jeudi 25 juillet 2019

Brève parentale


Et donc je suis maman, ma vie est un bonheur de tous les instants, et mes enfants sont des merveilles que j'aime du plus profond de mon coeur, mais soyons sérieux deux minutes, on se fait quand même bien chier avec des nouveaux-nés, vous trouvez pas?

Non parce que moi j'avais signé pour devenir parent avec en tête toutes les choses cool que j'allais pouvoir faire avec mes enfants : les emmener au zoo, au musée, à la montagne des singes, faire de l'acrobranche au Lac Blanc, faire des randos en montagne, aller à Electropolis à Mulhouse et faire l'expérience où ils te chargent d'électricité statique et ensuite tu fais un éclair avec tes doigts là.

Et oui, j'étais au courant que je ne pourrais faire aucune de ces choses-là avant au moins cinq ou six ans, mais je me disais que, dans l'intervalle, il y avait plein d'autres choses cool que je pourrais faire avec mes gosses : leur raconter des histoires, leur faire des câlins, leur faire découvrir le monde, les goûts, les odeurs, les couleurs, toutes ces choses cool.

Sauf qu'en fait, les trois premiers mois, élever un bébé, c'est plus ou moins comme d'élever un vers à bois.

Le machin fait que manger, dormir et faire caca, il ouvre les yeux deux fois par jour et il voit même rien, et lui faire des bisous ou des câlins, avouons-le, niveau réciprocité, c'est comme de câliner un parpaing.

Donc ouais, on s'emmerde un peu avec ces bébés qui n'interagissent qu'avec leur biberon, mais j'avoue que c'est bien foutu quand même, cette histoire de parentalité, puisqu'on a clairement une courbe de difficulté assez bien faite:

- J'ai réfléchi hier, pendant la tétée de cinq heures du matin...
- Oui?
- En fait, c'est un peu comme si on était dans un RPG, et on est au niveau 1 de la parentalité : on doit juste s'occuper des besoins primaires de l'enfant. Le nourrir, le garder propre, le prendre dans les bras quand il pleure : c'est juste ces trois actions en boucle.
- Okay.
- Et ensuite, au fur et à mesure que l'enfant grandit, la difficulté du jeu augmente, et ça te rajoute des tâches de plus en plus complexes : le nourrir avec différentes sortes de bouffe, lui apprendre à marcher, lui apprendre à parler, lui apprendre à obéir, lui enseigner des principes, des valeurs...
- Et là, en fait, on est dans la phase de farming chiante du début, où il faut répéter les mêmes actions jusqu'à ce qu'on level up et qu'on puisse aller faire les quêtes cool!

Donc, qu'on se le dise : élever un nouveau-né, c'est l'équivalent de toutes ces heures passées dans la forêt de Jade à friter des Chenipan niveau 3 avant de pouvoir enfin aller battre Pierre, parce que t'as fait l'erreur de choisir Salamèche au début du jeu et il vaut pas un clou contre les pokémon de type roche.


(Les vrais se souviendront.)

Bien entendu, tout ceci ne m'empêche pas d'interagir avec les bébés en permanence – d'autant que la sage-femme nous a révélé une botte secrète:

- Donc ils ne comprennent pas encore ce qu'on leur dit?
- Non, la compréhension du langage ne viendra qu'à partir de 6-8 mois. Par contre, ils captent déjà vos émotions selon le ton que vous utilisez. Par exemple, un bébé dont les parents se disputent devant lui montrera des signes d'anxiété. Donc, essayez le plus possible de parler doucement et calmement en leur présence.

Et qu'est-ce que nous, parents indignes, on a relevé de ces bons conseils?

Qu'on peut leur dire n'importe quoi, du moment qu'on utilise un ton calme et posé.

Du coup, pendant les nuits blanches, on a tendance à profiter un peu trop du fait qu'on peut dire des méchancetés, du moment qu'on les dit sur un ton guilleret:

- WAAAAAAA
- ♪ Qui c'est qui pleure comme çaaaa ? ♪
- WAAAAAAAAAAA
- ♫ C'est toi, petite enflure? ♫
- WAAAAAAAAAAA
- ♪ Il est quatre heures du matiiiiin ♫
- WAAAAAAAAAAA
- ♪ Je t'ai nourri, je t'ai changé, et t'as fait ton roooooot ♪
- WAAAAAAAAAAA
- ♪ Alors est-ce que tu voudrais pas fermer un peu ta gueuuuuule ? ♫

Alors, qu'on ne se méprenne pas, je les aime quand même, ces enfants. D'ailleurs, c'est même un peu ridicule à quel point je les aime, parce que dis donc v'là les échanges:

Moi, émerveillée devant le bébé qui vient d'ouvrir les yeux :

- Bonjour mon amour! Et qui c'est le plus joli de tous les bébés? C'est toi! Mais oui! Tu es si beau, mon cœur! Maman t'aime si fort, mon bébé chéri!

Mon bébé:


Fort heureusement, j'ai déjà des tonnes d'expérience dans l'art d'aimer quelqu'un qui ne t'aime pas en retour, puisque j'ai déjà eu trois chats.

(Et, contrairement aux chats, on me dit qu'à terme, le bébé finit par t'aimer quand même, donc c'est cool.)

J'ajouterai juste que le fait d'avoir des jumeaux complique un peu les compliments, parce qu'on doit toujours apporter des petits amendements:

- Oh, mon joli trésor! Maman t'aime plus que tout au monde!
- .....
- Enfin, ex aequo avec ton frère, évidemment.

Et si je ne me corrige pas moi-même, c'est Flaxou qui me tombe dessus:

- T'es si beau, mon Sammy! T'es le plus beau de tous les bébés!
- HAAAAAN!
- Quoi?
- Et Auguste, alors?
- Mais Auguste aussi, évidemment.
- Tu l'as pas dit!
- J'ai pas besoin de le dire, puisqu'ils sont identiques!
- HAAAAAN!
- Quoi encore?
- Le livre il dit qu'il faut jamais dire qu'ils sont identiques!
- Mais ils comprennent pas enc...
- TU NIES LEUR INDIVIDUALITÉ! SHAME! SHAME!
- Hier soir, quand Auguste s'est mis à pleurer, tu lui as littéralement dit "mange tes morts".
- OUI MAIS JE L'AI DIT EN CHANTANT DONC CA COMPTE PAS!


