samedi 21 septembre 2019

Vie ma vie de geoise-bour


Et sinon l'autre jour j'étais au spa.

Mes copines Sarah et Coralie s'étaient dit que ce serait cool de se faire une après-midi entre filles, sans nos bébés respectifs, et qu'on pourrait laisser les papas faire du baby-sitting ensemble, et elles m'avaient invité à la fête.

J'y suis allée non sans remords, parce que je me sentais quand même vachement moins légitime qu'elles dans leur quête de relaxation.

Faut dire que mes copines étaient en congé maternité, à la maison seules toute la journée avec leur bébé, et avec leur mari qui bossait et qui rentrait seulement le soir, donc ça semblait logique qu'ils prennent le relais une fois de temps en temps. Tandis que pour Flaxou et moi, c'est le branle-bas de combat tous les jours que dieu fait ! On est constamment sur le front tous les deux, et donc ça semblait plutôt injuste que je le laisse galérer avec les deux bébés pendant que moi j'allais me prélasser au sauna à raffermir mes pores.

Mais au final, j'ai réussi à alléger ma conscience en offrant une aprèm de détente similaire à Flaxou :

- On n'a qu'à faire comme ça : la semaine prochaine, je m'occupe des enfants, et toi, tu peux, par exemple, aller te faire faire un massage!
- Mouais.
- Une soirée jeux avec tes potes?
- Bof.
- Une après-midi seul dans le noir en slip devant ton PC avec une bière à jouer à des jeux de gestion chiants?
- HAN MAIS OUAIIIS!


(La vie selon Flaxou.)

Et donc on s'est embarquées toutes les quatre, Sarah, Coralie, Gaëlle et moi, pour passer enfin quelques heures sans bébés dans les pattes.

- Bienvenue au spa, laissez-moi vous préparer un peignoir, ainsi que...
- VOUS FAITES DES APEROLS SPRITZ?

Ah, oui, et pour pouvoir enfin boire de l'alcool, aussi.

(J'ai bu mon premier kir framboise depuis octobre dernier.)

(J'étais pompette au bout de deux gorgées, mais ça valait le coup.)

On est entrées dans le spa, et on s'est immédiatement senties super ploucs, parce que c'était un endroit super fancy, à base de déco en bois flotté et de grosses jarres en terre cuite, et moi j'étais là avec mon sac de piscine fabriqué avec une taie d'oreiller, bonjour la te-hon.

C'était un endroit tellement classe qu'ils avaient le signe qui ne trompe pas : les bombonnes d'eau avec du citron et de la menthe dedans.

Et, je t'avoue, quand on s'est toutes posées sur des transats dehors, autour de la cascade qui plongeait dans la piscine d'eau thermale, avec nos cocktails à la main, on s'est dit qu'on vivait vraiment notre meilleure vie.

- Vous trouvez pas qu'on est carrément dans Sex and The City?
- Mais grave!
- Mais pour être dans Sex and the City, il faudrait pas qu'on couche avec plein de gars?
- Ben on est mal barrées alors, on a couché avec deux mecs dans toute notre vie.
- Non, c'est pas vrai!
- ....
- Moi, j'en ai eu genre QUATRE!

Alors on a déploré notre vieillesse et le fait qu'on aurait carrément pu être des meufs promiscuiteuses dans notre folle jeunesse, mais qu'on avait loupé le coche – notamment Sarah et Coralie qui passaient leurs soirées étudiantes à la Salamandre mais n'ont en fait jamais pé-cho:

- Mais t'avais pas couché avec le mec, là, qui avait les Converse?
- Ah mais non!
- Ah, je pensais.
- Et toi, tu t'étais pas tapé le gars avec les longs cheveux, celui qui jouait de la guitare?
- Mais pas du tout!
- Ah, je croyais.

(3615 les nanas qui sont amies depuis dix ans et se rendent compte maintenant qu'elles étaient en fin de compte pas des filles faciles.)

(Moi j'étais exclue de cette conversation, puisque je passais mes soirées étudiantes chez ma mère, avec mon chat et mes VHS de Friends.)

(Oui, mes VHS.)

(Je suis vieille à ce point.)

Et donc on a essayé toutes les attractions que proposaient le spa, comme le sauna :

- Haaan mais c'est trop chaud!

Le hammam :

- Aaaaah mais je vais mourir!

Et puis ensuite on a vu qu'il y avait un autre sauna encore plus chaud, mais Sarah a menacé de décéder sur place si on y allait, alors on s'est rabattu sur des activités moins calorifères.

(N'empêche que mes pores sont hyper propres.)

Alors on a testé des endroits exotiques, comme la douche sensorielle : un parcours avec différentes douches qui s'allumaient au fur et à mesure, et qui te promettaient de te faire vivre un tour du monde de la pluie (avec bruitages en prime) : les grosses gouttes tièdes de la mousson indienne, la douce bruine d'un soir d'été en Californie, le torrent d'une cascade polynésienne....

- Heu, les meufs? Je veux pas faire ma connasse, mais là on dirait quand même vachement les Ardennes en novembre.

Un peu refroidies (LITTÉRALEMENT), on s'est rabattues sur des trucs encore plus mystérieux, comme une pièce qui proposait de la "chromothérapie" (c'était des chaises longues avec des lumières colorées), ou encore une pièce sombre qui s'appelait "la grotte de sel". Et en fait... ben, c'était un genre de sauna, mais en pas très chaud.

- Non mais attendez, faut aller dans la salle de sieste, c'est le meilleur truc!
- Y'a une salle juste pour faire la sieste?
- Ouais, avec des lits géants, et des matelas à eau!

