "Hihi Leonard et ses potes, quelle bande de gamins, ils regardent Star Wars et ils jouent à Call of Duty", c'est ELLES qui sont hors normes, pas l'inverse.

(Alors arrêtez de vous la péter en mode "Je sais pas qui c'est Gollum lol c'est des trucs de puceaux tout ça".)

(Connaître des trucs sur le Seigneur des Anneaux, c'est très sexy, je vous ferais dire.)

(Parle-moi des inspirations mythologiques de Tolkien et regarde ma culotte tomber.)

BREF.


Voilà pour les séries que j’ai arrêtées de suivre en 2016.

On se retrouve très bientôt pour mon top des séries de l’année !

(En attendant, si y’a des séries que tu as arrêtées cette année, dis-moi lesquelles, ça m’intéresse.)

samedi 7 janvier 2017

L'Instant Kiwi: un long week-end à Queenstown


Et donc on est partis à Queenstown pour les vacances de Noël.

Quand je dis "on", je veux dire moi et Flaxou, mais aussi mon papa et belle-maman, puisque ça fait quatre ans que je vis ici et que c'est seulement maintenant que les gens se décident à venir me rendre visite.

(Il vous a fallu le temps, les gars.)

J'ai voulu profité de cette occasion de montrer mes endroits préférés à ma famille pour en découvrir de nouveaux dans le même temps, et on a donc sauté sur l'occasion de passer quelques jours dans mon endroit préféré de Nouvelle-Zélande : l'Otago.

L'Otago, au cas où vous connaissez pas, je vous décris ça en deux mots: c'est une terre promise de lait et de miel (et vous pouvez me croire parce que je sais toujours proportions garder).

C'est une région au centre de l'Ile du Sud où on trouve tout ce qu'il faut pour être heureux à jamais dans la quiétude des nuits fraîches. La mer, les montagnes, des lacs purs comme des joyaux cachés, des glaciers, des forêts ancestrales, des cascades perdues au fond de vallées secrètes, des moutons (PLEIN de moutons) et du pinot noir (PLEIN de pinot noir).

(Gros gros love sur l'Otago.)

Bon, le seul souci, c'est que quand on est allés faire les touristes en Otago y'a quatre ans, c'était bien tranquille pépère, et là c'était la foire aux bestiaux, on se serait crus au lac d'Annecy un jour de canicule.

(3615 mes vacances de riche.)

En même temps, la moitié des touristes Asiatiques et Américains ont décidé de bouder l'Europe cette année parce qu'ils ont peur des attaques à la bombe (et en même temps, on les comprend), du coup ils se retrouvent tous ici – tous les trois mille bus pleins.

Ce que j'ai d'ailleurs très vite compris après avoir acheté nos billets d'avion pour Queenstown, quand je me suis mise à chercher un endroit où dormir, et que j'ai fait successivement: "Oh zut! Toutes les chambres d'hôtes sont prises. Je vais devoir nous trouver une auberge de jeunesse" "Oh nan! Toutes les auberges de jeunesse sont pleines. Faudra aller au motel." "Quoi? Tous les motels sont pleins? Mais attends tu déconnes on va pas dormir à l'hôtel ça va être super cher!" "PUTAIN MAIS MÊME LES HÔTELS SONT PLEINS MAIS C'EST QUOI CE DÉLIRE?"

Bonus angoisse: ma conversation avec les rares établissements qui n'affichent pas leurs réservations sur Internet:

- Oui bonjour, je voulais savoir si vous aviez de la place pour 4 personnes.
- Pour quelle période?
- Entre Noël et Nouvel An.
- De... de cette année?
- Ben oui.
- HAHAHAHAHAHA
- Je....
- AHAHAHAHAHAHAHAHA
- Du coup ça veut dire non j'imagine, ou...
- AHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA

J'ai finalement réussi à trouver un appartement à louer à Wanaka (à 50km et un col de montage de Queenstown), ce qui au final était pas si mal, puisqu'on était un peu moins pris dans l'agitation du moment.

(Je dis "un peu moins" parce qu'on se retrouvait quand même à vingt mille kékés dans une ville prévue pour huit mille.)

(Autant te dire que les courses de Noël dans l'unique supermarché de la ville, c'était fun.)

(Citation papa: "Ça me rappelle mon premier voyage en RDA.")

Bref bref.

Le but premier de ce voyage dans le Sud, c'était de faire découvrir l'endroit à mon père et ma belle-mère, tout en profitant de l'occasion pour visiter des trucs que Flaxou et moi on n'avait pas eu le temps de voir lors de notre dernier séjour.

