jeudi 6 décembre 2012

Je conduis à gauche et je ne suis pas (encore) morte.



(C'est bien la peine de faire chier, tiens.)


Et donc Flaxou et moi on a acheté une voiture.

Je précise que c'est la première voiture qu'on achète, pour de vrai, avec nos sous, vu que par le passé, on a toujours été assez chanceux dans nos vies pour qu'un membre de notre famille change de bagnole et nous refile sa poubelle (ce qui explique pourquoi je conduis toujours comme si j'en avais rien à foutre de planter ma voiture dans un fossé - c'est parce que j'en ai rien à foutre).

Après moults et moults recherches sur l'équivalent Néo-Zélandais du Bon Coin et les habituels LOL qui s'ensuivent :

- Bon, je vous le dit tout de suite, c'était pas sur l'annonce, mais j'ai planté cette voiture dans un fossé y'a cinq jours. Mais elle roule encore un peu, hein! Je vous la laisse pour 1000 $, c'est vraiment une bonne occase! Faudra juste penser à changer....tout.

Et les interminables visites de garages d'occasion tenus par des Asiatiques :

- This good car, yes? Vely good car, vely good! Almost new! Only 300 000 kilometres.
- Thiry thousand isn't exactly new.
- Yes yes! Like new, because this good car! This Japanese car! Car don't count kilometres!
- C'est ça, et toi tu comptes pas les conneries qui sortent de ta bouche.
- Escuse me?

Professeur Flaxou et moi, on était au bord du désespoir à la vue des millions de bouses qu'on essayait de nous fourguer pour des prix exorbitants.

- This good car, vely low mileage. Only 250 000.
- How much?
- 5000 dollars.
- Nan mais il se fout de notre gueule, là?
- Escuse me?
- ARE YOU DECONNING?

Quand finalement, après des journées entières passées à arpenter Auckland la mort dans l'âme, on a enfin trouvé LA voiture.



Alors oui, certes, elle est plus toute neuve, le capot est tout moche, et l'autoradio ne fait que les cassettes (et moi qui ai jeté mon Walkman et ma boîte de cassettes faites maison juste avant de déménager, comment j'ai trop la haine).

(En plus j'étais trop une pro de l'enregistrement Y'avait au moins deux chansons entières par cassette.)

(En même temps, aurais-je eu envie d'écouter l'intégrale de Lord Kossity et Busta Flex en 2012, je pense qu'on peut légitimement se poser la question.)

Mais c'est quand même une voiture avec un nombre raisonnable de kilomètres (compte tenu qu'elle date de 1998) (une bonne année, 98 : ma dernière année à l'école primaire, alias "époque bénie où j'étais admirée parce que j'avais des bonnes notes" (au lieu d'être jetée dans la poubelle, comme ce fut le cas au collège, pour les mêmes raisons)). 

L'intérieur est nickel, y'a plein de place dans le coffre, je pense qu'elle est même assez grande pour qu'on dorme dedans si on trouve pas d'hôtel à trou-du-cul-sur-fjord (oui, on va se paumer dans l'île du Sud, mais si je ne vois pas tous les endroits où on a tourné le Seigneur des Anneaux, je vais pas bien dormir).

Le seul problème (le GROS problème)... c'est que c'est une voiture automatique.

Les voitures automatiques, tu sais peut-être pas ce que c'est vu qu'en France on en a presque pas. 

C'est comme une voiture normale, mais au lieu du levier de vitesses, tu as ça :




(Trop esthétique.)

Pour résumer : c'est l'invention du démon. Pour faire plus nuancé : c'est l'invention du démon. 

Je t'explique le bazar : P c'est pour Parking, R c'est pour Reverse (marche arrière), N c'est pour Neutral, D c'est pour Drive.

(2 et L, personne n'a pu nous dire ce que c'était. Apparemment personne ne sait, et on ne doit pas demander.)

Donc en fait, la voiture automatique n'a que 3 vitesses : en arrière, en avant, et la vitesse 0. En gros, quand tu veux avancer, tu mets la voiture sur D, et elle change les vitesses toute seule, toi t'as juste à accélérer. 

Sur le papier, ça semble génial, MAIS MAIS MAIS : d'une, ça veut dire qu'une voiture automatique consomme VACHEMENT plus qu'une voiture manuelle, et de deux : 

Résumé de ma première expérience au volant de ma nouvelle voiture :

- Donc là tu passes sur D et tu appuies doucement sur l'accélérateur.
- OH PUTAIN ÇA AVANCE TOUT SEUL! 
- Panique pas.
- PUTAIN PUTAIN SA MÈRE COMMENT ON RALENTIT? 
- Freine tout doucement.
- JE TROUVE PAS LA PÉDALE D'EMBRAYAGE!
- C'est parce qu'il y en a pas.
- OH PUTAIN OH PUTAIN
- Reste bien à gauche.
- FLA JE VAIS CREVER! ON VA TOUS CREVER! FLA! FAIS QUELQUE CHOSE!
- Freine doucement, et...
*CHTUNK*

(Je précise qu'on était sur un parking.)