Sauf que. Les matelas à eau. 

C'est confortable, hein, je dis pas. Mais. Quand on s'allonge dessus.

CA BLOUBLOUTE.

On a finalement réussi à garder notre sérieux que trois pénibles minutes, avant de devoir quitter la pièce pour cause de pouffage intempestif.

Et puis avec toutes ces conneries on commençait à avoir pas mal faim, mais malheureusement:

- On peut commander à manger?
- Heu... oui, enfin, quand le restaurant ouvre, à 18h30, vous pouvez commander à la carte. Notre chef étoilé a préparé une sélection de mets fins et délicats, qui raviront les papilles les plus exigeantes...
- Nan mais vous avez pas genre des Kit Kat?



(Insortables)

Ils en avaient pas, alors du coup on a recommandé des cocktails.

(L'esprit Sex and the City, toujours.)

- Bon les filles, je suis allée voir dans la pile de magazines si je trouvais pas un Cosmo pour qu'on puisse faire leurs tests débiles, mais y'avait que des magazines de design et des Madame Figaro.

- ....
- Par contre, je peux vous lire votre horoscope d'il y a quatre mois?

Et puis bon, comme on commençait à avoir bien la dalle, on est parties – au grand soulagement des gens assis derrière nous sur les transat, qui devaient en avoir un peu marre d'entendre les histoires de Sarah et de sa rééducation du périnée:

- Et je pouvais pas me retenir de péter! Je montais les escaliers à la maison, et à chaque marche, ça faisait prout, prout, prout!

(Le mot d'ordre de cette sortie : DIS-TIN-GUÉES.)

(J'ai précisé que mon sac était une taie d'oreiller?)

Et puis on a sorti nos culs de ploucs de cet endroit beaucoup trop classe, et on a appelé les garçons pour qu'ils commandent des sushi :

- Allô, Fla?

- WAAAAAAAAAAAA
- Tout se passe bien?
- Nickel!
- Qui c'est qui pleure, là? C'est Samuel?
- WAAAAAAAAAAAAA
- Oui, c'est Samuel. Et Auguste. 
- WAAAAAAAAAAAAA
- Et Arthur.
- WAAAAAAAAAAAAA
- Et.... ah, attends, Charlie vient de rejoindre le choeur.


(Grosse grosse hâte de rentrer.)

Je suis rentrée à la maison tellement relaxée que la tension a mis deux jours entiers avant de revenir dans mes épaules, autant te dire que c'était le pied total.

Tellement le pied que j'y retourne le mois prochain, parce que ça y est, Coralie a mis des paillettes dans ma vie avec ses sorties de bourgeoise, et maintenant comment je suis censée apprécier la douche chez moi qui est même pas sensorielle?

- Donc tu retournes au spa, mariner dans l'eau thermale toute la journée comme un vieux sachet de thé?
- Exact. Mais en compensation, mercredi prochain, j'amène les petits chez ma mère et j'y reste la journée.
- Super!
- Alors, t'as quoi au programme de ta journée de détente? Encore des jeux de gestion?
- Non, l'autre jour j'ai retrouvé mon identifiant Minecraft, et tu savais qu'ils avaient des DAUPHINS maintenant?
- ....
- J'veux dire, je suis OBLIGÉ d'aller voir ça, quand même!


(On ne changera pas ce grand gangster geek d'amour.)

(3615 référence de vieux.)

(Tu l'as?)

(Félicitations, bisou au coin de tes yeux ridés.)

lundi 16 septembre 2019

3615 ma folle vie palpitante


Et donc ça y est, mes bébés commencent enfin à être un peu intéressants.

Par "un peu intéressants", j'entends : "ils suivent les objets des yeux".

(Je sais, c'est pas grand-chose, mais rappelle-toi qu'on partait de "ils ouvrent les yeux cinq minutes par jour et ils regardent dans le vague".)

Ils commencent aussi à rester éveillés de plus en plus longtemps la journée, et excusez-moi on en parle de cette arnaque totale?

On en parle, du fait que tout le monde sans exception te dise "tu verras, c'est les premières semaines les plus dures" alors que TROP PAS, vu que les premières semaines, ils faisaient que manger et dormir, et que du coup on avait au moins quelques heures dans la journée où on était peinards, tandis que maintenant ils mangent tout aussi souvent, mais le reste du temps ILS NE DORMENT PLUS, MAIS POURQUOI?

D'autant que nos mômes semblent encore plus emmerdants que la moyenne un peu différents des autres, parce qu'ils ne dorment quasiment pas durant la journée. (Alors que, je le rappelle, à leur âge, ils devraient encore dormir 12 à 14h par jour.)

- Ah mais au moins ils font leurs nuits, c'est cool !

M'ont répondu des gens anormalement optimistes.

Ce à quoi j'ai répondu :



Bon, en vrai, on a quand même trouvé la bonne méthode pour pouvoir passer des nuits à peu près tranquilles : Flaxou et moi, on fait des équipes. Lui s'occupe des bébés pendant la plage 22h-4h, et moi je prends la plage 4h-10h. Comme ça, on arrive à dormir chacun environ six heures par nuit.

(Sauf incident de type "mon caca a débordé de ma couche et a rempli mon pyjama, et puis dans la foulée j'ai décidé de vomir sur mon frère".)

(Authentique).

Et c'est cool parce qu'on peut aussi suivre nos cycles de sommeil naturels, vu que Flaxou est de toute façon bien incapable de s'endormir avant une heure du matin, et que moi je me lève quoi qu'il arrive avec le soleil, en bonne petite mamie.

