samedi 9 juin 2018

What's new pussycat (woooh woooh woooh)


Comme tu le sais, j'adore les chats, c'est mes animaux préférés, et passer du temps à câliner chaque matou que je croise c'est globalement toute ma vie.

Quand j'étais plus jeune, j'avais un chat, Frimousse le Chiant (c'était son nom complet) (Frimousse est venu en premier, le Chiant plus tard, quand on s'est rendus compte de sa vraie personnalité), qui était dans l'ensemble une vraie ordure, et je l'aimais quand même d'un amour complètement gaga, c'est te dire si je suis irrécupérable.

C'est-à-dire que ce chat ne s'arrêtait jamais de miauler. Mais genre JAMAIS.

Genre au point qu'on l'a amené chez le véto parce qu'on croyait qu'il avait un cancer ou une fracture cachée ou quelque chose, et le gars l'a examiné sous toutes les coutures avant de nous dire:

- Non mais en fait il veut juste que vous fassiez attention à lui.
- Mais il miaule en permanence! Est-ce qu'on est censés faire attention à lui en permanence?
- Honnêtement, je sais pas quoi vous dire. 

(Si Marcel, tu peux nous dire qu'on vient de raquer soixante-quinze balles pour apprendre qu'on a une putain de diva comme animal de compagnie.)

Bref, ce chat était chiant, pas câlin pour un sou, et son grand kif dans la vie c'était de me mettre des coups de patte dans le visage à quatre heures du matin pour que j'aille lui ouvrir la porte d'entrée TROIS ÉTAGES PLUS BAS, et j'ai quand même pleuré toutes les larmes de mon corps quand il est mort, parce que bon dieu je l'aimais ce petit bâtard.

Et maintenant, le petit bâtard dans ma vie, c'est Professeur Flaxou, parce qu'il refuse de me laisser avoir un autre chat.



Quand on habitait en Nouvelle-Zélande, je me suis fait violence pendant des années pour ne pas prendre un animal de compagnie, parce que je savais que si on décidait de rentrer en France, ce serait la galère (et aussi, accessoirement, parce qu'aucun proprio à Auckland n'accepterait de locataire avec un animal) (à la limite un poisson rouge) (et encore, ils seraient capables de dire que l'humidité de l'aquarium endommage les murs).

Mais là, on est de retour en France depuis un an, on sait qu'on va rester, alors JE VEUX MON CHAT BORDEL DE MERDE CA FAIT SIX ANS QUE J'ATTEND MAINTENANT DONNEZ-MOI UN CHAT !



(Pardon, je suis un peu à cran.)

(Mais les placebos que sont les chats de mes potes ne font effet qu'un certain temps.)

Et pourquoi est-ce que je ne peux pas avoir de chat chez moi? Parce que Professeur Flaxou est un monstre sans cœur et sans âme et qu'il veut que je sois malheureuse toute ma vie. Je ne vois pas d'autre explication.

- Ouais, enfin, t'oublies un peu le fait que je suis allergique.

Ah oui, alors soi-disant, mon cher et tendre est allergique aux chats.

Ce à quoi je dis C'TE BLAGUE.



Résumons les faits, si tu le veux bien:

Fait numéro 1 : Flaxou déteste les chats, et ne s'en cache pas.

(Comment peut-on détester les créatures les plus adorables de l'univers, mises sur cette terre par les anges eux-mêmes pour se racheter d'avoir créé les araignées, ça, c'est un mystère, mais on n'est pas là pour résoudre cette énigme aujourd'hui.)

Fait numéro 2 : Effectivement, quelquefois, on rend visite à des gens qui ont des chats, et Flaxou a les yeux qui deviennent rouges et gonflés.

Fait numéro 3 : Par contre des fois on passe la soirée dans une maison avec plusieurs chats (et des chats d'intérieur, en plus!), et rien du tout.

Fait numéro 4 : Par le passé, Flaxou a cohabité à deux reprises avec les chats de ses colocs, et se portait à merveille.

Fait numéro 5 : Ça fait un an que je lui dis d'aller voir un allergologue pour vérifier s'il est vraiment allergique aux chats et que le gars refuse d'y aller, EST-CE QUE TU NE SENS PAS COMME UN PARFUM DE COUILLE DANS CE POTAGE?

Donc voilà où on en est.

Professeur Flaxou est un menteur doublé d'un pleutre, et sa cruauté n'a pas d'égale sur cette terre.

Donc en ce moment je suis à ça de dire "fuck it", d'aller à la SPA me chercher un chaton, et de mettre Flaxou devant le fait accompli.

(En plus j'ai déjà choisi son nom en fonction de chaque couleur disponible.)

(Si c'est un chat roux, Gingersnap. Si c'est un chat brun, Cannelle. Si c'est un chat noir, Myrtille. Si c'est un chat gris, Kruschpala. Si c'est un chat tigré, Sa Majesté Frimousse II Le Jeune.)

(Y'a pas d'options pour le blanc, mais c'est parce que je sais déjà que je ne prendrai pas un chat blanc.)

(C'est pas du racisme, c'est juste que quand on vit avec un métalleux qui s'habille exclusivement en noir, c'est un peu chercher les embrouilles.)

- Ouais, super. Et après, quoi?
- Quoi?
- Si tu te ramènes avec un chat à la maison et que je suis allergique quand même, on fait quoi?

EH BEN TU PRENDS UN AERIUS TOUS LES JOURS ET TU FAIS PAS CHIER TON MONDE! 

MOI CA FAIT DOUZE ANS QUE JE PRENDS LA PILULE POUR TA GUEULE, MA COUILLE!

TOUS LES SOIRS DE MA VIE JE ME BOURRE D'HORMONES DE SYNTHÈSES JUSTE POUR QUE TU PUISSES Y ALLER COMMANDO DANS MA TEUCH, EST-CE QUE TU M'ENTENDS CHOUINER COMME UNE PETITE BIATCH?

NON, J'CROIS PAS, NON.


Pardon, je m'emporte, mais faut me comprendre, les chats c'est toute ma vie, et si j'avais pas rencontré Flaxou, j'en aurais déjà douze.