(3615 parents de l'année)

A bientôt pour plus d'aventures gémellaires, bisous lactés!

vendredi 12 juillet 2019

BOUM BÉBÉ ! La der des ders


Et donc j'ai accouché de mes bébés.

(Oui, je sais, dans l'article précédent, j'avais dit "merci d'avoir suivi les aventures de mon utérus", mais toi-même tu sais qu'il en restait une dernière.)

J'ai passé ma dernière semaine de grossesse en pleine canicule, à mourir à petit feu, entre mes bas de contention qui ne contenaient plus rien du tout (#oùsontpasséesmeschevilles) et mes bains froids chaque après-midi pour essayer de garder un peu de fraîcheur.

(Autant te dire que le plan original, qui était de marcher à fond pour déclencher l'accouchement plus vite, a été un échec total.)

(Va marcher par trente-huit degrés à l'ombre avec quinze kilos sur le bide, toi.)

C'est donc pleine d'entrain que je me suis dirigée vers la maternité le 28 juin, jour de mon déclenchement, parce que oui joie hallelujah on allait ENFIN me sortir ces bébés.

- Madame? On va vous faire l'examen du col, mais à moins qu'il ne soit déjà ouvert et dilaté, on va vous renvoyer chez vous, toutes les salles d'accouchements sont pleines.


(Allez quoi, faites un effort, les filles !)

Je me suis donc faite ausculter, et on m'a dit que mon col était "presque effacé, mais il reste un bourrelet" (je te laisse avec cette charmante image), et on m'a dit à demain pour recommencer tout ça.

Du coup, j'ai décidé de faire travailler ce col comme jamais pour rentabiliser ce faux départ, et Flaxou et moi on a fait les courses, le ménage, et on a passé l'après-midi à la piscine à faire des longueurs, histoire de détendre ce fameux bourrelet.

Et il faut croire que ça a marché, parce que le lendemain matin :

- Eh bien c'est parfait, votre col est effacé et ouvert de trois centimètres. On va vous mettre sous perfusion tout de suite.


Et on m'a harnachée installée en salle d'accouchement avec tout mon barda : trois capteurs sanglés sur le ventre (un pour capter chaque coeur des bébés, et un pour suivre mes contractions), une perfusion à un bras, et un brassard pour la tension sur l'autre, autant dire que l'inconfort était total, mais je m'en foutais, c'était enfin le jour de ma délivrance, mes bébés allaient enfin arriver !


(Tu le sens, le sourire de la meuf qui a pas encore mal?)

Et la matinée s'est passée tranquillement, avec des petites contractions qui me faisaient pauser dans ma conversation avec Flaxou pour souffler un peu, mais rien de bien méchant. Je me disais que dis donc, je gérais grave, et je me demandais bien pourquoi on en faisait tout un monde, finalement, de cette histoire d'accouchement.

Et puis une sage-femme est venue me voir :

- Alors madame, vous êtes à cinq centimètres, on va maintenant rompre la poche des eaux du premier jumeau. Je vous conseille d'installer la péridurale avant, parce que les contractions vont s'intensifier.

Et moi, le GÉNIE de l'accouchement, tu sais ce que j'ai répondu?

- Oh, c'est bon, je gère bien là, je ne pense pas que j'en aie besoin tout de suite.

Là, j'aurais dû me douter de quelque chose, parce que la sage-femme m'a regardée genre :


Et puis elle m'a dit :

- Okay, vous faites comme vous voulez. L'anesthésiste n'est pas loin si vous changez d'avis.

Et puis elle m'a mis une bassine sous les fesses, elle a chopé une petite scie en plastique, et d'un seul coup c'étaient les chutes du Niagara dans mon lit d'hôpital, WHAT THE FUCK.

(Non parce qu'on dit "la poche des eaux", mais y'a VACHE D'EAU quoi.)

Et puis j'ai vite compris le pourquoi du regard de la sage-femme avant, parce que j'étais en train de plaisanter avec Flaxou sur la quantité de flotte qui s'échappait de moi, quand une contraction est venue me casser en deux. Et c'est là que j'ai compris qu'en fait c'était CELLES-LA, les vraies contractions! Celles qu'on voit à la télé avec les nanas qui hurlent! OKAY JE COMPRENDS.


Mais du coup, comme j'avais fait ma maligne, j'ai quand même patienté une heure avant de lancer à l'anesthésiste qui passait par là :

- Au fait, pour la péridurale... disons que c'est pas urgent-urgent, mais on va dire que je suis prête quand vous êtes prête.

Et laisse-moi te dire que, quand la péridurale était mise, j'ai eu une pensée pour toutes ces femmes qui ont été assez fortes pour accoucher sans anesthésie, parce que MANDIEU QUE CA FAIT DU BIEN D'ÊTRE SHOOTÉE AUX TRANQUILLISANTS.

(Sérieusement, j'étais tellement soulagée que j'ai même fait une sieste.)

(Pendant que j'étais en train de me vider de mon liquide amniotique, tout à fait.)

Et puis les contractions ont graduellement repris, augmenté, et ce jusqu'au stade où je guettais l'horloge en comptant combien de minutes il me restait avant que la pompe à drogues se débloque.

Oui, pour ceux et celles qui l'ignorent : quand on te pose une péridurale, on te donne une petite pompe avec un bouton magique dessus, qui te permet de te donner une dose de rab si les contractions font mal. Mais pour éviter que tu fasses une overdose ou que tu t'anesthésies complètement, la pompe se bloque après une utilisation, et il faut attendre 15 minutes avant de pouvoir l'utiliser de nouveau.

Mais globalement, je gérais comme une championne :

- Je suis si fier de toi, ma chérie.
- Mais ouais, je suis une Viking.
- Je suis tellement impatient de pouvoir bientôt rencontrer nos enf...
- FLA IL EST VINGT HEURES DOUZE VA APPUYER SUR LE BOUTON MAGNE-TOI PUTAIN!


(Comme. Une. Championne.)

Et puis, au bout d'onze heures de contractions, la sage-femme est venue me dire que c'était le moment des choses sérieuses.

Alors toute cette partie de l'accouchement est un peu floue dans ma mémoire, parce que, de un, j'étais quand même bien droguée, et de deux, j'étais méga concentrée sur mon travail, mais Flaxou m'a depuis raconté que le personnel passait son temps à aller et venir entre ma salle d'accouchement et trois autres, parce qu'apparemment toutes les femmes du Haut-Rhin avaient décidé de donner naissance le même week-end.