Toute cette organisation n'empêche quand même pas les nuits de merde de temps en temps, où Flaxou me retrouve sur les rotules à sept heures du matin, à pleurer en même temps que mon bébé:

- WAAAA!
- Mais pourquoi tu dors paaa-ha-ha-haaaaaa?
- WAAAAA!
- Maman est si fatigu-hé-hé-hé-hééééééé!
- WAAAAA!
- BOUHOUHOUHOUH!

Et je ne te raconte pas les moments de panique où les deux bébés réclament les bras, sauf que j'ai deux bébés et deux bras et il me faut deux bras par bébé, donc tu comprendras mon souci d'arithmétique.



Et puis n'oublions pas "l'heure chiante", ou, comme l'appellent les experts, "la décharge émotionnelle", qui est une heure en fin de journée où les bébés font que pleurer pour évacuer leur trop-plein d'émotions – un genre de reset avant de commencer la prochaine journée.

Et plus leur journée a été chargée (rencontrer de nouvelles personnes, passer de bras en bras, sortir faire une balade, voir une coccinelle) (oui ben c'est des journées de bébé, hein, c'est pas le ministre de l'Intérieur), plus ils gueulent fort plus la décharge est conséquente.

Et c'est en expliquant ce concept à ma mamie que je me suis rendue compte qu'on se faisait bien arnaquer, nous, les nouvelles générations:

- Donc tu les mets au lit pour les calmer?
- Non, ça ne marche pas, ça les énerve encore plus.
- Ah oui! C'était pareil pour moi. Au début, ils s'énervent, ils hurlent! Mais il faut attendre, ils finissent toujours par se calmer.
- Mais tu attends combien de temps?
- Oh, ça dépend des enfants. Avec ton père, c'était réglé en dix minutes. Ton parrain, il hurlait longtemps: une heure, deux heures...
- ....
- Mais souvent j'en profitais pour passer l'aspirateur, comme ça je l'entendais pas.
- ....
- Après, des fois, pour que ça aille plus vite, on prenait un lange, on le trempait dans le miel, et on mettait juste deux gouttes de schnaps par-dessus...



Ouais okay bon on va dire que c'était une autre époque.

Une époque où ça craignait un peu d'être un bébé, par contre c'était vachement plus facile d'être un parent.

(Des fois la vie est beaucoup plus simple quand on ne sait pas les choses.)

(Et qu'on peut cramer les neurones de son enfant en paix.)

Bref, nous on est à l'époque moderne, où soi-disant on ne peut pas laisser son bébé pleurer avant six mois sous peine de devoir payer quinze ans de psychanalyse ensuite, et je ne te cacherai pas que, certains soirs, quand j'ai un concerto en hurlement mineur dans les oreilles, j'ai un peu la sensation de m'être fait karna.

(Je suis à ça d'aller chercher le pot de miel et de leur inoculer le botulisme, et probablement le diabète aussi.)

Fort heureusement, les bébés ont développé un arsenal qui les protège à jamais de toute tentative d'abandon sur le parvis d'une église (ou autre mise à l'eau dans un panier, à la Moïse) : ILS ONT APPRIS A SOURIRE.

Et crois-moi qu'ils ont beau être tout petits, ils ont très bien compris comment s'en servir, cf. mes conversations avec eux à six heures du matin en leur changeant la couche:

- Tu as été très vilain cette nuit, Auguste! Tu as fait plein de caprices et tu as empêché maman et papa de dormir, c'est pas bien du tout! Maman est fâchée!

Mon bébé :



Moi :

- Oh mais t'es si BEAU mon bébé d'amour! T'es beau comme un astre! T'es beau comme un prince! Je vais te MANGER DE BISOUS! MWAH! MWAH! MWAH!

(La discipline est totale.)

Sur ce, je te dirais bien à bientôt, mais toi-même tu sais que mon temps libre est pas mal aléatoire en ce moment (dit-elle, écrivant ces mots à la hâte alors qu'elle entend des grognements en provenance de la chambre des bébés). Mais dans tous les cas, je compte bien revenir prochainement te parler de films, de spas, et de kirs framboise.

(Et de bébés, évidemment.)

A une prochaine, bises à ton chat, papouille sur ton chien!

jeudi 25 juillet 2019

Brève parentale


Et donc je suis maman, ma vie est un bonheur de tous les instants, et mes enfants sont des merveilles que j'aime du plus profond de mon coeur, mais soyons sérieux deux minutes, on se fait quand même bien chier avec des nouveaux-nés, vous trouvez pas?

Non parce que moi j'avais signé pour devenir parent avec en tête toutes les choses cool que j'allais pouvoir faire avec mes enfants : les emmener au zoo, au musée, à la montagne des singes, faire de l'acrobranche au Lac Blanc, faire des randos en montagne, aller à Electropolis à Mulhouse et faire l'expérience où ils te chargent d'électricité statique et ensuite tu fais un éclair avec tes doigts là.

Et oui, j'étais au courant que je ne pourrais faire aucune de ces choses-là avant au moins cinq ou six ans, mais je me disais que, dans l'intervalle, il y avait plein d'autres choses cool que je pourrais faire avec mes gosses : leur raconter des histoires, leur faire des câlins, leur faire découvrir le monde, les goûts, les odeurs, les couleurs, toutes ces choses cool.

Sauf qu'en fait, les trois premiers mois, élever un bébé, c'est plus ou moins comme d'élever un vers à bois.