(Bon, okay, je serais aussi clairement une vieille fille à vie.)

(Mais au final, qu'est-ce qui est mieux? Les mecs, ou les chats?)

(La question se pose.)

Mais la vie est ce qu'elle est, et j'aime tout de même cet homme sans coeur, alors, pour ne pas risquer de mettre sa santé en danger, j'ai opté pour la solution raisonnable.

LE CHANTAGE.

En gros, j'ai posé un diktat convaincu Flaxou que s'il n'allait pas faire un test d'allergies, je partirais du principe qu'il n'est pas réellement allergique et que donc j'adopterais un chat unilatéralement et tant pis pour sa gueule.

En contrepartie, j'ai été forcée accepté le compromis que, si le test prouvait qu'il était vraiment allergique, je renoncerais à mes voeux de folle aux chats jusqu'à la mort de l'un de nous deux.

Et s'il meurt en premier, je peux t'assurer que ça va se passer comme ça:

- SPA bonjour!
- Bonjour, je voudrais tous vos chats.
- Pardon?
- Oui, parce que j'ai eu peur que vous compreniez juste "donnez-moi plusieurs chats", donc je veux être parfaitement claire: donnez-moi. TOUS. VOS. CHATS.

(Heureusement pour moi, j'ai plein de noms en réserve.)

(Bidouille, Croissant, Canaille, Biscotte, Pesto, et Steve.)



Et toi? Est-ce qu'il y a des animaux que tu voudrais grave adopter, mais que tu ne peux pas avoir chez toi?

(Lâche tes commmmz comme si c'était 2005.)

samedi 28 avril 2018

Quatre jours à Londres avec des péteuses


La semaine dernière, je suis allée à Londres avec Sarah et Gaëlle.

Si tu demandais à Gaëlle ce qu'elle a fait pendant ces quatre jours, elle te répondrait sûrement :

J'ai pris l'avion pour la première fois de ma vie (et j'ai eu moins peur que Sarah qui le prenait pour la millième fois). J'ai vu Westminster Abbey, le Parlement, pas Big Ben parce qu'il était en travaux mais bon on peut pas tout avoir, les lions de Trafalgar Square, la Tour de Londres, et Tower Bridge.

J'ai monté les huit cent marches de la cathédrale de Saint Paul plus vite que tout le monde et pourtant c'est moi la fumeuse, c'est dire si mes amies sont des grosses loques.


(Et la vue d'en haut était, bon, SYMPA.)

J'ai traversé le Millenium Bridge en essayant d'ignorer Sarah qui courait à côté de moi en criant :

- Course de balais! Zoum! Zoum! Expelliaramus!

J'ai mangé des fish &chips et bu de la Guinness, j'ai même participé à un Pub Quiz alors qu'on comprenait rien à ce que le gars marmonnait dans son micro.

Je me suis levée aux aurores tous les matins pour aller chercher le petit déj pour mes copines, et non ça n'a rien à voir avec le fait que je descendais fumer de toute façon, j'aurais pu faire ma crevarde et à la place je leur ai ramené des escargots à la cannelle tous les jours, alors hein.

J'ai critiqué le look de beaucoup de gens, mais en même temps, le mec qui avait un lampion sur la tête, il l'avait quand même un peu cherché.

J'ai vu un mec devant la Tate Modern prendre une photo d'une banane sur un pont et je m'en suis toujours pas remise.

(POURQUOI??!)

D'ailleurs Charlotte nous a traînées à la Tate Modern et je m'en suis toujours pas remise.


(Cette sculpture avec un chariot et des bouts de glaise par terre, on en parle?)

(Et trop merci la description qui nous a informé que "le chariot représente une chèvre", ça nous a vachement aidées.)

J'ai marché 12 kilomètres par jour mais avec mes jambes d'un mètre vingt, c'était facile.

Je me suis tapée l'affiche à la comédie musicale du Roi Lion parce que mes deux copines qui n'ont jamais fait leur deuil de Mufasa ont pleuré comme des madeleines tout le long du spectacle.

Mais au final, c'était quand même vachement cool.


Si tu me demandais à moi ce qu'on a fait pendant ces quatre jours, je te dirais:

J'AI DÉPENSÉ TOUTE MA THUNE.

Clairement, c'était pas une bonne idée de faire toutes mes facturations du trimestre juste avant de partir, parce que je suis partie à Londres en mode "zéro limites".

Et partout où on allait, j'achetais des trucs.

A notre arrivée, on est allées se promener sur Portobello Market, et j'ai acheté une bague, une paire de boucles d'oreilles, et une boussole en cuivre trop jolie qui était présentée dans une petite boîte en bois (et du coup, franchement, c'est une affaire, vu que j'aurais acheté la boîte seule de toute façon).

(Plus tard, Sarah et Gaëlle m'ont appris qu'il y avait une boussole sur mon smartphone.)

(Oui mais est-ce qu'elle est présentée dans une jolie boîte en bois?)

C'était pas mal pour le premier jour, déjà.

Mais ensuite les jours ont continué à passer, et moi par contre je me suis pas arrêté de claquer mon fric.

Le dimanche à Brick Lane, j'ai acheté un trench coat:


Le lundi à Camden Market, j'ai acheté des sous-verres Game of Thrones :


Le mardi, on est allées à Primark, alors évidemment j'ai acheté des chaussettes, un pyjama, une robe, un jean, deux hauts, une pince à cheveux, et à peu près mille culottes (mais elles étaient trop jolies et avec des petites rayures):


Et ensuite on est allées à H&M et je me suis jurée que j'allais plus rien acheter, et à la place je suis ressortie avec un jean, deux T-Shirts et un blazer:


(Mais au moins j'ai pas craqué devant le rayon Harry Potter du Primark.)

(Même si j'ai quand même mis un pyjama Ravenclaw dans mon panier avant de me dire "attends, Charlotte, déconne pas, t'es même pas une vraie fan putain".)

Mais bon, il n'y avait pas que le démon du shopping qui a pris possession de moi pendant ce séjour : il y avait aussi un démon intérieur qui m'a fait parler des langues latines pendant mon sommeil.