(Sinon on serait morts.)

Oui, parce qu'il y a pas seulement le côté "deux pédales mais je vais mourir" à gérer. Y'a aussi tout le côté GAUCHE à gérer.

Le volant est pas du bon côté. La ceinture est pas du bon côté. Le levier de vitesses est pas du bon côté. Le rétroviseur est complètement tordu. Le clignotant est à la place de l'essuie-glace (sérieusement, ils veulent vraiment notre mort?). 

Et la première fois que j'ai dû prendre un rond-point, mais je te jure, si quelqu'un m'avait filmé je serais déjà sur Youtube.

Mais au moins, on a une voiture.

Donc maintenant le voyage est planifié, on part demain, et on va commencer nos vacances en visitant l'endroit le plus cool de la terre (ça fait trois jours que je dors pas tellement je suis impatiente). 

Quel est cet endroit?


Tu le sauras au prochain épisode!



(Ouais, je sais, je fais ma bâtarde, mais faut bien gagner des visites ma petite dame, l'Internet c'est la jungle et j'ai des vacances à payer.)  

lundi 3 décembre 2012

Les maisons flambent parce qu'on partira pour ne plus revenir



Et donc je suis partie en Nouvelle-Zélande.

Tout le monde arrêtait pas de me dire à quel point c’était trop cool que je parte, sauf qu’ensuite, plus ils posaient de questions, plus ils avaient l’air sceptiques quant à ma santé mentale :

-       - Et donc t’as déjà un appart là-bas, et tout ?
-       - Ah non non, on n’a rien encore.
-       - Ah, vous logez chez des amis ?
-       - Non plus, non. On connaît personne là-bas, en fait.
-       - Ah. Et du coup vous allez vous installer où, Auckland ?
-       - On sait pas.
-       - Mais… ton boulot, il sera où ?
-       - On n’a pas de boulot.
-       - …..
-       - Mais je vais voir le village des Hobbits !

Professeur Flaxou et moi avons donc passé nos derniers jours en France à se préparer intensément à dire au revoir avec force larmes et chouineries à tous les gens qu’on connait, et à se faire ensevelir sous des tonnes de bouffe par tous les gens qui nous aiment (j’ai pris genre 3 kilos rien que la dernière semaine) (et ma mamie est responsable d’au moins deux d’entre eux).

(Elle croit que je pars en Barbarie parce que je lui ai dit qu’il y avait pas de Munster en Nouvelle-Zélande, du coup elle a passé son temps à me nourrir de tous les mets de son répertoire « parce que dans ce pays de dégénérés, à tous les coups, ils ont même pas de poitrine farcie, rends-toi compte »).

Après tous les au revoirs à rallonge, il nous restait donc très exactement 5 heures pour faire les bagages avant le grand départ. C’est le seul moment où j’ai réellement stressé : le moment où j’ai réalisé que 20 kilos de bagages, ça veut dire faire un tri EXTREME dans mon armoire.

Et Professeur Flaxou n’était pas d’une grande aide :

-       - Mais vire-là, cette robe, t’en as pas besoin !
-       - Mais elle me va tellement bien !
-       - Tu la mets jamais !
-       - Mais pas parce qu’elle me va pas !
-       - Ben pourquoi alors ?
-       - Ben ! Parce qu’elle est trop classe pour mettre juste comme ça.
-       - Mais par quelle logique est-ce que tu veux emmener un vêtement trop classe pour être mis au quotidien ?
-       - Mais… imagine si on est invités à un mariage !

En fait, heureusement qu’il était là, Professeur Flaxou. Parce qu’à 78 euros le kilo supplémentaire, on pouvait pas exactement se permettre un excédent de bagages.

(Mais quand même. Demander à sa femme de n’emmener que 4 paires de chaussures pour déménager à l’autre bout du monde, c’est presque de la violence conjugale.)

Et ça n’allait pas mieux avec les autres choses que j’ai dû abandonner : mon T-Shirt Reservoir Dogs, ma culotte Pirate des Caraïbes que j’avais depuis mon premier voyage à Paris (oui, elle était UN PEU vieille, okay), mon super gilet qui était moche mais tellement confortable et chaud, mon vieux pull qui sentait comme la maison à Kaysersberg, mon jean troué avec les poils de mon chat dessus. Mon pull que j’avais mis la veille et qui sentait encore le savon de bébé parce que ma nièce s’était endormie dans mes bras quand on regardait Big Bang Theory (je veux qu’elle sache que la science c’est cool), et que j’étais restée deux heures sans bouger pour pas la réveiller.