Le machin fait que manger, dormir et faire caca, il ouvre les yeux deux fois par jour et il voit même rien, et lui faire des bisous ou des câlins, avouons-le, niveau réciprocité, c'est comme de câliner un parpaing.

Donc ouais, on s'emmerde un peu avec ces bébés qui n'interagissent qu'avec leur biberon, mais j'avoue que c'est bien foutu quand même, cette histoire de parentalité, puisqu'on a clairement une courbe de difficulté assez bien faite:

- J'ai réfléchi hier, pendant la tétée de cinq heures du matin...
- Oui?
- En fait, c'est un peu comme si on était dans un RPG, et on est au niveau 1 de la parentalité : on doit juste s'occuper des besoins primaires de l'enfant. Le nourrir, le garder propre, le prendre dans les bras quand il pleure : c'est juste ces trois actions en boucle.
- Okay.
- Et ensuite, au fur et à mesure que l'enfant grandit, la difficulté du jeu augmente, et ça te rajoute des tâches de plus en plus complexes : le nourrir avec différentes sortes de bouffe, lui apprendre à marcher, lui apprendre à parler, lui apprendre à obéir, lui enseigner des principes, des valeurs...
- Et là, en fait, on est dans la phase de farming chiante du début, où il faut répéter les mêmes actions jusqu'à ce qu'on level up et qu'on puisse aller faire les quêtes cool!

Donc, qu'on se le dise : élever un nouveau-né, c'est l'équivalent de toutes ces heures passées dans la forêt de Jade à friter des Chenipan niveau 3 avant de pouvoir enfin aller battre Pierre, parce que t'as fait l'erreur de choisir Salamèche au début du jeu et il vaut pas un clou contre les pokémon de type roche.


(Les vrais se souviendront.)

Bien entendu, tout ceci ne m'empêche pas d'interagir avec les bébés en permanence – d'autant que la sage-femme nous a révélé une botte secrète:

- Donc ils ne comprennent pas encore ce qu'on leur dit?
- Non, la compréhension du langage ne viendra qu'à partir de 6-8 mois. Par contre, ils captent déjà vos émotions selon le ton que vous utilisez. Par exemple, un bébé dont les parents se disputent devant lui montrera des signes d'anxiété. Donc, essayez le plus possible de parler doucement et calmement en leur présence.

Et qu'est-ce que nous, parents indignes, on a relevé de ces bons conseils?

Qu'on peut leur dire n'importe quoi, du moment qu'on utilise un ton calme et posé.

Du coup, pendant les nuits blanches, on a tendance à profiter un peu trop du fait qu'on peut dire des méchancetés, du moment qu'on les dit sur un ton guilleret:

- WAAAAAAA
- ♪ Qui c'est qui pleure comme çaaaa ? ♪
- WAAAAAAAAAAA
- ♫ C'est toi, petite enflure? ♫
- WAAAAAAAAAAA
- ♪ Il est quatre heures du matiiiiin ♫
- WAAAAAAAAAAA
- ♪ Je t'ai nourri, je t'ai changé, et t'as fait ton roooooot ♪
- WAAAAAAAAAAA
- ♪ Alors est-ce que tu voudrais pas fermer un peu ta gueuuuuule ? ♫

Alors, qu'on ne se méprenne pas, je les aime quand même, ces enfants. D'ailleurs, c'est même un peu ridicule à quel point je les aime, parce que dis donc v'là les échanges:

Moi, émerveillée devant le bébé qui vient d'ouvrir les yeux :

- Bonjour mon amour! Et qui c'est le plus joli de tous les bébés? C'est toi! Mais oui! Tu es si beau, mon cœur! Maman t'aime si fort, mon bébé chéri!

Mon bébé:


Fort heureusement, j'ai déjà des tonnes d'expérience dans l'art d'aimer quelqu'un qui ne t'aime pas en retour, puisque j'ai déjà eu trois chats.

(Et, contrairement aux chats, on me dit qu'à terme, le bébé finit par t'aimer quand même, donc c'est cool.)

J'ajouterai juste que le fait d'avoir des jumeaux complique un peu les compliments, parce qu'on doit toujours apporter des petits amendements:

- Oh, mon joli trésor! Maman t'aime plus que tout au monde!
- .....
- Enfin, ex aequo avec ton frère, évidemment.

Et si je ne me corrige pas moi-même, c'est Flaxou qui me tombe dessus:

- T'es si beau, mon Sammy! T'es le plus beau de tous les bébés!
- HAAAAAN!
- Quoi?
- Et Auguste, alors?
- Mais Auguste aussi, évidemment.
- Tu l'as pas dit!
- J'ai pas besoin de le dire, puisqu'ils sont identiques!
- HAAAAAN!
- Quoi encore?
- Le livre il dit qu'il faut jamais dire qu'ils sont identiques!
- Mais ils comprennent pas enc...
- TU NIES LEUR INDIVIDUALITÉ! SHAME! SHAME!
- Hier soir, quand Auguste s'est mis à pleurer, tu lui as littéralement dit "mange tes morts".
- OUI MAIS JE L'AI DIT EN CHANTANT DONC CA COMPTE PAS!


(3615 parents de l'année)

A bientôt pour plus d'aventures gémellaires, bisous lactés!

vendredi 12 juillet 2019

BOUM BÉBÉ ! La der des ders


Et donc j'ai accouché de mes bébés.

(Oui, je sais, dans l'article précédent, j'avais dit "merci d'avoir suivi les aventures de mon utérus", mais toi-même tu sais qu'il en restait une dernière.)