Et donc on a suivi un programme "vacances de vieux" qui consistait à se lever à sept heures du mat', faire de la rando, rentrer boire une bière à 17h, manger à 19h30, et s'endormir devant la télé à 21h45.

(C'était curieusement productif.)

(Les vieux ont le secret du rendement optimal.)

On a donc découvert de magnifiques endroits, comme cette super balade aux alentours de Wanaka:





Mais bon, qui dit "endroit touristique" dit bien sûr "main au portefeuille", et les activités gratuites sont rares, cf. notre expérience en voulant faire l'une des plus belles balades de la région:

- Alors le problème, c'est que la route d'accès n'est pas goudronnée, donc on n'a pas le droit d'y aller avec la voiture de loc.
- Ils ont pas des navettes?
- Si, y'a une compagnie qui organise des navettes dans toute la vallée. Je les appelle.

Résumé de ma conversation avec le mec des navettes:

- Bonjour, je voudrais aller de Wanaka à Raspberry Creek.
- Combien de personnes?
- Quatre.
- Parfait, c'est 40 dollars.
- Ah, c'est bien, c'est pas cher.
- Heu... c'est 40 dollars pour un aller simple.
- Ah, okay! Du coup, c'est le prix d'un taxi, quoi.
- Heu... c'est 40 dollars PAR PERSONNE, pour un aller simple.

MAIS WHAT?

LE MEC IL VEUT QU'ON PAYE CENT SOIXANTE DOLLARS (105 €) POUR FAIRE L’ÉQUIVALENT D'UN ALLER-RETOUR ENTRE COLMAR ET MULHOUSE!

(Et je sais ce que tu te dis: oui mais c'est quand même pas pareil, il roule sur des voies non revêtuesCHUT.)

(Les voies non revêtues en Nouvelle-Zélande sont comme toutes les autres routes de Nouvelle-Zélande: PARFAITES.)

(Pas de trous, pas de boue, et suffisamment de place pour faire passer quatre voitures de front.)

(Une Twingo y serait passée sans problèmes.)

Au final, mon père a dit "Oh c'est les vacances, on se fait plaisir, allez on prend le taxi, c'est pour moi!" et ma belle-mère l'a regardé genre:



Mais j'avoue que c'était une balade super cool quand même (malgré le fait que ça montait DE OUF), vu qu'on a eu droit à un pont suspendu, des cascades, et un glacier:







(Bon je trouve le prix du transport quand même abusé, mais ça valait le coup.)

Mais le clou du séjour, le truc pour lequel on était venus spécifiquement à Queenstown, c'était bien sûr Milford Sound.

Milford Sound (en maori Piopiotahi, "le premier piopio") (le piopio était un petit oiseau, aujourd'hui éteint) est décrit comme "la huitième merveille du monde" par les tracts touristiques - ce qui veut tout et rien dire, puisque dès qu'il y a un truc vaguement imposant quelque part, on l'appelle la huitième merveille du monde (cf. l'Empire State Building, l'opéra de Sydney, les statues de l'Ile de Pâques, la montagne Uluru, Stonehenge, Machu Picchu, le Taj Mahal, la Grande Muraille de Chine, Angkor Wat et la Statue de la Liberté, qui se sont aussi tous auto-proclamés Huitième Merveille du Monde).

(Les mecs, va falloir vous entendre, parce que vous pouvez pas tous être huitièmes.)

(Ça contredit un peu l'idée d'un classement.)

Milford Sound est, comme son nom ne l'indique pas du tout, un fjord (le nom "sound" désigne en anglais un bras de mer formé par une rivière, alors qu'un fjord est un bras de mer formé par un glacier) (mais bon à l'époque où les Anglais lui ont donné un nom, ils savaient pas la différence).

Comme tous les fjords, Milford Sound est un écrin de nature spectaculaire, et un super endroit pour admirer la faune locale (otaries, pingouins, dauphins, et même parfois baleines). Mais il est surtout connu pour ses milliers de cascades temporaires qui se forment lorsqu'il pleut – ce qui est quand même relativement souvent, vu que la région de Milford est l'une des plus pluvieuses au monde.

Pour la petite anecdote, il y a en moyenne sept mètres de pluie par an qui tombent à Milford Sound (c'est cinq à six fois plus que Brest), et il pleut en moyenne un jour sur deux.

