dimanche 28 février 2021

Séries 2020 : le flop

C'est avec un (très) grand retard que je vous présente le moment le plus attendu de l'année par exactement une lectrice (coucou Sarah) : les séries que j'ai adoré, détesté, et adoré détester en 2020.

Bon, pour la catégorie "adoré détester", il n'y a guère eu que la saison 2 de The Alienist, qui, bien qu'excellente sous tous points de vue, m'a grave mis dans le mal, cf. cette correspondance avec force angles flatteurs:


(Et des bébés QU'ON KIDNAPPE DE LEUR BERCEAU LA NUIT!)

(Laisse tomber comment j'ai pas bien dormi pendant des semaines.)

Sans plus attendre (parce que dieu sait que je me suis déjà suffisamment fait attendre), on commence tout de suite par le plus rigolo : dire du mal des séries pour des raisons absolument subjectives et sans avoir une once de légitimité.



Mrs America



"Mais enfin Charlotte", te dis-tu en lisant ce titre, "Tu t'es trompée de catégorie!"

Car tu me connais bien (mais si!) et tu sais que cette série regroupe toutes les choses que j'adore :

1. C'est une mini-série (engagement minimal, plaisir maximal)
2. C'est une série historique qui se situe dans les 70's, décennie ô combien intéressante (#passionguerrefroide)
3. Ça parle de féminisme (heyooooo)
4. Ce CASTING MILLE ETOILES DE FIFOU!

Sérieusement, même si les trois premiers points n'avaient pas été au rendez-vous, le casting à lui seul m'aurait fait regarder la série : en tête d'affiche, Cate Blanchett, un monument de cinéma (et je ne dis pas ça QUE parce qu'elle était dans le Seigneur des Anneaux) (même si elle avait le rôle le plus difficile avec celui d'Elrond et qu'elle s'en est sortie IMPÉRIALEMENT, mais là n'est pas la question) et qui est tout simplement magistrale en Phyllis Schlafly, tête de file du mouvement anti-féministe aux Etats-Unis dans les années 1970 :


(La perfection, j'te disais)

Mais on trouve aussi dans cette série Rose Byrne, une si bonne actrice qui fait souvent de si mauvais films (miskine), et qui interprète ici la star de l'émancipation féministe outre-Atlantique, la glorieuse Gloria Steinem:


(Oui, c'était un jeu de mots facile)

Mais aussi Uzo Aduba, qu'on avait vue exceller dans Orange is the new Black:


Ou encore Sarah Paulson, une actrice criminellement sous-cotée, et qui resplendit ici de retenue, toute en passive-agressivité et rage refoulée :


Sans oublier ma pref' Margo Martindale, à qui POUR UNE FOIS on laisse jouer un autre rôle que la redneck du Texas :


Mais alors, si tout ce casting est si resplendissant, et que l'histoire est intéressante, pourquoi avoir mis la série dans cette catégorie?

Eh bien, parce que malgré les efforts en termes de réalisation, scénario et jeu d'acteurs (ah oui et la musique est tip top aussi), ben faut bien avouer qu'on se fait chier ma petite dame.

Sérieusement, la série ne décolle pas, ce qui est dérangeant pour une mini-série (où tu es quand même censé faire dans le synthétique). Et imagine un peu que je te dis ça alors que je suis féministe et que ce thème m'intéresse vachement! Même moi, coeur de cible de cette série, j'ai trouvé ça hyper chiant d'entendre pendant dix heures des débats sur les différents sous-genres des courants féministes du vingtième siècle.

Faut-il accepter les lesbiennes sous peine de s'aliéner Madame-tout-le-monde? Plutôt émanciper les femmes au foyer, ou les accepter pour leur choix de maternité? Et quid des femmes de couleur? Des questions somme toute intéressantes (en tout cas, pour moi), mais vraiment pas propices à ce genre de média.

(En fait, c'est le genre de questions que je préfère largement aborder en lisant des articles de presse, des livres, ou en regardant des débats, mais pas sous forme de fiction historique.)

En plus de ça, les personnages féminins se ressemblent tous beaucoup physiquement (pas merci la mode 70's), et peu d'entre elles ressortent suffisamment du lot pour qu'on s'intéresse réellement à leur histoire.

Du coup, je trouve ça dommage, parce que cette série avait beaucoup à offrir, mais si elle n'a pas réussi à convaincre une meuf comme moi, qui avait tout pour l'adorer, alors je me dis que les audiences n'ont sans doute pas été au rendez-vous. 

(Hulu, tout comme Netflix, tient ses audiences secrètes, on ne saura donc pas combien de téléspectateurs ont regardé la série jusqu'au bout.)

(Mais à mon avis, pas des masses.)

C'est doublement dommage, parce que la série aurait pu avoir un rôle éducatif important, et même si je ne suis personnellement pas fan du traitement "cinématographié" de Phyllis Schlafly (qui était une personne odieuse et ne méritait pas qu'on l'humanise à coups de scénario inventé), je comprends le principe de montrer qu'il y avait à l'époque, dans les deux camps, des arguments valides, et de ne pas tomber dans la facilité du "les féministes c'est toutes des héroïnes gentilles et courageuses, et les anti-féministes des grosses dindes sans cervelle".

Je reste donc sur ma faim avec Mrs. America, mais je lui mets quand même un 10/20 pour l'effort.


(Rien que ce passage mérite un bon point.)


The Morning Show


On prend les mêmes critiques que ci-dessus et on recommence:

"The Morning Show", donc, est la série-phare de la nouvelle plateforme Apple TV+, featuring une brochette de stars en pleine forme et des thèmes d'actualité, en mode "on est Apple TV, on est des fifous, on donne un coup de pied dans la fourmilière, on se prend pour HBO".

L'histoire : Mitch (Steve Carell), un présentateur de "morning show" (pense "Télématin", mais avec des audiences de ouf) est viré de son poste après 20 piges d'antenne, suite à un scandale sexuel dans le sillage des révélations #metoo. Sa partenaire à l'écran (Jennifer Aniston) doit se battre pour garder son boulot, tout en rivalisant avec sa nouvelle co-animatrice, une jeune journaliste combative (Reese Witherspoon).

Comme pour "Mrs America", sur le papier, la série avait tout pour me plaire : des acteurs que j'adore, un scénario original et d'actualité, et (on était en droit de s'y attendre) un sous-texte féministe, vu le sujet de la série.

