vendredi 16 octobre 2015

L'instant Kiwi: les idées reçues au pays des fougères



Comme tu le sais, en Nouvelle-Zélande, on est sur une île.

(Si tu ne le sais pas encore, je ne sais plus quoi faire de toi.)

Et non seulement c’est une île, mais elle est paumée en plein milieu du Pacifique, avec pour seuls voisins… personne, en fait.

Petite leçon de géographie : les voisins les plus proches de la Nouvelle-Zélande sont, respectivement : à l’Ouest, l’Australie (2150 kilomètres) ; au Nord, la Nouvelle-Calédonie (2300 kilomètres) ; à l’Est, le Chili (9000 kilomètres) et, au Sud, ben, le Pôle Sud (5000 kilomètres).

Donc je pense qu’on est en droit de dire qu’on est légèrement isolés.

Cette isolation fait que les Kiwis ne sont pas tout à fait au point sur le monde qui les entoure. Et comme, en plus, ils sortent rarement de chez eux (rapport au fait que n’importe quel voyage au-delà de la frontière implique au minimum quatre heures d’avion), ils ont développé une conception du reste du monde un peu….spéciale.

Parce que isolation + culture britannique coloniale (c’est nous les plus forts, c’est nous les plus meilleurs) = désillusion énorme quant à la place qu’occupe la Nouvelle-Zélande dans le monde.

Les Kiwis sont en effet persuadés que leur pays est un acteur majeur dans la communauté internationale. Alors qu’en fait, il sert plus ou moins juste à produire du lait et de l’agneau, et éventuellement à meubler deux minutes loufoques à la fin d’un JT américain.

(« Sans transition, la Nouvelle-Zélande, où une retraitée vient d’entrer au Guiness Book pour avoir tricoté le plus grand pull en laine du monde. À vous les studios ! »)

Si un jour tu viens par ici, tu vas donc été abreuvé(e) d’infos locales qui vont te faire penser « Mais c’est vrai, ça ? ». Et la réponse sera dans la majorité des cas : NON.

Donc comme je suis sympa, je t’ai concocté un petit top des idées reçues que tu peux entendre en Nouvelle-Zélande. Comme ça t’es rodé.

On commence avec la plus célèbre :

« En Nouvelle-Zélande, on a l’une des 10 plus hautes tours du monde ! »

NOPE.




Même en étant sympa et en ne comptant que les tours à proprement parler (excluant du coup les gratte-ciels comme le Burj Khalifa, les Petronas Twin Towers ou l’Empire State Building), la Sky Tower d’Auckland n’atteint quand même que la 26ème position mondiale. Faut dire qu’elle fait même pas la moitié de la hauteur d’un monstre comme le Burj Khalifa (mais après, on n’a pas le budget des Émirats non plus, hein.) (Ici on a des moutons à la place du pétrole, alors on fait comme on peut.)

Petit lot de consolation quand même : la Sky Tower n’est pas dans le Top 10 des plus hautes tours du monde, MAIS elle reste quand même un poil plus grande que la Tour Eiffel (plus haute de 4 mètres, pour ceux qui veulent tout savoir).


(Et toc les Froggies.)

Dans la même catégorie, mais en beaucoup plus énervant, on trouve aussi :

« En Nouvelle-Zélande on a le plus grand centre commercial de toute l’hémisphère Sud ! »



J’ai beau n’avoir pas visité beaucoup de pays dans l’Hémisphère Sud, j’ai quand même dû étouffer un pouffement la première fois qu’un Kiwi m’a sorti cette énormité (d’un air très sérieux, précisons-le).

Parce que je connais pas super bien l’Hémisphère Sud, mais en revanche, le centre commercial Sylvia Park, je connais bien. C’est juste à côté de chez moi, j’y fais les courses tout le temps, et c’est MI-NUS-CULE. Y’a qu’un seul étage et genre cinquante magasins, c’est complètement ridicule. Tu mets ça n’importe où en Europe, et c’est le centre commercial d’une ville de taille moyenne.

Donc la première fois que j’ai entendu ce « fun fact », j’ai juste rigolé dans ma barbe et j’ai passé mon chemin.

Sauf qu’ensuite, tout le monde s’est mis à me dire la même chose !

Sans déconner, aujourd’hui encore, quand je mentionne à un Kiwi que j’habite à côté de Sylvia Park, on me balance le coup du « plus grand centre commercial de l’Hémisphère Sud » UNE FOIS SUR DEUX.

(À croire qu’on leur fait apprendre par cœur à l’école primaire, j’te jure c’est pas possible autrement.)

On me l’a sorti tellement souvent que j’ai fini par aller googler « plus grands centre commerciaux au monde » et a noter TOUS CEUX DE L’HEMISPHERE SUD, juste pour vérifier que c’était pas moi qui avais tort.

Réponse : évidemment que non, je n’ai jamais tort, c’est tous les Kiwis qui font encore leurs Kiwis et nous sortent un cas classique de « La Nouvelle-Zélande = l’Hémisphère Sud ».

En effet, il faut savoir que les Néo-Zélandais arrondissent volontiers leur pays à l’Hémisphère Sud toute entière, parce qu’ils sont un peu des couilles en géographie et que, pour eux, Hémisphère Sud = la Nouvelle-Zélande (le plus grand et le plus génial des pays) + l’Australie (bouuuh ces péteux on les aime pas t’va voir comment on va trop les défoncer au rugby) + l’Afrique du Sud (lolilol ils ont des accents rigolos).

(Oui, l’Afrique du Sud est à la Nouvelle-Zélande ce que le Québec est à la France.)

Du coup, ils sont à peu près persuadés qu’ils sont le seul pays développé dans toute leur moitié du monde.

(C’est presque mignon, dans un sens.)


(« Oooooh, mais oui mon poussin tu es une nation industrialisée ! Oh là là, quel grand centre commercial tu as ! »)

Redressons donc les torts une fois pour toute : OUI, Sylvia Park est effectivement le plus grand centre commercial de Nouvelle-Zélande, avec une surface de 71,000 m².  NON, ce n’est pas le plus grand centre commercial de l’Hémisphère Sud. 

Le plus grand centre commercial de l’Hémisphère Sud, c’est Le Mall Taman Anggrek à Jakarta (Indonésie), et il fait 360,000 m2.

(Hop, un bout de culture générale impossible à caser en soirée.)

(Ne me remercie pas, c’est cadeau.)

Et si le Kiwi te répond :

- Ouais bon d’accord on n’est pas LE plus grand, mais on est quand même facilement dans le Top 5 !

Tu peux t’amuser a le bombarder de données qui le feront pleurer sa mère, en commençant par :

NON, face de cul !

Arrête de croire que ton petit supermarché ridicule est un grand centre commercial ! C’est rien ! C’est une crotte de mouche sur le plateau géant du consumérisme global !

En Afrique du Sud, à São Paulo, à Buenos Aires, à Santiago du Chili, et même juste à côté de chez toi, chez tes voisins honnis les Aussies, on trouve des centres commerciaux qui font tous MINIMUM mille mètres carrés de plus que ton petit Sylvia Park tout moisi. 

Et c’est sans compter le fait qu’ils ont tous des étages (parce qu’il y a que la Nouvelle-Zélande pour bâtir des centres commerciaux uniquement sur un rez-de-chaussée) et qu’ils comptent donc tous des CENTAINES de magasins en plus ! 

Alors stop maintenant avec ce fun fact sorti du trou du cul d’une poule. 

STOP. 

STAAAAAAHHHP.

(Non mais pardon, je sais que je m’énerve, mais t’as pas idée du nombre de fois où j’ai dû réfuter cette idée reçue.)

En fait, si j’ai le seum, c’est surtout parce que ça me rend triste de voir à quel point les Kiwis font des efforts pour nous faire croire qu’ils sont au top de l’urbanisation, alors qu’il y a plein de trucs cools pour lesquels ils sont vraiment au top : par exemple, la Nouvelle-Zélande a l’un des plus haut pourcentage de terres protégées au monde (24% de la surface du pays - rep à sa Yellowstone), l’une des plus grande variétés au monde d’espèces d’oiseaux endémiques, et puis est-ce que je dois rappeler que ce pays est le seul au monde à avoir un arbre aussi massivement cool que le kauri, et un oiseau aussi incroyablement mignon que le kiwi ?


