mardi 4 novembre 2014

Rapport Alsacien, partie I : vitiligo, hormones et sang qui gicle


Comme tu as pu le remarquer par mon absence quasi-totale du Net, j'étais partie en vacances.

Quoique "vacances" n'est pas vraiment le meilleur mot pour désigner mon séjour en Alsace. Je pense que "marathon bouffe-picole-famille-potes" serait plus approprié.

Car c'est véritablement un marathon qui s'est opéré ce mois-ci, entre les montagnes de bouffe ingurgitées (Weight Watchers bonjour) (on se reparle dans un an, quand j'aurai perdu les 10 kilos que je trimballe sur ma carcasse boursouflée) et l'emploi du temps de ministre histoire de caser tous les gens que je voulais voir (han mais j'ai trop d'amis-an!) et les rendez-vous chez les multiples médecins pour se faire BIEN FLIPPER SA RACE:

- ...Et donc comme mon oncle a fait un mélanome je me suis dit que ce serait bien de passer voir un dermatologue, histoire de faire un checkup complet. Comme en Nouvelle-Zélande la couche d'ozone est beaucoup plus mince, on entend beaucoup d'histoires avec le cancer de la peau....
- Vous savez, l'avantage du cancer de la peau, c'est que c'est un cancer qui se voit. Moi si j'étais vous je m'inquiéterais pas de ma peau, je m'inquiéterais de mes seins.
- Ah bon?
- Vous savez combien de personnes sont touchées par un mélanome? Une sur 300.
- Ah la vache, ça fait beaucoup quand m....
- Le cancer du sein, c'est une femme sur sept.




(Salut, c'est l'ambiance folle chez le dermato.)

Mais le médecin a été très sympa quand même, il m'a filé une petite plaquette sur comment différencier un grain de beauté d'un mélanome (comme je suis sympa je te file le résumé : il faut surveiller les grains de beauté d'un diamètre de plus de 5 mm, et il faut s'inquiéter s'ils ont des bords irréguliers ou plusieurs couleurs).

Par contre, j'ai été un peu prise de court, parce que je venais principalement pour discuter d'un grain de beauté gênant sur le côté de ma tête, et que le dermato m'a répondu ça:

- Non, ce grain de beauté n'est pas dangereux. On peut l'enlever si vous voulez, mais il ne pose pas de problèmes.
- Ah ben c'est coo....
- Par contre vous avez du vitiligo.
- Du quoi?

Et c'est comme ça que j'ai appris que la tache toute blanche sur ma main, et les zones toutes blanches sur mes coudes, n'étaient pas des restes de cicatrice comme je le pensais au départ, mais étaient une maladie de la peau qui cause la dépigmentation des cellules.

Ce qui a causé plein de questions, évidemment:

- Ça va s'étendre?
- Probablement.
- Ça va s'étendre beaucoup?
- On ne peut pas le savoir à l'avance.
- Je vais en avoir sur le visage?
- On ne peut pas le savoir à l'avance.
- Les taches que j'ai déjà, elles vont grossir?
- On ne peut pas le savoir à l'avance.
- C'est possible que ça se résorbe?
- Ça arrive, dans de rares cas. Mais on ne peut pas le savoir à l'avance.



AH BEN TROP MERCI MICHEL, HEUREUSEMENT QUE T'AS FAIT DIX ANS D’ÉTUDES, DIS DONC.

Mais en fait il s'avère que ce n'est pas de la faute de mon dermato, parce que le vitiligo est une maladie bien chelou. En gros : on sait pas d'où ça vient, on sait pas comment ça évolue, on sait pas comment le soigner, on sait pas comment le prévenir.

(Youhou.)

On sait par contre que c'est complètement inoffensif et que c'est juste moche, mais pas dangereux. (C'est déjà ça.)

Après une longue discussion avec le médecin et des heures sur le Net à chercher des infos, je sais donc que:

1. Je peux dire adieu à mon idée de deuxième tatouage, parce que le vitiligo KIFFE se fixer sur le tissu cicatriciel.
2. Du coup, faut que je fasse bien gaffe à ne plus me cogner partout (ce qui, avec mes deux pieds gauches et mes doigts en beurre, risque d'être bien marrant) et à éviter de gratter croûtes, boutons et autres piqûres de moustique, surtout au visage.
3. Je dois me protéger à mort du soleil, car le kif n°2 du vitiligo, c'est de se fixer sur des coups de soleil. Donc manches longues, protection 50, chapeau et tout le toutim tout l'été, et interdiction de bronzer à vie. (Heureusement que Professeur Flaxou est un geek avec une âme de goth, mon teint pâteux le ravit déjà.)
4. Même avec toutes ces précautions, le vitiligo va quand même continuer à s'étendre jusqu'à ma mort, et donc dans quelques années, il y a de bonnes chances que je ressemble à une vache Charolaise.

Mais pour l'instant tout va bien, donc on respire et on décrispe ses petits poings.

(Finalement, ce qui m'emmerde le plus, c'est l'interdiction du tatouage. Parce que bon, éviter les cicatrices et se protéger du soleil, je le fais déjà, donc c'est pas le truc le plus contraignant du monde.)

(J'avais une trop bonne idée en plus. Un truc avec une fougère, ça allait être grandiose.)

(Bref bref.)

Je suis aussi allée voir la gynéco pour me faire poser un implant contraceptif. D'ailleurs j'ai bien rigolé en lisant la liste des effets secondaires:



Donc c'est un peu la roulette russe entre prise de poids et perte de poids, mais je me fais pas d'illusions, toi et moi on sait très bien de quel côté ça va pencher.

(Dans la même veine, "augmentation du volume des seins" j'en doute fort, mais "augmentation de la pousse des poils, je sais pas pourquoi, mais j'ai bien l'impression que ça va être pour ma gueule.)

PS bonus: Professeur Flaxou a lu la liste ci-dessus, a vu "diminution des pulsions sexuelles", et a fait:



Mais j'ai surtout bien flippé en voyant que la notice avait aussi des petits schémas explicatifs pour apprendre aux médecins comment insérer l'implant:



Heu mais? C'est-à-dire que les professionnels de la santé ne savent pas à l'avance comment mettre ce truc dans mon corps?

T'es en train de me dire que des gens qui ont Bac+8 ont besoin de petits dessins pour leur montrer comment ça marche, ce bordel?


Parce que là c'est un peu flippant, je trouve.




(Ah bah ouais quand même, ce serait bête hein.)