Perso, je ne me rappelle d'aucun visage, d'aucune personne, juste de voix qui me disaient de pousser, pousser, plus fort, mieux que ça, encore, allez, encore, c'est bien, on continue, et ainsi de suite pendant quarante interminables minutes.

J'étais en train de me dire que ce foutu bébé ne sortirait jamais, quand j'ai entendu le médecin dire à la sage-femme :

- Le crâne est suffisamment sorti, on peut chercher la ventouse.

Moi, je ne voyais rien de ce qui se passait, vu mon gros bide qui était dans le chemin, mais j'ai vu Professeur Flaxou (qui, en bon scientifique, avait insisté pour regarder TOUT CE QUI SE TRAMAIT du côté de ma teuch) (cet homme est fou) pâlir un bon coup pendant que la sage-femme faisait de grands mouvements de bras avec le crâne de mon bébé mais sérieusement c'est pas censé être super fragile cet engin-là?

Et puis j'ai continué à pousser, pousser, pousser jusqu'à l'épuisement, et je crois que le docteur a vu que je fatiguais et a pensé que ce serait encourageant de me dire :

- La tête est sortie ! Vous voulez la toucher?


(Non merci, j'ai envie de pouvoir vivre sans cauchemars intenses pendant les vingt prochaines années, merci.)

Et puis j'ai poussé encore un peu, et d'un seul coup, j'ai senti comme un poids énorme qui se détachait de moi, ils m'ont posé un machin gluant tout gris sur le ventre et c'était mon bébé, un bébé tout fini, avec des ongles et des cheveux, un bébé avec des yeux grands ouverts qui me regardaient, un bébé qui respirait et faisait des petits bruits, un bébé si grand déplié que j'arrivais à peine à croire qu'il était dans mon ventre il y a une seconde, un bébé si magnifique et si parfait et si TELLEMENT LE PORTRAIT DE SON PÈRE PUTAIN CA VALAIT BIEN LE COUP QUE JE ME FASSE CHIER TIENS.

(Sans déconner, cet enfant est un clone de Flaxou.)

(Il a même hérité de son épi dans les cheveux, c'est pas scandaleux?)

Et j'avais à peine le temps de dire à Fla que cet enfant avait ses cernes et que c'était ridicule parce qu'il était à peine né, d'où il était fatigué franchement, qu'un pédiatre l'avait déjà emporté avec lui pendant que deux sages-femmes m'appuyaient sur le ventre pour pas que bébé numéro deux se mette trop à l'aise.

- Allez madame, les contractions ne s'arrêtent pas, il est temps de se remettre à pousser pour le deuxième!
- Mais je suis tellement fatiguée...
- Allez, on ne faiblit pas, vous vous en sortez super bien!
- Rassurez-moi quand même d'un truc : le deuxième, il va venir plus vite, pas vrai?

Et là, le gynéco et la sage-femme se sont regardés genre :


Et m'ont dit:

- Oui... oui... en théorie, si tout se passe bien, il y a des chances que ça puisse aller un petit peu plus vite.

Mais j'avais à peine le temps de me dire que ouh là là j'aime pas du tout ces conditionnels à la pelle qu'ils me mettaient déjà à la tâche, et ce coup-ci, juré, j'ai poussé quatre grands coups et le bébé était dehors.

(Ça valait bien le coup de me foutre la trouille.)

Et puis ils ont immédiatement évacué bébé numéro 2 et Professeur Flaxou, parce que:

- En temps normal, on attendrait que votre placenta se décroche tout seul, mais comme vous êtes anémique, il faut qu'on minimise la perte de sang le plus possible, alors on va aller le chercher.
- Vous allez le chercher? Mais genre vous avez comme une pince ou....
- Je vais mettre ma main entière à l'intérieur de vous maintenant.
- Ah bon OK cool d'accord.

Pendant ce temps-là, mon utérus :


(Je ne remercierai jamais assez la médecine moderne d'avoir inventé la péridurale.)

Et puis les médecins ont fait tomber un espèce de steak géant dégueulasse dans un seau, m'ont dit que c'était mon placenta, et puis tout le monde est parti sauf une sage-femme qui est restée me nettoyer, me recoudre, et me féliciter parce que j'avais pas déchiré mon périnée et apparemment c'est une super nouvelle, mais moi je ne suivais plus rien de ce qui se passait parce que Flaxou était revenu avec nos bébés et c'étaient les bébés les plus parfaits de l'univers, et j'ai passé une heure rien qu'à regarder leurs adorables petites mains et leurs sublimes petits visages tout fripés.


(Oui, bon, les hormones aident pas tellement l'objectivité.)

Et on m'a finalement montée dans une chambre, les sages-femmes ont pris les bébés pour la nuit, et j'ai enfin pu dormir le ventre vide pour la première fois depuis des mois.

(Je te raconte pas la joie du lendemain, quand on m'a amené un plateau de petit déj avec un jus d'orange dessus, et que j'ai pu boire toute la briquette SANS AIGREURS D'ESTOMAC.)

(Et je te raconte pas non plus la joie de ma première douche, quand j'ai pu à nouveau me savonner les pieds après DES MOIS à les laisser juste tremper dans l'eau!)

Bref, depuis cette belle soirée de juin, Flaxou et moi coulons des jours heureux avec nos deux petits bouchons, et on profite à fond de "l'effet star" des jumeaux.


(Moi à la maternité, choyée par tout le personnel soignant.)

Et on est très heureux de répéter en boucle les quatre mêmes informations à qui veut l'entendre : oui, l'accouchement s'est bien passé. Oui, la maman se remet bien. Non, les nuits ne sont pas trop dures. Ils font 2,5 et 2,6 kilos pour 45 et 48 centimètres, et oui, c'est un beau poids pour des jumeaux.

Là où le bât blesse, c'est quand on nous a demandé les prénoms, et qu'on a eu la même réaction partout :

Nous: Ils s'appellent Samuel et Auguste !
Littéralement tous nos amis : 


- Quoi? C'est ça leurs noms?
- Ben oui, pourquoi, vous aimez pas?
- Non non, c'est joli, c'est juste... super normal, en fait.
- ...
- Moi je croyais que vous alliez les appeler, genre, Thor et Odin!

Oui, donc, désolée de décevoir apparemment TOUT LE MONDE, mais je rappelle que le but était que nos enfants ne se fassent pas taper à l'école, alors voilà, ils ont des noms normaux, Castor et Pollux et Elladan et Elrohir, c'était pour déconner, merci de prendre note.