Mais au final, et sans que je sache vraiment comment ça s’était fait, les valises étaient prêtes, les papiers étaient en ordre, la voiture était vendue, et le reste de ma vie tenait dans cinq cartons entassés soigneusement par Papy dans la cave de la maison de Kaysersberg.

C’était le moment.

Le plus bizarre, c’est que je pensais que la nuit avant le départ, j’allais pas réussir à fermer l’œil. J’ai pas pu dormir les nuits précédant les événements respectifs suivants :

-       * Mon premier jour en tant que prof à la fac
-       * Mon premier jour de stage de fin de Master
-       * Ma soutenance de mémoire
-       La sortie cinéma du Retour du Roi

Donc t’imagines un peu qu’avec le cocktail explosif de tristesse, d’excitation et d’insécurité que constitue ce voyage, je m’imaginais debout toute la nuit.

En réalité, à 22 heures, j’ai commencé à piquer du nez ; je suis rentrée à l’hôtel, je me suis couchée, j’ai pensé « faut que je mette un réveil pour demain », et c’est la dernière chose dont je me souvienne.

Je pense que j’avais accumulé tellement de stress en douce et de sommeil en retard que, une fois au pied au mur, tout s’est évaporé. La tristesse de quitter ma famille et mes amis pour un temps indéterminé. Le fait de se dire qu’on ne savait pas du tout où on mettait les pieds, ce qu’on allait faire, où on allait aller, si on allait trouver du boulot. Le stress d’essayer de caser toutes les choses qui m’étaient chères dans une valise de 20 kilos. Même l’excitation du départ.

Tout s’est évanoui dans les 20 mètres carrés de la chambre d’hôtel, et j’ai dormi du sommeil du juste jusqu’à la sonnerie du réveil (de Professeur Flaxou, sinon je dormirais encore).

Le matin, j’ai pris ma douche, j’ai enfilé mes chaussettes de contention (oui, comme une vieille dame, parfaitement, mais bon, si on n’a pas fait 25 heures d’avion, on se tait) et on est partis pour l’aéroport.

Je redoutais un peu de passer 12 heures d’affilée dans un petit habitacle avec plein de gens potentiellement chiants, mais je dois avouer qu’on a eu un bol de malade sur ce voyage. On n’a eu AUCUN des désagréments typiques de l’avion, type :

·         * Bébé qui pleure
·         * Turbulences
·         * Toilettes bouchées
·         * Gens qui vomissent
·         * Connards devant toi qui reculent leur siège au maximum
·         * Retard de l’avion et panique à bord pour les correspondances
·         * Temps pourri et du coup tu vois rien à travers le hublot alors que, merde, t’as payé pour la place avec un hublot EXPRES.

En plus, on a eu genre six repas en 24 heures (parce qu’ils nous servaient à manger dès qu’on traversait deux fuseaux horaires), c’était un peu comme une bande-annonce de la vie chez les Hobbits.

Et les repas, la vie de ma mère je te jure c’était bon. Pas « bon » genre « mamie », mais « bon » comme dans « j’ai la flemme de cuisiner alors j’achète un truc Sodebo ».

(Ce qui est déjà une énorme amélioration, la bouffe d’avion étant précédemment reconnue comme étant « bonne » comme dans « j’ai vomi des choux de Bruxelles en boîte et maintenant je vais te les faire manger ».)

(Là on avait plutôt l’impression d’être dans une cantine, et pas dans un des volets de Saw. C’était cool.)

Ensuite on a eu une escale de deux heures à Kuala Lumpur, il faisait 27 degrés alors qu’il était cinq heures du matin en novembre, NORMAL. (Et l’aéroport avait la clim, alors je te laisse un peu imaginer comment c’était dehors.)

Dehors ça avait l’air carrément chouette avec de la jungle et des palmiers, mais comme on n’avait que deux heures d’escale, on n’avait pas le droit de sortir du terminal.

(Nan mais le terminal c’est bien aussi, hein. Des barres de Toblerone en duty-free, trop dépaysant.)

Et puis c’était reparti pour douze heures de vol.

A ce stade, j’avais dormi deux heures dans l’avion d’avant, et j’avais décidé (pour ne pas être trop décalée de la vie) de me forcer à rester éveillée tant qu’il ferait jour dehors, comme ça, en arrivant à Auckland (à une heure du mat’) je pourrais bien dormir la nuit, au lieu de rester allongée dans mon lit d’hôtel à me dire « putain mais j’ai pas sommeil il est midi bordel de merde ».