D'autant plus flippant quand tu vois la gueule de l'engin:




(3615 agrafeuse des Enfers.)

Mais bon, ça s'est pas trop mal passé: la gynéco m'a fait une petite piqûre d'anesthésiant, m'a dit "Regardez les photos de bébés la-haut", j'ai levé les yeux, je me suis dit que quand même y'avait un sacré ratio de bébés bien laids, et puis j'ai réalisé qu'elle essayait de me distraire, et j'ai baissé les yeux juste à temps pour voir la grosse aiguille sortir de mon bras en y laissant l'implant, et mon bras se mettre à pisser le sang avant que la gynéco y applique une compresse en faisant "oh là là oh là là, bon c'est fini!".

Donc c'est cool, je suis officiellement une femme bionique, et j'arrête pas de toucher cette petite barre alien qui affleure juste sous ma peau (et de proposer à tout le monde de faire de même, parce que j'aime bien voir les gens pâlir de dégoût) (les gens sont des chochottes).



(En plus y'a aucune trace à part le trou de l'aiguille.)

Moi je l'aime bien, mon implant, maintenant que le bleu a guéri et qu'il ne me fait plus mal. J'avoue qu'après neuf ans de pilule, ça fait bien plaisir de se réveiller des fois la nuit avec la vieille angoisse au ventre : "Han j'ai pas oublié ma pilule?" Avant de faire "AHAHAHA NON".

Mais sinon ça va, j'ai pas fait que de me faire ausculter pendant mes vacances.

Je suis aussi passée aux dons du sang.

Vu que ces tard-bâ de Kiwis ne veulent pas de mon (pourtant super bon) sang sous prétexte que j'ai vécu en France pendant les années 90 et que donc j'ai peut-être la vache folle, j'ai profité d'être en France pour aller donner mon sang, vu qu'ici ils sont pas trop regardants là-dessus (enfin un peu, mais bon, ils peuvent pas se permettre d'exclure tous les Français sur le principe, je pense).

Donc je suis allée au bâtiment permanent de l'EFS à Strasbourg, et j'étais bien dég.

Parce que ça fait des années que j'habitais à côté de ce bâtiment, mais que j'allais toujours aux collectes mobiles comme une grosse quiche. Genre ça me plaisait de faire la queue dans des gymnases et de manger du pâté de volaille qui pue sur du pain d'il y a une semaine.

Alors qu'au bâtiment permanent, c'est le Ritz ma petite dame!

Y'a des casiers pour ranger tes affaires, y'a des magazines (récents!) pour patienter pendant qu'on te pompe le sang, et y'a les fauteuils les plus confortables de l'univers (au moins) que je te jure que s'ils les vendent dans le commerce j'en achète un direct et tant pis s'il est pas beau, mais il est inclinable à volonté et y'a des hauts-parleurs dans l'appuie-tête. (Y'A DES HAUTS-PARLEURS DANS L'APPUIE-TETE!) Y'a même la télé!

(Et moi toutes ces années j'allais aux collectes de la fac comme une prolo, nan mais des baffes.)

Mais bon, j'avais quand même une humeur du tonnerre (je venais d'acheter une théière en fonte) (oui, il faut peu de choses pour me mettre en joie), mais visiblement c'était pas le cas de la madame docteur qui m'a auscultée:

- Vous avez eu combien de partenaires sexuels ces quatre derniers mois?
- Un seul.
- Et lui de son côté, il n'a que vous?
- Ben j'espère bien! Ha ha!



- Enfin.... oui. C'est oui.
- Mmmmbon.

Vas-y déride-toi Josie.

- Le poids, c'est toujours 64 kilos comme la dernière fois?
- Ha j'aimerais bien!



- Hm.... non. C'est plus ça.
- Mmmmmbien.

(C'est la fête du slip aux Dons du Sang.)

Et puis j'ai eu droit à plein de tests gratos, comme la prise de tension et la piqûre sur le doigt pour voir si j'étais pas anémique (bon plan: si t'as des tests de santé à faire, va aux dons du sang), et puis on m'a installée dans le fauteuil le plus confortable de l'univers et la dame avec la grosse aiguille est venue pour me piquer dans la veine. 

Mais en fait je crois qu'elle a piqué avec un peu trop d'enthousiasme, parce qu'elle a enfoncé l'aiguille et mon sang s'est mis à couler comme une fontaine dans le petit sachet à côté de moi.

Elle a regardé le sachet se remplir vitesse grand V, elle a dit:

- Ah c'est bien dis donc, ça coule bien!

Et puis elle s'est cassée s'occuper d'un autre gars.

Sauf qu'au lieu des 10-15 minutes qu'il faut d'ordinaire pour t'extraire une pinte de sang, là c'était bouclé et plié le temps de dire "tarte flambée". Du coup la machine s'est mise à biper qu'il fallait venir enlever l'aiguille avant que je me retrouve saignée comme un cochon. Mais la nana était occupée et elle ne venait pas. Et pendant ce temps, moi je regardais mon sac de sang, doucement bercé par la machine à côté de moi, et qui gonflait, gonflait, gonflait....

Je commençais juste à me dire que ça ferait un beau bordel si mon sac de 500 ml explosait dans la salle (ambiance Carrie au bal du diable) mais malheureusement la dame est venue me sortir l'aiguille du bras, donc on ne saura jamais si les sachets des dons du sang peuvent vraiment exploser.

Et puis je suis allée dans la cafétéria prendre ma collation. Je suis arrivée au bar en attendant qu'on me donne mon plateau, mais la nana m'a dit:

- Allez vous asseoir madame, je suis à vous dans un instant.

Je me suis dit que c'était pour éviter que je tombe dans les pommes, j'ai esquissé intérieurement un ricanement condescendant envers cette erreur de débutant (Je ne tombe pas dans les pommes, Madame, je suis une Viking) et puis je suis allée m'asseoir parce que je suis bien élevée et que quand quelqu'un en blouse blanche me dit de faire un truc, je le fais.

(Sauf si c'est Professeur Flaxou dans sa blouse de labo et qu'il me demande des faveurs sexuelles.)

(C'était bien tenté, Flaxou, mais non.)

Et puis la meuf est venue vers moi, mais sans plateau, et je commençais déjà à m'énerver parce que j'avais soif et que pardon j'ai sauvé genre trois vies aujourd'hui, c'est trop demander d'avoir un jus de pomme ou quoi?

Sauf que là, elle m'a dit:

- Alors Madame, qu'est-ce que vous souhaitez?