Je m'explique : quand il s'agit de dormir, je suis pas la meuf la plus chill du monde.

Concrètement, je gigote beaucoup, je parle, je rigole (quasiment toutes les nuits, d'après Professeur Flaxou qui trouve ça très flippant), et j'ai même occasionnellement des crises de somnambulisme qu'on croirait que c'est intéressant, mais en vrai je me réveille juste sur le canapé avec une crampe dans la nuque et des bleus sur les tibias.

Et comme on partageait une chambre à trois (et que je partageais un lit avec Sarah), j'ai prévenu les filles le premier soir que je ferais de mon mieux pour pas gigoter dans le lit "comme un chien quand il rêve qu'il pourchasse un lapin" (Flaxou dit que c'est à ça que je ressemble), mais qu'elles ne s'alarment pas si elles m'entendaient rire, parler, ou me balader dans le noir.

(La réaction de Gaëlle et Sarah)

J'ai passé une super nuit, et le matin venu, je me suis réveillée devant la tête hilare de Sarah :

- Qu'est-ce qu'il y a? J'ai rigolé en dormant, c'est ça?
- Alors, déjà, oui, mais t'as fait bien mieux.

Et Sarah m'a alors raconté qu'au milieu de la nuit, je l'avais réveillée en rigolant, puis que je m'étais soudain exclamé :

- Attends! Je vais aller chercher du chocolat!

Et qu'ensuite, j'avais rigolé de nouveau, puis j'avais crié:

- TCHO-CO-LA-TÉÉÉÉ ! 

Avant de me mettre immédiatement à ronfler.

Ça l'a beaucoup fait rire, moi ça m'a passablement terrifiée, d'autant plus que WHAT THE FUCK J'AI FAIT ALLEMAND LV2 POURQUOI MON SUBCONSCIENT CAUSE EN ESPAGNOL ??!

(Par contre, au niveau des thématiques, on est bien raccord.)

(Le chocolat c'est la vie.)

Bref, tu t'en doutes, Sarah m'a appelé "Tchocolaté" tout le séjour, et s'est plaint moult fois que c'était pas évident de dormir à côté de moi.

(Ouais, enfin moi je trouve aussi ça difficile de dormir à côté d'une certaine personne qui me pète dessus et envahit mon espace vital pendant la nuit, mais tu me vois pas me plaindre.)


(Bon, d'accord, je me plains un petit peu sur Snapchat, mais c'est tout.)

Mais au final, c'était quand même vachement cool.


Et enfin, si tu demandais à Sarah ce qu'elle a fait durant ces quatre jours, elle te répondrait:

J'AI DORMI.

J'AI DORMI PARTOUT.

J'AI DORMI DANS L'AVION.


J'AI DORMI DANS LE METRO.


J'AI DORMI DANS LES PUBS.


 (Mode coop enclenché!)

Mais heureusement, je suis quand même resté éveillée assez longtemps pour faire tous les trucs que j'aime : boire des cappuccinos, me plaindre de l'art moderne, dire des méchancetés sur les gens dans la rue, dire des méchancetés sur les gens dans les cafés, et dire des méchancetés sur les gens dans le métro:

- Tiens Sarah, y'a une place assise qui se libère, là, si tu fais vite...
*une nana s'assied*
- Nan, c'est bon, je laisse ma place aux moches.


(TOUT LE MONDE PARLE FRANÇAIS DANS CETTE VILLE ET CLAIREMENT JE M'EN BATS LES COUILLES.)

J'ai quand même rattrapé ce tapage d'affiche en tuant tout au pub quiz grâce à mon amour immodéré des énigmes:

- C'est quoi ça?
- C'est une série de numéros qui représentent des lettres, il faut trouver des typ...
- C'EST POUR MOI !

J'ai aussi été traînée dans un restau indien par Charlotte, et on a super bien mangé, même si on est rentrées à l'appart en se tenant le bide:

- Pourquoiiii?
- Pourquoi c'est tellement louuuurd?
- Pourquoi je m'arrête pas de péteeeeeer? 

(En même temps, j'avais mangé un butter chicken avec un verre de lassi – ce qui est plus ou moins l'équivalent de manger un bol de crème chaude, avec un verre de crème froide.)

Et puis j'ai traumatisé mes copines avec mes histoires de pets :

- Je pète tellement... quand j'aurai des enfants, je leur péterai carrément sur la tronche.
- ....
- Quoi? Vous, vos parents, ils vous pétaient pas dessus?

Et c'est ainsi que j'ai appris à mes amies effarées que, dans ma famille, tous les parents pètent sur leurs enfants.

- Mon grand-père il disait à ma mère : "donne-moi ta main, je te donne un cadeau". Et après, il lui pétait sur la main. 


- Quoi? C'est normal !


(Comment te dire....)

Et les révélations ne s'arrêtaient pas là.

- Quand j'étais petite, je mettais ma tête sur les fesses de ma mère, pour regarder la télé. Et je lui disais "si tu dois péter tu me préviens, hein!" Et elle faisait "oui oui" et après elle pétait sur mon visage et elle rigolait.


- Mais, alors, sérieusement, vos parents ils faisaient pas ça ??!

(RIP mon enfance)

Mais au final, c'était quand même vachement cool.


Epilogue:

- Flaxou, devine combien de fois j'ai pleuré à la comédie musicale du Roi Lion?
- Trois?
- Cinq!
- Ma pauvre.
- Oui, ils avaient rajouté des scènes vachement émouv...
- Non mais en fait je parlais à Gaëlle, là.


Epilogue, la revanche:

samedi 31 mars 2018

Sorcière, sorcière, prends garde à ton derrière

Coucou les loulous!

Je m'excuse pour cette longue absence, mais en ce moment, c'est le calme plat dans ma vie, donc j'ai rien à raconter.

Rien, si ce n'est ce bouquin HALLUCINANT sur lequel je suis tombée lors de ma dernière virée en librairie, et qui était tellement ouf que je ne résiste pas à l'envie de te le résumer.


Alors, oui, je sais, c'est un ouvrage de niche, mais attends deux secondes tu vas voir c'est cool.