Alors je vais même pas commencer à imaginer la joie de vivre des gens qui habitent dans le coin, parce qu'on n'était là-bas qu'une-demi journée, et que mes cheveux ressemblaient à ça tout du long:


Enfin, je dis une-demi journée, mais c'était une sacrée longue journée au total, puisque le bus partait de Queenstown à sept heures du matin pour nous redéposer à vingt heures – sachant qu'en plus on logeait à Wanaka, donc ajoute deux heures encore – ah et est-ce que j'ai précisé qu'on a fait tout ça à la Saint-Sylvestre?

(Oui ben sinon c'était complet, donc on prend les dates qu'on nous donne.)

C'est donc frais comme des gardons et munis de nos sandwichs à la confiture qu'on s'est assis dans le bus pour nos cinq heures de route:

- C'est marrant, sur la carte ça avait l'air vachement plus proche!

Bah oui, mais c'est parce que sur la carte, on avait pas fait gaffe qu'il n'y avait pas de route directe :


Donc ouais, tout de suite, ça fait du chiffre.

Mais l'avantage de faire de la route en Nouvelle-Zélande (et a fortiori si c'est pas toi qui conduis), c'est que le paysage est toujours au rendez-vous. Même si, pour le coup, on était moins dans le trip "été alpin" et plus dans le trip "préparez-vous à entrer dans les Monts Brumeux":


(Mais ça a son style aussi.)

En tout cas, y'en avait un qui était ravi:

- Ah il fait tellement brumeux, j'adore! Ça faisait quatre jours qu'on avait du soleil, là, j'étais soûlé.

(Seigneur, j'ai épousé un gothique.)

On a notamment pu goûter aux joies de l'été austral une fois débarqués à Te Anau pour la pause pipi/café:



J'en ai donc profité pour acheter une SUBLIME polaire turquoise (oui ben je prends ce qu'il y a en solde) qui sentait le vieux moisi (ou alors c'était mes cheveux, avec l'humidité, tout ça) mais il faut ce qu'il faut pour se protéger du froid mordant de l'équivalent de fin juin.

Donc, pour ceux qui se demandent: non, je me vois vraiment pas habiter dans ce coin.



(Même si c'est joli à t'en crever un oeil.)

Et ce fut enfin l'arrivée à Milford Sound, charmante bourgade de... rien en fait, personne n'habite ici, ils sont pas fous les gens, y'a le port et un café et c'est marre.

Et après avoir payé encore un rein, c'était enfin l'heure de la croisière dans le fjord!

Parce qu'en fait, le meilleur moyen de voir les cascades et tout ça, c'est de prendre un bateau (on peut faire des randos le long des falaises, mais c'est super escarpé et puis est-ce que j'ai mentionné qu'il pleuvait sa race aussi?)

Pour se prémunir de la pluie, on avait tout prévu tout oublié à Auckland comme des grosses nouilles.

- C'est pas grave Cha, j'emmène toujours un poncho d'urgence dans mon sac.
- Tu veux dire ce sac poubelle?
- Non, c'est un PONCHO D'URGENCE.



(Je vous laisse juges.)

Enfin bon, pour ce qui est des cascades, on n'a pas été déçus, mate un peu.

(Si tu arrives à distinguer quelque chose, RIP la lentille de mon appareil photo qui se couvrait de gouttes de pluie toutes les demi-secondes où l'objectif était à découvert.)

(Et merci à Flaxou pour son coin de T-Shirt qui marchait étonnement bien.)

(C'est aussi mon chiffon à lunettes désormais.)








(Tu vois que je déconnais pas quand je disais que cette polaire était sublime.)

Conclusion: le Sud de l'Ile du Sud c'est super duper, mais c'est super froid, résultat maintenant je dois retourner au travail à Auckland alors qu'il fait 25 degrés, je suis pas prête psychologiquement, je veux juste aller à la plage et boire des mojitos merci.

Je te laisse sur cette photo d'otarie avec un lumbago:


(Ouïe.)

samedi 10 décembre 2016

Brève cycliste


Et donc je me suis remise au vélo.

Ce qui n’était pas de tout repos, et ce pour deux raisons.

La première raison, c’est qu’Auckland, si tu te rappelles, est une ville bâtie sur un champ de volcans (3615 idée de génie), ce qui, non content d’être une constante épée de Damoclès en mode « quand c’est qu’on va exploser », est aussi hyper pas pratique au jour le jour – surtout en vélo.

En gros, y’a quasiment aucune différence en altitude entre mon point de départ et mon point d’arrivée, mais y’a genre MILLE CUVETTES A LA CON que je dois me farcir entre les deux.

Et pour en rajouter dans le « pas d’bol Simone », le vent à Auckland souffle quasiment toujours de l’Ouest. Qui est la direction dans laquelle je vais tous les matins. 