Moi, toujours troublée par mon plateau manquant, je lui dis:

- Ben.... à manger?

Là elle a rigolé, et elle m'a dit:

- Non je voulais dire: quel type de collation? Sucrée? Salée?
- Heu.... salée?
- D'accord. Eh bien écoutez je vous laisse regarder la carte et je reviens dans une minute.



LA CAFÉTÉRIA DES DONS DU SANG A UNE CARTE??!

Et une carte pas dégueu, en plus!

(Je t'avais dit que c'était le Ritz.)

Du coup c'était super cool, on m'a servi comme une princesse, j'ai eu mon litre de jus de pomme et mon assiette de charcuteries alsaciennes avec salade de lentilles et de pommes de terre, et j'ai même eu une madeleine pour le dessert, c'était le pied total laisse-moi te le dire.

(Je t'avais dit qu'il me fallait pas grand-chose pour être heureuse.)

Donc maintenant tu sauras que si tu fais un après-midi shopping à Strasbourg et que t'as un petit creux, tu peux aller aux dons du sang, c'est bon, tu manges à l’œil, et c'est même eux qui te remercient!

(Ah ça, c'est pas au PMU que tu trouves un service pareil.)

Et puis en plus après tu pourras frimer avec ton bleu de "je donne mon sang je suis une meilleure personne que toi" pendant genre une semaine!



(Ah ça, on est Viking ou on l'est pas.)

Rendez-vous bientôt pour parler de téquila et de messes en latin.

(Les teasers de fin de saison continuent!)

vendredi 31 octobre 2014

La perle du mois!



Quand je suis en Nouvelle-Zélande je note jamais les conneries des gens.

Peut-être parce que la langue anglaise est moins drôle, peut-être parce que mes amis là-bas sont moins drôles, on ne le saura pas.

Toujours est-il que, dès que je rentre en France, je dégaine le carnet, et du coup, c'est parti pour la perle de l'année!

Petit jeu spécial cette année : amuse-toi à trouver quelles perles ont été prononcées sobres, et quelles perles ont été bafouillées sous l'influence du vin blanc et de la téquila.

(Attention, il y a des pièges.)

Allez, c'est parti!

EDIT: le vainqueur de cette année:

- Si t'avais une bite, tu ferais quoi en premier avec? (moi)

- Je ferais l'hélicoptère! (Sarah)
- Moi je pisserais dans la neige! (moi)
- Moi j'irais enculer les gens. (Coralie)


Et les autres:

1. "Nan mais Victoria Beckham elle mange plus rien... Elle s'asperge du sang des innocents et c'est bon." moi

2. "Sarah c'est l'amie à moi" moi

3. "Je te laisse toucher à mon carnet juste pour rendre Sarah jalouse" moi

4. "Hé tu veux me faire boire du thé noir à 9 heures du soir, mais tu m'as prise pour une aventurière??" moi

5. "Franchement une bite circoncise c'est vachement plus élégant... il lui manque plus qu'un petit noeud papillon" moi

6. "J'en parlais l'autre jour à une pote... à ma grand-mère en fait" Lucie

7. "T'es trop moche, on dirait un Dracaufeu" Lucie

8. "Mais Sarah elle est super raciste! Elle raconte que des racismeries!" Lucie

9. "Il est trop mignon Adi. Je vais lui faire l'amour même dans les champignons" Lucie

10. "T'es femme de parole d'honneur" Margot


Et puis une petite sélection spéciale Sarah, ma muse de la connerie:

11. "J'adore tes fossettes! Elles sont trop mignonnes! On dirait des trous de balle dans tes joues!"

12. "Regarde. T'as pas trop envie de lui mettre un doigt?" 

13. "Moi j'aime bien voir les gens souffrir. Je suis comme ce mot que tu m'as dit en allemand... ferli ferlung" (NDLR: le mot en question était Schadenfreude)

14. "Quand t'es dans le tram t'as pas l'impression de faire du surf? Wooouuuuh!" 

15. "T'as des bras de grosse. Cristina elle dit faut les cacher." 

16. "Vas-y étouffe-toi. Comme ça je récupérerai ma copine" 

17. "Des fois j'ai envie de chier et je fais pfffff... j'irai demain" 


Et puis le travail de groupe:

18. - En fait vous avez payé 400 balles pour un chat de gouttière. (moi)
- ...500 (Coralie)

19. - Mais "Rouquemoute" c'est gentil je trouve! C'est mignon! (Sarah)
- En même temps, tu trouves aussi que "Chinetoque" c'est mignon... (moi)

20. - Blaise Pascal c'était un lycée bien! (Fla)
- Ouais. Le genre de lycée bien où on te vole ton scooter alors que t'es encore assis dessus. (Sarah)

21. - T'as trop des goûts de luxe! (Sarah)
- Pas du tout. (moi)
- T'aimes aucun champignon à part les girolles, mais t'as pas des goûts de luxe? (Sarah)
- .... C'est les truffes. (moi)

22. - Quand t'as la ménopause t'as les poils de la teuch qui tombent. (Lucie)
- Est-ce que les poils de la raie ils tombent aussi? Parce que ça j'aimerais bien. (moi)

23. - T'as eu la toxoplasmose? Comme les lapins? (moi)
- Je l'ai toujours. (Lucie)
- Mais...t'as pas les yeux rouges!!! (moi)

24. - Toi tu te réjouis quand les gens sont malheureux. (moi)
- Je me réjouis pas.... mais j'apprécie de les voir souffrir. (Sarah)

Bon vote à tous, et à bientôt pour de nouveaux articles à base de gens bourrés, de gens qui puent, et de gens complètement malades.

(Teaser de fin de saison enclenché!)

jeudi 2 octobre 2014

Penny chien fidèle


Et donc on a un chien à la maison.

Ce qui n'a pas été une mince affaire, laisse-moi te le conter.

Richard et Maria, nos colocs d'amour, ont donc décidé qu'ils voulaient adopter un petit chien. Et comme c'est pas des connards, ils sont d'abord venus nous demander si ça nous dérangeait pas d'avoir un petit chien tout mignon à la maison.

(Genre on allait dire non.)

Faut savoir que Flaxou est un grand amoureux des chiens devant l’Éternel (plus ils puent, mieux c'est) donc il était déjà bien acquis à la cause.

Et moi, j'ai beau être une mémère à chats, j'ai quand même passé dix bonnes années de ma vie à supplier mes parents à genoux d'avoir un chien pour courir dans la forêt et se rouler dans la boue avec moi (parce que les chats c'est mignon mais ça t'accompagne nulle part).