L'auteur, Rodolphe Reuss, est surtout connu pour être le terminus de la ligne C du tram de Strasbourg (3615 blague locale), et pour les intellos, c'est aussi un historien du XIXè siècle qui s'est notamment spécialisé dans l'histoire alsacienne.

Et donc, en 1871, alors que l'armée Prussienne ravage Strasbourg après la fin de la Guerre Franco-Allemande (et que l'Alsace, alors française, est redevenue allemande) (elle le restera jusqu'en 1918, à la fin de la Première Guerre Mondiale), Rodolphe Reuss est sur place, et il a le seum.

Il a le seum grave, même, parce que les Prussiens ont foutu le feu à la bibliothèque lors du bombardement de la ville, ce qui a provoqué la perte de plein d'ouvrages, non seulement super vieux, mais aussi extrêmement rares. (Et ça, t'imagines que pour un historien, y'a de quoi se foutre en rogne.)

Du coup, pour oublier les tourments de l'époque, Rodolphe se plonge dans son travail et se tourne vers le passé, et notamment une époque pas trop jojo : celle des procès de sorcellerie.


(Exactement ça.)

Il rédige donc ce bouquin, qui répond aux questions suivantes : Comment devient-on sorcier ou sorcière? De quels pouvoirs disposent les sorcières? Comment se déroulait le sabbat? Comment se passaient les procès des sorcières? Et, enfin, comment est-ce que tellement de gens ont cru à ces histoires de pouvoirs démoniaques au point de brûler vifs des milliers (oui oui, des MILLIERS) de personnes rien qu'en Alsace?

Pour ses recherches, l'ami Rodolphe se base principalement sur les archives de procès, et sur un bouquin de l'époque, le Malleus maleficarum (on dirait pas trop un nom de groupe de metal gothique?), qui pose déjà bien le ton dans sa vibe "les femmes, ces connasses":



(Mais oui! Le vrai latin, c'est pour les mous du gland!)

(Pour la petite histoire : oui, certes, l'étymologie du mot "femme" a été discutée, mais plutôt discutée dans le sens "est-ce que femina est un participe passé ou un participe présent", ce genre de discussions, t'vois.)

Bref bref, après cette trop longue intro, commençons à résumer ce bouquin.

Si je devais résumer le livre en une phrase, en fait, ça serait :

Etre une sorcière, cette putain de grosse arnaque.

Parce qu'en fait, même avant de parler des procès, rien que sur le fait de devenir une sorcière, tu te fais grave enfler.

Mais au fait, comment on devient une sorcière au Moyen Age?

(Petit aparté : le livre parle des XVIè et XVIIè siècles, qui techniquement se situent bien après le Moyen Age, vu qu'on a déjà l'imprimerie, le Roi Soleil, Jean de la Fontaine et ses petites fables passives-agressives, l'encyclopédie de Diderot, et Léonard de Vinci qui invente l'hélicoptère 450 ans en avance (aparté dans l'aparté : on est tous d'accord que Léonard de Vinci est un voyageur temporel? Non? Juste moi?) donc oui, on n'est plus au Moyen Age, mais DUDE ON BRÛLE DES GENS VIVANTS, donc tu m'excuseras si j'utilise encore le terme de "Moyen Age" dans cet article, parce que ça me ferait franchement trop mal de dire "Age de l'Humanisme" dans une histoire qui parle de BRÛLER DES GENS VIVANTS)

Bref bref Brejnev.

Pour devenir une sorcière, donc, c'est plutôt logique : il faut vendre son âme à Satan.

Par contre, là où c'est un peu décevant, c'est que y'a même pas besoin d'invoquer Lucifer, en mode "j'allume des cierges noirs et je trace un pentacle par terre avec le sang d'un bouc", ou autres trucs qu'on aurait vu dans Supernatural.


(Oui, tu te fais chier pour rien, Rowena)

En fait, il suffit d'être frustrée de la vie une seule fois (et je pense que quand on est une femme au putain de Moyen Age, ça doit arriver relativement souvent) (rapport au fait que c'était encore légal pour ton père de te vendre à des inconnus contre de l'argent ou une vache, tout ça), et pouf! Satan vient cash t'offrir ses services.

(Donc, pas la peine d'aller enterrer des ossements à minuit à un carrefour au milieu du maïs, ou que ne sais-je.)

Le Diable apparaît sous des traits humains; des fois des gens que les nanas connaissent, mais le plus souvent, sous les traits d'un bel inconnu.

Petit aparté pour mes soss' alsaciens : si vous avez l'un de ces noms de famille, félicitations, vous êtes d'engeance démoniaque, c'est plutôt la classe :


 (Faites quand même gaffe aux gens qui voudraient vous brûler, on sait jamais)

Le Diable propose donc aux femmes (des fois aux hommes, mais ils sont une très petite minorité) de les initier aux mystères de la sorcellerie; en échange, les femmes doivent lier leur âme à Satan, et lui promettre un tas de choses : de venir au sabbat une fois par an (le sabbat, c'est comme une sorte d'AG démoniaque), de mentir à la confession, et plein d'autres choses abominables, comme... manger de la viande le vendredi.


(V'là pour le mal incarné, quoi.)

Une fois que les sorcières ont promis de répandre le chaos en faisant des trucs aussi fifou que bouffer une côtelette, le Diable leur fait signer un contrat où il précise le nombre d'années où il leur accorde le privilège d'exercer leur magie. Mais comme c'est le Diable, il aime bien les karna en grattant l'un des chiffres (romains) une fois le contrat signé, comme ça c'est genre : ha ha ! Tu pensais pouvoir être une sorcière pendant vingt ans? LOL NOPE, dans dix ans ton âme est à moi.

(Mais en même temps, c'est Satan, donc est-ce qu'on est vraiment surpris?)

Ce qui est vraiment surprenant, par contre, c'est à quel point les pouvoirs des sorcières étaient pourris. Parce que bon, c'est des gens qui sont censés être les agents employés par Satan pour répandre le mal sur terre, donc on pourrait croire que Satan leur filerait des pouvoirs un peu cools. Non? Non.