(Et vous noterez que j'ai tout de même mon Sam, donc petite référence discrète à mon personnage préféré du Seigneur des Anneaux quand même.)

(En vrai mon personnage préféré c'est Eowyn, mais avec deux garçons, c'était un peu chaud à caser.)

Donc voilà, on est parents, c'est une vie un peu différente mais vachement cool (et le fait que les bébés dorment 20 heures par jour aide un peu à la transition, on va pas se leurrer), mais chaque fois que je les regarde, je suis toujours émerveillée de me dire que j'ai fabriqué des petits humains et que maintenant ils sont des personnes complètes.

Et qu'en huit mois seulement, on est passés de ça :


A ça :


(Je sais pas toi, mais je trouve que c'est du bon boulot.)

lundi 10 juin 2019

BOUM BÉBÉ ! Huitième (et dernier) mois



(Bonjour, je suis un Kinder Surprise humain)

Et donc j'ai démarré mon dernier mois avec une sérieuse envie d'en finir.

(Avec ma grossesse, hein.)

(Pas avec ma vie.)

(On se calme.)

Parce que, j'avais beau être super heureuse d'être de retour à la maison, j'étais encore sous surveillance rapprochée à cause de ma choléstase : deux monitorings par semaine à domicile, et une visite à l'hôpital tous les lundi pour une prise de sang et un autre monitoring.

Ce qui en soi n'était pas dérangeant, si ce n'est qu'à mon premier monitoring après être sortie de l'hôpital, on m'a dit :

- Vous avez des petites contractions, vous les sentez?
- Non, pas du tout.
- Bon, au troisième trimestre d'une grossesse gémellaire, c'est tout à fait normal que l'utérus se contracte un peu. A quand remonte votre dernier examen du col?
- Trois semaines.
- Et il était comment?
- D'après le gynéco, il était bien fermé, et long de 4 centimètres.
- On va revérifier juste pour être sûrs.

Et là, le couperet:

- Bon, votre col est toujours fermé, mais il s'est sacrément raccourci : il est à 11 millimètres.



Je me voyais déjà accoucher instantanément dans la salle de monitoring, mais la sage-femme m'a rassurée :

- Bon, vous inquiétez pas, ça ne veut pas dire que vous allez accoucher tout de suite. Par contre, si le col s'ouvre, ce sera une autre histoire, alors il va falloir faire bien attention les prochaines semaines, si vous voulez garder ces petits au chaud.
- Qu'est-ce que vous voulez dire par "faire attention"?
- Eviter de marcher, éviter de rester debout trop longtemps, éviter les déplacements en voiture... vous avez des escaliers chez vous?
- Oui.
- Optimisez vos déplacements entre les étages, pas plus de trois ou quatre allers-retours dans la journée. Et surtout, ne portez aucune charge!

Ça me semblait somme toute assez raisonnable (Rien glander pendant un mois? Obligée de lire des bouquins et de regarder des séries toute la journée? Oh nooooon), et puis Professeur Flaxou est rentré en mode panique:

- Bon, je vais lancer le déjeuner, tu viens m'aider quand tu as un moment?
- NON !
- Quoi?
- Il faut que tu te reposes!
- Mais je peux quand même éplucher cinq patates....
- NON! Va t'allonger, je m'occupe de tout.
- Enfin je vais pas perdre les eaux en marchant jusqu'à la cuisi...
- VA T'ALLONGER, MALHEUREUSE!

Et, autant c'était vachement agréable d'avoir un serviteur à mes ordres pour s'occuper de tous les trucs chiants (sortir les poubelles, faire le ménage, la lessive, la vaisselle), autant des fois c'était un peu pesant de se faire traiter comme une invalide:

- Ah zut, j'ai oublié de faire tourner le lave-vaisselle hier!
- T'inquiète pas Flaxou, j'y ai pensé! Je l'ai vidé ce matin.
- QUOI??!
- ...quoi?
- T'as vidé le lave-vaisselle toute seule??!  Et le jour où je suis en déplacement! Imagine ton col s'ouvre, il me faudrait deux heures pour arriver! T'as le temps d'accoucher dix fois!

(LOL)

(Accoucher en deux heures la première fois)

(Est-ce que ces mecs sont sérieux?)

Pendant que je pratiquais l'art de ne rien faire, les bébés, eux, s'activaient pas mal, prenaient du poids, et bougeaient dans tous les sens.

Ce qui est somme toute une excellente nouvelle, sauf quand c'est dans ton corps que ça se passe.

Parce que le huitième mois, c'est vraiment celui où ma grossesse est passée de "un peu pénible" à "insupportable oh putain mais sortez-les j'en peux plus".

Mon ventre était tellement énorme que plus aucun vêtement ne m'allait, et les bébés se plaçaient comme ils pouvaient pour avoir encore un semblant de place, résultat : le confort n'était plus qu'un lointain souvenir.

Debout? Ça m'éclate le dos
Assise? Ça m'écrase la vessie
Allongée sur le côté gauche? Bienvenue aux brûlures d'estomac
Allongée sur le côté droit? Des putains de coups de poignard dans le foie
Allongée sur le dos? Les deux douleurs précédentes EN MÊME TEMPS

Ajoute à ça le poids constant de mes deux (pas si) petits lardons (deux kilos par bébé + un placenta XXL + deux poches pleines de liquide amniotique), et tu comprendras sûrement que j'étais AU BOUT DE MA VIE.

Ce qui a quelque peu surpris mon entourage, habitué à m'entendre dire depuis le début que tout se passait super-duper et que j'étais épanouie et radieuse comme une fleur au soleil.

Parce qu'autant j'ai réussi à me retenir aux cinq premiers :

- Oh là là, déjà le huitième mois! C'est passé tellement vite !




(Ouais, tellement vite, j'ai juste envie de me planter un couteau de cuisine dans le bide et de sortir ces chiards moi-même, mais sinon, SUPER VITE)

Autant j'ai craqué en entendant ma sœur se rappeler de sa dernière grossesse:

- Déjà la fin pour toi, ah là là! Je me rappelle, avec Emma, j'ai eu un sacré coup de blues que ce soit déjà fini! Je voulais la garder encore dans mon ventre, hihi!

(Dixit la meuf qui a pris SEPT KILOS sur toute sa grossesse.)

(Moi aussi, j'aurais gardé les miens, avec un petit bidon comme ça!)