En plus, j'avais déjà tout le plan préparé, on avait tout arrangé avec mon cousin Bryan dont la maman (ma tata) élevait des shiba inu. Le plan étant que je demande un shiba inu pour Noël, et que ce soit le cadeau de la part de ma tata. Ce qui aurait été super cool, parce qu'en plus les shiba inu sont des chiens qui restent mignons toute leur vie, parce que quand ils sont petits, ils ressemblent à ça:


(Attention aux gémissements de choupitude, ça part vite)

Et ensuite quand ils sont adultes, bah ils restent mignons:


Et puis bien sûr à l'époque il n'y avait pas le hype autour de doge (le meilleur meme du monde) mais ça ne m'étonne pas que ce chien soit devenu si populaire parce qu'il avait tout pour lui, franchement.


(Un petit jeu de Doge2048?)

Bref.

Mais voilà, dans ma famille, les chiens n’ont jamais été les bienvenus.

D’abord parce que ma sœur déteste tous les animaux, et ce depuis toute petite (et ceci n’est pas une exagération, elle DETESTE vraiment TOUS les animaux) (par contre, quand il s’agit de torcher des marmots baveux, c’est l’extase totale) (je ne la comprendrai jamais).

Donc, déjà qu’elle avait du mal à tolérer mon chat casse-couilles pour cause de « il sert à rien, on le nourrit et il fait rien pour le mériter, il reste juste dans son coin à roupiller comme un flemmard », t’imagines bien qu’un chien, donc un animal qui demande une attention constante et une affection inépuisable, ça ne passait pas.

Faut dire aussi que ma sœur n’a pas une histoire très heureuse avec les animaux, puisque quand elle était petite elle s’est fait mordre par un chien (du coup, elle est persuadée que tous les chiens sont des fourbes qui attendent  juste que tu aies le dos tourné pour te buter sans raison) (alors que c’est débile) (tout le monde sait que c’est les chats qui font ça). Mais elle s’est aussi faite mordre par un cheval, donner un coup de pied par une vache, et fait faire caca sur la tête par une mouette (paye ton enfance pourrie). Du coup, son animosité est quelque peu justifiée, parce qu’on dirait bien que le règne animal tout entier a une dent contre elle.

(Surtout que bon, une vache, un cheval, v’là les animaux inoffensifs. C’est pas comme si c’était des grosses putes de la nature comme ces salopes d’oies.)

(Ou des animaux de Satan comme ces enculés de cygnes – qui ne sont ni plus ni moins que des oies aquatiques, faut se le dire.)

(Personne n’est à l’abri.)

Et puis ma mère avait aussi pas mal d’objections à adopter un chien. Soi-disant que « pour lui faire des câlins pas de problème, mais après qui c’est qui va se retrouver à le sortir sous la pluie et a l’amener chez le véto, c’est bibi » (ce qui n’est pas tout à fait faux), ou encore que « pour les vacances c’est super chiant parce que personne voudra le garder, après il faudra l’emmener avec nous, et la moitié des hôtels et des campings n’acceptent pas les chiens, et on se retrouvera comme des clodos sur les plages pour chiens qui sont pleines de crottes » (ce qui n’est pas tout à fait faux non plus), et je passe l’argument « quand tu partiras à la fac tu ne pourras pas l’emmener avec toi et c’est moi qui vais me le coltiner, et vous serez tous les deux malheureux » (ce qui est carrément vrai - parce que c’est exactement ce qui s’est passé avec mon chat).

Donc bon, je ne peux pas vraiment blâmer mes parents, mais j’ai quand même toujours voulu avoir un chien.

Principalement parce que j’avais pas d’amis, et que les chats, tu peux les aimer tant que tu veux, ils ne seront jamais tes amis.

(Aux yeux d’un chat, tu ne seras jamais plus qu’un collègue légèrement ennuyeux.) (Le genre qui te raconte sa vie chiante pendant que t’essayes de te concentrer sur des trucs importants.) (Avoue, tu sais de quoi je parle.)

Et puis je suis devenue une adulte et j’avais le droit de prendre un chien si je voulais parce que j’avais plus de comptes à rendre à personne. (En Harley Davidson.) (Pardon.)

Sauf qu’à la fac j’habitais dans des tout petits appartements et j’étais absente les trois quarts du temps, donc pas l’idéal.

(En plus, sur le bail, j’avais même pas droit aux animaux d’ornement tout pourris, genre un poisson rouge ou un lézard cornu, alors t’imagines bien que j’aurais pu dire adieu à ma caution si j’avais ramené un chiot dans mon vingt mètres carrés.)

En Nouvelle-Zélande, l’idée d’adopter un animal a refait surface, mais comme on ne sait toujours pas combien de temps on va rester dans le pays, c’est une question un peu épineuse.

J’avais pensé à prendre un hamster parce que ça vit que 3-4 ans, mais Maria a la phobie des rongeurs alors ce serait vraiment degueulasse de lui faire ce coup. (Un peu comme si elle adoptait une tarentule et qu’elle la sortait de sa cage régulièrement pour lui faire des bisous devant moi.)

(Je te laisse, je vais vite vomir et je reviens.)

Et puis j’ai pensé à un lapin et j’avais déjà tout prévu :

- L’été on lui mettrait un petit enclos dans le jardin avec une petite cabane, et l’hiver on pourrait le mettre dans la buanderie. Alors ? Alors ?
- Alors il va se faire bouffer, ton lapin.

(Oui, car on a un petit problème de rats dans le quartier.)

(Paye ta vie dans un pays sans prédateurs.)

(Et franchement, je pensais que Flaxou exagérait, mais quand j’ai vu la taille des spécimens qui rôdent dans le coin, j’avoue que le lapin, à moins de lui apprendre le krav maga, il ferait pas long feu.)

Et puis bon, de quelque manière que tu tournes la chose, il y a toujours le problème du retour en Europe, des vacances, des 35 heures d’avion, de la quarantaine et j’en passe.

Donc je m’étais résignée à attendre d’avoir une maison définitive avant de prendre un animal de compagnie, et, en attendant, je faisais des câlins à Garfield, le chat orange des voisins. Mais ça me manquait quand même d’avoir un animal à la maison.

Alors tu t’imagines bien que, quand Richard et Maria nous ont demandé si on était d’accord pour qu’ils adoptent un chien, j’étais au comble de la joie.