(J’veux dire, des kiwis quoi ! Le machin c’est comme une grosse poule qui bouffe que des fruits et qui a réussi à survivre alors qu’il sait pas voler, c’est pas rien quand même !)

Mais tous ces trucs-là, les Néo-Zélandais refusent de les revendiquer, parce que ça fait trop plouc, nan ce qui est glamour, tu vois, c’est l’industrialisation.

(Mec, viens dans une nation vraiment industrialisée, tu seras vite heureux de revenir à tes verts pâturages et tes forêts sauvages.)

Bref bref.

Du coup je propose une règle d’or : si tu entends une phrase qui commence par « La Nouvelle-Zélande possède le plus grand… » ou « La Nouvelle-Zélande est à la pointe de… », c’est presque certain que ce qui va suivre sera faux. (à moins que la phrase ne se termine par « la tonte de moutons » ou « le lancer de bottes en caoutchouc ») (là, c’est tout juste).

Sur ce, je te dis à bientôt pour la suite des idées reçues chez les Kiwis, qui se concentrera sur des exemples de bon vieil ethnocentrisme de derrière les fagots.

(Le teaser de ouf.)

(Tous les sociologues sont À DONF.)

jeudi 8 octobre 2015

Superstitions: Kiwis et Froggies


(Article à écouter avec cette bande-son)

C’est uniquement avec l’expérience de la Nouvelle-Zélande que j’ai réalisé à quel point les Européens étaient superstitieux.

Avant ça, j’avais habité en Angleterre, où les gens ont à peu près le même degré de superstition que les Français (et pour les mêmes trucs en général : les chats noirs, les échelles, tout ça). Et j’avais passé quelques mois à Moscou, où les gens sont ULTRA superstitieux (et prennent ça hyper au sérieux).

Du coup, comparé aux Russes, je me disais qu’en France, quand même, on était bien au-dessus de toutes ces vieilles croyances de paysannes, qu’on était un peuple moderne et éclairé par les lumières de la science et de la raison.

Sauf qu’en fait trop pas.

Trop pas, parce que même moi, qui ai été élevée dans une famille très peu superstitieuse, je me fous constamment la honte auprès des Kiwis en leur sortant sans même m’en rendre compte des trucs incroyablement neuneus :

- Santé, Richard !
- Santé, Charlotte.
- NON ! DANS LES YEUX !
- Hein ? Quoi ?
- Les yeux! Tu m’as pas regardée dans les yeux en trinquant! Maintenant faut qu’on recommence.
- Mais… pourquoi ?

Mais c’est vrai, ça ! Pourquoi ?

Pourquoi est-ce que j’ai été conditionnée à ce point à regarder les gens dans les yeux en trinquant, au point que maintenant, l’idée même de trinquer avec des Kiwis me met d’avance mal à l’aise parce que je sais qu’ils vont pas le faire ?

C’est clairement de la vieille superstition moisie à base de « sept ans de malheur sexuel » ou je ne sais quelle autre absurdité absconse qu’on balance à tours de bras de par l’Hexagone.

Et depuis que je suis ici dans le Nouveau Monde,  j’ai réalisé que, même si ma famille n’était pas superstitieuse comme celle de, disons, ma copine Sarah (exemple totalement pas hasardeux, Sarah est la personne la plus superstitieuse que je connaisse – j’ai encore des séquelles de la fois où j’ai malencontreusement posé le pain à l’envers sur sa table), et que même si on n’avait rien contre les vendredi 13 ou renverser le sel sur la table, y’avait quand même pas mal de comportements qui avaient zéro sens logique dans notre maisonnée.

Et depuis que je vis parmi les Kiwis, ces erreurs de logique ne pardonnent pas.

Par exemple, je ne compte plus le nombre de fêtes d’anniversaires où j’ai dit aux gens :

- Bon, je te le souhaite pas, c’est dans deux jours.
- De quoi ?
- Ton anniversaire.
- Et alors ?
- Ben je peux pas te souhaiter bon anniversaire avant la date !
- Pourquoi pas ?
- …..Non, pour rien.

(Variante : je souhaite bon anniversaire à une personne, on me répond « Merci, en vrai c’est demain » et je tombe à genoux en hurlant « NAAAAAN, PARDOOOOON, QU’AI-JE FAIIIIIIT ! » pendant qu’ils me regardent d’un air légèrement paniqué.)

Bonus : le concept des « baby showers » en Nouvelle-Zélande (des fêtes organisées par de futurs parents avant la naissance de leur bébé, où tout le monde offre des cadeaux pour l’enfant à naître) me dépassent complètement, parce que je passe en général toute la fête à me dire « Malheur ça porte trop malheur ces gens sont fous elle est enceinte de six moins mais quelle bande de malades vous pouvez pas fêter l’arrivée d’un bébé avant sa naissance ça porte tellement malheur bordel mais laisse tomber comment ce bébé il va naitre avec huit doigts et douze orteils putain je le sens trop mal ».

Imagine, j’étais invitée à la « baby shower » de mes colocs, où tout le monde offrait un cadeau, du coup pour pas avoir l’air malpolie j’ai dû acheter un cadeau pour le bébé alors qu’il était même pas là, j’te jure je me sentais sale en leur offrant, j’avais l’impression que j’étais en train de les maudire sur huit générations.

- Oh, et là on a le cadeau de Charlotte et Flavien ! Merc…
- C’EST PAS MA FAUTE VOUS M’AVEZ OBLIGÉE !
- …ci.

(Update pour ceux que ça intéresse : le bébé est désormais là, il a dix doigts, dix orteils, et zéro oreilles d’ânes ou queues de cochon. Je respire.)

Mais c’est loin d’être les seules superstitions cheloues que j’observe.

Y’a aussi le fait que, si je mentionne la mort putative d’un des membres de ma famille, je suis dans l’obligation juridique de toucher du bois, sinon sans dec’ ils vont totalement mourir foudroyés et ce sera carrément super ma faute.

Tu peux donc imaginer l’hilarité de mes colocs un jour où on parlait d’héritage, et où j’ai dit : « Moi, le jour où mon père…. » avant de m’arrêter brusquement, de regarder autour de moi d’un air paniqué, puis de sortir de la pièce pour aller toucher une étagère dans le salon, et de revenir finir ma phrase comme si de rien n’était.

(Ci-mer les cuisines en formica.)

Et je passe sur le fait que je croise mes doigts de pieds dans mes chaussures à chaque entretien d’embauche, parce que tu sais pas, des fois que ça marche, je préfère mettre toutes les chances de mon côté.

Et je pense que je ne vais même pas mentionner le fait que, quand je suis en voiture, je souffle sur les feux rouges pour qu’ils passent au vert plus vite.

(Franchement, cherche pas.)

Donc je t’avouerai qu’après quelques mois en Nouvelle-Zélande, je me sentais un peu comme une vieille qui cloue des fers à cheval devant sa porte et qui crache cinq fois vers le Nord quand elle renverse du grain, ou chais pas quoi.




(La vie en France, imaginée par mes amis Kiwis.)

Mais fort heureusement, j’ai réalisé après quelque temps passé ici que les Kiwis ne sont pas entièrement dépourvus de superstitions. C’est juste qu’ils en ont beaucoup moins que nous, et que ce ne sont pas les mêmes.

En gros, les superstitions Kiwies se divisent en trois catégories :

1. Les superstitions importées d’Angleterre (chiffre 13, chat noir, échelle, ouvrir un parapluie à l’intérieur, tout ça) – mais elles ne sont suivies que par très peu de gens, principalement des vieux, ou bien des Anglais de première ou seconde génération.