Et oui, je l'admets, je vais probablement regretter le calme relatif de ces derniers jours une fois que les bébés seront là, mais pour le moment, j'ai qu'une envie, c'est de pouvoir enfin récupérer mon corps (même si on est d'accord que je vais récupérer une ruine) (mais ce sera MA ruine).

En attendant la délivrance, je vis ces dernières semaines comme une simulation de ma vie en tant que vieille dame, puisque toi-même tu sais que les ressemblances sont troublantes :

- Réveillée à 5h du matin avec le chant des oiseaux
- Mal de dos ™
- Passion bas de contention
- "T'as racheté du Gaviscon?"
- 15 minutes pour monter 15 marches
- La rampe d'escalier = le fil qui te rattache à la vie
- Pas de repas sans mes pilules!
- "Attends, on est quel jour aujourd'hui?"
- La pharmacienne te reconnaît
- Visites chez le docteur deux fois par semaine
- "Aujourd'hui j'ai une grosse journée!" Traduction : "Aujourd'hui je prends la voiture pour aller chez l'ostéopathe"




(Non, les pastilles roses ne sont pas des Smarties, mais des Spasfon)

Au final, la seule chose qui distingue mes journées de celles de ma mamie, c'est que je passe mes matinées à jouer à Fallout, et elle les passe à repasser devant la télé.

(Mais l'après-midi, on se retrouve toutes les deux sur le balcon pour lire nos romans et équeuter des haricots.)

Bref, tout est prêt : la chambre, le lit cododo, ma valise pour la maternité, les fringues taille naissance-1 mois:



(J'ai pu faire chauffer mon étiqueteuse, bonheur total)

On a même pré-rempli le formulaire d'admission à l'hôpital, et le formulaire du choix du nom de famille:

- Il nous en faut pas deux, comme on a deux enfants?
- Ben non, regarde, ça dit qu'une fois qu'on a choisi le nom de famille, tous nos enfants à venir auront le même.
- Oh, trop nul! Moi j'espérais qu'on puisse en appeler un à ton nom, et un à mon nom!
- ....
- Comme ça ce seraient deux personnes identiques, mais pas avec le même nom de famille!
- ...
- Non? Ce serait pas trop marrant?

(Professeur Flaxou et ses idées lumineuses.)

Bref, tout est prêt, maintenant il ne reste qu'à attendre que les bébés sortent par eux-mêmes, ou qu'on me déclenche l'accouchement.

(Autant te dire que dès que j'arrive à 36 semaines, ça va être les Olympiades des escaliers.)

(Je vais aller faire des randos en forêt et personne ne pourra m'arrêter.)

(A part peut-être les douze kilos de ventre que je me trimballe.)

Sur ce, lecteur/lectrice, je te souhaite un bon été, parce que c'est pas que je sois pessimiste, mais je doute avoir beaucoup de temps pour écrire prochainement.

(Et puis le but, c'est aussi que j'aie des choses à te raconter qui ne soient pas uniquement focalisées sur des histoires de lait, de couches sales et de tout petits doigts de pieds trop mignons.)

Merci d'avoir suivi les aventures de mon utérus, et à bientôt!

Bisous sur toi, papouille sur ton chien, bisou sur le front de ton chat.

dimanche 26 mai 2019

Je m'fais pas de bile


(Ce titre est un jeu de mots à retardement, tu comprendras quand t'auras lu l'article.)

Et donc, au troisième trimestre de ma grossesse, j'ai commencé à ressentir des démangeaisons dans les mains et les pieds, qui ont progressivement empiré et se sont étendues aux bras et aux jambes, jusqu’à ce que je me retrouve à faire des quasi-nuits blanches passées à me gratter comme une forcenée.

Le gynéco m'avait dit que c'était rien, mais j’ai quand même fini par céder à l’appel de l’Internet et à googler mes symptômes (même si on est d’accord que c’est la pire chose à faire, surtout quand on est enceinte), et ce que j’y ai lu n’augurait rien de bon : pré-éclampsie, choléstase gravidique, bref, autant de mots qui foutent bien la trouille.

Au bout d’une semaine, j’ai donc profité d’un de mes cours sur l’accouchement pour demander à la sage-femme si elle pouvait me faire une ordonnance pour un bilan sanguin, vu que mon gynéco avait clairement mieux à foutre. Elle m’a demandé pourquoi, je lui ai décrit mes symptômes, et puis elle m’a regardé comme ça :


Avant de me dire :

- Alors, personnellement, je ne donne jamais d’ordonnances si je n’ai pas ausculté la patiente. Par contre, je vous conseille de rappeler votre gynéco et de lui demander un rendez-vous d’urgence. Ne vous laissez pas décourager, insistez ! Il vaut mieux faire un examen qui s’avère inutile que d’ignorer quelque chose de potentiellement dangereux.

Donc j’ai rappelé mon gynéco, ou plutôt sa secrétaire :

- Ah non, je ne peux pas vous le passer, il est en rendez-vous toute la journée.
- Est-ce qu’il peut me rappeler dans l’heure qu’il suit ?
- Ah non, il est en rendez-vous jusqu’à ce soir, mais il pourra vous rappeler vers 20h.
- Et me donner un rendez-vous demain ?
- Ah ben ça non, il part en vacances demain.
- ….
- Mais il pourra vous voir d’ici dix jours, probablement !

Moi et ma combativité légendaire, on a promptement déclaré :

- Oui okay désolée de vous avoir dérangé, merci !

Et puis Professeur Flaxou m’est tombé sur le râble :

- Non mais c’est n’importe quoi ! Tu vas me rappeler ce numéro et exiger un rendez-vous AUJOURD’HUI !
- Mééééé la madame elle a dit qu’il était occupééé…
- Je m’en fous ! Il faut t’imposer ! Rappelle-toi ce qu’a dit la sage-femme ! Il faut écouter ton corps ! Si ton corps te dit que ça ne va pas, il faut que tu tiennes tête ! Pour les bébés !
- Bon… pour les bébés.

J’ai donc rappelé, bien décidée à faire un scandale, épaulée par mon cher et tendre :

- Oui alors ça ne va pas trop…
- HEUM HEUM
_ Heu je veux dire, non, ça ne va pas DU TOUT ! J’ai un problème, c’est pas urgent…
- HEUM HEUM
- Enfin SI C’EST URGENT ! Et il faudrait que je puisse voir le docteur aujourd’hui, s’il a encore des disponibilités…
- HEUM HEUM
- Je veux dire IL FAUT QUE JE LE VOIE AUJOURD’HUI C’EST URGENT C’EST GRAVE VOILA MERCI BEAUCOUP DÉSOLÉE DE VOUS AVOIR DÉRANGÉ.