Et, petit bonus personnel, ça me permettait de revoir Jennifer Aniston et Reese Witherspoon jouer les soeurs ennemies, comme à la grande époque:


(Cette série est tout pour moi et je m'en lasserai jamais, okay?)

Côté casting, parlons-en vite fait : rien à redire, tout le monde est en grande forme (même si Jennifer Aniston peine un peu à exister dans ses scènes avec Reese Witherspoon, qui crève l'écran).

Côté réal, on voit qu'Apple a mis de la thune dans le projet, parce que ça sent le solide : décors, éclairage, même la mise en scène se permet des plans un peu léchés, c'est très joli.

Côté féminisme, le propos est nuancé et le sujet (très houleux) est bien traité, notamment via le personnage de Mitch (le prédateur sexuel), qui n'est pas juste un gros porc baveux et libidineux comme on en voit souvent dans les fictions. Non, Mitch est un type sympa, marrant, intelligent, et on aurait presque envie d'avoir de la compassion pour lui... excepté le fait que, bah, c'est un prédateur sexuel. Et je trouve très criant de vérité le fait qu'il ne se remette pas en question et se sente, lui, victime d'une chasse aux sorcières parce que, selon lui, le sexe était consensuel, parce que techniquement la meuf n'a pas dit non.


Cependant, en dehors de cette sous-intrigue, le reste du scénar fait plutôt bâiller d'ennui (à bases de luttes de pouvoir intestines et d'histoires de pognon). Alors peut-être que la série résonne différemment aux States, mais en France, où les "morning shows" n'existent pour ainsi dire pas (et n'ont en tout cas certainement pas l'audience et le glamour dont ils jouissent outre-Atlantique), ben on se sent un peu hors sujet.

Autre point faible, la série a clairement été écrite pour reposer sur les épaules des deux persos principales, et du coup, les personnages secondaires sont bâclés et oubliables (c'est bien simple, en dehors de Mitch et Cory, le producteur, je ne me rappelle d'absolument aucun nom).

Au final, je suis assez perplexe, déjà face à l'existence de cette série, qui, au vu de sa substance, aurait franchement fait un bien meilleur film (je l'imagine mal tenir plusieurs saisons, quand j'ai personnellement trouvé que 10 épisodes tiraient déjà bien sur la corde). Mais soit, je suis prête à être ouverte d'esprit sur ce sujet (au vu des actualités, je peux comprendre qu'on soit frileux à l'idée de réaliser des films, même si le direct-to-TV ne semble clairement pas en effrayer certains) (HUMHUMDisney)

Ce que j'ai beaucoup plus de mal à comprendre, par contre, c'est ce budget absolument démesuré (15 millions de dollars PAR EPISODE, soit le même budget que FUCKING GAME OF THRONES) pour une série qui se passe entièrement sur un studio de télé!

(Alors oui, okay, je sais bien que les stars, ça coûte cher, mais soyons honnête, on se retrouve quand même avec un surplus de ouf même après que Jennifer Aniston ait touché son cachet!)

(Alors quoi, vous aviez des sandwichs au caviar sur le plateau, ou comment ça s'est passé?)

Mais, au-delà de la question "comment avez-vous réussi à dépenser tellement de pognon pour une série qui nécessitait littéralement deux chaises et une table?", se pose surtout la question du "pourquoi?" Qu'est-ce qui a poussé Apple à tellement investir dans "The Morning Show", et pas ailleurs?

Ma théorie personnelle est qu'ils espéraient surtout s'acheter une crédibilité en faisant une série qui allait rafler plein de récompenses, et ainsi se poser en concurrent sérieux aux autres plateformes de streaming. (C'est loupé, ils ont juste eu un Emmy, et c'était pour meilleur acteur dans un rôle secondaire.)

Et tout le monde sait qu'il n'y a rien que l'industrie audiovisuelle aime tant que les productions qui parlent de l'industrie audiovisuelle.

(HUMHUMLa-La-Land.)

Et en parlant de s'auto-sucer la bite, devinez de quelle série on va parler pour la suite?


Hollywood


Une série qui m'a moins déçue que "Mrs America", mais alors c'est vraiment parce que je n'en attendais rien, hein.

Encore une minisérie (ça se voit que j'ai moins le temps de regarder des séries depuis que j'ai fait des mômes?) mais ce coup-ci sur Netflix, "Hollywood" est une version fictive de l'Age d'Or Hollywoodien (post-Seconde Guerre Mondiale), réalisée par le célèbre Ryan Murphy, prolifique scénariste et producteur notamment à l'origine de séries comme "Glee" ou encore "American Horror Story".

(Deux facettes bien différentes.)

Et c'est clairement plus à "Glee" que cette série est apparentée, toute en acteurs beaux gosses, paillettes et cul-culserie.

Sur les points positifs, je dirais que la production est de qualité (notamment au niveau des décors, des costumes, et des coiffures, tous magnifiques) et.... bon.... attends, je vais trouver un autre truc positif, laisse-moi une minute.

En attendant, démarrons sur le négatif : les acteurs sont mauvais, voilà, c'est dit, c'est fait, ne revenons pas dessus, je sais que vous êtes tous in love de Darren Criss depuis qu'il était dans la comédie musicale Harry Potter, mais regardez la vérité en face, il sait peut-être chanter, mais il ne sait pas jouer.


(Aussi, je crois que j'ai jamais vu un gars incarner un personnage hétérosexuel de façon aussi peu convaincante.)

(Chaque scène avec sa copine, mais on dirait des cousins quoi, j'ai jamais vu aussi peu d'alchimie.) 

(Et je sais que pourtant cet acteur est hétéro, c'est dire s'il est mauvais.)

Alors là, je m'acharne sur Darren Criss, mais rassurez-vous, TOUT LE MONDE est mauvais dans cette série! Les gars, les meufs, c'est le festival des mauvais rôles (Palme d'Or au faux Rock Hudson, encore plus mauvais que le vrai) (qui n'était de base pas gégé).

Il n'y a vraiment guère que Patti LuPone qui sauve la mise, mais cette femme est un trésor, et elle est parfaite partout, tout le temps:


Mais le vrai souci de la série, c'est son scénario.

Ryan Murphy a en effet pris le parti de ne pas faire de "Hollywood" une série historique, mais plutôt une sorte d'uchronie : que se serait-il passé si l'industrie du cinéma avait osé prendre des risques pour inclure plus de diversité au sein de ses productions?

La série mélange les personnages inventés de toutes pièces (comme Jack, le protagoniste de départ, ou encore Camille, la jeune étoile montante) et les personnages inventés de toutes pièces aussi, mais avec des noms de vrais gens (Rock Hudson, Henry Willson, et un panel de caméos).