2. Les superstitions Maories, qui sont légion mais ne sont pas observées par tout le monde - la culture traditionnelle maorie, il faut le savoir, c’était une culture empreinte de tabous. Tellement empreinte de tabous que même le mot « tabou » vient de chez eux (donc chais pas ce qu’il te faut). Mais ça, c’était principalement pré-colonialisme, et la majorité des croyances d’antan sont aujourd’hui abandonnées (ci-mer l’évangélisation de masse).

3. Les superstitions marines – on est sur une île ou chaque pékin a son propre bateau, donc ça tombe un peu sous le sens.

J’enlève de cette liste les légendes urbaines, parce qu’il n’y a pas d’urbanisation dans ce pays (lolilol). Non, en vrai, y’a bien quelques croyances improbables, mais c’est pas lié au surnaturel ou au mauvais œil, donc je ne les compte pas.

Et donc, comme j’ai pas envie d’être la seule à faire des trucs stupides, je te livre ici mes 4 superstitions préférées de Nouvelle-Zélande :

1. L’hôtel hanté de Waitomo Caves



Waitomo Caves, je t’en ai déjà parlé, c’est l’un des lieux touristiques incontournables de l’Ile du Nord : un réseau de grottes éclairées par des millions de vers luisants, ambiance « bienvenue dans un monde de féerie et de magie ». Mais parmi les locaux, on murmure que l’hôtel qui se trouve juste à côté des grottes est en fait… hanté.

(Ouuuuuuuuh.)

L’hôtel a été construit en 1908, ce qui en fait l’un des plus vieux bâtiments du pays (AHAHAHAH trop mignon). Dans le plus pur style victorien, il a été bâti sur une colline surplombant les grottes au moment où les visites ont commencé, et agrandi quelques années plus tard à cause de la popularité croissante de Waitomo Caves.

Seulement, voilà : toute la zone entourant les grottes de Waitomo est tapu chez les Maoris, et pour cause : c’était un immense cimetière. Aujourd’hui, le gouvernement essaye tant qu’il peut de faire gaffe, et il a interdit aux développeurs de travailler dans les zones où il est censé y avoir des sépultures. Seulement, quand les grottes ont été découvertes au début du XXe siècle, tu t’imagines bien que ça c’est pas passé de la même manière. Pendant les travaux effectués pour aménager les grottes pour le public, des centaines d’anciens ossements Maoris (certains vieux de plusieurs centaines d’années) ont été exhumés… et promptement jetés dans la rivière en contrebas, parce que hein, bon, y vont pas nous niquer notre commerce les basanés là ho.

Dis donc, ça sent pas un peu le cliché poussiéreux à la Indiana Jones du peuple primitif qui jette une malédiction sur les colons qui dérangent le sommeil de leurs ancêtres, tout ça ? Les cimetières Indiens, les momies Incas, tout ça ?

Mais si, carrément !

Et forcément, ce qui devait arriver arriva : Waitomo Hotel est maintenant réputé pour être l’un des endroits les plus hantés de Nouvelle-Zélande, ambiance « sens la fureur de mes ancêtres injustement profanés ».



(Spooky)

Les témoignages vont du très soft « ambiance glauque » au moyen soft « lumières qui clignotent/ pièce qui se refroidit soudainement/ le bruit d’un chariot de femme de chambre dans le couloir en pleine nuit » en passant par les gens qui voient carrément des apparitions (une princesse Maorie qui se balade dans les couloirs de l’hôtel la nuit) et les plus pétés du casque qui racontent qu’ils ont vu du sang s’écouler des murs ou sortir des baignoires.

(Ça donne envie de payer cent balles la nuit, tiens.)

(J’espère qu’ils ont au moins des chocolats sur les oreillers.)

Même le réputé maître de l'horreur Guillermo del Toro a clamé que l'hôtel était hanté... et lui a même inspiré son dernier film d'horreur, Crimson Peak.



(Rassurant.)

Et Waitomo Hotel n’est pas le seul lieu de ce type : en gros, chaque endroit de Nouvelle-Zélande où des Maoris ont été injustement tués/exhumés (50% du territoire, en gros) est réputé comme un lieu hanté par des esprits criant vengeance.

(Faut avouer que ça a quand même plus la classe que la Dame Blanche.)

(« Ouh là là je mène les automobilistes à leur perte parce que je suis morte sur le bord d’une route ou machin » PFOU LA MOTIVATION POURRIE QUOI)

(Viens en Nouvelle-Zélande, là on a du bon esprit vengeur bien comme il faut, à base de colère des dieux anciens tavu.)


2. Renommer un bateau



Comme je l’ai indiqué plus haut, les superstitions marines sont légion de par le monde, et quelques-unes subsistent encore chez nos amis les Kiwis – normal, en même temps, on est sur une île, et les Néo-Zélandais KIFFENT LEUR RACE le bateau. Tous les enfants apprennent à faire de la voile, la pêche c’est THE loisir national, et on comptabilise presque un bateau par personne dans tout le pays.

(Après, « bateau », t’attends pas à du yacht non plus, c’est souvent juste des petites barques à moteur.)

Mais n’empêche : ici, on aime naviguer.

(Ohé ohé.)

Comme on est quand même dans un pays moderne, la majorité des superstitions marines ne sont plus d’usage (pas très facile de faire des week-ends de pêche en famille si on ne peut pas emmener de femmes à bord). Il en reste néanmoins deux-trois  qui sont encore d’usage : par exemple, si tu embarques avec des Kiwis pour un pique-nique en mer, ne ramène surtout pas de bananes – elles sont formellement interdites sur les bateaux. 

(Il parait que c’est parce que, dans les temps anciens, si on amenait des bananes à bord pour un long voyage, elles faisaient mûrir tous les autres fruits, et l’équipage se retrouvait avec des fruits pourris au bout de cinq jours en mer.)

Et il reste surtout une grande superstition qui persiste et signe : en Nouvelle-Zélande, on ne rebaptise jamais, JAMAIS un bateau.

Comme presque tout le monde possède un bateau, le marché de l’occasion est énorme, mais la tradition veut que, même si un bateau change de propriétaire, il doit A-BSO-LU-MENT garder son nom d’origine, sinon, ça porte malheur, et donc, il va couler. (Comme ça, pouf.)

Du coup, si t’achètes un bateau d’occase, tu risques aussi bien de te retrouver avec un traditionnel Old Boy ou Paradise qu’avec un Doing your mum ou Beer 4ever de bon goût. Mais, comme te le répéteront tous les Kiwis, si t’aimes pas le nom de ta barque, tant pis pour ta gueule, il va falloir assumer.

(Alors qu’un tout petit coup de peinture…. Non ?)

(Non.)

Le revers intéressant, c’est que les gens qui achètent des bateaux neufs choisissent souvent un nom…bateau (PAH-DUM TSSS), histoire de pouvoir le revendre plus facilement. Donc, un conseil si jamais tu veux acheter une barque par ici : oublie le nom de ta femme ou tes mômes, et baptise-la Meilleur bateau du monde entier qui ne coulera jamais promis juré c’est garanti.



3. Siffler après minuit



Un exemple d’une superstition Maorie qui est entrée dans la culture populaire : ne jamais siffler après minuit, ou les kehua (les esprits des morts) siffleront en retour.

Selon les croyances maories (pré-christianisme), quand une personne meurt, son esprit quitte son corps et devient un kehua : une spectre invisible aux yeux des humains. La plupart des kehua ne restent sur le plan terrestre que quelques jours, et, une fois les cérémonies funéraires terminées, s’en vont dans l’au-delà (un monde des esprit, situé sous terre, mais semblable au nôtre en tout point – avec de la lumière, des arbres, des maisons, etc.). Mais certains esprits restent près de l’endroit où ils ont vécu – souvent pour veiller sur leur famille, mais des fois juste parce que c’étaient des connards de leur vivant et qu’ils ont envie de rester sur terre pour pourrir la vie des gens.

(Sympa.)