Alors bon, c’était une bonne idée à la base.

Sauf pour un truc qu’il faut savoir avec moi :

quand je n’ai pas mes huit heures, je deviens légèrement GROGNON.

-       - Ladies and gentlemen, welcome aboard this Malaysian Airlines aircraft….
-       - Putain de compagnie de radins de merde.
-       - The emergency exits are located at the front….
-       - Vingt kilos de bagages, vingt kilos de bagages ! T’as peur de quoi, t’as peur qu’on s’écrase ?
-       - You’ll find your life jackets under the seats…
-       - Et 78 Euros par kilo supplémentaire, mais fous-toi de ma gueule.
-       - In case of an emergency landing…
-       - Et ta mère, Ping-Pong, elle fait combien de kilos en supplément ta mère?

(Bon, il faut aussi préciser que je n’avais pas encore complètement fait mon deuil de toutes les jolies robes que j’avais dû abandonner parce que trop jolies mais pas ultra pratiques.)

(Mais une Vero Moda presque neuve, quoi.)

(En plus elle me faisait des nichons de ouf.)

Et puis c’était l’heure de l’arrivée à Auckland, quand j’ai senti mon cœur se serrer sur la piste d’atterrissage parce que ça y était, c’était le moment où je me rendais enfin compte que c’était vrai. Après tellement d’années à en rêver, j’étais vraiment en Nouvelle-Zélande. Et c’était pas un pays imaginaire, c’était un vrai pays physique avec des gens et des routes et tous les lieux les plus formidables du monde, mais dans un seul pays, et c’est trop génial, et Professeur Flaxou a accepté de venir avec moi, il est trop génial, tout est trop génial, même le tapis roulant dans l’aéroport, trop génial, TROP GENIAL.

(C’était un peu mon état d’excitation à mon arrivée dans le terminal.)

Après, on a passé les contrôles de l’immigration et des bagages, et c’est là que j’ai constaté pour la première fois une constante Néo-Zélandaise qui n’en finit pas de m’étonner : la CONFIANCE.

Mon type de visa (Working Holiday) est électronique : c’est-à-dire que je n’ai pas de visa « papier » avant mon arrivée en Nouvelle-Zélande, juste un code de confirmation à donner à l’agent de l’immigration (qui te donne ensuite un petit tampon tout pourrave sur ton passeport, et hop, ça fait comme un visa).

Par contre, comme c’est un visa d’un an, tu as le choix entre prendre un billet d’avion aller-retour, ou prendre un aller simple, mais imprimer un relevé de compte prouvant que tu disposes des fonds suffisants pour t’acheter un billet retour.

Et, non seulement c’est une idée vraiment débile (quelle garantie que la personne ne va pas dépenser tout son argent et décider de se faire expulser ensuite pour économiser 1000 € ?), mais en plus, la nana de l’immigration n’a même pas vérifié mon papier de la banque ! Elle a même pas vérifié mon code de visa non plus ! Elle a juste scanné mon passeport, tamponné ton tampon moche dessus, et dit « Welcome to New Zealand, next ! », et c’était fini pour l’immigration.

Et pour le contrôle des bagages, c’était pareil : sacs aux rayons X, et là :

-       - Madame, vous avez des boîtes de médicaments là-dedans ?
-       - Non, c’est pas des médicaments, c’est mon stock de un an de pilule.
-       - Ah bon d’accord, bonne journée !

(Qu’on se le dise, ça semble facile d’être une mule en Nouvelle-Zélande.)

Et puis on a pris le taxi jusqu’au Formule 1 (grave dépaysant), et j’ai enfin passé une bonne nuit de sommeil, malgré le confort de la chambre, disons, spartiate :

-       - Mais y’a pas de gel douche ?
-       - Juste une savonnette.
-       - Mais y’a pas de shampooing ?
-       - Ben t’auras les cheveux moches.

Et comme c'est ma pire anecdote de tout le voyage, je pense qu'on peut dire EPIC WIN !

(Même si c’est quand même horrible de se laver les cheveux avec une savonnette.)

(Ma vie est trop difficile-an.)


(En plus sur le ferry y'a du vent et tout.)


Voilà, petit lecteur, c’est tout pour le moment. Le reste du voyage pour le moment se résume à des trucs chiants, genre ouverture de compte en banque et tout le tralala, MAIS MAIS MAIS, Professeur Flaxou et moi venons d’acquérir une SUBLIME Ford Festiva de 1997 (ouais, mais le billet d’avion, il coûtait cher, hein), et du coup, les prochaines nouvelles que tu auras de moi te viendront de la route des vacances !