J'ai passé ma dernière semaine de grossesse en pleine canicule, à mourir à petit feu, entre mes bas de contention qui ne contenaient plus rien du tout (#oùsontpasséesmeschevilles) et mes bains froids chaque après-midi pour essayer de garder un peu de fraîcheur.

(Autant te dire que le plan original, qui était de marcher à fond pour déclencher l'accouchement plus vite, a été un échec total.)

(Va marcher par trente-huit degrés à l'ombre avec quinze kilos sur le bide, toi.)

C'est donc pleine d'entrain que je me suis dirigée vers la maternité le 28 juin, jour de mon déclenchement, parce que oui joie hallelujah on allait ENFIN me sortir ces bébés.

- Madame? On va vous faire l'examen du col, mais à moins qu'il ne soit déjà ouvert et dilaté, on va vous renvoyer chez vous, toutes les salles d'accouchements sont pleines.


(Allez quoi, faites un effort, les filles !)

Je me suis donc faite ausculter, et on m'a dit que mon col était "presque effacé, mais il reste un bourrelet" (je te laisse avec cette charmante image), et on m'a dit à demain pour recommencer tout ça.

Du coup, j'ai décidé de faire travailler ce col comme jamais pour rentabiliser ce faux départ, et Flaxou et moi on a fait les courses, le ménage, et on a passé l'après-midi à la piscine à faire des longueurs, histoire de détendre ce fameux bourrelet.

Et il faut croire que ça a marché, parce que le lendemain matin :

- Eh bien c'est parfait, votre col est effacé et ouvert de trois centimètres. On va vous mettre sous perfusion tout de suite.


Et on m'a harnachée installée en salle d'accouchement avec tout mon barda : trois capteurs sanglés sur le ventre (un pour capter chaque coeur des bébés, et un pour suivre mes contractions), une perfusion à un bras, et un brassard pour la tension sur l'autre, autant dire que l'inconfort était total, mais je m'en foutais, c'était enfin le jour de ma délivrance, mes bébés allaient enfin arriver !


(Tu le sens, le sourire de la meuf qui a pas encore mal?)

Et la matinée s'est passée tranquillement, avec des petites contractions qui me faisaient pauser dans ma conversation avec Flaxou pour souffler un peu, mais rien de bien méchant. Je me disais que dis donc, je gérais grave, et je me demandais bien pourquoi on en faisait tout un monde, finalement, de cette histoire d'accouchement.

Et puis une sage-femme est venue me voir :

- Alors madame, vous êtes à cinq centimètres, on va maintenant rompre la poche des eaux du premier jumeau. Je vous conseille d'installer la péridurale avant, parce que les contractions vont s'intensifier.

Et moi, le GÉNIE de l'accouchement, tu sais ce que j'ai répondu?

- Oh, c'est bon, je gère bien là, je ne pense pas que j'en aie besoin tout de suite.

Là, j'aurais dû me douter de quelque chose, parce que la sage-femme m'a regardée genre :


Et puis elle m'a dit :

- Okay, vous faites comme vous voulez. L'anesthésiste n'est pas loin si vous changez d'avis.

Et puis elle m'a mis une bassine sous les fesses, elle a chopé une petite scie en plastique, et d'un seul coup c'étaient les chutes du Niagara dans mon lit d'hôpital, WHAT THE FUCK.

(Non parce qu'on dit "la poche des eaux", mais y'a VACHE D'EAU quoi.)

Et puis j'ai vite compris le pourquoi du regard de la sage-femme avant, parce que j'étais en train de plaisanter avec Flaxou sur la quantité de flotte qui s'échappait de moi, quand une contraction est venue me casser en deux. Et c'est là que j'ai compris qu'en fait c'était CELLES-LA, les vraies contractions! Celles qu'on voit à la télé avec les nanas qui hurlent! OKAY JE COMPRENDS.


Mais du coup, comme j'avais fait ma maligne, j'ai quand même patienté une heure avant de lancer à l'anesthésiste qui passait par là :

- Au fait, pour la péridurale... disons que c'est pas urgent-urgent, mais on va dire que je suis prête quand vous êtes prête.

Et laisse-moi te dire que, quand la péridurale était mise, j'ai eu une pensée pour toutes ces femmes qui ont été assez fortes pour accoucher sans anesthésie, parce que MANDIEU QUE CA FAIT DU BIEN D'ÊTRE SHOOTÉE AUX TRANQUILLISANTS.

(Sérieusement, j'étais tellement soulagée que j'ai même fait une sieste.)

(Pendant que j'étais en train de me vider de mon liquide amniotique, tout à fait.)

Et puis les contractions ont graduellement repris, augmenté, et ce jusqu'au stade où je guettais l'horloge en comptant combien de minutes il me restait avant que la pompe à drogues se débloque.

Oui, pour ceux et celles qui l'ignorent : quand on te pose une péridurale, on te donne une petite pompe avec un bouton magique dessus, qui te permet de te donner une dose de rab si les contractions font mal. Mais pour éviter que tu fasses une overdose ou que tu t'anesthésies complètement, la pompe se bloque après une utilisation, et il faut attendre 15 minutes avant de pouvoir l'utiliser de nouveau.

Mais globalement, je gérais comme une championne :

- Je suis si fier de toi, ma chérie.
- Mais ouais, je suis une Viking.
- Je suis tellement impatient de pouvoir bientôt rencontrer nos enf...
- FLA IL EST VINGT HEURES DOUZE VA APPUYER SUR LE BOUTON MAGNE-TOI PUTAIN!


(Comme. Une. Championne.)