Les kehua sont invisibles, mais ils voient et entendent ce qui se passent autour d’eux, et peuvent manipuler la matière (et d’ailleurs, ils mangent et boivent comme les vivants). Ils craignent la lumière du soleil et ne sortent que la nuit. Ils ne peuvent pas parler, mais s’adressent aux humains dans un son à mi-chemin entre un chuchotement et un sifflement. La superstition est qu’un kehua ne peut pas s’adresser à toi tant que tu ne l’y a pas invité : siffler après minuit, c’est donc une invitation à entrer en communication avec les esprits... et la possibilité de les énerver et de se faire jouer des tours (ou carrément de se faire buter, selon le degré de méchanceté du kehua).

Bref, beaucoup de gens aujourd’hui, Maoris ou non, observent cette superstition, « juste au cas où ».

Et ça reste évidemment un jeu incontournable chez les ados en mal de frissons pendant les soirées pyjama.

(Une version Kiwie de « Bloody Mary », en gros.)



4. Un fantail dans la maison

Le fantail, c’est un petit moineau endémique à la Nouvelle-Zélande, et qu’on trouve un peu partout :


Il est mignon, hein ?

EH BEN NON MA COUILLE

CE PETIT OISEAU CHOUPI, C’EST LE MESSAGER DU TRÉPAS !


Car oui, selon une croyance populaire (Maorie à l’origine, mais qui s’est répandue chez tous les Néo-Zélandais), si un fantail entre dans ta maison, c’est signe que quelqu’un va mourir. Et les gens prennent ça très au sérieux – j’ai déjà vu des Kiwis fermer les fenêtres après avoir aperçu un fantail dans leur jardin, « juste pour être tranquilles ».

(Nan mais vous avez raison les gars, y’a quand même le risque non négligeable de se faire picorer le crâne jusqu’à ce que mort s’ensuive.)

(En plus c’est un oiseau qui fait genre trois millimètres cube, t’imagines le temps que ça prendrait.)

D’après mon expérience, c’est la superstition la plus répandue dans le pays, et celle qui cause le plus de témoignages spontanés quand on en discute – en mode « Mon pote Richard avait un collègue dont le frère avait une belle-sœur qui a fait une fausse couche après avoir vu un fantail dans sa cuisine. C’est pas anodin quand même ! » et autres « Un jour y’a un fantail qui est entré dans notre salon, et six mois après, boum, le chien mourait de vieillesse. Tu te rends compte, ça aurait pu être moi ! »

Ouh là là Ginette, tu es si brave d’avoir affronté la mort en face.

Sous les traits d’un petit oiseau.




(Tremble, vil manant)

Voilà, c'étaient les plus grosses superstitions néo-zélandaises.

Et vu le sujet de cet article, ne crois pas t’en tirer avec un commentaire « LOL » - je veux des témoignages, je veux des contributions, BREF : donne-moi du grain à moudre et raconte-moi toutes tes superstitions cheloues.

(Alternative : si tu es un être de raison et de logique pure – grand bien t’en fasse – je te donne une occasion en or de balancer tes proches, fais-toi plaiz’.)

Le vainqueur de la superstition la plus absurde gagne un voyage en Nouvelle-Zélande pour se mettre du plomb dans la tête.

Nan j’déconne.

(J’arrive déjà à peine à me payer des billets d’avion pour ma pomme, t’as cru j’étais Rothschild ou quoi ?)

Par contre si tu veux je t’envoie une carte postale.

(Ça c’est pour moi, ça me fait plaisir.)

Allez hop, au boulot les grands-mères paysannes !

Bisous sur vos chats noirs.



EDIT: wouah, c'est l'explosion de superstitions dans les commentaires! Je suis ravie de voir que plein de gens touchent du bois sans savoir pourquoi, et que tout le monde déteste mettre le pain à l'envers (Sarah se sentira moins seule). 

La palme de la superstition revient à Céline avec son histoire de "touche de la peau de singe", juste parce que ça m'a fait super rigoler (sans déconner c'est quoi cette expression??).

Mais en fait, j'ai tellement kiffé ma race à lire tous vos commentaires que j'ai envie de récompenser tout le monde (heureusement que je suis pas devenue prof, laisse tomber comment j'aurais des classes entières de 20/20). 

Du coup, voilà ce qu'on fait: chaque personne qui a partagé une superstition gagne une carte postale. Envoie-moi ton adresse à tindomerel@hotmail.fr et je m'occupe du reste. Et comme Céline c'était ma préférée, elle gagne une carte postale + un bonus surprise (enfin ce sera genre un stylo ou un magnet hein) (t'attends pas à une Rolex non plus).

Merci à tous pour votre participation!

samedi 3 octobre 2015

Brève carriériste


J’aime mon nouveau boulot, mais il y a un truc, un seul, qui me manque de mon ancien job: les collègues.

Attention, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit : je ne regrette absolument pas Ploc, la limace des enfers (ma tension a chuté depuis qu’il est parti, un truc de fou). Mais la globalité de mes collègues à mon ancien boulot étaient sympas, fun, et surtout, JEUNES.

Parce que mon nouveau travail, bon, je vais pas dire que c’est des vieux, mais en fait si carrément ils sont tous incroyablement vieux.

En gros, on est quatre dans la boîte, et je suis la seule personne de moins de soixante ans, ça te donne une idée je pense.

Aparté : la tu te demandes peut-être pourquoi ces gens travaillent encore, mais faut savoir que déjà, dans ce pays, l’âge minimum légal de départ à la retraite, c’est 65 ans, et puis en sus, le système de retraites est très différent du nôtre (où une génération paye pour la retraite de la génération d’avant). Ici, c’est chacun sa gueule : chaque personne choisit de mettre de côté un pourcentage de son salaire (entre 3% et 8%, selon ce qu’elle peut se permettre) sur un compte d’épargne qui est bloqué jusqu’à ses 65 ans. L’employeur ajoute 3% du salaire sur le compte, et l’État ajoute la même somme. (Du coup, chaque mois, tu mets de côté une somme allant de 9% à 14% de ton salaire mensuel). Et c’est cet argent qui constitue ta retraite. Donc en gros, les sous que tu mets de côté sont proportionnels à ce que tu gagnes. 

C’est cool, hein ? Ça parait bien juste et égalitaire, comme ça, sur le papier, non ?

Sauf qu’en fait, c’est cool uniquement pour les classes moyennes et supérieures qui ont des boulots stables et ininterrompus, mais ça pue un peu du cul pour les smicards ou les intermittents – qui ne peuvent souvent pas se permettre d’ouvrir un compte, et doivent donc bosser grosso modo jusqu’à la mort. Et même ceux qui peuvent se permettre de mettre de l’argent de côté prennent rarement leur retraite a 65 ans. Parce que si tu fais des études ou que tu as une période d’inactivité prolongée (c’est-à-dire, si tu décides d’avoir des gamins) (puisqu’ici il n’y a pas de crèches publiques et que le congé maternité c’est genre trois mois), t’auras pas assez mis de côté une fois arrivé a 65 ans et tu devras continuer à travailler. Résultat, ici, c’est assez normal de bosser jusqu’à 70 ou 75 ans, surtout pour les femmes.

(TL;DR : pas de retraite pour les p’tits vieux.)

Bref, je bosse avec des vieux, et laisse-moi te dire que c’est pas de la tarte.

Déjà, je me sens quelque peu ostracisée au milieu des conversations qui portent toutes sur les cinq mêmes sujets en boucle :

1. Les petits-enfants, ces merveilles 
2. Les enfants, ces gros ingrats
3. Tous les gens qu’on connait qui sont en train de mourir de cancer 
4. Tous les endroits du corps qui font mal (suivi par un chœur de conseils et de remèdes, tous à teneur plus ou moins chamanique)
5. Le rugby (Bon ça c’est pas spécifique aux vieux, mais ça reste hors de ma zone de compétences)

Surtout que c’est une incompréhension qui va dans les deux sens :

- Alors Charlotte, qu’est-ce que tu as fait ce week-end ?
- Pas grand-chose, vendredi soir on est allés chez des amis, on est rentrés tard du coup on a dormi jusqu’à midi, et puis après, j’ai plus ou moins passé le week-end à regarder des séries et à jouer au PC.
- ….Ah.