Et c'est là l'un des soucis de la série : le grand écart avec la réalité est tellement vertigineux que ça passe encore plus mal en utilisant des vrais personnages de l'époque.

Car s'il est bien établi aujourd'hui que le vrai Rock Hudson était, sinon gay, du moins bisexuel, à l'époque, il n'aurait jamais pu songer à faire son coming out; déjà, parce que la pratique du coming out n'existait pas, et pourquoi ça déjà? Ah oui, parce que non content de ruiner sa carrière, il serait surtout allé en PRISON, parce que l'homosexualité était pénalement répréhensible en Californie jusqu'en 1976.

(Et si tu trouves que c'est tard, dis-toi que, pour tout le Sud des Etats-Unis, la sodomie n'a été décriminalisée qu'en 2003.)

(DEUX MILLE TROIS.)

(LE VINGT-ET-UNIÈME SIÈCLE.)

Le seul personnage à peu près fidèle à son vrai alter ego est celui d'Henry Willson, un agent proche de la mafia qui forme de jeunes acteurs, et au passage les abuse verbalement, mentalement, physiquement et sexuellement.

(Rien que ça.)

C'est un choix que je ne m'explique pas, d'avoir gardé un personnage qui colle avec le vrai Hollywood des années 50, quand il n'a clairement rien à faire dans la version Bisounours de Ryan Murphy.

Oui, parce que le concept de base de la série ne me dérangeait pas en soi : après tout, je suis une optimiste, j'aime la vie, j'aime l'amour, j'aime les fleurs et les chansons, et un peu de mièvrerie n'a jamais fait de mal à personne.


Un peu.


J'AI DIT "UN PEU", RYAN!


Le souci, c'est que "Hollywood" va trop loin.

Je veux bien suspendre mon incrédulité pour accepter que les gros studios des années 50 acceptent de faire un film à gros budget avec une actrice noire en rôle principal (et pourtant dieu sait que, même aujourd'hui, ça n'arrive presque jamais), mais la série ne sait pas où s'arrêter.

D'épisode en épisode, Ryan Murphy semble tomber de plus en plus profond dans son délire, et nous pond un final ahurissant, où "Meg" (le film avec l'actrice noire en rôle principal) montre un baiser interracial (ce qui n'est pas arrivé dans le vrai Hollywood avant 1967 et Sydney Poitier), puis rafle tous les Oscars, dont meilleure actrice, pour une actrice noire (ce qui n'est pas arrivé dans le vrai Hollywood avant 2002) et meilleur scénario, qui récompense un homme noir (ce qui n'est pas arrivé dans la vraie vie avant BORDEL DE MERDE 2018 pour "Get Out" mais vous êtes sérieux Hollywood?). 

Par la suite, "Meg" devient un succès mondial, et anéantit le racisme.

Littéralement.


(AH BON BEN C’ÉTAIT FACILE EN FAIT.)

Mais, non content de résoudre le racisme pour toujours, "Meg" arrive aussi à éradiquer l'homophobie en sus, puisque Rock Hudson fait son coming-out lors de la cérémonie des Oscars en embrassant son petit ami (le scénariste oscarisé) devant la foule des photographes... sans aucune répercussion. 

Il ne va pas en prison, ne fait l'objet d'aucune enquête policière, sa carrière n'est pas affectée, et, un an plus tard, le premier projet de film avec en tête d'affiche un couple homosexuel est validé par les studios. (Alors que, dit-elle avec un soupir, dans la vraie vie, on a dû attendre 2005 et "Brokeback Mountain") (Allez, soyons généreux, et disons 1993, avec "Philadelphia").

Et je comprends ce que Murphy essaye de dire : les studios sont un moteur de changement social, et ont une responsabilité à endosser en montrant de la diversité à l'écran, d'accord.

Mais il est évident que le pouvoir du cinéma est limité. Un film ne peut pas changer le monde, ni en 1950, ni maintenant. Le progrès social se fait à petits pas, et oui, c'est rageant, mais c'est comme ça.

Donc, quand je vois "Hollywood" me dire:

- On a fait un seul film, une fois, avec une actrice noire, et ça y est, y'a plus de racisme!

Je trouve que ça a l'effet inverse de celui que Murphy cherchait : au lieu de faire réfléchir sur le pouvoir de la pellicule, il ridiculise des décennies de lutte acharnée, en mode : "Y'avait qu'à" : Y'avait qu'à faire des productions inclusives, et le monde aurait tout de suite changé dans le bon sens.


(NOOOOON)

Pour moi, la cerise sur le gâteau de cette série en mode auto-fellation, c'est la scène où Eleanor Roosevelt (alors First Lady) explique à sa copine, la productrice de cinéma, à quel point la représentation au cinéma est importante, en mode "nan mais la politique c'est bien beau, mais on a bien peu d'influence à côté du CINHEMAAAA".


(Pitié)

Bref, à moins de raffoler de la guimauve, passe ton chemin.


Vikings


J'ai suivi "Vikings" depuis la saison 1, et ça a toujours été une série chère à mon coeur (si on met de côté le fait qu'elle est produite par History Channel et ose, OSE, MAIS OSE SEULEMENT se décrire comme "historiquement fidèle") (alors que LOL).

(Mais en vrai, ça on s'en fout, on regarde pas une fiction comme on regarde un documentaire, donc moi je m'en balek que tout le monde ait les dents blanches, que les costumes soient en coton-polyester, et que les Francs, ce peuple CLAIREMENT GERMANIQUE, aient un accent parigot du XXIè siècle.)


(Je m'en remets pas et ça fait genre six ans, les gars)

Bref, faisant fi du réalisme historique, la série me plaisait bien.

Mais force est de constater que, depuis la disparition de Ragnar Lothbrok (en 2016, ça remonte déjà), la série n'a fait que péricliter.

Ben oui, quand on mise tout sur le talent et le charisme d'un seul acteur, et qu'ensuite on tue son personnage, forcément, ça coince.


 (Tu nous manques, Travis)

Alors, certes, la série avait d'autres atouts (notamment de très bonnes chorégraphies dans les premières saisons) mais a peu à peu délaissé les scènes de bataille pour des intrigues plus politiques, et perso je trouve ça bien dommage. Pas parce que j'aime pas les intrigues politiques, mais parce que, maintenant que vous faites parler vos acteurs, on voit quand même beaucoup mieux à quel point ils sont mauvais.