Surtout que je ne suis pas non plus la personne la plus responsable du monde, et que j’ai une aversion marquée pour le caca - genre si je vois un chien faire caca ça me fout la gerbe, alors le ramasser dans ma main……


(iiiiih mais biiiih mais aaargh)

Donc là c’est quand même tout bénef : un petit chien tout mignon qu’on peut cajoler comme on veut, mais on n’a pas à le promener, à l’amener chez le véto, à lui acheter à manger ou à ramasser ses crottes.

(BONHEUR.)

C’est donc pleine de joie que j’ai accompagné Maria à la SPCA (équivalent Kiwi de la SPA mais avec un C en plus) (cherche pas) pour chercher un chien.

Alors je ne sais pas comment ça se passe en France vu que j’ai jamais eu de chien, mais j’ai été super étonnée de voir le nombre d’épreuves à passer pour adopter un chien en Nouvelle-Zélande. Parce que, avant de ramener la petite boule de poils chez nous, la SPCA a d’abord demandé à ce que Flaxou et moi on vienne la voir (pas seulement Richard et Maria), car la procédure légale requiert que TOUS les membres du foyer viennent passer un « entretien » de quelques minutes avec le chien sur place, avant que la SPCA autorise l’adoption.

Richard et Maria ont aussi dû envoyer des photos de toutes les pièces de la maison, du jardin, de l’allée et du garage (oui oui, du garage) pour qu’ils puissent juger si c’était un environnement adapté pour un chien.

(Alors que bon, c’est des chiens de rue à la base, donc je pense qu’ à peu près n’importe quel environnement serait plus adapté que le caniveau.)

(La théorie de Professeur Flaxou sur le sujet est d’ailleurs intéressante : selon lui, les procédures de la SPCA servent à vérifier que les animaux adoptés seront réellement des animaux de compagnie, et ne seront pas tués pour leur viande.) (Car en Nouvelle-Zélande, c’est légal d’élever des chiens ou des chats dans le but de les manger, faut le savoir.)

Et puis après toutes les procédures légales, les vaccins, la puce électronique (comment c’est trop les chiens du futur en Nouvelle-Zélande) (moi mon chat on lui avait juste tatoué un vieux code-barres tout moisi dans l’oreille, old school), on a enfin ramené Penny a la maison.

Oui, elle s’appelle Penny, c’était le nom que les gars de la SPCA lui avaient donné. Maria voulait changer le nom et l’appeler Sophie, mais la maisonnée a voté unanimement contre, parce que OH MON DIEU LES GENS QUI DONNENT DES NOMS D’HUMAIN A LEUR CHIEN, BORDEL DE COUILLE C’EST UN CHIEN C’EST PAS UN GENS.

(Pardon mais c’est un sujet qui m’agace prodigieusement.)

(C’est presque aussi horrible que les gens qui utilisent le mot « swag ».)

(Alors que tout le monde sait qu’il faut dire « stylé ».)

(Nan je vis pas en 2002, qu’est-ce qui te fait dire ça ?)

Bref.

Penny est donc notre nouvelle coloc dans la maison du bonheur.

C’est le plus adorable petit chien du monde (au moins) :


On sait pas trop quelle race c’est, parce que les gars de la SPCA l’ont trouvée dans la rue, donc comme pedigree, on a fait mieux. Vu sa tête, on pense bien qu’elle est pas à moitié labrador, et comme elle a la queue en pinceau et qu’elle est toute courte sur pattes, on penche pour un mélange labrador/basset/ à peu près n’importe quoi d’autre.

(D’ailleurs, lors de la Grande Journée de Propositions de Noms, j’avais pitché « Snow » – rapport au fait que c’est une bâtarde – mais le nom a été cruellement rejeté, parce que Maria voulait lui donner un nom d’humain, parce que c’est une MALADE) (Pardon, je m’emporte).

(Pour les curieux, Richard avait proposé « Custard » – soit « crème anglaise », comme la couleur de son poil – et Flaxou, fidèle à lui-même, avait proposé « Puduk ») (Cet homme a 29 ans.)

Alors elle n’est pas parfaite, parce qu’elle est encore toute petite et du coup elle a pas encore bien saisi l’utilité des sphincters, donc c’est la fête, le monde entier est sa litière.

(Là, on attend qu’elle ait bien saisi le concept de faire pipi dehors, et puis dès que c’est fait, on va jeter tous les tapis.)

Mais je dois avouer qu’elle apprend vite pour une si petite chose, parce que ça fait seulement trois jours qu’elle est à la maison, et elle a déjà compris qu’il fallait demander à sortir pour faire ses besoins et/ou aller sur la pile de journaux si vraiment ça presse.

(Et elle a seulement trois mois. Ma nièce a bientôt deux ans, et elle a pas encore compris le principe de pas se faire pipi dessus.)

(Oui, je viens de comparer un bébé humain et un bébé chien, je ne vois pas où est le problème.)

Par contre, il y a un truc que je n’avais absolument pas calculé et qui a vite fait de se manifester :

TOUTE LA MAISON SENT LE CHIEN.

Sérieux, ça fait trois jours que Penny est arrivée à la maison, et ça pue déjà le clébard partout. Sur les serviettes de bain, sur nos fringues, sur toutes les couvertures, même sur nos oreillers bordel mais comment c’est possible ?

(C’est vrai que l’avantage de vivre avec des chats, c’est que ça sent toujours bon.)

(Et je ne veux pas dire « ca sent rien », non ! Les chats, ça sent BON.)

(Des fois je mettais la tête dans la fourrure de mon chat rien que pour le renifler tellement il sentait bon.)

(Nan je ne suis pas bizarre, tous les fans de chats font ça, je suis sûre.)

(Après, les fans de chats sont peut-être tous un peu barrés, je le concède.)

Et puis faut dire aussi que la venue de Penny a un peu bouleversé ma relation avec Garfield, qui, quand il l’a vue dans la maison, s’est mis à cracher comme s’il avait vu un démon, s’est barré en courant, et m’a regardée d’un air dépité comme si j’étais la dernière des collabos.

(Genre c’est même pas sa maison mais il est vénère quand même.)

Depuis, il reste campé sur la terrasse et il nous juge en silence.


(« Journal de Garfield, jour 523 : La trahison de mes laquais me déçoit cruellement. »)

Du coup, je pense que je vais avoir besoin de pas mal de pots-de-vin au jambon si je veux continuer à lui faire des gratouilles sur le ventre.

Mais bon, globalement, c’est quand même bien chouette d’avoir Penny à la maison.