Ce qui veut dire que, le matin à 8 heures, quand c’est bien important que j’arrive au boulot fraîche et bien mise, je me tape non seulement la partie du trajet avec le plus de montées, mais en plus j’ai des bourrasques de vent en pleine face tout le long du trajet, alors pas merci la sueur excessive. 



(Moi débarquant au bureau le matin, une allégorie.)

Ajoute à ça que mon vélo est une antiquité qui a beaucoup de mal à passer les vitesses, et tu comprendras facilement pourquoi j’ai maintenant des cuisses d’Amazone.

(Et des mollets qui refusent de rentrer dans ne serait-ce qu’une-demi botte.)

Petite anecdote : j’ai récemment suivi un cours d’entretien et réparation de cycles (la mairie d’Auckland organise des cours gratuits, c’est cool Raoul) et quand on a abordé la question des vitesses, j’ai montré mon vélo a l’instructeur en disant :

- J’ai du mal à changer les vitesses parce que j’ai pas de petite roulette qui me dit 1,2,3, juste un petit levier à monter ou abaisser. Vous avez des conseils?
- Ah ! Ça fait longtemps que j’avais pas vu des leviers de vitesse comme celui-là ! Vous savez comment on les appelait, dans le jargon ?
- Non ?
- « Suicide gears ».
- ….
- Parce que le seul moyen de savoir si ça marchait, c’était de regarder les rouages PENDANT qu’on changeait les vitesses.
- ….
- Ha, tous les accidents que ça a causé, cette merde ! Ho ho !
- ….
- Mais sinon, pour répondre à ta question, mon conseil c’est : choisis une vitesse et n’y touche plus jamais, sinon tu vas mourir, et ton p’tit vélo aussi. Voilà. D’autres questions ?

Donc mon vélo est un engin de mort, mais sinon je l’aime bien quand même.


Les gens me demandent pourquoi j’ai pas choisi un vélo plus performant, et a cela je réponds deux choses :

1. La version rationnelle : j’ai pas de fric à balancer dans un vélo flambant neuf, j’ai jamais payé plus de 50 Euros pour une bicyclette et c’est pas maintenant que ça va commencer.

2. La version irrationnelle : j’ai pris le vélo le plus pourri possible par pur réflexe, parce qu’après des années de vie à Strasbourg, tu choisis toujours cash le vélo le plus moche et rouillé possible – ça lui donne une extension de vie de quelques mois, voire quelques années si t’as de la chance. 
(Mais au bout du compte, on finit quand même par te le voler.)
(Un vélo à Strasbourg finit TOUJOURS volé.)
(C’est un peu la quatrième loi du mouvement de Newton.)

Evidemment c’est pas une loi qui s’applique au pays des Bisounours, puisque d’une part je suis même pas sure que les Kiwis sont au courant qu’il est possible de s’approprier les biens d’autrui, et puis surtout d’autre part QU’EST-CE QU’ILS IRAIENT FOUTRE AVEC UN VÉLO ?

Parce que c’est pas tellement qu’il n’y a pas de cyclistes ici (même s’il y en a peu) ; c’est plutôt que, depuis que je fais du vélo, j’ai l’impression de faire partie d’une caste à part.

J’en veux pour preuve les commentaires incompréhensibles de mes collègues :

- Ouah Charlotte t’es venue au travail en vélo ?
- Ouais.
- Mais t’habites pas à Panmure ?
- Si.
- Han ! C’est tellement courageux de faire tout ce chemin !



(« Tout ce chemin » = 6 kilomètres.)


Et le plus marrant, c’est que les mêmes gens, le lendemain, m’ont sorti :

- Ah mais en fait tu vas venir TOUS LES JOURS en vélo ?
- Ben oui. 
- Mais…. Ta voiture est cassée ?



(J'crois que vous avez pas bien saisi le principe, les gars.)

En fait, je l’ai compris plus tard, le vélo est vu par les Kiwis comme un sport/loisir, mais absolument pas comme un moyen de transport. Donc, quand les gens me voient faire du vélo pour aller au travail, ils se disent que je dois faire du vélo TOUT LE TEMPS, genre c’est tellement ma grande passion que j’en fais MÊME pendant la semaine.



(Mes collègues qui s'imaginent ma vie hors du boulot.)

Alors qu’en vrai, je fais du vélo la semaine, et après je passe le week-end cloîtrée a la maison en slip devant Skyrim.

(Ouais, j’ai fini The Witcher 3.)

(C’était génial, soit dit en passant.)

(Maintenant avec Skyrim j’ai un peu l’impression de jouer au Witcher pour les 6-12 ans.)