C'est l'un des gros soucis de la série post-Ragnar : maintenant que Travis Fimmel ne crève plus l'écran, tous les autres acteurs peinent à remplir le vide, et pfiou, mais les gars, vous avez toujours été nuls ou bien vous en avez juste plus rien à foutre?

J'veux dire, on sait bien que Rollo n'a jamais été très bon, mais de toute façon c'était pas vraiment les expressions de son visage qu'on regardait, si tu vois c'que j'veux dire:


(Hello)

Mais là, force est de constater que les acteurs en font tous beaucoup trop (salut Floki, salut Ivar, sentez-vous visés) ou, à l'inverse, semblent juste regarder dans le vide en attendant qu'on dise "coupez".


(Groud Control to Major Lagertha)

Même les noms connus font n'importe nawak, cf. un Jonathan Rhys Meyers qui a probablement dû se faire payer en vodka et rails de coke tellement sa prestation est hallucinée.

Bref, après m'être péniblement farcie la saison 5 en mode "allez, ça passe", j'ai démarré la saison 6, et, à la moitié de l'épisode 1, j'ai dit à Fla :

- Pfouuu dis donc il est long cet épisode! Ils les ont rallongés ou quoi? Tu peux regarder si on est bientôt à la fin, sinon je vais me coucher.

Et non, en fait, ça faisait que vingt minutes qu'on était devant la télé.


(T'as raison, Ragnar, on se casse.)

J'ai quand même terminé l'épisode, puis je me suis demandé si j'allais regarder la suite, et je me suis posé la question qui tue (alias la question que je me pose à chaque fois que j'hésite à arrêter de regarder une série dans laquelle je me suis déjà pas mal investie) (cf. Big Bang Theory, The Walking Dead, Better Call Saul, et j'en passe).

Est-ce que je me soucie du sort de ces personnages?

Et le verdict était sans appel : clairement, non.

Floki peut bien crever sur son île pourrie, Ivar peut bien crever chez les Rus' de Kiev, et même mon chouchou Bjorn Ironside peut bien continuer à faire je sais même plus quoi, sans déconner j'ai même pas suivi c'était quoi l'histoire avec Bjorn tellement je m'en bats les steaks de vous tous, vive Ragnar, tchao.



La Révolution


Alors, je vais pas ajouter (trop) d'eau au moulin, cette série a déçu beaucoup de gens.

Pourtant, sur le papier, encore une fois, ça paraissait sympa : nous sommes en 1787 dans une réalité alternative, et, alors que la révolte gronde chez le peuple asservi de France et de Navarre:


Une mystérieuse maladie commence à se propager chez les nobles : le "sang bleu", qui pousse ceux atteints à tuer des gueux et se repaître de leur chair (mais les rend au passage immortels, et aussi leur rend littéralement le sang bleu).

Et déjà, rien qu'en écrivant ce synopsis, j'ai dû me retenir de ouf pour pas coller des commentaires sarcastiques partout.

Et ce n'est pas par rapport au projet de base "crossover série historique et film de zombies", ça, au contraire, je trouve que c'était plutôt une bonne idée.

J'veux dire, on comprend dès les premières secondes que la série n'a aucune velléité historique, donc je suis tout à fait prête à suspendre mes lunettes de nerd et mes "Heu mais ça en vrai ça existait pas à l'époque, hein", puisqu'il est très clair qu'on est dans une série fantastique, pas historique.

(Contrairement à "Vikings", où on a le droit d'être pète-couilles.)

Le côté allégorique de la maladie infectieuse ne me dérangeait pas non plus, mais, MAIS MAIS MAIS, quand on fait dans l'allégorie, les enfants, il faut être subtil.

SUBTIL.


BORDEL MAIS J'AI DIT "SUBTIL!"


(Pitiéééééé)

Sans déconner, cette série a beaucoup de problèmes, mais le principal, c'est celui-là : les dialogues ont l'air sortis d'une pièce de théâtre amateur écrite par des lycéens de Première L qui viennent de découvrir Marx.

T'as constamment l'impression que la série te donne des coups de coudes en mode "EH! T'AS COMPRIS?! ON FAIT UNE RÉFÉRENCE !!!"


("Eh ! T'as compris? C'est parce qu'ils les mangent! Littéralement!")

En soi, la métaphore aurait pu passer, mais là, c'est beaucoup trop appuyé pour que ça soit agréable. J'avais sincèrement l'impression que la série doutait beaucoup trop de l'intelligence de son public, et se sentait obligé de lui tenir la main. Ce qui est assez étrange, parce que le scénario, de son côté, part dans tous les sens, et là par contre, on ne t'explique RIEN!

Y'a un virus aux origines jamais expliquées et aux pouvoirs hyper flous (mais du coup, ils meurent quand on leur coupe la tête, ou pas?), des histoires de vaudou (OK?), un arbre magique (?), et une gamine qui a des pouvoirs psychiques, ça on sait, par contre on sait ni lesquels, ni pourquoi, ni comment.

(Et l'annulation de la série va sans désespérer les fans, parce que les créateurs comptaient clairement sur une suite pour nous donner des réponses.)

Le jeu d'acteur est globalement catastrophique, mais les pauvres ont probablement fait du mieux qu'ils pouvaient, handicapés par des personnages unidimensionnels dignes d'une télénovela, et des dialogues lourdingues et répétitifs (cf. la réplique "la colère gronde", répétée trois fois par épisode) qu'ils doivent déclamer avec sérieux et qui en deviennent involontairement comiques :



(Des fois, tout est dans la didascalie.)

(Vous noterez aussi les ongles sales et crochus du roi, pour qu'on comprenne bien à quel point il est fort méchant.)

Après, tout n'est pas à jeter : les décors, les costumes, la musique, la lumière et la mise en scène sont beaux, somptueux et très bien exécutés (même si le montage nous donne par fois un tout petit peu l'impression d'être dans un clip de Mylène Farmer).

Je terminerai sur une note positive : la série aura au moins eu le mérite de faire briller les comiques du web, cf. ce billet Tumbr qui me fait encore rire aujourd'hui :



Bref, c'est tout pour le négatif, je te dis rendez-vous dans quatre mois (au rythme où j'écris) pour te parler de mes séries pref de 2020!

Des bisous.

mercredi 3 février 2021

Neige, hôpital et somnambulisme


Et sinon, les grumeaux vont bien.

(Comment, Tindomerel? Tu n'as rien écrit depuis novembre et la seule info que tu aies à nous donner, c'est de nous reparler de tes putains de mômes?)