J’avoue que c’est agréable d’avoir une petite boule de poils toute chaude qui te saute dans les bras au petit matin pour te dire bonjour, et qui t’accueille tous les soirs en grande pompe comme si tu étais parti depuis des années.

(Je suis sûre que même mes parents ne vont pas m’accueillir en France avec autant d’enthousiasme.)

Faut dire aussi que Penny est un peu le chien rêvé : elle n’aboie pas, elle ne court pas dans tous les sens, elle ne bouffe pas les murs ou les câbles. Tout ce qu’elle demande de la vie, c’est d’être sur les genoux de ses maîtres et de les regarder avec des grands yeux humides d’amour en frétillant de contentement.

(Ça va, on peut s’arranger pour faire ça.)

En plus c’est pratique qu’on soit 4 à la maison avec des horaires de boulots alternés, comme ça on peut s’arranger pour qu’il y ait toujours au moins une personne à la maison en train de faire du puppy-sitting pendant que les autres sont au boulot.


(Penny, le compagnon idéal du gamer.)

Et toi ? Plutôt chats fourbes ou chiens qui puent ?

jeudi 25 septembre 2014

Les aventures de Flaxou le boulanger


Quand on est arrivés en Nouvelle-Zélande, Professeur Flaxou était malheureux.

Pas parce qu'il n'avait pas envie de partir, ou parce que le pays ne lui plaisait pas. Non. Parce qu'il y avait un truc qui lui manquait profondément.

Et ce n'était pas sa famille ou ses amis (désolée les gars), c'était LE PAIN.

Parce qu'il faut savoir un truc sur Professeur Flaxou, c'est qu'il a des goûts bien particuliers en termes de nourriture.

En fait, Flaxou aime tout, et Flaxou n'aime rien.

Il mange de tout, parce qu'il faut bien se nourrir, mais en fait, il pourrait bouffer des piles d'acides aminés que ce serait la même chose.

(En même temps, quand on avale sa bouffe en trois secondes chrono sans la mâcher, v'là les papilles atrophiées.)

Le rêve de Professeur Flaxou pour le futur (en plus d'avoir un troisième bras pour devenir champion de StarCraft) (ceci est vrai) c'est d'ailleurs qu'on invente des pilules qui te donneraient toute l'énergie d'un repas.

- Comme ça, au lieu de passer des heures à cuisiner et des heures à table à se faire chier, hop! Tu prends une pilule, et c'est bon!

(Alias "mon pire cauchemar", mais passons.)

Et, quand j'essaye d'expliquer à Flaxou que perso, si on vit dans un monde sans bouffe, j'aime autant me suicider direct, il essaye de me convaincre avec son argument majeur:

- Mais enfin t'imagines tout le temps qu'on gagnerait? J'aurais plus jamais besoin de quitter le PC!

(Car oui, le but principal dans la vie de Flaxou est "comment passer le moins de temps possible loin de mon PC".)

(J'ai dû menacer de le quitter pour qu'il renonce à son idée de pisser dans une bouteille au lieu de se déplacer jusqu'aux toilettes.)

(Et ce malgré un plaidoyer convaincant à base de "nan mais je la viderais régulièrement quand même, je suis pas un crado".)

Tout ça pour dire que c'est un peu frustrant de manger avec Professeur Flaxou. Parce que tu peux lui préparer les meilleurs plats du monde, et il les verra toujours juste comme un tas de carburant (à la limite un peu salé).

Mais il y a un truc, un seul aliment sur lequel Professeur Flaxou est plus impitoyable qu'un boss de la mafia et plus intransigeant qu'un professeur de maths, et cet aliment, c'est LE PAIN.

(Paye ton Français.)

Et la Nouvelle-Zélande, déjà que c'est pas trop le berceau de l'art culinaire tu t'en doutes, il faut bien avouer qu'en matière de pain, ils sont un peu à chier.

J'en veux pour preuve le rayon immense de pain du supermarché, qui te fait un gros faux espoir lors de tes premières courses:



(Han là là mais que vais-je bien pouvoir choisir?)

Avant que tu réalises que c'est UN RAYON ENTIER DE PAIN DE MIE.

(Sérieusement les gars, vous avez un problème.)

Alors oui, bien sûr, y'a bien les supermarchés pour riches (New World, c'est à toi que je m'adresse) qui essayent de te feinter avec des rayons en mode "ça déconne plus":



Et là t'es content, parce que tu vois des baguettes, des miches, et... mais... je rêve mais y'a du PAIN DE MIE FRAIS même dans ce rayon?

Ben oui.

En fait, les rayons "bakery" du supermarché s'adaptent à la clientèle du pays, et donc, on y trouve principalement ENCORE PLUS DE PAIN DE MIE.

Et la rare baguette qui pleure seule dans son coin, bah, pas de surprise, elle est dégueulasse.

(Tu t'attendais à quoi de la part de boulangers qui savent faire que du pain de mie, en même temps?)

Et là, t'as envie de me dire : "Bon Charlotte t'abuses, c'est normal qu'il soit dégueu le pain si tu vas l'acheter au supermarché, vas donc dans une boulangerie et arrête de chouiner". Et t'as un peu raison.

Mais bon, les boulangeries, en Nouvelle-Zélande, déjà faut les trouver.

Encore, à Auckland, c'est pas très compliqué, on trouve pas mal de chaînes qui font boulangerie/café/salon de thé, la plus connue étant Hollywood Bakery :




(Ne crie pas victoire trop tôt.)

Mais le pain qu'on y trouve est à peu près de la même qualité que celui du supermarché (en un poil plus cher). Donc, là encore : dégueu.

Sérieusement, je suis pas une ayatollah du pain (j'en mange d'ailleurs très rarement), mais le fait est que les Kiwis n'aiment pas le même genre de pain que nous.

Pour un Français, arrête-moi si je me trompe, mais un bon pain, il doit être léger, avec une mie pas trop dense mais qui sauce bien quad même, et, surtout, il doit être croustillant.

Tandis que, pour les Kiwis, le pain doit avant tout être moelleux.

Du coup, ben, toutes leurs baguettes sont molles. Les baguettes kiwies, c'est du pain de mie en forme de baguette. Y'a une croûte qu'est là pour faire joli, mais elle est toute caoutchouteuse, et dedans c'est que de la mie toute poreuse qui donne envie de pleurer.