Et encore, l’autre jour j’ai voulu me rattraper en disant que j’étais allée au cinéma (une activité indémodable), et puis je me suis rappelée in extremis que le film qu’on était allés voir s’appelait Deathgasm et que c’était un film gore avec des démons et du metal et qu’il y a quand même une scène où un démon se fait trépaner avec des godemichés.

(Donc niveau “intergénérationnel”, je pense qu’on repassera.)

(NB : « Deathgasm » est quand même un film absolument mirifique et fabuleux. Va le voir.)

Mais bon, si c’était seulement une question de « small talk », ce ne serait pas vraiment problématique.

Nan, le gros souci de bosser avec des vieux, c’est qu’ils peuvent être juste un poil RIGIDES.

J’en veux pour preuve la méthode de com de l’association, qui se résume à « On a toujours fait comme ça » :

- Et si on proposait une réduction pour les gens qui achètent un lot de 10 sièges ? Ça augmenterait les ventes.
- Non, non, on a toujours fait de la vente au détail, les membres vont être trop confus.



(Trop confus par un procédé qui existe PARTOUT ?)

- Si on remplaçait les liens par des boutons, on aurait plus de clics. C’est plus visible.
- Non, les liens c’est bien, on a toujours fait comme ça. En plus le lien, on sait où on clique, on sait ce que c’est. Tandis que les boutons, c’est dangereux, on sait pas où on va aller. En plus des fois c’est des virus.



(Evidemment.)

Et je te passe le texte des emails qui, quand je suis arrivé, consistait en un copier-coller exact de la PAGE ENTIÈRE correspondante du site web.

- La majorité des gens lisent leur email sur mobile, donc je pense que ce serait plus judicieux de limiter le texte et d’agrandir les images.
- Mais comment ils auront toutes les infos s’ils n’ont pas de texte ?
- Ben on met un lien vers la page de notre site.
- Oui mais non. Moi quand je reçois un email, je veux avoir toutes les infos dessus. Je veux pas cliquer et lire des choses sur un site. Nos membres c’est pareil.
- Et pour les images ?
- Pas d’images, ça sert à rien, ça s’affiche pas.
- Comment ça, ça s’affiche pas ?
- Oui là, dans Outlook, quand je reçois un email avec des images, ça me fait juste une croix. 


- C’est simplement parce que vous n’avez pas configuré Outlook pour qu’il affiche les images. Il faut juste aller dans le menu, ici, et cocher la case, là.
- Oh là là, mais personne ne sait faire ça ! Non non, pas besoin d’images. Juste un grand pavé de texte bien long et détaillé. Comme on a toujours fait. Nickel. 



(Le procédé com de ma boîte, un résumé.)

Et dans le genre « rigide », la palme va sans aucun doute à la collègue de mille ans avec qui je partage mon bureau, et qui pousse le « On a toujours fait comme ça » à des sommets incroyables, par exemple quand on se partage le boulot sur des événements et qu’elle me sort des trucs du genre « il faut aligner les badges par ordre alphabétique, mais de bas en haut, pas de haut en bas. » C’est-à-dire qu’au lieu de les aligner comme ça :

A         D         H
B         E          I
C         F          J

Elle les aligne comme ça :

C         F          J
B         E          I
A        D         H

Alors qu’on est d’accord que c’est l’ordre le plus n’imp nawak du monde, oui ?

Sauf que quand je lui ai fait la remarque, elle m’a répondu :

- Non mais ne t’inquiète pas Charlotte, tu es étrangère, tu ne connais pas encore bien ce pays, mais ici, chez les gens civilisés, on lit de bas en haut.

J’avais un peu envie de lui dire « Et tes romans, Simone, tu les lis de bas en haut aussi ? Et tes listes sur Excel, elles sont de bas en haut ? Tu te foutrais pas un peu de ma gueule par hasard ? ». Mais comme je suis bien élevée et que c’était genre mon troisième jour dans la boîte, j’ai rien dit.

Mais à la réunion pour l’événement d’après, j’ai quand même suggéré que peut-être on pourrait mettre les badges dans l’ordre normal des humains qui ne sont pas des malades mentaux. Chose à laquelle la patronne a répondu :

- Hein ? mais évidemment, qui voudrait les aligner de bas en haut, ça n’a pas de sens ! 


Ce à quoi madame Micheline a pondu toute une rhétorique comme quoi c’était les membres qui s’étaient plaint il y a genre huit mille ans, rapport que c’était trop difficile de trouver leur nom en lisant de haut en bas comme des gens logiques, et du coup c’était son initiative de changer l’ordre mais uniquement pour le bien commun et servir la cause de l’association.

(Le tout sur ton le plus condescendant possible qu’on puisse imaginer.)

(À mi-chemin entre un patron du Medef et un militant meniniste.)

Bref, la big boss a tranché pour l’ordre alphabétique standard. Mais l’autre Ginette, à l’événement d’après, elle est quand même venue me voir en loucedé pour me dire qu’il fallait les aligner dans l’autre sens ! 

(Palme du lâcher prise.)

Et quand je lui ai dit non, elle a serré la bouche comme si elle avait avalé un citron de travers, et elle m’a fait :

- D’accord. Très bien. Eh ben t’as qu’à t’en occuper toute seule, si c’est comme ça !
- Okay.
- …..
- Normalement c’est à moi de faire les badges, mais si tu insistes pour en faire qu’à ta tête, t’as qu’à le faire.
- Pas de problème.
- …..
- Je vais aller aider la patronne à installer la salle, alors.
- C’est ça.
- …..
- Tu sais que normalement c’est à toi de faire ça, mais bon enfin je dis ça je dis rien, vu qu’apparemment t’as décidé de faire les badges, eh ben ma foi fais donc les badges, à ta guise. Enfin bon normalement c’est à toi de faire la salle, voilà, on verra ce que la patronne aura à dire de tout ça, moi apparemment c’est pas ma place de juger, hein.



Han Lucienne dis donc tu m'fous les miquettes, c'est palpable. 

Bon maintenant tu la bouges ta prothèse ou t'attends que j'te pousse?

Conclusion pour ceux qui se posaient la question : les gens n’étaient pas perturbés par l’ordre alphabétique, vu que, pour le coup, il était vraiment dans l’ordre.

(Dis donc j’ai une de ces vies passionnante, moi.)

Sur ce, je te laisse, je dois aller me coucher parce que là j’ai fini ma camomille et avec tout ça il est bientôt 21 heures.

(Allez, un peu de jus de pruneaux, et au lit.)

dimanche 13 septembre 2015

Brève de vieille dame


Et sinon j’ai décidé de me mettre au jardinage.

J’ai donc officiellement mille ans.


Ajoute à ça que l’autre jour je suis allée à la gym – oui la gym ça se passe bien, merci de demander – et comme j’étais en avance pour la zumba, je me suis dit que j’allais tester un des nouveaux cours, comme ça, pour le fun.

Le cours s’appelait « Kickboxing crossfit », et si le titre n’avait pas suffi à me mettre la puce à l’oreille, l’instructrice au gabarit d’haltérophile est-allemande aurait certainement dû le faire.

(La meuf avait des biceps qui faisaient la taille de mes cuisses.)

Sauf que j’étais déjà entrée dans la salle et je voulais pas repartir comme une chochotte. 

Donc je me suis tapée l’entrainement des Navy Seals pendant une heure juste pour pas perdre la face, pas merci mon ego.

(La meuf nous a fait faire des élongations tout en portant des poids de 12 kilos, et des pompes.)

(DES POMPES !)

(Je suis une femme, pas un Viking.)

En plus l’instructrice était un peu chelou, elle nous faisait taper dans le vide, mais on aurait dit qu’elle, elle voyait des gens qu’il fallait attaquer :

- Donnez un grand coup de pied en arrière ! Mieux que ça ! Tapez dans les couilles ! Celles qui peuvent pas taper assez haut c’est pas grave. Tapez vers le bas, bien fort, et NIQUEZ-LUI LE GENOU A CE FILS DE PUTE !