(BEN OUI.)

(Si t'es pas content, va voir NULLE PART en fait, tout le monde est confiné ou sous couvre-feu, fais pas genre il t'arrive des trucs à toi.)

Je disais donc avant de m'interrompre moi-même, les grumeaux vont bien.

Ils ont un an et demi, douze dents chacun (soit onze de plus que leur père au même âge), ils commencent à parler (oui je sais, je dis ça depuis huit mois, mais c'est pas ma faute s'ils prennent leur temps), et ils franchissent peu à peu les étapes qui marquent le passage du bébé au bambin : premiers jeux dans la neige, premiers dessins, première visite aux urgences pédiatriques, OUI BEN OUI CA M'A SURPRISE AUSSI.


Et, contrairement à ce que je m'imaginais, c'était même pas de ma faute!

(Oui, parce qu'entre ma maladresse et la tête de linotte de Professeur-Flaxou-je-laisse-toutes-les-portes-ouvertes-tout-le-temps-toute-la-sainte-journée, j'étais à peu près certaine que notre première visite aux urgences serait parce que j'aurais lâché un bébé sur la tête, que je l'aurais cogné sur une poutre, ou que Flaxou en aurait laissé tomber un dans les escaliers.)

(On est vraiment plutôt des gens faits pour vivre sur du plain-pied.)

Et là, surprise! C'est à la crèche qu'ils se cassent la gueule! Même pas de ma faute!

Et, double surprise, c'était même pas de LEUR faute! 

- Oui bonjour, désolée de vous déranger, c'est à propos de Samuel.
- Il a encore fait une poussée de fièvre? Mais je viens de le déposer, il était pas chaud!
- Non, c'est pas ça, mais il faudrait venir le chercher dès que vous pouvez... Il y a eu un accident.
- Un accident?
- Et on pense qu'il a peut-être le nez cassé.


(Moi en train de me demander s'il est trop tard pour dire "Vous êtes sur le répondeur de Charlotte, laissez un message après le bip" et faire un bip avec la bouche.)

AH OKAY.

J'arrive à la crèche récupérer un Sammy tout patraque qui se terre dans mes bras comme un chaton apeuré, et écouter le topo:

- Alors en fait, Samuel était debout en haut de l'escalier du toboggan, il était tourné vers l'extérieur, et là, une de ses camarades l'a poussé.... et il est tombé du haut des marches, en plein sur le visage.
- Ah. Donc tout à l'heure, quand vous m'avez dit "il y a eu un accident", vous vouliez dire "un crime", en fait.


(La crèche à l'heure de la récré, une illustration.)

Un ACCIDENT? 

Pousser mon fils du haut d'une falaise, c'est un ACCIDENT?

ET LA MORT DE MUFASA AUSSI ALORS, C’ÉTAIT UN ACCIDENT, MICHELINE?!

Bref, finalement je me suis inquiétée pour rien, la docteure des urgences m'a pratiquement ri au nez quand je lui ai montré le bobo:

- Non mais vous avez quand même bien fait de venir, si vous n'avez pas vous-même assisté à la chute, c'est toujours bien de consulter.
- Oui, parce qu'il était tombé d'assez haut, quand même: plus d'un mètre, à plat sur le nez...
- Oh, c'est rien! A cet âge-là, ils sont solides!

(Les mômes ils ont un an et demi, ils survivent à des explosions nucléaires, quoi.)

(Pendant ce temps, j'ai trente-deux ans, et je me fais mal au canal carpien en coupant des carottes en dés.)

A part ça, les grumeaux ont découvert la neige pour la première fois de leur vie, et puis alors c'était cash 60 centimètres, hein, on commence fort.

Et, moi qui me réjouissais depuis si longtemps de pouvoir faire de la luge et des bonshommes de neige avec mes petits loups, force m'est de constater que j'ai engendré une belle bande de petits pleutres.

Parce qu'autant ils ont passé une-demi heure glués aux fenêtres à regarder la neige tomber en criant "Beau! Beaauuuuuuu!", autant quand ils se sont retrouvés dedans, c'était pas le même son de cloche:

- Regarde, Auguste! Tu peux attraper les flocons sur la langue!
- Hihi!
- Tu fais comme maman?
- Hi hi hAAAAAA! WAAAAAAAA!
- Ben quoi?
- FRRROIIIIID!


(Mille mercis, Capitaine Flagrant)

Et c'était pas beaucoup mieux avec Samuel, qui a carrément refusé de sortir de sous le porche:

- Allez, viens jouer avec nous, mon coeur!
- MAMAAAAN! POOOOORTE!
- Mais non, mon grand, tu peux marcher dans la neige! Je t'ai mis des bottes spéciales, regarde, tu peux marcher dedans et c'est rigolo!
- VEUX PAAAAS! A PEEEEUUUUR!


(Autant dire que c'est pas demain la veille que je vais emmener ces petites flipettes au Lac Blanc.)

(Ce qui est évidemment la honte totale pour ma famille de montagnards, vu que j'avais moi-même deux ans et demi la première fois qu'on m'a posé sur des skis de fond.)


(Bon, on est d'accord, j'allais pas vite.)

Niveau langage, ça avance tout doucement, on n'en est pas encore aux phrases, mais plutôt à des petites séries de mots-clés, tels que : "Maman, porte", "Papa fait dodo?" (on voit qui c'est qui se lève les week-ends, hein) ou encore "Mamie, donne gâteau!" (oui, ces deux éléments sont maintenant indissociables, pour le plus grand bonheur de ma grand-mère).

Ce qui me fait beaucoup rigoler, c'est qu'Auguste a hérité d'un trait typique de ma famille : il parle dans son sommeil.

Je ne te raconte pas le fou rire la première fois que je suis allée dans sa chambre parce que je pensais qu'il était réveillé, et il était allongé dans son lit, complètement endormi, en train de répéter:

- Voitu! Voitu? VROOOOOUUUM!

(Avec le geste de la main pour faire rouler sa voiture imaginaire, bien entendu.)

Je l'ai aussi entendu dire "Parti! Auvoir!", une autre fois "Non non! C'est chaud!" et encore une autre fois s'exclamer d'un air navré "Oh non! A cassé!", ce qui me laisse penser qu'il rêve sûrement de moments charnière dans sa journée. (Oui, ben c'est des moments à la con, en même temps il est pas ministre le gars.)