(Ca se sent que je suis enthousiaste ?)

(Parce que je le suis.)


PS : Au fait, ici c’est l’été, il fait 23 degrés. (Si t’étais pas encore jaloux, c’est le moment.)

dimanche 25 novembre 2012

brève littéraire

Et donc en ce moment je lis un bouquin de Victor Hugo.

(Je pars en Nouvelle-Zélande dans 3 jours, et je veux pas avoir l'air inculte auprès de mes nouveaux compatriotes, alors depuis l'an dernier je lis plus que des livres français. En mars j'ai fait tout Pagnol, et maintenant Hugo, voilà.)

(Je vais pas non plus me mettre à lire du Rousseau rien que pour le plaisir, hein.)

Et donc, je lis "Les Travailleurs de la mer", bouquin qui parle des gens sur l'île de Guernesey (ils te vendent le livre avec un combat pour la vie contre une pieuvre géante, en fait ça dure TROIS PAGES, merci bien pour la publicité mensongère).

Et, outre apprendre des coutumes funky de l'île (genre qu'une femme enceinte non mariée choisit le père de son enfant dans la population, et ensuite il est obligé de l'épouser - VDM), ce livre présente une particularité que j'ai bien vite notée : Victor Hugo se fout de la gueule des Alsaciens, à cause de l'accent.

Je sais pas si tu réalises ce que ça veut dire.

Ça veut dire que, déjà au dix-neuvième siècle (donc des années avant l'invention du journal télévisé), on se foutait de la gueule de l'accent alsacien!


Donc en fait, avant ça :

On avait déjà ça :



(Le pire c'est que c'est l'accent Haut-Rhinois. Droit au coeur.)

Quand je pense, QUAND JE PENSE qu'on a un collège à Colmar qui s'appelle Victor Hugo! Ben c'était bien la peine, tiens.

Le mec il se fout de notre gueule jusque dans ses ROMANS, et on décide de nommer un collège d'après lui, mais enfin c'est n'importe quoi ces histoires!

C'est quoi la prochaine blague? Nommer un collège "Napoléon III" pour son haut fait d'avoir cédé l'Alsace aux Prussiens? 

Non mais franchement.

(Sinon j'aime quand même Victor Hugo. Mais il a de la chance d'écrire si bien, sinon il aurait perdu une lectrice.)

(Comment il aurait trop eu le seum.)

(Heureusement qu'il a pas de compte Twitter, c'est moi qui te le dis.)

mercredi 21 novembre 2012

Ma soirée nanar avec Breaking Dawn


(Pas contents! Pas contents!)

L'autre soir, avec mes copines, on est allées voir "Twilight".

On est allées le voir parce que Clémence et Nono avaient lu le livre et qu'elles voulaient savoir ce que ça donnait en film, Marion elle a suivi parce qu'elle est cool comme fille, et moi j'ai suivi parce que je ne dis jamais non à une soirée nanar.

Et si on me dit "Quoi mais ça te fait pas chier de payer un ticket de ciné pour voir un film que tu sais d'avance que tu vas pas aimer?", sache, jeune ingénu, qu'à l'époque de ma lointaine jeunesse où les torrent n'existaient pas et où on devait louer des films au magasin de location de DVD (oui, je sais, OH MY GOD LA PRÉHISTOIRE-an), j'ai loué l'intégralité du rayon "interdit au moins de 16 ans" qui se trouvait derrière les portes coulissantes de saloon, dans un petit réduit du magasin. (y'avait aussi des millions de pornos juste à côté, c'était très embarrassant de franchir la porte, à chaque fois j'avais envie de hurler au magasin "J'y vais pour les films d'horreur, hein! Vous faites pas des idées.")

J'ai donc eu le plaisir de dépenser pas moins de 9 euros 50 (parce que je l'ai rendu 2 semaines en retard) pour "DinoCroc VS Super Gator", un film qui est la suite de "DinoCroc" (moitié dinosaure, moitié crocodile), et donc là il se bat contre un alligator géant, voilà, voilà.




(Pour le bonheur des yeux, je te file aussi la bande-annonce. Ceci n'est pas une parodie.)

On comprend donc pourquoi je n'étais pas échaudée par la perspective d'une soirée Twilight.

(Au fait, quand je dis "les torrents n'existaient pas", c'est pas tout à fait vrai. Ça existait déjà, ADSL et tout. C'est juste que j'étais une n00b de l'informatique parce qu'on n'avait pas d'ordinateur à la maison.)

(Les pires années de ma vie.)