Alors, en dernière solution, tu peux bien te rabattre sur des boulangeries françaises (il y en a quelques-unes à Auckland), mais bon, faut être motivé à :

1. Faire 15 bornes en voiture pour une baguette et trois croissants
2. Payer 20 dollars pour une baguette et trois croissants (c'est pas de la blague, c'est le vrai prix)
3. Manger tout d'un coup, parce que bonjour il y a 95% d'humidité dans ce pays et demain tout sera déjà moisi.

Du coup, Professeur Flaxou était malheureux.

Parce que son repas, son plat préféré, le truc qu'il mange un jour sur deux et des fois tous les jours, c'est : du pain et du fromage.

(Paye ton Français, volume II.)

Quand j'étais en Angleterre et qu'il vivait tout seul, je lui parlais sur Skype, et c'était invariablement ça:

- Je te laisse deux minutes, je vais manger.
- Tu manges quoi ce soir?
- Du pain et du fromage.
- C'est pas ce que t'as mangé hier?
- Si, pourquoi?
- C'est pas ce que t'as mangé avant-hier aussi?
- Oui, mais c'était différent. Hier c'était du pain avec du Chaussée aux Moines, et aujourd'hui c'est du pain avec du Comté.

(Ah bon ben ça va alors.)

Tu imagines donc un peu l'ampleur de son désespoir en arrivant dans un pays où on utilise le pain pour faire des sandwiches, et que le fromage, ça se mange avec des crackers.

(D'ailleurs, toute la rangée en face du pain dans les supermarchés, c'est une avalanche de crackers. Au blé, au céréales complètes, au riz, avec du gros sel, goût fromage, au romarin, ronds, carrés, grands, petits, on dirait une pub Benetton.)

(Là par contre, c'est nous qui avons l'air de gros nuls, avec nos trois pauvres Tuc.)

(Autre parenthèse rapide: les Kiwis mettent du chutney sur leur combo cracker + fromage, au début je me foutais grave de leur gueule, genre vos fromages ils sont tellement dégueu qu'il faut foutre de la confiture dessus pour masquer le goût, ha ha les ploucs, MAIS en fait c'est trop délicieux, donc respect.)

Donc Professeur Flaxou, triste et seul, goûtait au désespoir du pain mou.

Jusqu'à ce que je lui offre une machine à pain.


(36 15 meilleure femme du monde.)

S'en sont suivis des mois d'expérimentation, à base de divers types de farines, divers dosages d'eau, plusieurs modes de cuisson différents, et des techniques de levage plus ou moins ratées, jusqu'à ce que, victorieux, Flaxou arrive enfin à faire du pain comme en France.

Et bon, je vais pas trop me plaindre, parce que sérieusement, son pain, il déchire (et même quand, comme moi, on ne mange pas de pain avec les repas, c'est difficile de résister à grignoter un croûton quand il sort tout juste du four et que le beurre fond dessus).

Mais je vais quand même me plaindre un peu, parce que d'embaumer la maison avec une odeur de pain frais c'est bien joli (et c'est sympa aussi de voir Flaxou occuper d'autres pièces de la maison que celle où se trouve son PC), mais y'a quand même des côtés négatifs à cette nouvelle manie du pain.

Déjà, ça rend les repas un peu monotones:

- Tu veux manger quoi ce soir?
- Du pain avec du fromage.
- Mais c'est ce que t'as mangé hier!
- Ben c'est ce que je vais manger aujourd'hui.
- Et moi alors?
- Ben j'te file 10 dollars, va t'acheter un Thaï.

Et ça rend les courses un peu tristes:

- .... Et puis cette semaine je pensais faire du poulet rôti avec des légumes au four, ça te va?
- Ouais, mais achète juste le poulet. Je le mangerai avec du pain.
- Donc en gros, je fais les courses que pour moi, c'est ça?
- Oui. 
- ...
- Ah non! Il me faut de la levure. 
- ...
- Plein. 

Bon, l'avantage, c'est que le budget courses est vachement moins élevé.

Ajoute à ça que Flaxou brasse désormais sa propre bière depuis son anniversaire (36 15 meilleure femme du monde, volume II) et tu comprendras qu'en fait, le budget courses de son côté du couple se résume à de la farine, de la levure, et plein de fromage.

(C'est un mari économique, faut l'avouer.)

Et oui, j'avoue, c'est sympa d'avoir de la fougasse à manger avec la soupe, et c'est cool aussi de faire des soirées pizzas/tartes flambées avec de la pâte maison:




(Professeur Flaxou contemple sa création.)

(Je le trouve souvent assis devant le four quand je rentre du boulot, en train de regarder son pain lever.)

(C'est un peu son émission de télé-réalité à lui.)


Mais quand même, il y a un léger, très léger inconvénient à la nouvelle manie boulangère de Professeur Flaxou:

IL Y A. DE LA FARINE. PARTOUT.

Et on dirait que c'est de la farine qui est magiquement invisible pour Professeur Flaxou, mais visible pour tous les autres gens de la maison.

Du moins, c'est la seule explication que j'aie trouvé au fait que des fois, je rentre du boulot, je vois la cuisine en mode "Magie de Noël":



 Et quand je vais engueuler Flaxou, je le retrouve devant son PC comme ça:



("Farine? Quelle farine? Nan mais tu te fais des films")

(Ça m'énerverait vachement si ça sentait pas aussi bon)

samedi 13 septembre 2014

Joyeux anniversaire vieille pomme


Et donc c'est mon anniversaire.

D'habitude j'adore les anniversaires. J'ai du gâteau, je reçois des cadeaux, plein de gens que j'ai pas vu depuis des années me laissent des messages sur Facebook, bref c'est la fête.

Oui, mais ça, c'était avant que je devienne une vieille croulante.

Car mon âge avancé s'est insinué sournoisement, et ce n'est qu'à l'approche de mon anniversaire que j'ai réellement réalisé que j'étais devenue une vieille prune desséchée.

Déjà parce que mon cerveau, dans sa grande mansuétude, me fait toujours croire que j'ai un an de moins, du coup pendant des mois j'étais persuadée que cette année j'allais avoir 25 ans alors que ça fait déjà un an que j'ai 25 ans.

(J'ai quand même dû faire le calcul pour confirmer que j'allais bien avoir 26 ans tellement ça me semblait surréaliste.)

Et puis, passé le choc initial "Oh mon dieu je suis en vie depuis 26 ans mais c'est pas possible que je sois en vie depuis tellement d'années, j'ai rien fait du tout pendant tout ce temps, j'ai fait que jouer dans la forêt et glander sur mon PC oh putain", je me suis un peu calmée et j'ai réalisé que bon, un an de plus, ça va, c'est pas la mort, et puis après tout je suis encore jeune, non?