- Pour le moment c'est mignon, j'espère juste qu'il ne devient pas somnambule par-dessus.
- L'avantage, c'est que dans son lit à barreaux, il ira pas loin. 
- Oui, et puis le temps qu'il aille dans un grand lit, ça lui sera peut-être passé.
- Ah, parce que ça passe, le somnambulisme?
- Ben oui, regarde, moi, j'en fais presque plus. Deux-trois fois par an, pas plus!
- Et quand t'étais petite, c'était plus que ça?
- Ah, quand j'étais petite, c'était tous les mois.
- QUOI??!


(Flaxou réalisant que les problèmes héréditaires ne sont finalement pas QUE de son côté de la famille.)

(Enfin, d'un côté, on a de l'alcoolisme, des cancers et du cholestérol, et de l'autre on a des gens qui se baladent la nuit et se réveillent dans le placard à casseroles, c'est quoi le pire, franchement?)

(Si l'exemple plus haut sent le vécu, c'est normal.)

(Je me suis aussi réveillée une fois dans l'armoire, une fois sur le tapis de la salle de bains, et une fois sous la table de la machine à fax.) 

(Oui, on avait une machine à fax, 3615 ma vie d'ancêtre.)

("De mon temps, les enfants, y'avait pas de PC ni de consoles ! Je faisais des lignes de virgules sur l'écran du minitel et j'étais bien contente!")

(Véridique, c'était mon passe-temps préféré de remplir l'écran avec des lignes de ponctuation.)

(Le putain d'âge de pierre, les gars.)

Bref, tout va bien chez nous, j'espère que c'est pareil chez toi.

(Oui, ben ce blog est à l'abandon depuis des mois, alors je prends des nouvelles de mon lectorat.)

(Vous êtes toujours en vie? Si oui, c'est cool.)

Je te laisse parce que c'est l'heure d'aller chercher les grumeaux à la crèche (c'est pas que ça m'enchante mais je voudrais pas louper le couvre-feu). Je te dis à pas bientôt parce que j'aime l'honnêteté, et même si j'ai des idées d'articles (et qu'en plus on est en février 2021 et j'ai encore rien écrit sur mes séries 2020), franchement je sais pas trop quand j'aurai le temps de reprendre ma plume virtuelle.

(J'ai de la paperasse qui me sort par tous les trous, t'imagines pas.)

(Un article là-dessus quand j'ai le temps, promis.)

(Sur la paperasse, pas sur mes trous.)

Des bisous!

dimanche 8 novembre 2020

Des nouvelles des grumeaux

Et sinon mes bébés vont bien.

(Attends, j'ai passé UN ARTICLE ENTIER à ne pas en parler, ça n'allait plus, j'étais en PLS.)

Ils marchent, ils mangent seuls, ils descendent les escaliers, ils parlent (un vocabulaire époustouflant d'environ douze mots), ils font des blagues ("Ouah tu m'as pas vu, j'étais caché derrière mes mains!") (un classique) et ils font même de la magie!

(Enfin, ils cachent leur doudou derrière le dos et ensuite font "Ouah, voilà le doudou! Miracle!", mais on va compter ça comme de la magie.) 


Ils se sont enfin ré-habitués à la crèche, et ça se passe super duper, ils sont ravis de passer du temps avec les autres enfants, et vraiment je ne m'y attendais pas (au vu du bagage génétique qu'ils se trimballent), mais il faut se rendre à l'évidence, mes enfants sont des gars populaires.

J'en veux pour preuve leur retour de la crèche post-angine blanche d'il y a quelques semaines, où je suis arrivée devant la cour en vélo avec les gosses dans leur charrette, et tous les mômes sont venus se masser devant leur carrosse en piaillant de joie, mais sérieux on aurait dit un mariage princier tellement l'effervescence était palpable.

Je les ai sortis de la charrette et posés dans la cour, et tous les gamins se sont rués sur eux pour leur faire des bisous et des câlins (et maintenant je comprends beaucoup mieux comment les gosses tombent toujours malades dans ces structures). 

Samuel était tellement bouleversé par toute cette agitation qu'il a commencé à brailler en s’accrochant à moi (en mode "maman comment peux-tu me laisser avec ces MONSTRES!" Ah ouais grave, non mais j'avoue, tous ces câlins là, c'est brutal). Et pendant ce temps, une petite blonde qui faisait deux fois sa taille lui caressait la main tout doucement en lui chantant :

- Faut pas peu-é ! Pas peu-é bébé!

Avant d'aller voir une des assistantes maternelles en disant :

- Yé où le doudou? Moi j'amène yeu doudou! Bébé y peure! Moi j'amène doudou et tétine!

("Puisqu'appremment je suis la SEULE A BOSSER ICI" - la gamine, sûrement)

L'équipe pédagogique les aime bien aussi (ça doit aider qu'ils se jettent dans leurs bras le matin en leur faisant des grands sourires), et apparemment les journées se passent bien:

- Qu'est-ce qu'on rigole avec Samuel et Auguste! De vrais petits clowns! 

- Bon, par contre, on a dû les séparer plusieurs fois, parce que Samuel tape quand même beaucoup son frère....


(Heureusement, Gus-Gus s'en contrefout.)

(Ce môme a un squelette en adamantium ou chais pas quoi.)

(On les appelle donc désormais Samuel le Cruel et Auguste le Robuste.)

Samuel le Cruel est aussi un sacré faux cul, parce qu'il a très bien compris qu'il a pas le droit de taper son frère, mais c'est pas le dernier pour la délation quand Gus-Gus fait des bêtises.

Oui, car même s'il ne parle pas, il arrive quand même à le dénoncer, tu avoueras que c'est plutôt fort.

La raison, c'est qu'on leur a appris certains mots-clés en langue des signes (vu qu'ils arrivent bien plus facilement à faire des gestes qu'à dire des mots). C'était notamment bien pratique pour le signe "encore" qu'ils ont utilisé pendant un ou deux mois (maintenant, ils savent le dire), ou pour le signe "manger" qu'ils utilisent encore aujourd'hui :


(Bon, eux, ils s'enfoncent le poing entier dans la bouche, mais on va dire que ça a le mérite d'être clair) 

Et c'est surtout utile pour le signe "interdit", qui se présente comme ceci :

On était bien contents de leur avoir appris ce geste, puisqu'ils l'utilisent souvent pour nous demander la permission de toucher certains trucs, ou pour confirmer que les trucs qui étaient interdits il y a genre UNE MINUTE le sont encore.