Donc on est allées voir Twilight.

Alors je ne vais pas m'attarder sur l'indigence du scénario et les trous gros comme le poing que l'on trouve dedans, ni sur les ficelles scénaristiques (qui ressemblent parfois à des câbles d'amarrage), vu que d'aucuns l'ont déjà fait, et bien mieux que moi.

Je voudrais juste quand même soulever quelques points qui m'ont paru digne d'intérêt :


1) POURQUOI est-ce qu'un film au budget de 120 millions de dollars ne peut même pas se permettre d'avoir des effets spéciaux crédibles? (A défaut d'acteurs crédibles - LOL). (Sérieusement, la directrice de casting, je sais pas si elle va encore trouver du boulot dans sa vie.)

Pour comparaison, on va prendre un film totalement au hasard :



Personnage en CGI en 2000 dans Le Seigneur des Anneaux.




















Personnage en CGI douze ans plus tard dans Breaking Dawn.

(Fond vert ruleeeez! A dû crier à plein poumons l'équipe technique qui a commis cette monstruosité.)

(Sérieusement, les gars, on est en 2012 et vous pouvez pas vous payer la motion capture? Faut arrêter les conneries deux minutes, là.)

MAIS (et j’insiste sur ce point) , aussi difficile que ça puisse sembler à imaginer, les loups-garous ne sont pas les choses les plus moches dans ce film. 

(Ha putain la sale gueule que tu te payes, Grichka.)

Et d'ailleurs...


2) POURQUOI est-ce que Vladimir et Stefan (surnommés par mes soins Igor et Grichka une seconde et demie après leur entrée en scène) se tapent un faux accent russe de derrière les fagots (type "méchant de James Bond") alors qu'ils sont censés être Roumains?

- OK Noel, et là, tu dis "Chez nous en Russie, beaucoup argent et beaucoup femmes, oh oh oh, Vodka!"
- Mais... je dois prendre un accent russe alors que mon personnage est Roumain?
- Oh c'est bon, hein! Russe, Roumain, c'est kif-kif, ils parlent tous russe en Europe de l'Est de toute façon!
- Ben c'est-à-dire que...
- Bon, mec, t'es Canadien, de toute manière ça aura l'air faux, maintenant fais ce qu'on te dit!

(Encore une victime de la directrice de casting.)

(Et aussi, l'Amazone est Indienne, l'Égyptienne est Arménienne, l'Irlandaise est Canadienne (encore! Mais vous avez eu un prix de gros sur les acteurs secondaires, ou comment ça se passe?), et la Brésilienne est Mexicaine. Bienvenue sur les tournages Hollywoodiens.)


3) Je veux bien que Bella soit surnaturellement belle après sa transformation en vampire (ce qui n'est pas le cas de tout le monde *kof kofGrichka*), mais est-ce qu'on était obligés de lui mettre du maquillage outrageusement brillant pour la scène de combat? Ça fait pas super crédible :

- Aloooors, tout à l'heure je vais probablement mourir décapitée. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir mettre comme fard à paupières?
- Bella, faudrait y aller...
- Oh, deux secondes, Edward, j'ai pas fini de choisir mon rose à lèvres! Faut avoir le sens des priorités, un peu!




(En même temps, quand on va chasser en robe de soie...)



4) Je voudrais bien savoir ce qu'ils ont mis dans le café des accessoiristes, parce que je pense qu'ils se sont un peu trop enthousiasmés quand il était question de mettre en place les décors :

- Eh mec! Mec! 
- Quoi?
- Viens on met un objet trop con sur le plateau. On fait genre c'est un objet de décoration.
- Pffffrrrt, t'es con.
- Mais si, allez, ce sera fun! Et on le met bien dans le champ, pour que tout le monde puisse le voir!



(Ou alors, ils avaient perdu un pari. Je ne vois pas d'autre explication.)

(Oui, c'est une paire de ciseaux géante. Visible pendant un total de onze secondes. Ça te donne le temps de dire "What the fuck?" environ 5 fois.) 

Ce moment a un peu tué le moignon de crédibilité qui adhérait encore péniblement au film.

5) Je comprends volontiers que les fans de Twilight soient un peu neuneu, mais était-il vraiment nécessaire de finir le film sur ce dialogue :

- We have time.
- Forever.
- Forever.

PUIS d'enchaîner sur une image du livre à la dernière page disant "Forever", PUIS de surligner le mot "Forever", PUIS de traduire dans les sous-titres par "Forever = A jamais"?

(Nan, parce que, tu vois, je pense qu'ils ont compris le message, là, quand même.)