(Du coup j’ai mis Skyrim en mode Légendaire, et je joue mage nécromant sans armure.)

(Je me fais one-shot toutes des cinq secondes, c’est super.)

Bref bref.

Tout ça pour dire que moi, je vois le vélo comme un moyen de transport pratique : j’épargne de l’argent, je gagne du temps, c’est bon pour l’environnement, et ça me fait faire un peu d’exercice.

Mais à entendre mes collègues, c’est à peu près aussi pratique que de venir au travail en pirogue :

- Et si jamais t’as une réunion à l’autre bout de la ville ?
- Ben je prévois de prendre ma voiture le matin.
- Et si tu dois faire les courses ?
- Ben je prévois de prendre ma voiture le matin.
- Oui mais si tu dois faire des courses URGENTES et tu l’apprends pendant la journée ?
- Eh ben j’y vais en vélo.
- Mais si tu dois acheter un truc qui rentre pas dans ton sac ?
- Eh ben je rentre à la maison et je prends ma voiture quand j’arrive à 17h30, Denise !
- Ah tu vois ? C’est pas pratique.



Mais Jacqueline bordel de merde je suis en vélo, c’est pas la fin du monde ! 

C’est pas non plus comme si je venais au boulot tous les matins à pied, chaussée de sandales à clous, attachée à un menhir !

(Comme une joyeuse petite Sisyphe.)

Au final, je suis quand même bien contente de pouvoir enfourcher mon vélo pour les petits trajets – même si je frôle la mort à chaque instant parce que ces embouchés de Kiwis ne savent pas ce que c’est qu’un angle mort (ou qu’un rond-point) (ou qu’un passage piéton) (ou qu’on n’est pas censés s’arrêter au feu rouge a deux millimètres de moi, puis ouvrir sa portière en plein sur ma gueule pour laisser descendre son con de môme). 

(3615 ça sent le vécu.)

Mais y’a rien de plus cool que de chevaucher son vélo à l’heure de pointe, en doublant crânement tous les gens sur l’autoroute.

(Oui, la piste cyclable est à côté de l’autoroute.)

(Paye ta sécurité.)

Épilogue :

- Ouais, je voudrais me remettre au triathlon, mais à Auckland c’est trop bondé, je cherche un truc un peu excentré.
- Tiens, Charlotte, toi qui es sportive, ça te connaît les triathlons, non ?

Moi :



(Oui, hyper, oui) 

mercredi 23 novembre 2016

La création de l'homme selon les Maoris - une légende WTF


Lors de mon week-end au marae (voir article ci-dessous), j'ai entendu pas mal de légendes maories, donc j'étais aux anges tu t'en doutes.

(Les légendes c'est mon centre d'intérêt principal dans la vie, avec les chips saveur pas chips.)

(Tu savais qu'en Nouvelle-Zélande on avait des chips goût cheeseburger?)

(What a time to be alive.)

Bref.

J'ai entendu pas mal de légendes que je connaissais déjà, comme celles de Maui et de ses exploits, de Rona et de la lune, de Tawhaki et de son séjour au ciel, ou encore celle du kauri et de son écorce.

Mais j'ai aussi et surtout entendu LA LEGENDE LA PLUS OUF DE TOUS LES TEMPS: celle de la création du monde selon les Maoris.

C'est une histoire à la fois super familière et incroyablement originale. Mais je vais te laisser juger par toi-même.

Donc c’est l’histoire du dieu Tāne, qui était, on se rappelle, l’un des enfants de Rangi (le ciel) et Papa (la terre), et qui était la force principale qui les avait séparés, créant ainsi le monde (grosso modo). Tāne régnait sur la terre, et s’était donné la tâche de la peupler. Et pour ce faire, il y va pas par quatre chemins: il nique tout.


(Ah bah oui mais c’est ça la joie des civilisations pré-colonisation.)

(Vis la vie de gens pas encombrés par des siècles de tabous sur le sexe.)

Donc il nique des montagnes et ça fait des arbres, il nique les arbres et ça fait des arbustes, il répand sa semence par terre et ça fait de l’herbe, bref tu vois le topo.

Au bout d’un moment, la terre est peuplée d’une végétation luxuriante, et Tāne commence à en avoir un peu marre de s’accoupler avec des buissons (et on le comprend). Il se rend donc sur une plage située au bout du monde, et commence à modeler une forme dans le sable. Il travaille sa sculpture tant et si bien qu’elle prend forme humaine.

Tāne souffle dans les narines de sa sculpture de sable, et lui insuffle le souffle de la vie. La sculpture se transforme donc en être de chair et d’os : la première femme.