NON.

EN FAIT NON.

EN FAIT PAS DU TOUT.


La dernière once de jeunesse que je possédais encore s'est volatilisée comme neige au soleil grâce à ces petits bâtards de la SNCF (pas merci) :

- Bon Flaxou faut qu'on prenne les billets de train pour octobre, mais on les prend séparément, parce que moi j'ai la réduction jeune et pas toi.
- Cha.... t'as plus droit à la réduction 12-25.
- Mais nan Flaxou tu confonds, j'ai pas la CARTE 12-25, mais la réduction 12-25, je peux l'avoir même si j'ai pas fait de carte.
- Non....Cha...t'as 26 ans.
- Mais nan qu'est-ce que tuOH PUTAIN T'AS RAISON.

J'ai plus droit aux réductions pour jeunes parce que JE NE SUIS PLUS UNE JEUNE.

Je suis une ADULTE.

Et, au-delà de la réalisation (déjà terrifiante en soi) que je fais partie des gens qui payent des impôts et discutent de plans épargne logement, j'ai surtout eu ce choc immense : ça fait 26 ans que je glande rien, okay, quand on les a vécues elles avaient pas l'air si longues, mais en fait, des années, il m'en reste plus tant que ça!

Et là, ça y est, je revois ma vie défiler devant mes yeux, vingt-six ans passés à glander les doigts dans l'slip, et ça y est ça fait un tiers de ma vie qui est passé, encore un tiers et je serai vieille, encore un tiers et je serai MORTE.

(Et encore, ça c'est si je suis chanceuse. Parce qu'avec ma tendance à faire du vélo avec mon Walkman et l'arrivée des voitures électriques sur le marché de l'auto, je sais pas toi mais moi je sens bien se profiler la catastrophe imminente.)

(De toute façon, si c'est pas ça, je vais probablement réussir à me tuer en trébuchant sur mon propre pied.)

(Tu penses que j'exagère mais ça m'arrive genre une fois par jour, sans mentir.)

Et donc j'ai commencé à paniquer parce que ça fait 26 ans que je suis en vie et que j'ai rien fait avec. 

Alors ouais bon d'accord, j'ai été à l'école, je me suis mariée, j'ai déménagé dans un pays qui est grosso modo mon pays mais avec plus de pluie et moins de connards, mais franchement, y'a pas de quoi casser trois pattes à un canard.

Même pas écrit un bouquin, même pas découvert un vaccin, même pas gagné un petit Prix Nobel de la Paix!

(Franchement, quelle glande.)

Mais bon, après j'ai bien réfléchi, et en fait, j'ai des circonstances atténuantes, parce que si tu calcules bien, sur les 26 ans de ma vie, j'ai passé 1 an entier à faire des bulles de salive et pipi dans mon bain. Donc déjà, on démarrait de loin.

(Maintenant ça va beaucoup mieux.)

(Je fais pipi dans la douche.)

Ensuite, faut enlever 3 ans supplémentaires où j'ai dû apprendre les fondamentaux : marcher, parler, lire, m'entraîner à faire bouger les feuilles des arbres avec le pouvoir de mon esprit.

(Je bosse toujours dessus, et je peux dire que les résultats ont fait un énorme bond en avant depuis que j'ai déménagé en Nouvelle-Zélande.)

(Il doit y avoir un truc dans ce pays venteux qui aide à concentrer mon pouvoir.)

(L'énergie tellurique, sûrement.)

Après, bon, faut enlever 6-7 ans à se rouler dans la boue et à courir à poil dans la forêt avec des arcs et des flèches.

(Katniss Everdeen n'a rien inventé.)

Et puis faut aussi décompter de ces 5 ans l'année de l'obsession du Roi Lion, puisque j'ai plus ou moins rien fait entre 1995 et 1996 à part regarder le Roi Lion, écouter ma cassette du Roi Lion, ou lire mes livres du Roi Lion, faut se le dire.




(Ah non, j'avais oublié se balader avec mon jogging du Roi Lion.)

(Tu noteras le k-way en banane, la classe américaine.)

Du coup, si t'as bien compté, ça fait "que" 15 ans de glandouille restants. Et pour ces années-là j'ai pas vraiment d'excuse, si ce n'est que, pendant 7 ans, j'avais le cerveau occupé par le plus grand vide intersidéral de l'univers.

(Tu peux rassembler mes années collège + lycée en un gros mashup à base de "Quand Etienne posera-t-il enfin les yeux sur moi, soupir d'adoration", "Ihihihi Elijah Wood tro bôôôôô regarde la photo que j'ai collée dans mon agenda au lieu d'écouter le cours de maths" et autres "Han ma chériiiiie tu m'as trop trop manquéééééé, je t'ai pas revue depuis la récréééééé!")

(Sérieusement, je garde mon journal intime du lycée pour le jour où j'aurai des enfants ados, histoire de me faire un petit rappel de ce que les hormones de croissance peuvent infliger à ton cerveau.

(Et pourtant, de ces hormones-là, dieu sait que je devais pas en avoir des masses.)

Et puis bon, les 8 ans qui restent, c'est les années où j'étais avec Professeur Flaxou et où j'ai découvert les jeux vidéo et le binge watching de séries, donc là, je pense qu'on peut raisonnablement tout blâmer sur sa pomme.



(Cet homme a détruit ma vie mais il me fait des pancakes pour le petit déjeuner, donc moi je dis, ça se compense.)

(Tu peux pas test la génialitude de mon mari.)

(Si t'en doutais encore, je précise qu'il a pressé ce jus de fruits de ses blanches mains.)

(Rep à sa.)

Du coup ça va, je gère, j'assume parfaitement ma transformation en vieille pomme fripée. Je suis très heureuse d'avoir 26 ans et de mourir de vieillesse dans un avenir très proche. C'est la fête.

Non, c'est une blague, en fait j’ai trop le seum.

(Oui, pour contrer l’avancée des ans et la perte de ma carte 12-25, je m’essaye au parler jeune.) 

(C’est horrible et c’est moche, de mon temps on avait un argot vachement plus poétique et mélodieux) 

(Si si t’as vu.)

Bref, bon anniversaire ma pomme (ma vieille pomme ridée).



Pour combattre la déprime, à partir de maintenant, je propose d'avoir 25 ans chaque année.

Deal?

Deal.

Parfait.

J'ai 25 ans et on n'en parle plus.



A bientôt chez les jeunes.