Pour finir, et afin que tu comprennes vraiment ce que j'ai enduré pour toi lecteur, je te laisse sur la dernière image du film :


(Tu noteras que personne ne brille malgré le soleil - au moins ils sont constants dans l'incohérence.)

Donc, maintenant que tu as vu ce que je me suis farci juste pour pondre un article pour ton amusement, je voudrais bien que tu récites devant ton ordinateur : "Je vous salue, Chacho, qui avez souffert pour nos péchés".

Ci-mer.

samedi 17 novembre 2012

Le compteur à points feuilleton du samedi matin.


Plus j'avance dans Downton Abbey et plus mon compteur à points feuilletons du samedi matin s'emballe.

(Oui, j'ai un compteur à points feuilletons du samedi matin. Je regarde VRAIMENT beaucoup de séries.)

Je t'explique la chose : 

Les feuilletons du samedi matin, t'es forcément tombé dessus dans ton enfance (sauf si t'étais un lève-tard). C'étaient les émissions pour mamie qui passaient sur France 2 avant 9h30 (glorieuse heure de lancement de DKTV), et je me les farcissais tout le temps parce que je voulais pas louper le début de DKTV (parce qu'ils ouvraient l'émission avec Chair de Poule).

(Et 15 ans plus tard, je peux toujours pas regarder un pantin sans frissonner de terreur, ah bravo les émissions jeunesse.)

Les feuilletons du samedi matin, c'était des daubes internationales genre "Amour, Gloire et Beauté" (avé le générique qui sent bon les années 80), "Des jours et des vies", "Les feux de l'amour", ou encore "Schwartzwaldklinik" (big up à tous les enfants avec des mamies germanophones).

Le successeur actuel et francophone (cocorico) des feuilletons du samedi matin serait "Plus belle la vie", pour te donner un exemple plus contemporain. 

(Attention : ce lien de Plus Belle la Vie peut provoquer des crises de fou rire nerveux.)

Ces feuilletons, si t'as eu la chance de jamais en voir, se caractérisent par les traits suivants :

- Mauvais acteurs
- Fringues et coupes de cheveux d'un goût douteux, même pour l'époque
- Décors en carton
- Over maquillage
- Histoires de gens très riches
- Beaucoup de rose et de violet (on sait pas pourquoi) 

Le but est de ressembler le plus possible à une jaquette de roman Harlequin.




(Et c'est gagnéééé!)

MAIS MAIS MAIS, ce qui caractérise surtout un feuilleton du samedi matin (hormis le fait que les pubs qui l'entourent soient pour des dentiers, des assurances-vie ou le chauffage au gaz naturel avec Pierre Bellemare - oh my god mais c'est le mec du télé-achat!), c'est son scénario abracadabrantesque.

(Fiou, il est chaud à écrire ce mot.)

Les feuilletons du samedi matin sont connus pour avoir des personnages secondaires à n'en plus finir, des intrigues à rallonge, et des coups de théâtre quasi constants et, surtout, ultra-prévisibles. Exemple :

- Et vous, Kimberley, voulez-vous prendre pour époux...
- JE M'Y OPPOSE!
*haaaaaan du public*
- Brian! Mais que fais-tu ici?
- Tu ne peux pas l'épouser, Kimberley!
*jeu d'acteur convaincant*
- Brian, je te l'ai déjà dit, c'est fini entre nous! Je pensais que tu allais l'accepter!
- Non, ce n'est pas ça, je...
*Mouvement de brushing, il tourne la tête, écartelé dans sa douleur*
- Kimberley...
*maintenant il la regarde dans les yeux, re-mouvement de brushing*
- Il faut que je te dise... hier soir, au bord de la jetée, j'ai parlé à Michelle.
- Michelle!
*là c'est le moment où on doit rappeler aux téléspectateurs de qui on parle*
- Mais je pensais qu'elle était morte noyée après l'accident de jet-ski avec Patrick!
- Non, elle a survécu, et elle m'a tout raconté... Kimberley... l'accident de jet-ski était un coup monté!
*haaaaan*
- Tout a été orchestré par... cet homme!
*pointe du doigt* (et ta mère elle t'a jamais appris la politesse, Brian?)
- Brad?
*incrédulité*
- Brad, dis-moi que ce n'est pas vrai!
*regard vide de Brad qui attend juste d'encaisser son chèque et de trouver un meilleur boulot*
- Kimberley, cet homme voulait faire disparaître les preuves pour qu'il puisse t'épouser! Il voulait faire disparaître Michelle parce qu'elle seule savait que....
*pause de 10 secondes au moins* (trop naturel)
- Brad est en réalité... ton frère jumeau!
*musique dramatique, force gros plans, mouvements de sourcils incrédules*

Tu penses que j'exagère? Trop pas. (Je te jure que j'ai jamais vu un seul mariage se dérouler jusqu'à la fin.)