(Ce cauchemar)

Et là, surprise totale, la meuf m’a dit de passer immédiatement, et qu’on me trouverait un créneau.

(Donc en fait, insister … ça marche ?)

(Est-ce que c’est pour ça qu’il existe tous ces gens malpolis qui demandent à parler au responsable ?)

(Est-ce que JE devrais demander à parler au responsable ??!)

Bref, une-demi heure plus tard, je me retrouve dans le cabinet de mon gynéco, qui très clairement s’en cirait totalement la bite de mes problèmes :

- Je vous l’avais déjà mentionné la dernière fois…
- Et je vous avais dit que c’était rien.
- Oui, mais là, ça empire, ça s’étend, il paraît que ça peut être lié à des problèmes de foie, je m’inquiète un peu.
- Non, mais c’est rien, vous avez probablement juste la peau sèche. Prenez rendez-vous chez un dermatologue.

Alors, deux choses :

1) Je passe mes journées ET MES NUITS à m’enduire de crème hydratante pour soulager les démangeaisons, je suis luisante en permanence et ma peau miroite comme celle d’un dauphin, donc CLAIREMENT c’est pas un problème de peau sèche.

2) Je n’ai aucun bouton, aucune plaque, aucune tache, aucune rougeur, RIEN qui n’indiquerait un problème d’épiderme, donc laisse tomber pour que mon dermatologue accepte de me voir avant deux bons mois.

A contrecœur, le gynéco m’a quand même prescrit un bilan sanguin, en me disant que je pouvais y aller quand je voulais parce qu’il n’y avait pas besoin d’être à jeun.

Le lendemain, je me pointe au labo pour faire ma prise de sang :

- Vous êtes bien à jeun ?
- Heu… ben non. Le docteur m’a dit qu’il n’y avait pas besoin.
- Ah, ben je suis désolée, mais il s’est trompé. Pour les sels biliaires, il faut que vous soyez à jeun, sinon ça va fausser les résultats. Il faut que vous reveniez demain… ah non attendez, c’est férié ! Il faut que vous reveniez jeudi. Désolée.


TOUT. VA. BIEN.

Je me repointe au labo jeudi matin, bien à jeun, je fais ma prise de sang, et je pars bosser. Puis, dans l’après-midi, la secrétaire de mon gynéco m’appelle :

- On a reçu les résultats de votre prise de sang, et je veux pas vous alarmer, mais il faut vous présenter aux urgences dès que possible.


(Des fois, ça m’emmerde d’avoir toujours raison comme ça.)

S’en est suivi une heure de mics-macs, parce que je ne pouvais pas me présenter aux urgences sans mes résultats d’analyse, mais en fait y’avait que mon docteur qui avait reçu les résultats d’analyse, mais rappelle-toi il était en vacances et la secrétaire avait fermé le cabinet, donc j’ai appelé le labo et ils m’ont dit qu’ils m’avaient envoyé les résultats et que ça allait arriver d’une minute à l’autre, sauf que non, du coup j’ai rappelé, et là :

- Ah ! Mais je comprends mieux ! On vous a malencontreusement envoyé les résultats par la poste. C’est pour ça que vous n’avez rien reçu sur votre boîte mail !


(Non mais c’est la Saint Branquignole aujourd’hui, c’est pas possible.)

Bref, en fin d’après-midi, je débarque aux urgences pour qu’on me pose un monitoring.

(Un monitoring, c’est une machine qui surveille les battements de cœur des bébés, et les contractions utérines, s’il y en a.)

Après une demi-heure, un médecin arrive :

- On vous a expliqué ce que vous avez ?
- Absolument pas.
- Alors c’est probablement une choléstase gravidique. C’est un problème de foie assez rare dû aux hormones de grossesse. En gros, les cellules de votre foie n’évacuent plus la bile comme il faut, et les acides biliaires passent dans le sang, ce qui cause les démangeaisons.
- Et c’est dangereux pour les bébés ?
- Ça peut l’être. Les acides biliaires peuvent provoquer un ralentissement du rythme cardiaque des bébés, voire la mort in utero.


(Mais à part ça, c’était juste un problème de mains sèches, hein, trou du cul de gynéco ?)

Du coup, maintenant que j’étais sur place, les gens voulaient plus me laisser repartir :

- On n’a pas encore le résultat des sels biliaires, c’est ce qui nous indiquera le degré de votre pathologie. En attendant, on va vous donner une chambre, on fera des monitorings trois fois par jour, et on vous donnera un médicament qui va aider à combattre les démangeaisons.
- Et donc… je vais devoir rester ici cette nuit ?
- Cette nuit, demain… au moins jusqu’à lundi.

J’ai donc été hospitalisée pour la première fois de ma vie, et comme c’est pas les Etats-Unis et que j’ai une mutuelle, j’ai eu droit à une chambre privée. Donc, d’après mon expérience, être hospitalisée, c’est un peu comme séjourner dans un hôtel premier prix dont on n’aurait pas le droit de sortir.

Et où on viendrait t’étaler du gel sur le bide toutes les 4 heures.

Et où on te réveillerait à cinq heures du matin pour te faire une prise de sang.

(Je lui donne une étoile.)

(Quoique, tous les repas sont inclus, donc disons une étoile et demi.)

Plus sérieusement, mon séjour à l’hôpital était somme toute assez plaisant : les sages-femmes étaient super sympa avec moi, ma chambre était neuve et propre, j’avais une jolie vue sur les Vosges, donc, au final, mon seul grand challenge a été de gérer l’ennui abyssal qui me tenaillait jour après jour.

(D’autant que l’hôpital n’a pas de Wi-Fi.)

Donc j’ai lu des bouquins, j’ai fait des sudoku sur mon téléphone, ma mère m’a ramené des vieux numéros de Télérama pour me faire « de la lecture légère », je les ai lus, et je me suis énervée parce que comme d’habitude ces gens racontent systématiquement la fin des films et ça m’exaspère.

(Et je me suis aussi moquée de leurs critiques pompeuses pour des films qui ne méritaient clairement pas une analyse aussi poussée.)