Jusqu’ici, tu remarqueras qu’à part le bout où Tāne copule avec des arbres, on a affaire à un mythe de la création tout ce qu’il y a de plus banal : le coup de modeler un être humain à partir de terre et de lui insuffler la vie, c’est très littéralement un conte vieux comme le monde.

Sauf que dans la plupart des autres mythes de la création, l’entité créatrice fait généralement deux personnes, un homme et une femme, dont découle le reste de l’humanité (ou alors – variante – le dieu créé juste un homme, et c’est ce dernier qui créé la femme).

Mais là, Tāne, rappelle-toi qu’il cherchait pas tant à engendrer une espèce entière qu’à se taper du cuissot, donc un seul garage à bites, ça suffit bien.

Le problème, c’est qu’une fois la nana vivante en face de lui, Tāne ne sait pas trop comment s’y prendre.

(On se souviendra que son expérience sexuelle s’est forgée principalement sur tout ce qui était chlorophylle.)

Du coup, il fait comme tout le monde aurait fait à sa place : il fourre sa bite dans tous les orifices et il regarde où ça rentre.

(Je dirais bien que c’est dégueulasse, mais étant moi-même dépourvue de ce type d’appendices, je m’abstiendrai de commentaires.)

Donc comme Tāne est un être super logique, il commence par les yeux (euh…aie ?)

(Enfin chais pas mec, y’avait quand même des trous un peu plus évidents !)

Il essaye donc tant bien que mal de niquer l’œil de sa nouvelle création, mais, n’y arrivant pas, se retire, laissant un peu de sa semence au coin de l’œil de la jeune femme.


(Petit instant de compassion pour la demoiselle.)

C’est de là, selon la légende, que viennent nos larmes.

Eh ouais ! On pleure tous du sperme divin !


(On en apprend tous les jours.)

Mais la leçon d’anatomie ne s’arrête pas là, puisque Tāne n’est rien si ce n’est persistant.

Il va donc s’introduire méthodiquement dans chaque recoin de décidément l’Eve la plus mal barrée de la création, et y laisser à chaque fois de la semence, qui donnera naissance à un fluide corporel. 

Il lui fourre donc successivement la teub dans la bouche (et ça donne la salive), dans l’oreille (et ça donne la cire d’oreille), sous l’aisselle (et ça donne la sueur), et dans le popo (et ça donne… bon j’te fais pas un dessin).


(Pendant ce temps, la pauvre dame.)

Et donc, après avoir essayé tous les endroits sauf le plus évident, Tāne se dit enfin « Allez hop, si déjà on est là, on tente le vag’ ».


(Pas trop tôt.)

Il s’accouple donc enfin avec l’heureuse élue.

(M’est avis qu’elle était vivante, mais pas super bien finie, la meuf, pour se laisser faire aussi placidement.)

(Genre hep salut ça gaze ma bichette, bon j’te mets ma bite dans l’œil ça te dérange pas hein ?)

(Et même pas un restau d’abord, franchement.)

Alors la morale de cette belle légende, outre que ça doit être super rigolo de la raconter aux petits enfants, c’est quoi ?

Bon d’abord, je pense que c’est important qu’on retienne bien qu’on est tous des sacs à foutre divin.

(RIP à tous les prêtres catholiques qui sont entrés en combustion spontanée alors même que cette phrase était formulée.)

Mais si l’on passe outre le côté xptdr de l’affaire, y’a quand même une chose extraordinairement positive à cette légende : c’est que, contrairement à d’autres cultures qui imaginent l’homme comme créé à l’image divine, les Maoris, eux, nous expliquent qu’on est littéralement les DESCENDANTS d’un dieu !

Et c’est une petite nuance, mais pas si petite que ça.

Parce que déjà, c’est plutôt cool de se dire qu’on est tous un peu des dieux (les plus mégalomanes d’entre nous l’ont déjà compris) mais aussi, je trouve que ça véhicule un joli message.

(Pas celui du garage a bites, hein.)

Parce qu’au final, ce mythe nous dit qu’on est tous des descendants divins, mais pas seulement nous : les montagnes, les forêts, les oiseaux, les arbres, ce sont tous des descendants de Tāne aussi – et, qui plus est, ils sont arrivés avant nous, et on leur doit donc le respect qu’on accorde aux tuākana (grands frères/grandes sœurs).

Et oui, je sais, c’est incroyablement hippie de dire qu’on est tous les frères et sœurs de Gaïa, mais voilà, moi je trouve ça beau.