Je te montre un exemple de la complexité des intrigues :



(Tu noteras la doubleuse féminine qui donne, mais alors, tout ce qu'elle a, et le doubleur masculin, alias "l'Homme le plus Blasé du Monde".)

Deux minutes, et on a entendu au moins 18 prénoms! Sérieusement? (En plus tu dois te taper Ridge et Ridge Junior, bonjour l'Efferalgan). Je pense que les gens qui suivent ces séries régulièrement doivent écrire des fiches prénoms pour s'y retrouver (avec les indications qui vont bien : "mort", "mort mais pourrait éventuellement revenir", "porté disparu, va revenir dans 3 saisons", "aveugle/paralysé soi-disant à vie, mais va guérir dans une saison", etc.).

Et donc, j'ai créé un compteur à feuilletons du samedi matin.

Je t'explique comment il fonctionne : plus une série que je regarde compte de "points feuilleton", plus elle entre dans la catégorie de mes séries "coupables". (Des séries que je regarde, mais en secret, parce que bonjour la honte quoi).

Par le passé, il y a eu Desperate Housewives (que j'ai quand même regardée jusqu'au bout) et Glee (que j'ai arrêtée parce que bon, à un moment, faut dire non, quoi) qui partageaient entre eux pas mal de points feuilletons.

Et maintenant, j'ai Downton Abbey, qui a récemment passé la barre des séries "coupables" au milieu de sa deuxième saison.

Les indices se sont annoncés assez rapidement, puisque je me suis très vite mise à disserter de la série avec mon chat (signe qui ne trompe pas) :

- Mary, elle peut dire ce qu'elle veut, nous on sait qu'elle est secrètement amoureuse de Matthew. Hein mon pépère? Oh oui ça c'est un bon pépère.

Et puis, quand tu te surprends à prononcer des phrases comme :

- Han! Mais Sybil ne peut pas tomber amoureuse de Branson! C'est un serviteur! Que va penser la famille?

C'est que vraiment, y'a plus de doute.

Autre signe distinctif : les personnages tellement méchants que t'as qu'une envie, c'est qu'ils meurent de manière lente et douloureuse. Chez moi, ça se traduit par des insultes dès qu'ils apparaissent à l'écran :

- Thomas, va porter le vin au comte.
- Trébuche dans l'escalier et crève la gueule ouverte, Thomas.




(En plus, ils lui ont fait une belle tête de connard.)

Ajoute à ça que j'ai pété l'échelle de mon compteur "EMBRASSE-LA!" (hurlé vers l'écran à peu près deux fois par épisode) avant la fin de la première saison, et tu comprendras que la série avait déjà presque basculé du côté obscur.

(Oui, j'aime bien crier "Embrasse-la!" à mon écran. Après, quand le mec embrasse la fille, je me dis que c'est un peu grâce à moi.)


(Pour les films d'horreur, j'ai aussi un compteur "DERRIÈRE TOI!", si ça t'intéresse.)


Mais, la poussée finale, celle qui a vraiment précipité Downton Abbey avec force et fracas derrière l'écran "coupable", c'était la combinaison de pas moins de QUATRE ressorts scénaristiques moisis en UN SEUL épisode.

Professeur Flaxou, qui jouait en ligne à mes côtés, en a d'ailleurs bien profité (et ses potes aussi, apparemment), puisque je m'exclamais à voix haute à chaque twist du scénario :

- Han! Patrick Crawley? Mais il était censé être MORT SUR LE TITANIC!
(1 point.)
- Han! Il a été sauvé du naufrage, mais il est devenu AMNÉSIQUE!
(Ça, ça compte pour au moins 5 points, tellement c'est cliché.)
- Alors il est parti à la guerre, et un éclat de shrapnel lui a fait RETROUVER LA MÉMOIRE SUBITEMENT!
(Sérieusement?)
- Mais il a été gravement blessé au visage, et il est maintenant MÉCONNAISSABLE!
(1 point.)
- Donc il est possible que ce soit en fait un IMPOSTEUR qui cherche à VOLER LA FORTUNE FAMILIALE!



Mais je continue quand même à regarder. Sauf que maintenant, je fais des paris avec mon chat :

- Les médecins disent que Matthew est paralysé, mais nous on sait qu'il retrouvera l'usage de ses jambes dans une saison ou deux, hein mon pépère? Oh oui!

Après mon chat il me regarde genre :



(Mais je suis sûre qu'il sera aussi content que moi quand ils décideront de tuer Thomas.)