(Mais, mais enfin, pourquoi j’irais taper des gens comme ça ?)

(Je suis une enfant de hippies moi, je ne suis qu’amour !)

- On donne un grand direct droit ! Prenez bien de l’amplitude, sinon vous lui ferez pas mal, au gars ! Emily, tu le touches à peine, là ! Donne un grand coup, paf ! Comme ça ! Droit dans son estomac de connard !

(Non mais Madame, si vous avez des comptes à régler avec la gent masculine, c’est votre problème, mais si vous pouviez arrêter de me dire de taper des mecs qui n’existent pas, ça m’arrangerait, merci.)

(Bon, j’ai appris par la suite que c’est la même nana qui donne les cours d’auto-défense, du coup, c’est tout de suite plus logique.)

Donc voilà, j’ai fait une heure de sport et j’ai marché comme une limace arthritique pendant huit jours.


(Bah oui mais faut pas trop m'en demander non plus)

En plus c’était mon jour de chance, c’était « Legs and Abs Day », donc youpi les courbatures jusque dans les fesses.

(Pour la plus grande joie de Professeur Flaxou, qui s’est amusé à me pétrir les miches pendant des jours, sous le prétexte que « Nan mais c’est pour t’aider, c’est pour détendre les muscles ».)

(Bizarrement, quand j’ai des courbatures aux mollets, il est vachement moins altruiste.)

Bref.


Du coup, je me comporte déjà comme une petite vieille dans tous les aspects de ma vie, et en plus aujourd'hui c'est mon anniversaire et mon dieu j’ai VINGT-SEPT ANS (laisse tomber la neige comment je suis une vieille pomme).



Du coup, je me suis dit que j’allais aller au bout de ma démarche de momification, et je me suis mise au jardinage.

Au départ j’y suis allée avec vachement d’enthousiasme, déjà parce que c’est la première fois de ma vie que j’ai un jardin rien qu’à moi, et d’autre part parce que quand j’étais petite, une de mes activités favorites chez mes grands-parents – en dehors de tirer à la carabine dans le grenier - c’était m’occuper du potager avec mon papapa.

Et sincèrement, on s’amusait comme des petits fous dans le potager. On bêchait la terre (super fun), on cherchait les miserla en fouillant dans la terre avec les doigts (ultra fun), on mettait de l’eau partout avec l’arrosoir (hypra fun), et quand je faisais trop n’importe quoi, papapa me disait qu’il allait me mettre dans le trou où il mettait les carottes pour l’hiver (un baril enfoncé dans le sol, rempli à moitié de sable, et avec un couvercle pour le fermer, autant te dire que le tout avait une vibe très « Silence des Agneaux »), et je savais bien qu’il le ferait jamais alors c’était le truc le plus fun du monde.

Donc j’avais de bons souvenir du jardinage, et je m’imaginais déjà croulant sous les fleurs et les fruits, notre coin de gazon un perpétuel jardin d’Eden.

Et bon, ben, disons qu’on est en chemin.




(Featuring Flaxou le serf.)

On a planté des fleurs dans le jardin de devant (ah ouais, c’est la classe, on a DEUX jardins !) et pour le moment c’est pas trop mal, y’a juste un plant de fleurs qui a crevé (et c’était celui à 99 cents – je ne suis pas étonnée). Et comme on avait des pierres volcaniques qui traînaient dans un coin, on les a alignées pour faire une bordure et éviter que le mec qui tond la pelouse ne nous sabote tout notre travail.

(C'est si difficile de gérer les domestiques.)

(Je comprends tellement mieux les problèmes de Downton Abbey maintenant.)

J’ai donc désormais dans mon jardin un plant de fleurs violettes, un plant de fleurs oranges, une plante native qui pour le moment n’a pas de fleurs mais parait-il que dans six mois elle en fera des très jolies, une bande de tulipes sans tête (juste des feuilles, en fait) et des graines de tournesol que j’avais amoureusement reparties à intervalles réguliers, et qui ont toutes décidées de germer en tas a un seul endroit.



(Du coup maintenant j’ai vingt pousses de tournesol sur dix centimètres d’espace, et un mètre de terre vide.)

À l’arrière, je me suis fait un potager aux petits oignons (d’ailleurs j’ai planté des oignons) (BLAGUE JARDINAGE).

D’abord j’ai dû arracher tout un carré de gazon pour accéder à la bonne terre en dessous (ci-mer le volcan au pied duquel on habite), c’était plutôt fun, j’avais un peu l’impression d’être dans Minecraft - en plus salissant.



(Le monde réel, cet étrange endroit.)

Et puis j’ai récupéré une palette sur le bord du chemin (on habite à côté de la zone industrielle, donc y’a tout le temps des palettes qui traînent), je l’ai cassée en petits morceaux, et j’ai mis les morceaux par terre pour diviser le potager en sections.




(Évidemment ce sera pourri dans trois semaines, mais en attendant, ça a de la gueule.)


Et bon, ça fait un mois, mes patates sont encore six pieds sous terre, et les graines d’oignons et d’épinards semblent avoir été bouffées par les oiseaux (paye ton pays sans mammifères). Mais la salade était sortie et avait une bonne gueule, donc j’étais quand même optimiste.

Jusqu’à ce que débarquent les LIMACES.

Parce que ouais, c’est dingue hein, mais dans un pays qui est en permanence à 90% d’humidité, y’a des limaces.

(C’est fou ce qu’on apprend quand on passe du temps a l’air libre.)

Du coup les salopes m’ont bouffé le seul machin qui était sorti de terre, alors au lieu d’avoir trois carrés de terre vide et un carré de salade, maintenant, j’ai quatre carrés de terre vide et une boîte de poison pour limaces.


Mais c’est pas grave, j’ai planté d’autres légumes pour voir s’ils pousseront mieux, et en attendant, je fais les trucs qu’on est censé faire quand on jardine : je hume l’odeur de la terre fraîchement retournée, j’enlève les mauvaises herbes, je case mon nouveau hobby dans les conversations pour pas qu’on pense que je suis une grosse otaku (genre tavu je passe du temps dehors et tout, je suis une vraie adulte responsable et saine) et, surtout, je scrute le ciel quinze fois par jour pour vérifier si y’aura besoin d’arroser les plantes.

(J’avais pas autant regardé le ciel depuis mon marathon Skyrim.)




(Pour ceux qui se demandent : c’est beaucoup moins joli IRL.)

Et sinon c’était aussi récemment nos trois ans de mariage avec Professeur Flaxou (laisse tomber comment on est trop des ancêtres). Je voulais donc fêter dignement nos noces de Froment (pire nom d’anniversaire de mariage au monde) (sérieusement, avant 20 ans c’est que des noms de merde dans ce genre) (« noces de crêpe » passe encore, c’est pas si mal, c’est bon les crêpes, mais « noces de cire », non mais fous-toi de ma gueule directement ça ira plus vite).

Bref, pour fêter nos noces de Froment avec toute la solennité que le nom requiert (pas), je suis allée au magasin d’alcool (car en Nouvelle-Zélande, y’a des magasins spéciaux qui vendent que de l’alcool, tu peux pas tout acheter au supermarché) et j’ai dégoté un pinot gris vendanges tardives d’Alsace, parce que hein, quand même, faut se faire plaisir de temps en temps, et c’est pas tous les jours qu’on fête ses noces de Froment.

(Laisse tomber, je m’y ferais jamais à ce nom.)

Et puis quand je suis rentrée à la maison, Flaxou est venu m’aider à décharger les courses, et il était tellement heureux d’avoir du vin d’Alsace qu’il est parti en courant vers la maison pour la déboucher, qu’il a glissé, et qu’il a explosé la bouteille juste sur le montant de la porte d’entrée.



Autant dire que, niveau mauvais présage, ça se posait quand même là.

Mais bon, je savais déjà que c’était un klutz le jour où je l’ai épousé, on a dit « pour le meilleur et pour le pire », et pour le moment c’est que ce que j’ai vu de pire, alors je pense qu’on est bons pour tenir au moins jusqu’aux noces de potasse (oui, ça existe).