En fait, dans la majorité des procès, les accusations de "sorcellerie" se portent sur des histoires de maladies mystérieuses qui auraient frappé les hommes ou le bétail, et qui s'avèrent au final être, soit des maladies normales, soit des cas d'empoisonnement, et excuse-moi mais est-ce que ça vaut vraiment le coup de vendre son âme au Diable si c'est pour finir par verser du mercure dans la tasse d'un gus comme le dernier des ploucs? Je ne crois pas.

Pareil pour une autre accusation commune aux procès, celle d'avoir ruiné des récoltes: en gros, on pensait que les sorcières avaient le pouvoir d'invoquer des tempêtes, du brouillard, des orages de grêle, etc.

Alors on ne va même pas parler de la facilité de blâmer les sorcières dès qu'il pleut un peu trop (on dirait ma mère qui blâme tous les maux de la terre sur les jeux vidéo), mais ce qui me tue, c'est le fait que, dans la croyance populaire, on pouvait contrer ces sortilèges en faisant sonner les cloches du village. Et... c'est tout.

MAIS?

MAIS VOUS BRÛLEZ DES GENS POUR QUOI, AU JUSTE?

Parce que là, entre les "sorts" qui sont en fait juste des empoisonnement à la belladone, et les "sorts" qu'on peut contrer tellement facilement qu'il suffit de faire sonner une pauvre cloche, vous avez peur de quoi, en fait?

Sans déconner, ce qui m'a le plus choqué en lisant ce livre, c'est pas tant la croyance aux sorcières et aux maléfices (on parle quand même du Moyen Age), mais le fait qu'on avait tellement peur de sorcières TELLEMENT NULLES.

J'veux dire, dès qu'elles ont un pouvoir un peu cool, y'a un "mais" qui rend ça pourri. Genre, y'a des histoires de sorcières qui se changent en animaux, a priori c'est un pouvoir qui pète la classe. Mais ensuite, le bouquin nous explique qu'elles peuvent pas se re-changer en humains quand elles veulent! Et du coup, y'a des histoires ridicules comme celle d'une sorcière de Sélestat qui se change en cheval (alors déjà, pourquoi un animal aussi pourri?) (chais pas, moi, change-toi en loup!) (c'est quand même pas à moi de t'apprendre ton métier, merde) et ensuite elle arrive pas à se retransformer en humaine à temps, et ELLE SE FAIT FERRER.


(Déplorable, 0/20, Harry Potter sans ses lunettes aurait fait mieux)

Bref, comme le résume Ro-ro: 


(Merci.)

Bon, maintenant qu'on a parlé des superstitions de l'époque, passons aux choses sérieuses : les procès.

Alors, un petit point intéressant : les procès du XVIè et XVIIè siècle sont techniquement gérés par des tribunaux laïcs, et pas directement par l'Eglise.

(Même si bon, voilà, on était quand même bien avant la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat, et donc le clergé catholique et protestant participait quand même de vachement près à tous les procès, ainsi qu'aux séances de torture.) 

Qui retrouvait-on dans les procès de sorcellerie? Eh bien, selon Rodolphe, absolument tout le monde – riches, pauvres, nobles, commerçants, paysans, clochards, gens de la ville ou de la campagne, et même membres du clergé – personne n'était à l'abri, c'était la paranoïa totale:


Aux procès, on trouve des hommes, des enfants aussi (eh, on n'est plus à ça près, non?) mais surtout, surtout des femmes.

Pourquoi principalement des femmes? J'ai envie de répondre "parce que le patriarcat, comme toujours" mais je vais élaborer juste un poil:

D'abord, l'Eglise de l'époque était pas ultra-copine avec les femmes en général, et il était "connu" au sein des gens de foi que les femmes étaient plus faibles d'esprit que les hommes, et donc plus susceptibles aux influences du Malin.


Et puis bon c'était pas que les gens d'église, hein, c'était un peu la fête de la misogynie à l'époque, et c'est donc logique qu'on rencontre souvent des femmes au banc des accusées – notamment parce que l'un des pouvoirs présumés les plus importants des sorcières, c'était la capacité à faire tourner les têtes des hommes.


(Pense "philtres d'amour" et autres sortilèges à base de mèches de cheveux.)

En plus de leurs facultés de rendre les hommes fous d'eux, les sorcières étaient également réputées pour lancer des sorts d'impuissance et d'infertilité à leurs victimes.

Rodolphe Reuss nous raconte d'ailleurs que c'était chaud pour un homme frappé d'un tel sortilège de trouver qui l'avait maudit, et qu'il devait alors procéder à un petit examen de sa vie:


Et j'imagine qu'ensuite il va trouver la nana pour s'excuser et demander qu'elle lève le sort...


AH OUAIS D'ACCORD VOUS ETES TOUS DES MALADES OKAY PARFAIT.

Une autre raison pour la présence massive de femme sur le banc des accusées, c'était le fort taux de mortalité infantile, qu'on expliquait à l'époque facilement (vu qu'on ne connaissait pas la médecine ni l'hygiène) : bébé mort = sage-femme sorcière. (Et évidemment, il n'y avait pas d'hommes accoucheurs, donc forcément, surreprésentation de femmes à ces procès.)

Et comme on va le voir, il y avait même pas besoin d'un cadavre à la clé. En fin de compte, il suffisait de très peu pour se faire accuser de sorcellerie – ci-dessous, certaines des accusations révélées dans les archives des procès alsaciens : 

- visage repoussant (merci)
- a proféré des paroles menaçantes contre autrui dans un moment de colère (super)
- bruit insolite dans la maison (sérieusement)
- présence d'un animal domestique soupçonné d'être Satan déguisé (vous avez fumé)
- médicaments étrange dans une armoire (c'est carrément Desperate Housewives)
- paroles murmurées pendant le sommeil (putain c'est la police du rêve, c'est 1984)

Et, COMME S'IL N'Y AVAIT PAS ASSEZ DE BALANCES PARTOUT, la source première de mise en examen des sorcières, ça reste les "aveux" des autres sorcières, à qui on demande, lors de leur procès, de dénoncer toutes les autres adeptes de Satan qu'elle connaissent – dénonciations qui vont, selon les procès, de quinze à soixante personnes, donc l'effet boule de neige se pose là.