Et puis, au bout d'onze heures de contractions, la sage-femme est venue me dire que c'était le moment des choses sérieuses.

Alors toute cette partie de l'accouchement est un peu floue dans ma mémoire, parce que, de un, j'étais quand même bien droguée, et de deux, j'étais méga concentrée sur mon travail, mais Flaxou m'a depuis raconté que le personnel passait son temps à aller et venir entre ma salle d'accouchement et trois autres, parce qu'apparemment toutes les femmes du Haut-Rhin avaient décidé de donner naissance le même week-end.

Perso, je ne me rappelle d'aucun visage, d'aucune personne, juste de voix qui me disaient de pousser, pousser, plus fort, mieux que ça, encore, allez, encore, c'est bien, on continue, et ainsi de suite pendant quarante interminables minutes.

J'étais en train de me dire que ce foutu bébé ne sortirait jamais, quand j'ai entendu le médecin dire à la sage-femme :

- Le crâne est suffisamment sorti, on peut chercher la ventouse.

Moi, je ne voyais rien de ce qui se passait, vu mon gros bide qui était dans le chemin, mais j'ai vu Professeur Flaxou (qui, en bon scientifique, avait insisté pour regarder TOUT CE QUI SE TRAMAIT du côté de ma teuch) (cet homme est fou) pâlir un bon coup pendant que la sage-femme faisait de grands mouvements de bras avec le crâne de mon bébé mais sérieusement c'est pas censé être super fragile cet engin-là?

Et puis j'ai continué à pousser, pousser, pousser jusqu'à l'épuisement, et je crois que le docteur a vu que je fatiguais et a pensé que ce serait encourageant de me dire :

- La tête est sortie ! Vous voulez la toucher?


(Non merci, j'ai envie de pouvoir vivre sans cauchemars intenses pendant les vingt prochaines années, merci.)

Et puis j'ai poussé encore un peu, et d'un seul coup, j'ai senti comme un poids énorme qui se détachait de moi, ils m'ont posé un machin gluant tout gris sur le ventre et c'était mon bébé, un bébé tout fini, avec des ongles et des cheveux, un bébé avec des yeux grands ouverts qui me regardaient, un bébé qui respirait et faisait des petits bruits, un bébé si grand déplié que j'arrivais à peine à croire qu'il était dans mon ventre il y a une seconde, un bébé si magnifique et si parfait et si TELLEMENT LE PORTRAIT DE SON PÈRE PUTAIN CA VALAIT BIEN LE COUP QUE JE ME FASSE CHIER TIENS.

(Sans déconner, cet enfant est un clone de Flaxou.)

(Il a même hérité de son épi dans les cheveux, c'est pas scandaleux?)

Et j'avais à peine le temps de dire à Fla que cet enfant avait ses cernes et que c'était ridicule parce qu'il était à peine né, d'où il était fatigué franchement, qu'un pédiatre l'avait déjà emporté avec lui pendant que deux sages-femmes m'appuyaient sur le ventre pour pas que bébé numéro deux se mette trop à l'aise.

- Allez madame, les contractions ne s'arrêtent pas, il est temps de se remettre à pousser pour le deuxième!
- Mais je suis tellement fatiguée...
- Allez, on ne faiblit pas, vous vous en sortez super bien!
- Rassurez-moi quand même d'un truc : le deuxième, il va venir plus vite, pas vrai?

Et là, le gynéco et la sage-femme se sont regardés genre :


Et m'ont dit:

- Oui... oui... en théorie, si tout se passe bien, il y a des chances que ça puisse aller un petit peu plus vite.

Mais j'avais à peine le temps de me dire que ouh là là j'aime pas du tout ces conditionnels à la pelle qu'ils me mettaient déjà à la tâche, et ce coup-ci, juré, j'ai poussé quatre grands coups et le bébé était dehors.

(Ça valait bien le coup de me foutre la trouille.)

Et puis ils ont immédiatement évacué bébé numéro 2 et Professeur Flaxou, parce que:

- En temps normal, on attendrait que votre placenta se décroche tout seul, mais comme vous êtes anémique, il faut qu'on minimise la perte de sang le plus possible, alors on va aller le chercher.
- Vous allez le chercher? Mais genre vous avez comme une pince ou....
- Je vais mettre ma main entière à l'intérieur de vous maintenant.
- Ah bon OK cool d'accord.

Pendant ce temps-là, mon utérus :


(Je ne remercierai jamais assez la médecine moderne d'avoir inventé la péridurale.)

Et puis les médecins ont fait tomber un espèce de steak géant dégueulasse dans un seau, m'ont dit que c'était mon placenta, et puis tout le monde est parti sauf une sage-femme qui est restée me nettoyer, me recoudre, et me féliciter parce que j'avais pas déchiré mon périnée et apparemment c'est une super nouvelle, mais moi je ne suivais plus rien de ce qui se passait parce que Flaxou était revenu avec nos bébés et c'étaient les bébés les plus parfaits de l'univers, et j'ai passé une heure rien qu'à regarder leurs adorables petites mains et leurs sublimes petits visages tout fripés.


(Oui, bon, les hormones aident pas tellement l'objectivité.)

Et on m'a finalement montée dans une chambre, les sages-femmes ont pris les bébés pour la nuit, et j'ai enfin pu dormir le ventre vide pour la première fois depuis des mois.

(Je te raconte pas la joie du lendemain, quand on m'a amené un plateau de petit déj avec un jus d'orange dessus, et que j'ai pu boire toute la briquette SANS AIGREURS D'ESTOMAC.)

