samedi 1 août 2020

Un an et six dents (pour deux)


Et donc mes bébés ont eu un an.

"Comment?" Te dis-tu derrière ton écran. "Point n'est-ce possible! Ne sont-ils pas nés la semaine tantôt?" 

(Oui, je te donne un langage châtié, ne me remercie pas surtout.)

(Truie.)

Eh ben figure-toi que je me disais la même chose, parce que d'après mon calendrier (et tous les calendriers du monde) mes enfants sont nés il y a un an, mais d'après moi par contre, ça fait, chais pas, deux mois? Trois, max!


Alors certes, il y a certains trucs qui auraient pu me mettre la puce à l'oreille un peu plus tôt (comme le fait qu'ils aient grandi de 31 centimètres depuis leur naissance), mais une fois qu'on met de côté ma réticence à voir les choses en face ainsi que ma mauvaise foi criante, il faut bien se rendre à l'évidence : ça y est, mes bébés ont un an, ils ont des dents, ils commencent à parler, ils se tiennent debout, et bientôt ils sauront marcher, bientôt ils ne seront plus des bébés du tout.


(Je suis pas prête)

Alors, certes, il y a de nombreux avantages au fait que mes bébés grandissent : tous les jours, ils deviennent un peu plus intéressants, tous les jours ils se font comprendre un peu mieux, tous les jours ils deviennent plus CALCULATEURS ET MANIPULATEURS attends quoi?

Juré, je pensais pas que c'était possible de faire de la manipulation émotionnelle à seulement un an, mais ils y arrivent avec brio.

J'en tiens pour preuve la manière dont ils vont systématiquement vers ma mamie quand ils veulent manger du sucre (parce qu'ils ont bien compris que c'est a) une proie facile et b) quelqu'un qui va toujours leur donner quelque chose de délicieux) (non, parce que moi aussi je suis une proie facile - rapport au fait qu'ils sont nés avec 2,5 kilos et que j'ai constamment peur qu'ils meurent de malnutrition - mais par contre je leur donne de la biscotte nature, pas des cuillères de confiture).

Et donc l'autre jour, ils jouaient sur le balcon après le goûter, mamie est venue les regarder jouer parce que c'est sa plus grande joie dans la vie (juste après les regarder manger), et ils ont accouru vers elle, se sont cramponné à ses jambes, et ont pointé du doigt le placard à biscuits en disant "Ma-meh! Mah-meh! Donne? Donne? Mmmmmmmh!"

(Oui, c'est du langage rudimentaire, mais tu avoueras que le message est plutôt clair.)

Donc EVIDEMMENT mamie n'a pas résisté à leur donner un boudoir (est-ce que j'ai précisé qu'ils venaient de prendre leur goûter?), ils l'ont enfourné vitesse grand V, puis Auguste est revenu en quémander un second, mais j'ai mis le hola, alors elle s'est tournée vers lui en lui disant :

- Non, mon chaton, il n'y en a plus! Maman a dit non! Mamie est désolée, mais tu n'en auras plus.

Et là, le môme se tourne vers elle et lui fait la tête de la crise imminente : menton qui tremble, yeux humides, gémissement de début de la sirène du premier mercredi du mois, la totale.


(Bonus : la bouche à l'envers comme les bébés savent si bien la faire)

J'interromps le début de pleurs et je lui dis :

- Dis donc Auguste, tu te moquerais pas un peu du monde?

(Oui parce que j'ai nettoyé mon vocabulaire, vois-tu, donc j'ai plus le droit de dire "TU TE FOUTRAIS PAS UN PEU DE NOS GUEULES PETIT TROUDUC?")

Et là, le gosse se tourne vers moi et se TAPE UNE BARRE DE RIRE :


Avant de s'en aller prestement, genre "Bon, pas de deuxième gâteau? Sûr? Okay j'aurais essayé, tchao, déso j'peux pas rester j'ai mon cours de trotteur qui m'attend".

(Cette Comedia dell'Arte de derrière les fagots.)

(Tout ça pour dire que je sens qu'on est pas trop sortis de l'auberge en termes de risques d'obésité infantile.)

C'est aussi vachement chouette de voir la progression des bébés en termes de langage et de motricité. 

Comme tu l'as vu plus haut, ils ne parlent pas encore, mais commencent à se faire comprendre de mieux en mieux. Ils ont un total époustouflant de sept mots à leur arsenal : 

- "mama" (qui désigne moi ou n'importe laquelle de leurs quatre mamies)
- "baba" (qui désigne leur papa ou n'importe lequel de leurs trois papys)
- "da" (qui veut dire "donne")
- "ta" (qui veut dire "tiens")
- "cah-cah" (qui veut dire "biscotte", "encore", ou "encore de la biscotte")
- "na-na" (qui veut dire "banane", mais, par corollaire, s'étend à tous les fruits)
- et enfin le très utile "SSSSA!" qui, accompagné d'un doigt pointé vers l'objet de leur désir, permet de clarifier bien des situations.

Fini l'éternel questionnement "est-ce qu'ils ont faim ou sommeil?" qui se terminait systématiquement par a) des bébés hurlant de faim dans leur lit ou b) des bébés crachant de la purée en hurlant dans leur chaise haute. 