Genre le gamin qui s'approche du bouton ON sur la tour du PC en mode :

- Heu... c'est toujours interdit, ça? Oui? Okay. On est sûrs? Pas de regrets? Non parce que perso j'appuierais bien dessus. Non? Bon d'accord. Je reviens demander dans six à sept minutes.

Seulement, ce qu'on n'avait pas anticipé, c'était qu'apparemment Samuel est une bonne petite poucave.

J'en veux pour preuve le jour où Auguste est venu essayer pour la millième fois d'ouvrir les tiroirs de mon bureau, et que son frère est venu me chercher en faisant le geste "interdit" puis en le pointant du doigt.

De son côté, Auguste n'a pas trop saisi le signe "interdit" (et je pense que ça l'arrange bien, parce que c'est pas le dernier pour foutre la merde) mais par contre, il gère super bien le "oui" et le "non" et ça, c'est même pas nous qui le lui avons appris, c'est un hérisson.

Introducing le livre préféré de Gus-Gus, Non-Non le Hérisson. 

Une histoire brillante, une intrigue à couper le souffle, des personnages complexes à la psychologie fouillée, nan j'déconne c'est l'histoire d'un hérisson qui dit toujours non.


(En même temps, faut que le public concerné arrive à suivre, hein.)

(C'est pas vraiment des flèches.)

Bref, c'est son livre préféré, il faut lui lire cinq fois par jour, et la particularité du machin, c'est que la tête du hérisson est une marionnette et qu'on peut mettre l'index au dos du livre pour lui faire bouger la tête.

Et quelle ne fut pas ma surprise quand j'ai réalisé qu'Auguste commençait à secouer et hocher la tête en même temps que Non-Non (ouais, parce qu'à la dernière page du bouquin, on propose un biscuit à Non-Non, et là, au lieu de dire "non-non", il dit "oui-oui"). (PLOT TWIST!)

Et donc j'étais tellement fière de mon magnifique enfant, ce génie, ce prodige, oui okay sauf qu'en fait maintenant qu'il a appris à dire non.... IL L'UTILISE.

- Coucou mon trésor! Oh, tu m'as manqué aujourd'hui! Fais-moi un câlin!
- Non!
- Mais... mais si! Viens faire un câlin à maman!
- Non non! Non non non!
- Mais... maman t'aime! 
- Noooooooooooon!


Enfin, de toute façon il faut que je me fasse à l'évidence, ces enfants ne m'aiment que quand il n'y a personne d'autre à proximité, cf. la discussion que j'ai avec eux tous les matins du monde, quand j'arrive dans leur chambre en mode:

- Bonjour mes amours! Bonjour mes jolis trésors! Vous avez bien dormi, mes petits poussins? Vous avez fait de beaux rêves? Maman est venue vous apporter vos biberons, mes jolis coeurs!

Et qu'en réponse, j'ai un gamin debout dans chaque lit en train de pointer du doigt la porte en disant :

- Papa! Papa? Papa! Papa! PA-PA ! PA-PA!


(Sachant qu'évidemment, pendant ce temps, Professeur Flaxou est en train de dormir comme un bienheureux.)

(Le mec en télétravail qui vit sa meilleure vie et se lève à 7h55 pour commencer à bosser à 8h.)

Bref, les enfants vont bien, sont en forme, et ont eu tous leurs vaccins parce que j'étais chez la pédiatre l'autre jour et maintenant on est pépouze jusqu'au CP, cool Raoul.

Elle les a aussi mesuré, pesé, et vérifié que leur développement se passait bien:

- Ecoutez, ils sont en parfaite santé! Juste un peu en-dessous de la courbe au niveau du poids. Essayez de leur faire manger un peu plus d'aliments gras : de la crème, du beurre, du fromage... Vous pouvez aussi leur donner un laitage après le déjeuner.

Le soir même, j'ai croisé ma mamie:

- Tu veux des yaourts nature pour les petits? J'ai pris la mauvaise marque, Papy ne les aime pas.
- Ah non désolée, c'est de l'allégé, je ne leur en donne pas. Il leur faut plutôt des yaourts gras, comme le petit suisse ou le bibbalakaas. 
- Ah bon, pourquoi?
- Parce que la pédiatre a dit qu'ils étaient un peu maig...
- QUOI? Ils sont TROP MAIGRES??!


(Cette erreur de DÉBUTANT!)

Inutile de te dire que mamie a pris ça comme un challenge, et qu'elle bourre les enfants de boudoirs, de flans et de gâteaux aux noix tous les jours que Dieu fait.

(Ils sont toujours maigres, mais maintenant, en prime, ils seront diabétiques.)

Sur ce, je te laisse, parce que c'est pas tout ça mais on est déjà en novembre et j'ai un article spécial séries 2020 à préparer.

(Au programme : des fantômes, de l'espace, de la réalité virtuelle et du féminisme.)

Bonus vidéo : Auguste en train de lire "Non-Non le Hérisson" (alerte mignonnitude)


mardi 6 octobre 2020

Ma folle vie palpitante : la minute pro

Et donc c'est la rentrée.

Et comme chaque année, je suis en mode "recherche élèves désespérément", et ce d'autant plus que la grosse entreprise qui me file normalement la majorité de mes contrats a coupé son budget formation pour les deux, voire trois années à venir.

(En même temps, quand on est en mode "crise économique imminente", je peux comprendre qu'on ne fasse pas des cours de langue sa priorité number one.)

Cerise sur le gâteau du covid, j'ai appris l'autre jour que mes cours avec mes adorables retraités de la vallée de Munster ne seraient pas reconduits cette année, ce qui me fend le coeur parce que c'était une joie de les voir chaque semaine, sérieusement j'ai jamais eu une classe aussi sympa et motivée.

Et je ne dis pas ça QUE parce que ce sont des fans inconditionnels de mes bébés et qu'ils font "yeeeeuuuuh" dès que j'allume mon PC (oui j'ai mes enfants en fond d'écran, ET ALORS ILS SONT BEAUX).

Mais surtout parce que t'en connais beaucoup, des classes à qui tu files des bouquins en PDF à lire pendant tout le confinement et qui te REMERCIENT de leur filer des devoirs?

("CHIC")

("WITH PLEASURE")


(Et des compliments sur mes bébés en sus, mais n'en jetez plus je vous aime déjà assez!)

(Et qui demandent ENCORE PLUS de devoirs mais dans quelle dimension sommes-nous?)

Donc tu comprendras facilement pourquoi ce groupe est mon chouchou, et pourquoi je ne suis que tristesse à l'idée de ne plus voir ces adorables seniors.