(Et je te raconte pas non plus la joie de ma première douche, quand j'ai pu à nouveau me savonner les pieds après DES MOIS à les laisser juste tremper dans l'eau!)

Bref, depuis cette belle soirée de juin, Flaxou et moi coulons des jours heureux avec nos deux petits bouchons, et on profite à fond de "l'effet star" des jumeaux.


(Moi à la maternité, choyée par tout le personnel soignant.)

Et on est très heureux de répéter en boucle les quatre mêmes informations à qui veut l'entendre : oui, l'accouchement s'est bien passé. Oui, la maman se remet bien. Non, les nuits ne sont pas trop dures. Ils font 2,5 et 2,6 kilos pour 45 et 48 centimètres, et oui, c'est un beau poids pour des jumeaux.

Là où le bât blesse, c'est quand on nous a demandé les prénoms, et qu'on a eu la même réaction partout :

Nous: Ils s'appellent Samuel et Auguste !
Littéralement tous nos amis : 


- Quoi? C'est ça leurs noms?
- Ben oui, pourquoi, vous aimez pas?
- Non non, c'est joli, c'est juste... super normal, en fait.
- ...
- Moi je croyais que vous alliez les appeler, genre, Thor et Odin!

Oui, donc, désolée de décevoir apparemment TOUT LE MONDE, mais je rappelle que le but était que nos enfants ne se fassent pas taper à l'école, alors voilà, ils ont des noms normaux, Castor et Pollux et Elladan et Elrohir, c'était pour déconner, merci de prendre note.

(Et vous noterez que j'ai tout de même mon Sam, donc petite référence discrète à mon personnage préféré du Seigneur des Anneaux quand même.)

(En vrai mon personnage préféré c'est Eowyn, mais avec deux garçons, c'était un peu chaud à caser.)

Donc voilà, on est parents, c'est une vie un peu différente mais vachement cool (et le fait que les bébés dorment 20 heures par jour aide un peu à la transition, on va pas se leurrer), mais chaque fois que je les regarde, je suis toujours émerveillée de me dire que j'ai fabriqué des petits humains et que maintenant ils sont des personnes complètes.

Et qu'en huit mois seulement, on est passés de ça :


A ça :


(Je sais pas toi, mais je trouve que c'est du bon boulot.)

lundi 10 juin 2019

BOUM BÉBÉ ! Huitième (et dernier) mois



(Bonjour, je suis un Kinder Surprise humain)

Et donc j'ai démarré mon dernier mois avec une sérieuse envie d'en finir.

(Avec ma grossesse, hein.)

(Pas avec ma vie.)

(On se calme.)

Parce que, j'avais beau être super heureuse d'être de retour à la maison, j'étais encore sous surveillance rapprochée à cause de ma choléstase : deux monitorings par semaine à domicile, et une visite à l'hôpital tous les lundi pour une prise de sang et un autre monitoring.

Ce qui en soi n'était pas dérangeant, si ce n'est qu'à mon premier monitoring après être sortie de l'hôpital, on m'a dit :

- Vous avez des petites contractions, vous les sentez?
- Non, pas du tout.
- Bon, au troisième trimestre d'une grossesse gémellaire, c'est tout à fait normal que l'utérus se contracte un peu. A quand remonte votre dernier examen du col?
- Trois semaines.
- Et il était comment?
- D'après le gynéco, il était bien fermé, et long de 4 centimètres.
- On va revérifier juste pour être sûrs.

Et là, le couperet:

- Bon, votre col est toujours fermé, mais il s'est sacrément raccourci : il est à 11 millimètres.



Je me voyais déjà accoucher instantanément dans la salle de monitoring, mais la sage-femme m'a rassurée :

- Bon, vous inquiétez pas, ça ne veut pas dire que vous allez accoucher tout de suite. Par contre, si le col s'ouvre, ce sera une autre histoire, alors il va falloir faire bien attention les prochaines semaines, si vous voulez garder ces petits au chaud.
- Qu'est-ce que vous voulez dire par "faire attention"?
- Eviter de marcher, éviter de rester debout trop longtemps, éviter les déplacements en voiture... vous avez des escaliers chez vous?
- Oui.
- Optimisez vos déplacements entre les étages, pas plus de trois ou quatre allers-retours dans la journée. Et surtout, ne portez aucune charge!

Ça me semblait somme toute assez raisonnable (Rien glander pendant un mois? Obligée de lire des bouquins et de regarder des séries toute la journée? Oh nooooon), et puis Professeur Flaxou est rentré en mode panique:

- Bon, je vais lancer le déjeuner, tu viens m'aider quand tu as un moment?
- NON !
- Quoi?
- Il faut que tu te reposes!
- Mais je peux quand même éplucher cinq patates....
- NON! Va t'allonger, je m'occupe de tout.
- Enfin je vais pas perdre les eaux en marchant jusqu'à la cuisi...
- VA T'ALLONGER, MALHEUREUSE!

Et, autant c'était vachement agréable d'avoir un serviteur à mes ordres pour s'occuper de tous les trucs chiants (sortir les poubelles, faire le ménage, la lessive, la vaisselle), autant des fois c'était un peu pesant de se faire traiter comme une invalide:

- Ah zut, j'ai oublié de faire tourner le lave-vaisselle hier!
- T'inquiète pas Flaxou, j'y ai pensé! Je l'ai vidé ce matin.
- QUOI??!
- ...quoi?
- T'as vidé le lave-vaisselle toute seule??!  Et le jour où je suis en déplacement! Imagine ton col s'ouvre, il me faudrait deux heures pour arriver! T'as le temps d'accoucher dix fois!