- Ça se passe bien le jardinage, ma chérie ?
- Bof. Ça pousse trop lentement. Dans les jeux vidéo ça va tellement plus vite. Je sais pas pourquoi je me fais chier à essayer de faire pousser des trucs IRL pendant des semaines, sur Minecraft ça met genre dix minutes.
- La transformation est complète.
- Quoi ?
- T’es la femme parfaite.

(La définition d’une femme parfaite selon Flaxou, faut le savoir, c’est : quelqu’un avec des nichons, qui ne veut jamais sortir, qui veut que vivre dans le noir et jouer aux jeux vidéo en mangeant de la pizza, et qui fait tout ce qu’on lui demande.)

- Tu vas me chercher une bière ?
- Va la chercher toi-même, j’ai des dragons à chasser.
- … Bon, t’es PRESQUE la femme parfaite.

(Je pense que c’est les nichons qui me sauvent.)

dimanche 30 août 2015

L'instant Kiwi: Auckland, suite et fin


Je finis enfin cette série d’articles (qui s’est avérée vachement plus longue que prévue), pour te donner un aperçu d’Auckland via les suburbs qui la composent.

Voici donc mon top 10 des quartiers les plus importants :

1. Le CBD


Le CBD (acronyme pour Central Business District), c’est le centre-ville. On y trouve des magasins, l’université, le jardin botanique, le musée, le théâtre, et surtout plein, plein de bureaux, car c’est le quartier des affaires. 

Le fleuron du CBD, c’est évidemment la Sky Tower, une tour de 328 mètres de haut, et, comme chaque Kiwi ne manquera pas de te le rappeler :

- La plus haute structure érigée par l’homme de tout l’hémisphère Sud ! Et toc les Aussies !

La Sky Tower est relativement récente, vu qu’elle a été ouverte en 1997, et contient des plateformes d’observation, un restaurant panoramique qui tourne, l’obligatoire plateforme de bungee jumping, et… c’est tout.

En fait, on dirait pas à la voir comme ça, mais la Sky Tower est super fine, et dans toute la partie pilier, y’a en fait de la place que pour les ascenseurs.


(C’était bien la peine de construire un truc aussi haut pour ça.)

Bon, après, je suis mauvaise langue, parce que la Sky Tower est aussi un émetteur radio géant, et c’est grâce à elle qu’on capte la radio jusqu’à Bombay.

(Bombay à Waikato, hein, pas Bombay en Inde.)

2. Le North Shore


Au Nord du CBD, on passe un grand pont, et on arrive au North Shore, une aire très vaste et en plein boom de développement, car bien moins chère que le reste d’Auckland.

Comment savoir si un Aucklandais vit au North Shore ? Attends environ trente secondes de conversation, et si tu entends les mots « bridge » et « traffic », c’est le bingo ! 

Car oui, le sujet de conversation numéro 1 au North Shore est celui du transport (qui est de base l’un des sujets favoris des Aucklandais, avec le rugby et la météo). Parce que le North Shore est complètement coupé du reste d’Auckland par la mer. 

Pour se déplacer vers le Sud, TOUS les habitants doivent donc passer par le MÊME pont. 


(Je te laisse donc imaginer le plaisir de prendre ce pont un lundi à 7h30 du matin.)

Comble de malheur, les transports en commun déjà bien maigres dans le reste de la ville ne s’étendent pas jusqu’au North Shore (pas de trains, très peu de ferrys, et des bus qui restent bloqués sur le pont avec les voitures). Ça fait des années que la ville d’Auckland promet de trouver une solution, et notamment d’étendre le réseau de trains, mais pour le moment, aucun changement.

Les gens au North Shore vivent souvent avec un rythme décalé, pour éviter les problèmes de bouchons. Si tu bosses à Auckland centre, tu reconnais donc facilement tes collègues du North Shore : c’est ceux qui sont déjà là quand tu arrives, et qui partent à 15h30 en faisant « Han nan putain ça va déjà être l’heure de pointe merde merde merde ».

Pour résumer, il y a deux avantages à vivre au North Shore : 1. Le logement est moins cher, et 2. Aucun patron ne va jamais contester ton excuse quand tu te pointeras avec une heure de retard. 

3. West Auckland/Waitakere


Les habitants de West Auckland sont appelés « Westies », et j’ai toujours pas réussi à comprendre si c’est une insulte ou non. Au départ, c’était clairement péjoratif : le terme « Westie » s’utilisait comme un synonyme de « beauf », pour désigner une tranche de la population relativement bas sur l’échelle sociale, peu éduquée, et vulgaire. (Pense « Joggings Adidas et leggings léopard ».) Ceci parce que West Auckland était une zone où vivaient principalement des ouvriers. Mais avec la hausse des prix, la démographie du coin a changé, et les gens s’appellent maintenant « Westies » sans qu’il semble y avoir de connotation négative. 

À West Auckland, tu trouveras aujourd’hui surtout des militaires (les bases de la Royal Air Force sont toutes proches) et des sportifs, attirés par la proximité de Waitakere Ranges, un grand parc naturel super chouette.

(Le genre de personnes qui font que manger du granola et qui mettent des T-Shirts avec soutif intégré.)

4. Manukau/South Auckland


D’après les Kiwis, le quartier craignos ; d’après les gens normaux, le quartier pauvre.

Je l’ai déjà dit et je le répète : les Kiwis sont bien mignons dans leur monde de gentils Ewoks, mais ils n’ont strictement aucune idée de ce qui « craignos » signifie vraiment. Ils pensent qu’ils savent, mais ils savent pas. Toutes leurs notions d’insécurité sont basées uniquement sur le type de population vivant à un endroit donné (si x=pauvres et y=basané, alors z=danger).

Je ne compte plus le nombre de fois où on m’a dit de verrouiller ma voiture si je traversais Manukau (genre c’est Walking Dead, les gens vont se jeter sur ta caisse pendant que tu roules) ou de ne pas marcher de nuit à Otara (c’est quoi le deal, c’est comme Minecraft ? si je reste dehors après la tombée du jour, y’a des squelettes qui viennent me taper ?) et à chaque fois je leur dis STOP, arrête-toi de parler tout de suite Micheline, tu jettes l’opprobre sur ta personne à chaque seconde qui passe. 

Parce que ces quartiers ne sont PAS craignos. C’est des pavillons un peu moches et des jardins pleins de pièces détachées. C’est tout. Pas de graffitis, pas d’abribus vandalisés, pas de poubelles cramées. Personne qui t’agresse, personne qui te rackette, personne qui t’insulte, personne qui te bouscule, personne qui crache des mollards glaireux juste à tes pieds quand tu passes dans la rue. 

(Y’a des quartiers respectables à Strasbourg qui sont loin d’afficher ce degré de sympathie.)

Mais les bons Kiwis bien obtus évitent encore et toujours South Auckland, par peur, sans doute, de se faire égorger et manger en rôti s’ils restent sur place plus d’une-demi seconde.

(Les mecs, tu les emmènes en banlieue parisienne, ils vont se croire à Beyrouth.)

5. Newmarket


Le quartier chic et branché pour jeune cadre dynamique pété de fric.

Situé pas très loin du CBD (mais assez loin quand même pour que ce ne soit pas trop la galère d’y accéder), Newmarket concentre tout ce qu’Auckland arrive à fournir en matière de classe et de sophistication.

Donc, si tu cherches des meubles design importés du Danemark ou des restaurants nouvelle cuisine fusion, ou simplement si t’as un million de dollars sous la main et que tu irais bien t’acheter la nouvelle Mini Cooper, c’est là qu’il faut aller.

6. Ponsonby


Le quartier bobo/hipster pour tattoo artist à succès ou retraité cosmopolitain qui ne sait pas quoi faire de sa thune.

Situé juste à côté du CBD et à l’exact opposé de Newmarket, Ponsonby est LE quartier le plus cher de toute la ville, et d’ailleurs de tout le pays (compte un million et demi de dollars en moyenne pour une maison). 