(« Sous l’effet d’une sorte de saisissement tragique, la dernière partie séduit vraiment. Offerte au regard, l’insoutenable légèreté des héros fait vibrer le film et impose le respect, comme la mort de Roland à Roncevaux sur les gravures des livres d’école. Dans un râle saisissant, la saga trouve un souffle nouveau. »)

(Ceci était la critique d’Avengers : Infinity War.)

(ROLAND A RONCEVAUX ? VRAIMENT ?)

Puis les résultats de mes examens sont arrivés :

- Donc nous avons la confirmation, c’est bien une choléstase gravidique.
- Vous le savez grâce à cette histoire de sels biliaires ?
- C’est ça. En temps normal, la concentration des acides biliaires dans le sang doit être inférieure à 10 µmol par litre.
- Et moi, j’ai combien ?
- 76.


(Ah quand même.)

Donc ils m’ont donné des cachets à prendre deux fois par jour, et j’ai passé un long week-end entre prises de sang, échographies du foie, et monitorings.

Au passage, c'est confirmé, numéro 1 est décidément le jumeau maléfique, c.f. sa prestation impressionnante de « on m’voit, on m’voit plus » lors de chaque monitoring :

- Alors, j’ai posé les capteurs, je vous laisse, et je reviens dans…
- Il est parti.
- Pardon ?
- Le rythme cardiaque du premier, vous l’avez perdu.
- Oh, mais ! On l’entendait tellement bien !
- Ouais, je suis désolée de vous dire ça, mais vous avez pas fini.

En prime, une grosse pensée pour cette étudiante toute gentille qui a passé quinze minutes à trouver où se cachait le cœur de numéro 1, avant d’annoncer triomphalement « JE TE TIENS ! »… pour se rendre compte deux minutes plus tard qu’en fait c’était le battement de numéro 2 que la machine captait.


(Bébé numéro 1 en train d’esquiver les capteurs, une allégorie.)

Et puis est enfin venu le jour de mon analyse de sang :

- Alors en fait, votre taux d’acides biliaires a augmenté.
- Quoi ?
- Oui, avant le traitement, vous étiez à 76, et maintenant, c’est 104.
- Ça veut dire quoi ? Le traitement ne marche pas ?
- Pas forcément, des fois, ça met juste un peu de temps. On va vous augmenter la dose, refaire une prise de sang la semaine prochaine, et bien évidemment on vous garde hospitalisée tant que les taux n’ont pas baissé de manière significative.
- Ça veut dire combien de temps ?
- Ça dépend. Ça peut être une semaine, ça peut être jusqu’à la fin de votre grossesse.
- La fin de ma grossesse… dans deux mois ?
- Ha ha ! Non, bien sûr que non. Un mois maximum, et encore, ça, c’est si on a de la chance.

Oui, parce qu’il s’avère que mes acides biliaires ne se contentent pas de foutre la merde dans mon corps, mais qu’ils peuvent aussi déclencher un accouchement prématuré.

(Juste un petit bonus sympa.)

Je me suis donc installée pour un long séjour morose à l’hôpital, rythmé par mes trois monitorings par jour et la visite quotidienne de Professeur Flaxou.

Au passage, big up à ma team, vu qu’il ne s’est quasiment jamais passé un seul jour sans que j’aie de la visite de quelqu’un : papa, maman, belle-maman, mamie, belle-mamie, ma sœur, et évidemment ma fabuleuse Sarah qui est passé quasiment tous les jours.

(Mais en même temps, on avait trop de choses à se dire sur la dernière saison de Game of Thrones, il fallait du temps en face-à-face.)

(Je pleure encore sur le sort de la storyline de Jaime Lannister.)

(Sept saisons de développement de personnage foutues en l'air en un épisode, vraiment?)

(J'étais presque aussi fâchée que pour Ghost, mais finalement il a eu sa papouille donc tout est pardonné.)

Big up aussi à ma nièce de six ans qui a fait fondre mon petit cœur plein de bile :

- Regarde tata, je t’ai fait un dessin !
- Merci Lyson, il est très beau !
- Maman a dit que tu étais enfermée à l’hôpital et qu’il fallait que je te dessine un truc pour te faire voyager, alors j’ai dessiné toi et moi en voyage à la plage.
- C’est super ! On a un ballon, un cerf-volant… et tu nous as même dessiné un copain chat ?
- Ben oui ! C’est Frimousse ! Alors, ça te plaît?


(Frimousse = mon chat qui est mort il y a des années et qui était un si brave chat une vraie ordure mais je l’aimais quand même.)


(Le dessin en question)

Bref, je commençais à croire que j'allais rester enfermée dans ma tour d'ivoire jusqu'à la fin des temps, quand j'ai été sauvée par un docteur ridiculement beau gosse qui s'est pointé un beau matin dans ma chambre:

- Bonjour madame!
- Ouah.
- Je vous demande pardon?
- Non, bonjour, c'était "bonjour" que je viens de dire, oui, qu'est-ce que je peux faire pour vous?
- C'est plutôt moi qui peut faire quelque chose pour vous.
- Oh docteur, mais crois-moi tu peux me faire tout ce que tu veux....
- Pardon?
- Non rien, je toussais. Alors quoi de neuf?

Il s'avérait que Docteur Beau Gosse avait une bonne raison d'être là (en plus de me faire tourner la tête), parce qu'il avait le résultat de mes dernières analyses:

- J'ai de bonnes nouvelles! Vos acides biliaires ont bien baissés. En fait, ils sont même revenus à la normale.
- Et donc...?
- Et donc vous pouvez sortir dès aujourd'hui.


J'ai donc pu rentrer à la maison, non sans embarquer mille ordonnances pour douze sortes de pilules différentes à prendre toutes les six heures pendant le reste de ma grossesse – reste de grossesse qui sera heureusement assez court, vu qu'en cas de choléstase gravidique, l'accouchement est provoqué d'office à la 36è semaine – ce qui, pour moi, signifie aux alentours du solstice d'été.

(Je dis "heureusement" parce que je commence à être sérieusement handicapée par ce gros bide, et maintenant que je sais qu'ils vont bien, j'ai tout de même pas mal hâte qu'ils sortent.)

(Quelque chose me dit que je vais regretter ces mots dans quelques semaines, après dix-huit nuits d'insomnie d'affilée, mais ma foi je prends le risque.)

Épilogue : Devine quelle était la PREMIÈRE pensée de ma mère quand je lui ai dit que ses petits-enfants allaient arriver un mois plus tôt que prévu?