(Après, vu la situation sanitaire – sans compter le fait qu'ils ont tous plus de 65 ans  –  on est d'accord que c'était pas la meilleure idée du monde d'aller s'entasser à quatorze dans une pièce fermée de 25 mètres carrés.)

Mais je me console en me disant qu'au moins je peux continuer à leur envoyer des livres à lire, et que, faute de les voir, il me restera tout de même leurs merveilleux emails, dans lesquels ils font un point d'honneur de correspondre exclusivement en anglais et c'est tellement, tellement mignon:


(Ça pourrait être un poème tellement c'est choupi.)

Heureusement, j'ai déjà trouvé quelques nouveaux élèves, en particulier un jeune retraité qui s'annonce fort prometteur:

- Et pendant votre temps libre, qu'est-ce que vous aimez faire?
- J'adore me promener en forêt, particulièrement sur les anciens sites de combat de la Première Guerre Mondiale, pour chercher des artefacts.... L'Histoire, c'est ma grande passion.


- Vous aimez le cinéma?
- Oui, surtout les films historiques, ou bien la science-fiction et la fantasy.
- Et vous avez un film préféré?
- Oh, c'est dur de choisir... Mais sûrement "Le Seigneur des Anneaux". Vous connaissez?


(SI JE CONNAIS!)

- ... Et j'ai deux enfants et trois petits-enfants. Et vous?
- J'ai deux garçons, des jumeaux.
- Vous avez des photos?

(SI J'AI DES PHOTOS!)

(Mais alors là, limite je plains Jean-Michel Bien Intentionné, parce qu'il sait clairement pas dans quoi il s'engage.)

Bref, le courant passe bien.

- Op op op, et il a quel âge au juste, ce "jeune retraité"? Genre, c'est un vieux beau gosse? C'est un Brad Pitt? C'est un Benicio?
- Fla, enfin! Il a trente ans de plus que moi!
- Mouais, mouais... Qu'il se tienne à carreaux, le pépère parfait, là!

Juste après, j'ai eu un autre prospect pour des cours à domicile, mais on avait des difficultés à trouver une date où on était toutes les deux disponibles:

- Il ne reste guère que le mercredi.
- Bon, c'est pas vraiment idéal, parce que j'ai mes enfants à la maison... mais si vous venez en début d'après-midi, ça peut marcher.
- Vous êtes sûre?
- Oui oui, mon petit sera à la sieste, et j'enverrai le grand jouer dans sa chambre.
- Mais.... vous êtes au courant que le cours fera une heure et demie?
- Pas de problème!

J'ai quand même accepté le contrat (malgré ma mère qui me hurlait NON NE FAIS PAS CA CE SERA LE BORDEL VOUS ALLEZ JAMAIS ETRE TRANQUILLES) parce que, soyons honnête, j'avais besoin de la thune, et je me suis rendue au premier cours en mode "Non, mais bon, on fera ce qu'on pourra, et puis au pire, on fera des cours d'une heure, c'est pas idéal mais y'a moyen, si après je lui donne plus de devoirs à la maison, c'est faisable..."

J'arrive, le grand (7 ans) est en train de jouer dans le jardin, mon élève lui dit "Allez mon grand, file dans ta chambre, comme on en a discuté". Le gosse range ses jouets, puis s'attarde dans le salon.

- Allez, ouste!
- Maiiiiiis.... je peux rester ici et regarder la télé?

Moi :


(Pitié, non.)

- Non, je t'ai expliqué, je dois travailler, alors tu vas dans ta chambre, tu vas jouer, et tu ne nous déranges pas.
- Maiiiiiiis tous mes jouets dans ma chambre ils sont nuls!
- Ah bon? Et tes Lego, ils sont nuls? Tes Lego Star Wars?
- ..... Non.
- Bon. Alors tu vas jouer?
- D'accord!

Et là, le gamin se barre, et NE REVIENT PAS.

Il a joué dans sa chambre UNE HEURE ET DEMIE, tout seul, pépouze.

Et le petit je ne l'ai même pas vu, parce que quand je suis arrivé, il était à la sieste, et quand je suis partie, IL DORMAIT ENCORE!

- Dites donc, il fait des longues siestes, votre petit! Vous arrivez à le coucher la nuit?
- Oh oui, ça a toujours été un gros dormeur! Il fait trois heures de sieste l'après-midi, et ensuite douze heures la nuit.


(Moi dans ma jalousie, une illustration.)

(Oui, parce qu'à la maison des grumeaux, une-demi heure de sieste, c'est la sieste normale.)

(Et au bout d'une heure, on va voir si le môme respire toujours.)

Je terminerai sur ma dernière élève en date, une nana qui semblait plutôt sympathique au téléphone, et qui avait le même âge que moi, donc je me suis dit "Cool, avec un peu de chance on aura des trucs en commun, et on pourra bien accrocher".

(Ce qui n'est pas forcément garanti juste parce qu'on est du même âge, cf. mon élève dont les centres d'intérêt sont le bricolage, les voitures, et la muscu, et moi dont les centres d'intérêt sont... aucunes de ces choses-là.)

(Et en plus il préfère les chiens aux chats.)

(HERETIQUE!)

Bref, j'étais précautionneusement optimiste, et au premier cours, la meuf se pointe avec UN SWEAT FRIENDS.


(Bonjour ma NOUVELLE MEILLEURE AMIE!)

Tout ça pour te dire que je suis hyper ravie de ma promo 2021, qui s'annonce grave chan-mé.

J'ai pas encore rencontré mes deux autres nouveaux élèves (un mec qui bosse dans le tourisme et une nana qui tient un AirBNB), mais je pense que ça va bien se mettre s'ils sont ne serait-ce qu'à moitié aussi cool que ma super élève fan de Friends, avec qui les atomes crochus se sont tout de suite crochetés:

- Vous savez que j'ai le même pull que vous à la maison?
- Ah mais vous aussi vous êtes fan de Friends?
- Oui, c'est ma série préférée!
- Moi aussi!
- Perso préféré?
- Chandler!
- EVIDEMMENT!
- EVIDEMMENT!


Bref, je suis au sommet de la hype, je parle de mes super nouveaux élèves à tout le monde, et tous mes amis partagent mon bonheur sont hyper jaloux.


(Ma meilleure copine n'est pas ma meilleure copine pour rien.)

(#relationsaine)

Sur ce, lecteur adoré, je te fais des bisous, je vais aller préparer mes cours.

(Le thème de la semaine : "Were they on a break?")