C’est aussi LE quartier branché par excellence, et c’est facile à reconnaître : c’est le seul endroit de la ville où il y a de l’animation passé 20h30. On y trouve des boutiques de designers locaux, des créateurs de mode, des salons de tatouage, des studios de peinture, des galeries d’art, et à peu près cinq mille restaurants ambiance cantine rétro où tu raques cent boules pour manger des frites dans des petits seaux en étain.

Le Ponsonbien par excellence est donc riche, branché, bobo, fêtard, et bien souvent étranger (vu qu’un Kiwi fêtard, c’est un peu comme un Allemand en retard : une aberration de la nature). 

Donc, si tu veux rencontrer des artistes Brésiliens ou des tatoueurs Américains, direction Ponsonby !

7. Parnell


Alias la Foire aux Français. Également l’un des quartiers les plus beaux et les plus anciens (et les plus chers) d’Auckland. 

Situe à équidistance entre Newmarket et le CBD, Parnell est un quartier calme et paisible, et surtout hyper joli. Chaque maison du coin est estampillée bâtiment historique (parce qu’elle date d’avant 1950) (ils sont tellement mignons) et on y trouve environ huit millions d’antiquaires.

Parnell est également l’endroit où se tient tous les week-ends le marché français, véritable institution d’Auckland, et qui explique pourquoi la majorité des Français riches vivent dans le coin (parce que c’est eux qui vendent les produits au marché.)

(Et si tu te demandes comment on peut devenir riche en vendant du fromage sur un marché, viens jeter un œil aux prix et tu comprendras vite.)

8. Remuera


(Si t'as pas de piscine à Remuera, t'as raté ta vie.)

(C'est une blague.)

(Parce que c'est impossible de trouver une maison sans piscine à Remuera de toute façon.)

Remuera n’est étonnamment pas le quartier le plus cher d’Auckland (même s’il reste dans le top 5), mais son nom est passé dans la culture populaire comme synonyme de la haute bourgeoisie, ou du moins ce qui s’en approche dans un pays sans classe (dans tous les sens du terme).

C’est un quartier très beau, avec des maisons qui tiennent plus du manoir qu’autre chose, et c’est rempli de gens dont tu voudrais usurper l’identité.

(Si si, crois-moi.)

Petite anecdote marrante : le reste de la Nouvelle-Zelande se réfère aux 4X4 urbains (grosse grosse passion à Auckland) comme de « Remuera tractors », ce qui me fait beaucoup rigoler.

9. Howick


AKA « Chinatown ». Howick et les quartiers alentour (Pakuranga, Botany) concentrent la majorité de la population Chinoise d’Auckland, donc, si tu cherches du tofu soyeux ou que tu as l’envie soudaine d’acheter un sac de onze kilos de pousses de soja, c’est par là qu’il faut aller.

(J’ai aussi vu des sacs de 50 kilos de riz dans les supermarchés chinois, et je cherche encore qui peut bien acheter ça.)

(« Oh chérie, regarde ! Si on achète ça d’un coup plutôt que cinquante paquets individuels sur trois ans, on économise presque deux dollars ! »)

Howick est aussi le siège du village historique, un genre d’Écomusée en moins bien (ils ont pas de canards). Donc, si tu as un enfant qui va à l’école à Auckland, il va forcément y faire au moins une sortie par an, et s’y faire chier à mort.

(C’est un genre de rite de passage.)

(Comme les sorties scolaires en Alsace, mais avec moins de camps de concentration.)

10. Mount Eden 


Le seul quartier à abriter à la fois un volcan, une prison, et un stade de rugby. (Et tout ça sur seulement cinq pâtés de maison !)

Aussi connu comme le quartier où tout le monde déteste habiter, puisque c’est là que se situe Eden Park, le plus grand stade du pays (capacité : cinquante mille personnes - soit 1% du pays entier, quand même) et que c’est notamment ici que jouent les All Blacks. Donc, si jamais tu viens d’arriver à Auckland et que tu te dis :

- Dis donc, c’est vraiment raisonnable, les loyers sur Mount Eden ! En plus c’est pas loin du CBD, c’est chouette !

Dis-toi que si une offre a l’air trop belle pour être vraie, c’est qu’elle l’est probablement.

(En gros : prépare-toi à t’emmurer chez toi avec des boules Quiès les soirs de match.)

Bonus : Waiheke Island


Bon, techniquement, Waiheke ne fait pas partie d’Auckland, parce que c’est une île. Mais je la mets quand même dans le tas, parce que c’est très proche du CBD (une-demi-heure en ferry).

La particularité de Waiheke, c’est donc qu’elle n’est donc accessible qu’en bateau… ou en hélicoptère, pour ceux qui en ont les moyens. Et, disons-le tout de suite, pour t’acheter une villa sur Waiheke, on part du principe que tu possèdes déjà un hélicoptère, parce que c’est MEGA CHER.

Sauf que Waiheke, non seulement c’est cher, mais en plus c’est hyper galère pour y aller : il n’existe que deux routes de ferry, situées à chaque extrémité de l’ile, et attention c’est là que ça devient fun : du côté Ouest, c’est UNIQUEMENT un ferry passagers, et du côté Est, c’est UNIQUEMENT un ferry véhicules. Ajoute à ça que les ferrys ne tournent que de 7h à 22h en semaine, et de 7h à 18h30 (sérieusement ?) le week-end, et tu comprendras que c’est légèrement chaud de vivre sur Waiheke si on travaille à Auckland.

Du coup, Waiheke est peuple de trois catégories de gens :

1. Des millionnaires qui ont leur résidence secondaire ici, et qui viennent en hélico (ou avec leur yacht).
2. Des viticulteurs qui bossent sur place, car Waiheke est réputée pour ses vins.
3. Des retraités reconvertis en artistes du dimanche ou artisans, et qui vendent leurs céramiques moches ou leurs savons à la papaye aux touristes sur le marché du samedi matin.

J’ajouterai enfin que Waiheke est inexplicablement le lieu le plus prisé des Aucklandais pour les mariages, et je dis « inexplicablement » parce qu’organiser son mariage là-bas, ça équivaut à dire :

- Nan, organiser un mariage, c’est pas une tâche suffisamment chiante. 
- Et si on l’organisait sur une ile où aucun des invites ou des prestataires n’habite ? Comme ça on les ferait tous venir en même temps sur un minuscule ferry qui part une fois l’heure, puis on les ferait marcher et/ou louer des voitures jusqu’à la réception, et on arrêterait arbitrairement les réjouissances à 17h30 pour qu’ils puissent repartir avec le dernier bateau.
- Impec !

(Ces gens sont des malades mentaux.)

Voilà, on a fait le tour d’Auckland. 

Le TL ;DR pour les paresseux : Auckland, c’est nul à visiter, mais c’est bien pour y habiter. 

Sincèrement, Auckland est une ville que j’aime beaucoup (même si je lui ai cassé pas mal de sucre sur le dos dans cette série d’articles) ; j’aime avoir mon jardin, j’aime ne pas avoir de voisins au-dessus de ma tête, j’aime conduire sur ces routes assez larges pour faire passer des tanks, j’aime le fait que je trouve toujours une place de parking et que j’ai pas fait de créneau depuis 2012, j’aime avoir la plage juste à côté même si en vrai j’y vais genre deux fois l’an, juste parce que des fois le matin je sors de chez moi et ça sent les embruns et sérieusement c’est un truc qui me tue mais cette ville sent toujours BON.

Du coup, j’espère qu’en plus de t’instruire, cette série d’articles t’a aussi donné envie de venir habiter ici.

(Et si jamais tu viens t’établir, amène-moi des Kinder et du chou à choucroute.)

Au final, si je devais noter Auckland sur une échelle de 0 à 10, je lui mettrais un 8.

(Un point un moins pour le manque de transports en commun, et un point parce que ça manque tout de même furieusement de fromage.)

Bon, et comme je vais pas tout faire toute seule non plus, maintenant c’est ton tour : si tu devais évaluer la ville/le village où tu habites, tu lui mettrais quelle note ?

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