- Ah, mais c'est parfait! S'ils naissent avant le 21, ils seront Gémeaux!
- Des jumeaux gémeaux... okay, j'avoue, c'est marrant.
- Non, Charlotte, c'est pas que c'est marrant. Je voulais pas te le dire avant, mais la vérité, c'est que tu veux pas te retrouver avec un enfant Cancer.
- ....
- Alors DEUX !
- ....
- Déjà que ta pauvre soeur a eu un Scorpion, on va pas en rajouter!


Donc maintenant, il ne me reste plus qu'à attendre.

Attendre le 20 juin et ma mère qui s'introduira chez moi la nuit avec une seringue d'ocytocine pour s'assurer que je n'enfante pas des petits Cancers.

A bientôt pour les (toutes dernières) aventures de mon utérus!

mercredi 22 mai 2019

BOUM BÉBÉ ! Septième mois


(Ah oui mais quand j'ai dit que j'avais un gros bide, c'était pas du flan.)

Mon septième mois de grossesse a démarré sous les meilleurs auspices :

- Fla?
- Oui?
- Tu peux me faire mes lacets?

Sonnez trompettes, battez tambours, c'est officiel, je ne peux plus toucher mes pieds.

Avec mon ventre de plus en plus imposant, je ne pouvais plus non plus manger proprement (trop de distance entre moi et la table) ou conduire aisément (ci-mer mes petites jambes de vingt centimètres qui n'arrivent plus à toucher les pédales). C'est donc au septième mois que j'ai décidé d'arrêter de travailler.

- Alors, j'en profite pour vous dire que le cours de la semaine prochaine sera notre dernier cours ensemble avant octobre, parce que je pars en congé maternité.
- Oh! Déjà?

Oui, "déjà".

Je me trimballe plus de poids dans le bide qu'une meuf enceinte de neuf mois, mais oui, "déjà".

Si j'avais été salariée, j'aurais disparu du radar quelque part en mars, mais oui, "déjà".


(On va mettre ça sur le compte des hormones, hein.)

J'ai d'ailleurs dû batailler un moment avec le concept des indemnités grossesse pour les auto-entrepreneurs :

- Bonjour, je vous appelle pour avoir des informations au sujet de mes indemnités journalières, je comprends mal à partir de quand je peux partir en congé.
- Alors c'est très simple : vous pouvez prendre vos indemnités journalières forfaitaires d'interruption d'activité 14 jours avant l'accouchement, pour une durée totale de 44 jours.
- Mais... je suis enceinte de jumeaux! 14 jours avant ma date présumée d'accouchement, j'aurai probablement DÉJÀ accouché !
- Dans ce cas, vous pouvez prendre une autre indemnité journalière forfaitaire d'interruption d'activité pour état pathologique, d'une durée de 30 jours consécutifs, que vous pouvez prendre quand vous voulez. Et, pour des jumeaux, vous avez droit à 30 jours supplémentaires, qu'il faut prendre après la première indemnité forfaitaire, mais avant la deuxième, sachant que la deuxième doit impérativement commencer 14 jours avant votre date présumée d'accouchement. C'est clair?



(Moi devant mon calendrier en train de compter les jours.)

(Je savais que j'aurais dû faire prof de maths.)

Bref, j'avais grosso modo six semaines devant moi pour préparer l'arrivée des bébés.

On a commencé par s'occuper de la future chambre des bambins:

- Oh, pourquoi, tu veux changer quelque chose dans cette chambre?
- Ben, cette vieille moquette hideuse, pour commencer.
- Mais... c'est pas hideux, le violet marronnasse !



(Non, c'est vrai, elle est magnifique, cette moquette de 1975.)

C'est donc Flaxou qui s'y est collé pour rendre la chambre habitable:

- On pourrait pas plutôt se répartir la charge de travail?
- Okay, je te propose ça : toi, tu t'occupes de faire la chambre, et moi, je m'occupe de faire les bébés qui vont y résider. Deal?
- AH BEN EVIDEMMENT C'EST FACILE DE JOUER CETTE CARTE HEIN!

Mais je dois dire que Flaxou a pris son rôle à cœur, et s'est donné du mal pour arracher la moquette:


Puis démonter les placards :


Puis repeindre les murs (et le conduit de cheminée) :



Puis poser du parquet:




(Avec l'aide des futurs tontons!)

(PS : tu noteras l'encadrement de la porte qui plafonne à 1m65, preuve s'il en faut qu'on est une famille de hobbits, vu que mon grand-père a construit la maison et qu'il s'est de toute évidence dit : "on passe large".)

Et après tout ça, il y a eu les journées passées à galérer pour remettre tous les éléments des placards en place:

- Je comprends pas où vont les plinthes.
- Je croyais que mon papy avait tout écrit au dos quand il les a enlevées?
- Oui, mais regarde ce qu'il a écrit !
- "Cheminée côté ouest", eh ben?
- Mais POURQUOI IL S'EXPRIME EN POINTS CARDINAUX??!
- Mais pourquoi pas? Tout le monde sait où est l'ouest!
- SEULEMENT DANS TA FAMILLE CHELOUE!

(Perso, moi je sens le mec aigri juste parce qu'il se prend des montants de porte à longueur de journée.)

Bref, la chambre est finie, et elle est jolie comme tout :


(Manque plus qu'à ranger nos huit mille pyjamas et bodys.)

Au septième mois, j’ai aussi commencé à avoir des démangeaisons dans les mains et les pieds.

Ça a commencé doucement, comme une piqûre de moustique, et ça a progressivement empiré.

A mon rendez-vous mensuel chez l’obstétricien, j’en ai profité pour le mentionner :

- Au fait, je ne sais pas si c’est lié à la grossesse, mais j’ai des démangeaisons assez fortes dans les mains et les pieds, surtout la nuit. Ça commence à devenir pas mal dérangean…
- Oui oui, on va d’abord faire l’échographie, hein.

Une fois l’échographie terminée, le médecin me parle des prochains rendez-vous à prendre, puis :

- Bon, ben on se revoit le mois prochain, bonne continuation !

- Ah ? Mais, attendez, et pour cette histoire de démangeaisons ?
- Oh, c’est rien. Allez, au revoir !

Sauf que ce n’était pas rien. Non non non !

Mais comme c'est une très longue histoire, je te dis rendez-vous très prochainement sur ce blog pour le fin mot de l'histoire.

(Je fais du teasing pire que HBO.)