(LOL)

(Accoucher en deux heures la première fois)

(Est-ce que ces mecs sont sérieux?)

Pendant que je pratiquais l'art de ne rien faire, les bébés, eux, s'activaient pas mal, prenaient du poids, et bougeaient dans tous les sens.

Ce qui est somme toute une excellente nouvelle, sauf quand c'est dans ton corps que ça se passe.

Parce que le huitième mois, c'est vraiment celui où ma grossesse est passée de "un peu pénible" à "insupportable oh putain mais sortez-les j'en peux plus".

Mon ventre était tellement énorme que plus aucun vêtement ne m'allait, et les bébés se plaçaient comme ils pouvaient pour avoir encore un semblant de place, résultat : le confort n'était plus qu'un lointain souvenir.

Debout? Ça m'éclate le dos
Assise? Ça m'écrase la vessie
Allongée sur le côté gauche? Bienvenue aux brûlures d'estomac
Allongée sur le côté droit? Des putains de coups de poignard dans le foie
Allongée sur le dos? Les deux douleurs précédentes EN MÊME TEMPS

Ajoute à ça le poids constant de mes deux (pas si) petits lardons (deux kilos par bébé + un placenta XXL + deux poches pleines de liquide amniotique), et tu comprendras sûrement que j'étais AU BOUT DE MA VIE.

Ce qui a quelque peu surpris mon entourage, habitué à m'entendre dire depuis le début que tout se passait super-duper et que j'étais épanouie et radieuse comme une fleur au soleil.

Parce qu'autant j'ai réussi à me retenir aux cinq premiers :

- Oh là là, déjà le huitième mois! C'est passé tellement vite !




(Ouais, tellement vite, j'ai juste envie de me planter un couteau de cuisine dans le bide et de sortir ces chiards moi-même, mais sinon, SUPER VITE)

Autant j'ai craqué en entendant ma sœur se rappeler de sa dernière grossesse:

- Déjà la fin pour toi, ah là là! Je me rappelle, avec Emma, j'ai eu un sacré coup de blues que ce soit déjà fini! Je voulais la garder encore dans mon ventre, hihi!

(Dixit la meuf qui a pris SEPT KILOS sur toute sa grossesse.)

(Moi aussi, j'aurais gardé les miens, avec un petit bidon comme ça!)

Et oui, je l'admets, je vais probablement regretter le calme relatif de ces derniers jours une fois que les bébés seront là, mais pour le moment, j'ai qu'une envie, c'est de pouvoir enfin récupérer mon corps (même si on est d'accord que je vais récupérer une ruine) (mais ce sera MA ruine).

En attendant la délivrance, je vis ces dernières semaines comme une simulation de ma vie en tant que vieille dame, puisque toi-même tu sais que les ressemblances sont troublantes :

- Réveillée à 5h du matin avec le chant des oiseaux
- Mal de dos ™
- Passion bas de contention
- "T'as racheté du Gaviscon?"
- 15 minutes pour monter 15 marches
- La rampe d'escalier = le fil qui te rattache à la vie
- Pas de repas sans mes pilules!
- "Attends, on est quel jour aujourd'hui?"
- La pharmacienne te reconnaît
- Visites chez le docteur deux fois par semaine
- "Aujourd'hui j'ai une grosse journée!" Traduction : "Aujourd'hui je prends la voiture pour aller chez l'ostéopathe"




(Non, les pastilles roses ne sont pas des Smarties, mais des Spasfon)

Au final, la seule chose qui distingue mes journées de celles de ma mamie, c'est que je passe mes matinées à jouer à Fallout, et elle les passe à repasser devant la télé.

(Mais l'après-midi, on se retrouve toutes les deux sur le balcon pour lire nos romans et équeuter des haricots.)

Bref, tout est prêt : la chambre, le lit cododo, ma valise pour la maternité, les fringues taille naissance-1 mois:



(J'ai pu faire chauffer mon étiqueteuse, bonheur total)

On a même pré-rempli le formulaire d'admission à l'hôpital, et le formulaire du choix du nom de famille:

- Il nous en faut pas deux, comme on a deux enfants?
- Ben non, regarde, ça dit qu'une fois qu'on a choisi le nom de famille, tous nos enfants à venir auront le même.
- Oh, trop nul! Moi j'espérais qu'on puisse en appeler un à ton nom, et un à mon nom!
- ....
- Comme ça ce seraient deux personnes identiques, mais pas avec le même nom de famille!
- ...
- Non? Ce serait pas trop marrant?

(Professeur Flaxou et ses idées lumineuses.)

Bref, tout est prêt, maintenant il ne reste qu'à attendre que les bébés sortent par eux-mêmes, ou qu'on me déclenche l'accouchement.

(Autant te dire que dès que j'arrive à 36 semaines, ça va être les Olympiades des escaliers.)

(Je vais aller faire des randos en forêt et personne ne pourra m'arrêter.)

(A part peut-être les douze kilos de ventre que je me trimballe.)

Sur ce, lecteur/lectrice, je te souhaite un bon été, parce que c'est pas que je sois pessimiste, mais je doute avoir beaucoup de temps pour écrire prochainement.

(Et puis le but, c'est aussi que j'aie des choses à te raconter qui ne soient pas uniquement focalisées sur des histoires de lait, de couches sales et de tout petits doigts de pieds trop mignons.)

Merci d'avoir suivi les aventures de mon utérus, et à bientôt!

Bisous sur toi, papouille sur ton chien, bisou sur le front de ton chat.