(Vis ma vie élevée par des gauchistes dans la montagne.)

Sur ce, je vais me coucher avec ces belles images dans la tête (tous ces sacrifices que je fais pour toi lecteur), et je te dis à bientôt pour de nouvelles aventures!

(Et de nouvelles légendes j'espère.)

vendredi 18 novembre 2016

L'Instant Kiwi: un week-end au marae


Comme tu sais déjà (parce que je te bassine avec depuis des mois) je prends des cours de Te Reo Maori.

Et dans le cadre de mes cours, je suis allée passer un week-end au marae. 

Et comme c'est un truc pas banal, je me suis dit que je te raconterais un peu comment ça se passe.

Alors d'abord, les basiques:

Qu'est-ce que c'est qu'un marae?


Expliqué très simplement, un marae, c'est un lieu de rassemblement communal. Pour les Maoris, c'est un endroit qui a une importance capitale, parce que c'est l'endroit où vit la culture de la tribu: on s'y rencontre pour des négociations, on y accueille les visiteurs, on y célèbre les mariages, les naissances, et les décès.

Les marae étaient communs autrefois dans toute la Polynésie, mais aujourd'hui, ils subsistent principalement en Nouvelle-Zélande. Et, contrairement à d'autres pratiques culturelles qui sont mortes avec l'arrivée des colons, le marae reste aujourd'hui une part importante de la vie de tous les Maoris – même ceux qui ne s'impliquent pas activement dans la célébration de la culture maorie y sont allés au moins deux-trois fois dans leur vie, et connaissent les us et coutumes à observer sur place.

(Un peu comme nous en France avec l'église.)

(Moi je suis une athée élevée par des bobos, mais je sais quand même faire le signe de croix et réciter "Notre Père" et "Je vous salue Marie" – c'est un peu le minimum syndical.)

En Nouvelle-Zélande, on trouve en général un marae par village, et plusieurs dans les grandes villes. En général, chaque marae est consacré à un hapū (clan) : la tribu locale est le bénéficiaire légal du marae, et a la charge de son entretien.

Le marae est en général séparé du reste du village/de la ville par une enceinte en bois, parce que c'est un lieu sacré (tapu): on n'y entre donc pas comme dans un moulin, et il y a une multitude de règles à suivre une fois à l'intérieur.

Le marae, à quoi ça ressemble?




Le marae est peu ou prou toujours composé des mêmes bâtiments:

- Le wharenui (littéralement "maison-grande"), la maison de rassemblement, où l'on discute et où l'on dort;
- Le wharekai (littéralement "maison-manger"), le réfectoire;
- Le wharepaku (littéralement "maison-petite"), qui comprend les toilettes et les douches.
- Le marae ātea, la cour qui se trouve devant le wharenui (c'est aussi un endroit très important, même si ce n'est pas un bâtiment).

Ça, c'est le strict minimum. Les marae plus grands ont quelquefois des trucs en plus, comme le wharekarakia (église), le wharemata (morgue) ou le poukara (mât pour les drapeaux).

Peut-on accéder au marae si on ne fait pas partie du hapū/si l'on n'est pas Maori?

Oui, mais il faut avoir reçu une invitation formelle de la part du hapū, et même une fois invité, c'est pas genre "Viens, mets tes pieds sous la table". Les gens qui arrivent dans un marae pour la première fois (qu'ils soient Maori ou non) doivent passer par l'étape du pōwhiri (cérémonie d'accueil).

Contrairement à beaucoup d'idées reçues, le marae n'est pas fermé aux non-Maoris; en revanche, comme le but de l'endroit, c'est de célébrer la culture maorie, il est quand même nécessaire pour les visiteurs de s'y intéresser un minimum, et de savoir parler au moins un peu la langue (ne serait-ce que quelques mots appris par cœur et ânonnés péniblement). D'ailleurs, dans la majorité des marae, l'usage de l'anglais est, sinon interdit, du moins fortement déconseillé.

(Du coup, tu comprendras que c'est pas vraiment l'endroit que tu vas aller visiter pendant tes vacances.)

Le pōwhiri, c'est compliqué?


Ouais, hyper. Un pōwhiri formel, en grande pompe, peut durer facilement deux heures.

Une petite pensée au passage pour la famille royale, qui se tape des pōwhiri de trois-quatre heures à chaque visite.



(Ceci dit, ça reste toujours moins long qu'un match de cricket.)