Et c'est super bien fait, parce qu'elles ont même pas besoin de nommer des gens elles-mêmes : le tribunal a déjà une liste des gens suspects, et ensuite, il suffit de lire les noms à la sorcière pour qu'elle réponde par "oui" ou par "non".

Et si elle répond "non" à tous, on la torture jusqu'à ce qu'elle dise "oui".


(DU GÉNIE)

Imagine le temps qu'on gagnerait en instruction si tous les procès se déroulaient comme ça!

- Et donc, Michal, c'est vous qui avez volé l'orange du marchand?
- Vous êtes fous, c'est pas moi!
- Eh ben on va vous torturer jusqu'à ce que ça soit vous.
- Et ensuite je serai libéré?
- Ah ben non! Ensuite on vous brûle.
- Et.... si je dis rien?
- On vous brûle aussi, mais plus lentement.

En fait, le procès était fait de telle manière que, dès que quelqu'un était accusé de sorcellerie, cette personne allait brûler, c'était fatal, c'était automatique, c'était inéluctable.



Du coup, c'était plutôt pratique pour les gens de l'époque : si t'aimais pas quelqu'un, hop! Tu le faisais brûler, bon débarras. Exemple particulièrement savoureux : Rodolphe Reuss cite le cas d'un fils qui accuse sa mère de sorcellerie pour toucher son héritage tout de suite, et "dans l'espoir de hâter la procédure, offre de la brûler à ses frais". 


(J'en connais une qui doit avoir le seum que la mortalité infantile ait pas chopé celui-là.)

(Aparté: je suis bien contente que ces procès n'existent plus, parce que, connaissant ma nature rancunière, je pense que j'aurais fait pas mal de victimes si j'avais vécu à cette époque.)

(RIP Aurore Meyer du CP qui avait des meilleures notes que moi, RIP Marie du CM1 qui m'a volé ma meilleure amie, RIP ma belle-mère qui m'a interdit de lécher le couteau à Nutella, RIP Dimitri en Terminale qui m'a trompée avec une meuf de Mulhouse, RIP la boulangère qui m'a un jour rendu la monnaie en disant "voilà jeune homme".)

(On est au dix-septième siècle et vous êtes tous morts, et franchement, je suis probablement morte avec vous, vu le rythme auquel vont les choses à cette époque.)

Ces procès de sorcières, c'était probablement l'un des appareils judiciaires les plus biaisés possibles : déjà, la personne qui accusait une sorcière n'avait aucune preuve à fournir ; c'était à la sorcière de réfuter les accusations, et sérieusement, va réfuter "t'es moche et ton chat on dirait Satan", sans déconner.


Ensuite, la sorcière avait théoriquement droit à un avocat, MAIS le petit souci, c'est que dans la majorité des cas, les avocats étaient jugés pour sorcellerie eux-mêmes, une fois que la sorcière avait été brûlée.

(LOL)

Le juge lisait à l'accusée les dépositions contre elles, la sorcière niait, ensuite on allait la torturer, et on lui reposait la question. Si elle niait encore, on retournait la torturer, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle "avoue" tout ce qu'on voulait.

(Et, comme le signale Rodolphe Reuss, les accusés étant souvent des femmes, et les bourreaux souvent des hommes, EVIDEMMENT ON LES VIOLAIT AUSSI, HEIN, parce que ce serait pas assez fun de SEULEMENT les brûler, les fouetter, leur arracher les ongles, leur disloquer les membres, leur broyer les articulations avec une vis, ou les empêcher de dormir pendant des jours.)

Une fois que les sorcières avaient cédé à la torture, on les reconduisait devant le juge, et la suite est franchement pas mieux:


(Ah, les inquisiteurs, ces petits taquins.)

Si la sorcière ne cédait toujours pas, on appelait souvent des prêtres (catholiques ou protestants, selon la confession de l'accusée), qui venaient lui dire que c'est bon, si tu dis oui à tout, okay on va te brûler, mais Dieu te pardonnera et t'iras au Paradis et ce sera tip top.

Si, malgré tout cela, l'accusé ne cédait pas, on était obligé de l'acquitter (tu te doutes que c'était plutôt rare), et, même innocenté, c'était pas la joie : l'accusé était souvent expulsé du pays, mais avant ça, il devait PAYER LES FRAIS DU PROCÈS.

Sans déconner!

Imagine le truc, quoi! On t'arrête pour un crime que tu n'as pas commis, on te torture des jours et des jours, et quand on te relâche, tu dois PAYER LES FRAIS DE DÉPLACEMENT DU BOURREAU! 


Si l'accusé était acquitté, la ou les personnes qui l'avaient accusé de sorcellerie n'étaient pas inquiétées par la justice du tout – sauf rares exceptions, comme nous l'explique Rodolphe :


Pour la grande majorité qui cédaient sous la torture, c'était direction le bûcher, avec aucune exception – même pour les miraculés:


(Je dirais bien que je suis choquée et déçue, mais si tu connais Thann, c'est pas vraiment une surprise.)

Une fois la sorcière exécutée, tous ses biens étaient confisqués et revenaient au fisc, qui s'en servait pour payer le salaire des magistrats et des fonctionnaires. Et, évidemment, si un membre de la famille venait réclamer des biens confisqués, devine ce qui leur arrivait? Bingo! Ils étaient accusés de sorcellerie et brûlés.


(C'était drôlement pratique, dis donc.)

En termes de chiffres, c'est super difficile d'estimer combien de personnes ont été brûlées sur toute la région Alsace (ou sur tout le territoire français, ou sur toute l'Europe) pendant ces deux siècles, mais les chiffres qu'on a font froid dans le dos : entre 1629 et 1642, on a brûlé 91 sorcières à Sélestat (ce qui fait une moyenne de 7 par an, dans une ville de même pas 5000 habitants). A Strasbourg, on parle de 5000 personnes en 20 ans. Et puis alors, à Thann, je laisse un extrait de la chronique de la ville parler par elle-même:


BON.

BON BON BON.

C’ÉTAIT BIEN DÉPRIMANT, TOUT CA.

C'était tellement déprimant que je galère grave à trouver une manière humoristique de clôturer cet article.

Du coup, je vais laisser les gens les plus drôles de l'univers (c'est les Monty Python) s'en occuper à ma place.



Voilà, j'espère que cet article t'a plu (et qu'il t'a appris plein de choses cool pour briller en soirée mondaine.)

("Ha ha, oui, les voitures sans conducteurs, un sujet passionnant, mais est-ce que vous avez lu cet article sur les procès des sorcières au dix-septième siècle en Haute-Alsace?")

Et je te donne rendez-vous bientôt pour des aventures plus joyeuses (promis).

dimanche 25 février 2018

Vis ma vie de femme des bois


Et donc ça fait quelques mois que j'habite Kaysersberg.

Kaysersberg, pour ceux ou celles qui ne connaîtraient pas (HONTE A VOUS) (c'était le village préféré des Français en 2017) (vous n'avez aucune excuse, même si vous êtes des gens de l'intérieur) (on a eu Stéphane Bern qui est venu avec la télé, et tout) Kaysersberg, donc, c'est un charmant village médiéval niché au coeur de l'Alsace, et où ma famille habite depuis des générations.

On fait tellement partie des meubles que ma mamie a sa photo au musée Schweitzer - true story.


(Bon, okay, c'est techniquement une photo d'Albert Schweitzer et il s'avère qu'elle est aussi dessus, MAIS QUAND MÊME.)

Bref, c'est un endroit que j'adore, et j'étais super heureuse de retourner y habiter en rentrant de Nouvelle-Zélande.

SAUF QUE.

Sauf qu'apparemment, habiter dans un village médiéval, ça veut dire VIVRE A L'EPOQUE MÉDIÉVALE, si j'en crois les déboires essuyés ces dernières semaines.

D'abord, j'ai dû réapprendre à vivre avec EJP.

EJP, pour les gens qui ne vivent pas à la montagne, c'était une offre EDF des temps jadis (ça se fait plus, mais les gens qui y étaient inscrits peuvent la garder) où, en gros, tu payes l'électricité moins cher pendant l'année, mais en contrepartie, EDF choisit 27 jours dans l'année où l'électricité coûte quatre fois plus cher. Evidemment, ils choisissent toujours des journées d'hiver, vu que c'est là que tu utilises le plus de courant. Donc EJP, c'était une bonne option pour les gens qui se chauffaient au bois, au gaz ou au fioul, parce que du coup, pendant les journées EJP, on mourait pas de froid, il fallait juste faire gaffe à pas consommer trop d'électricité.

Et dans notre maison, on a EJP (vu qu'on n'a qu'un seul compteur pour les deux appartements). Et comme on se les pèle grave depuis début février, on a enchaîné journée EJP sur journée EJP, et ce serait pas vraiment chiant si je passais pas un tiers de mon temps à bosser de la maison - temps que je passe en général à préparer mes cours et à faire mes corvées et tâches ménagères, mais qui devient vachement moins productif quand je ne peux pas faire de lessive, passer l'aspirateur ou utiliser le four, ou encore quand il me faut DIX MINUTES pour me faire un thé parce que je dois faire bouillir mon eau dans une CASSEROLE comme une CRO-MAGNON.

Et même les jours où je bosse toute la journée et que je suis seulement chez moi le soir, c'est quand même un peu soûlant de se réchauffer des restes à la poêle au lieu d'utiliser le micro-ondes, ou de laisser tomber Skyrim pour aller lire dans mon lit à 20h30, à la lueur de ma chandelle.


(#soiréesdefolie)

Et Flaxou n'aide pas du tout, puisque Monsieur "j'ai pas grandi avec EJP mais par contre mon daron bossait chez EDF alors laisse tomber comment j'ai jamais éteint une lumière de ma vie" n'arrive pas à comprendre le principe d'économiser l'électricité.

Alors oui, certes, peut-être que je pinaille quand je refuse d'utiliser l'énergie somme toute pas bien conséquente de l'ampoule de ma lampe de chevet. Peut-être aussi que j'ai un peu exagéré l'autre jour, quand j'ai arraché une tranche de pain congelé de la main de Flaxou en hurlant "MALHEUREUX ! PAS LE GRILLE-PAIN!"

Mais voilà, j'ai été élevée dans une maison où EJP c'était sérieux, et je soupçonne que comme on n'est pas chrétiens, c'est un peu ce qui fait office de carême pour nous autres hérétiques.

(Et en plus les appareils à résistance, c'est ceux qui consomment le plus, alors un grille-pain, quoi!)

Mais il faut croire qu'apparemment c'était pas suffisant de s'éclairer à la chandelle, et l'univers a décidé de nous faire avancer un pas plus loin dans le RP médiéval en nous coupant l'eau pendant une semaine.

Correction : on avait l'eau, mais on n'avait pas le droit de la faire couler.

En gros, la conduite d'eau était bouchée. On a fait venir un mec pour la réparer, qui a mis une sonde dans le tuyau et a dit:

- Ouais, alors en fait vos tuyaux sont en grès, ils doivent dater des années mille, et ils sont complètement pétés, y'a des racines qui obstruent tout, faut tout remplacer.

C'est là qu'on a découvert que les trois logements de la famille (l'appart de ma mamie, le nôtre, et la maison de mon père) sont connectés au même système d'évacuation d'eau, qui avait été posé par mon grand-père quand il a construit la maison principale dans les années 50, et qu'apparemment il avait pas tout fait entièrement aux normes, parce que c'était beaucoup trop d'eau à faire passer dans des tout petits tuyaux.

Bref, des gars sont venus creuser une nouvelle tranchée, mettre des vrais tuyaux dedans, et raccorder tout ça au tout-à-l'égout (parce qu'apparemment, on croyait être déjà raccordés, mais en fait...non?)

Et ils nous ont dit :

- Les travaux vont durer deux jours, et pendant ces deux jours, il ne faudra pas utiliser d'eau, parce que tout va s'écouler directement dans la tranchée. 