Dans mon cas, j'ai été accueillie au marae de l'université où je prends mes cours (chaque université en Nouvelle-Zélande a son propre marae), et on a eu droit à un semi-pōwhiri, parce qu'on était un groupe assez grand à visiter pour la première fois, donc il fallait marquer le coup, mais en tant qu'étudiants à l'université, c'est techniquement NOTRE marae à nous aussi (il n'est pas assigné à une tribu en particulier).

La cérémonie est souvent adaptée au cas par cas (sinon ça prend des plombes).

Comment se passe un pōwhiri?



(Exemple de pōwhiri formel)

Le pōwhiri consiste en deux groupes qui se rejoignent pour n'en former plus qu'un: d'un côté, les manuhiri (visiteurs), de l'autre, les tangata whenua (hôtes).

Le pōwhiri est une cérémonie très codifiée, qui a plusieurs étapes distinctes:

D'abord, les visiteurs sont groupés hors de l'enceinte du marae (dans la rue, quoi) et les hôtes sont groupés dans la cour, le marae ātea. Dans les deux groupes, les femmes se tiennent devant, les hommes derrière. Puis, les femmes du marae entonnent un chant d'accueil, auquel les femmes du groupe de visiteurs répondent en chantant aussi. Les paroles du chant donnent quelque chose du genre:

- Yo salut les visiteurs, vous êtes qui?
- On est la tribu de X, descendants de Y, Z, etc.
- Vous venez pour faire la guerre ou comment ça se passe?

C'est une tradition des temps jadis, où comme les Maoris passaient leur temps à se faire la guerre, la coutume était de ne jamais laisser entrer des étrangers dans un village sans leur avoir demandé pourquoi ils venaient.

(Et pour ceux qui se demandent "Oui mais les gars ils peuvent mentir, non?" la réponse est : non.)

(Chez les Maoris on s'emmerde pas avec la stratégie: quand on vient pour faire la guerre, on arrive en criant C'EST LA GUERRE, y'a pas de lézard.)

(Les Maoris sont un peu les Leeroy Jenkins de la vraie vie.)

Ensuite, les visiteurs entrent, et les hôtes leur font un chant d'accueil avec une chorégraphie à base de branches d'arbres. 

(Ça c'est un truc très Maori, il faut toujours qu'il y a ait des chorégraphies) 

(C'est comme un peuple entier de Kamel Ouali).

Ensuite tout le monde s'assied (enfin!) et là c'est au tour des hommes de parler. 

Et ils vont parler, parler, parler pendant super longtemps, parce que le Te Reo est une langue très codifiée, et que les Maoris sont un peuple très formel, donc juste pour dire bonjour dans les règles, t'en as déjà pour cinq bonnes minutes.



(Oui, les Maori sont un peu les Ent de la vraie vie.)

Puis une fois que tout le monde a fini de parler, il y a encore des chansons et encore des chorégraphies, et ensuite c'est le moment du hongi.

Le hongi est une manière de dire bonjour, qui consiste à presser légèrement le front et l'arête du nez contre l'autre personne.



(J'ai dit "légèrement", hein.)

L'idée derrière le hongi est de mélanger les souffles – on partage donc notre essence vitale avec l'autre personne.

Autrefois, tout le monde (femme et hommes confondus) faisait le hongi, mais les colons Anglais jugeaient la pratique impropre entre personnes du sexe opposé, et l'ont replacé par une bise.

(Alors là, faut m'expliquer le raisonnement.)

("Non, c'est trop intime de poser ton front contre celui d'une femme. Embrasse-la plutôt sur le visage!")

Aujourd'hui, selon les marae, soit tout le monde fait le hongi, soit les femmes font le hongi aux hommes et la bise aux autres femmes, soit les femmes font la bise à tout le monde et les hommes font le hongi entre eux.

(Ouais, c'est compliqué.)

Une fois le hongi accompli, le tapu des visiteurs est officiellement levé, et tout le monde peut aller manger.

Qu'est-ce qu'on mange au marae?

La même chose que partout ailleurs en Nouvelle-Zélande : des trucs gras et frits. Question suivante!

Une fois les cérémonies terminées, qu'est-ce qu'on fait au marae?

On célèbre la culture Maorie en parlant te reo, on chante des chansons, les anciens racontent des légendes, et puis bien sûr on n'oublie pas les chorégraphies.



(Moi pendant les chansons, une illustration.)

On dort aussi sur place (parce que les légendes, ça prend du temps à raconter).

Bref, c'était un week-end super cool où j'ai appris plein de choses, notamment une légende COMPLÈTEMENT DÉMENTE sur la création du monde, mais ça j'en ferai un article à part parce que ça vaut son pesant d'or.

Je terminerai avec un petit snapchat de ma soirée:




 Je pense que tout est dit.