Sauf qu'en fait, les deux jours se sont transformés en cinq jours, parce qu'en creusant, les ouvriers sont tombés sur des trucs qui étaient pas sur les plans, c'est-à-dire d'autres tuyaux, et aussi une PUTAIN DE LIGNE A HAUTE TENSION que personne n'a pensé à signaler, apparemment.

(Normal.)

Donc, j'ai passé cinq jours sans faire vaisselle ni lessive, à me laver les cheveux chez ma mère et à cracher mon dentifrice dans un seau sous le lavabo.

(J'ai officiellement un seau à crachats, nique ma vie.)

Une fois toutes ces péripéties terminées, on était bien contents de revenir à notre quotidien normal.


Mais il restait toujours un problème de taille dans notre foyer de geeks : Internet.

Plus précisément, le débit Internet.

Parce qu'il faut savoir qu'on a souffert cinq ans en Nouvelle-Zélande avec un ADSL poussif digne de 2007 (alors qu'on était quand même dans la plus grande ville du pays), et donc, en rentrant en France, on se réjouissait à l'idée d'avoir enfin un Internet correct.

(C'était probablement numéro deux sur ma liste des choses pour lesquelles je me réjouissais, après "revoir ma famille et mes amis".)

(Pour Flaxou, c'était numéro un, je pense.)

Sauf que, par un malheureux concours de circonstances (que je ne m'explique pas bien parce que je comprends pas vraiment comment marche Internet, pour tout te dire), on s'est retrouvés à Kaysersberg avec une connexion encore PIRE que ce qu'on se traînait à Auckland.

(Moins d'un méga.)

(Si ça te dit quelque chose, tant mieux pour toi.)

Si ça te dit rien, je t'illustre ça : on ne pouvait pas regarder deux vidéos Youtube en même temps sur nos deux PC, tellement le truc ramait.

Si je voulais charger une vidéo à 720p, je devais la mettre en route, faire pause, aller me faire un thé, et revenir cinq minutes plus tard pour qu'elle ait eu le temps de charger.

Et Netflix, c'était environ l'équivalent d'essayer de regarder Canal + en crypté.

Donc, tu l'as compris, c'était l'horreur absolue, on avait envie de mourir.

(Ah ben oui mais j'avais prévenu qu'on était des geeks.)

Donc j'ai fait des démarches pour changer d'opérateur, et j'ai souscrit à une nouvelle offre avec celui qui me promettait les monts et merveilles de huit mégas de débit:

- Et donc, les huit mégas, vous pouvez me mettre ça par écrit?
- Ben... non, c'est pas dans le contrat.
- Comment vous pouvez me garantir huit mégas, alors?
- Ben, on va sur la page de test, on tape votre adresse, comme ceci, et voyez, ça nous dit : huit mégas.
- OK super, alors maintenant ce que vous allez faire, c'est une capture d'écran du truc qui dit "huit mégas", et vous me l'envoyez pas mail.
- Mais je...
- JE ME FERAI PAS BAISER DEUX FOIS JACQUELINE!


Donc j'ai signé mon nouveau contrat, et la dame m'a dit:

- Alors il faudra quand même résilier officiellement chez votre ancien opérateur, et leur renvoyer leur box. Votre nouvelle ligne avec nous sera opérationnelle dans les dix jours.
- Ça veut dire que je vais avoir dix jours sans Internet du tout?
- Ha ha, non non! Un à deux jours maximum. Vous savez, le temps qu'ils coupent la connexion, ça va mettre un moment.

Le soir même, je reçois un SMS totalement enjoué de mon nouvel opérateur:

- Bienvenue chez nous ! On est tellement contents que vous nous ayez choisi! Votre ligne sera opérationnelle au plus tard le 6 mars. Vous allez voir, ça va être super! A bientôt, bisous bisous!

Et, deux minutes plus tard, je reçois un autre SMS de mon ancien opérateur, sur un ton un chouïa différent:

- Alors comme ça, tu nous quittes? Après tout ce qu'on a fait pour toi? C'est bon, on a compris. Merci de nous tenir au courant, hein, non mais vraiment, merci. Okay, sale traîtresse, voilà comment ça va se passer : tu peux nous envoyer la box par recommandé (on a pas envie de voir ta sale tête de toute manière) et de notre côté, on va brûler ta photo et oublier ton visage. ADIEU. 

(Le plus marrant est qu'ils ont fait suivre le SMS de rupture par un SMS d'évaluation de leur services, ce qui était un peu l'équivalent d'un ex qui te rappelle deux minutes après t'avoir dit adieu pour toujours pour te crier "DIS-MOI CE QUI N'ALLAIT PAS, JE PEUX CHANGER, NE ME QUITTE PAS, IL FAUT OUBLIER, TOUT PEUT S'OUBLIER".)

Et, comme après une vraie rupture, il semblerait que mon ancien opérateur soit devenu amer et qu'il essaye de se venger comme il peut, parce que le lendemain, j'avais plus d'Internet.

S'en sont suivies une bonne heure au téléphone avec les deux opérateurs, tout ça pour tenir les deux conversations suivantes:

- Oui bonjour, j'ai plus Internet.
- Ah c'est pas nous! Ça doit être votre nouvel opérateur qui a écrasé la ligne.

- Oui bonjour, j'ai plus Internet.
- Ah c'est pas nous! Ça doit être votre ancien opérateur qui a décidé de tout couper.


(Putain, vous me fatiguez déjà.)

- Et du coup, vous faites quoi de votre côté? Vous allez m'installer Internet bientôt?
- Ah ben comme on a dit, on vous connecte vers le 5 mars.
- "Au plus tard" le 5 mars, vous voulez dire?
- Ha ha oh attendez, je passe dans un tunnel.....

Donc, au lieu d'avoir un Internet merdique, j'ai désormais pas d'Internet du tout (je te poste ce message depuis la wi-fi de ma maman), et j'ai toujours pas le droit d'utiliser mon micro-ondes ou mon sèche-cheveux.

Mais je suis quand même contente parce qu'au moins, cette semaine, je peux tirer la chasse.

(Les petits luxes du quotidien.)