(Les hurlements restant la grande invariable de chaque scénario.)

Maintenant, on les prend dans les bras, on leur dit "Qu'est-ce que tu veux?", et ils pointent du doigt, ou leur chambre, ou l'escalier (qui mène à la cuisine), ou le vélux.

(Le vélux, c'est pas pour dire "jette-moi par la fenêtre" (même si des fois je dirais pas non), c'est pour dire "je veux aller dehors".)

Niveau motricité, ils commencent à se tenir debout, et font occasionnellement un petit pas tout seul pour se rendre d'un meuble à un autre, mais on est encore loin de la marche autonome. J'avoue que c'est une étape que j'attends avec impatience, parce que ce sera vachement plus facile de les déposer à la crèche une fois qu'ils sauront tenir debout/marcher seuls et que j'aurai plus besoin de débarquer avec un bébé sous chaque bras en mode "JE VOUS POSE CA OU?" 

Mais ils progressent un peu plus de jour en jour, donc c'est chouette, un peu plus d'autonomie chaque jour, et bientôt ils n'auront plus besoin de moi du tout.


(Ah putain je l'avais pas vu venir celle-là.)

Enfin, à mesure qu'ils grandissent, leurs caractères s'affirment, et je vais couper court tout de suite à ceux et celles qui seraient tentés de dire "Ah bon, mais ils ont pas le même caractère?" parce que je sais que ça peut sembler dingue au vingt-et-unième siècle, mais apparemment il y a une FOULE de gens qui sont persuadés que, parce que mes enfants sont pareils à l'extérieur, ils sont aussi pareils à l'intérieur, et LOL NON.

Alors, certes, on est d'accord que TOUS les enfants en bas âge se ressemblent quelque peu (par exemple, la patience n'est globalement pas leur fort), mais force est de constater que Samuel est un gros lèche-cul, et son frère non.

Et je dis ça sans jugement aucun, à part peut-être de la fierté, parce que toi-même tu sais que j'ai été la chouchoute officielle de la maîtresse de 1991 à 2012 (oui, même pendant mes années fac, juge toi-même de la puissance de mon léchage de culs) et donc quand je vois Sammy sauter dans les bras de ma grand-mère en criant "Miam-miam!" je me dis que, même si cet enfant est la copie conforme de son père, au moins, niveau caractère, il y a un peu de moi.

Non parce que c'est franchement impressionnant de voir le niveau de professionnalisme de cet enfant. Par exemple, un jour, je lui donnais sa purée (préparée avec soin par ma mamie), et il était, disons-le, pas très enthousiaste :


(Alors qu'il y avait du poisson à 60 balles le kilo dedans, DES PERLES AUX COCHONS)

Et le lendemain, je lui réchauffe LA MÊME PURÉE, ma mamie vient lui donner pour me filer un coup de main, et d'un seul coup, le gars est en mode :


Et elle, aux anges :

- Tu as vu, Charlotte! Tu as vu comme il aime la cuisine de sa mamie! Ha ha! Oui mon bébé! Mange! Mange encore, et tu auras un gâteau en récompense!

(Un jour, je relirai cet article, entourée de mes gamins obèses, et je me dirai : "Ah ouais, c'est probablement à ce moment-là que j'aurais dû mettre le holà".)

Mieux encore dans la lèchitude : pour l'anniversaire des grumeaux, le papa de Flaxou a peint une aquarelle fort jolie qu'on a accroché dans leur chambre, au-dessus de la table à langer. Aucun des deux gamins n'en avait quoi que ce soit à secouer, malgré mes tentatives pour les distraire pendant que je leur change la couche:

- Regarde, mon bébé! Regarde le beau tableau! Ouaaaah! C'est papy qui l'a fait pour toi! Oooooh! Que c'est joliiiiii!

Le bébé:


Et, le jour où le papy en question était venu leur rendre visite, je mets Sammy sur la table à langer, et là, tu sais pas ce qu'il m'a fait, le petit suce-boules? Il regarde son papy, pointe du doigt le tableau, et fait :

- Ouaaaaaah!


(J'avais ce GIF dans mes fichiers depuis genre trois ans.)

(Il attendait son heure.)

Bref, je m'éclate bien avec mes grands bébés, et je profite d'eux tant qu'ils sont encore des bébés, puisqu'il semblerait d'après mon entourage qu'on est dans un âge d'or (une bé(bé)atitude, si tu préfères) qui ne passera que trop vite, et qu'il faut donc bien en profiter avant qu'ils se transforment en horribles monstres qui se roulent par terre dans les supermarchés quand on refuse de leur acheter des Dinosaurus.

(Anecdote réelle d'après ma chère maman, moi je me rappelle pas, j'avais deux ans.)

(Mais je veux bien la croire parce que c'est délicieux les Dinosaurus.)

Épilogue:

- Qu'est-ce que tu as, mon bébé? Tu veux un bisou? Oui, viens chez maman! Mwah ! Mwah!
- T'as bien raison, va! Profite tant qu'ils veulent encore des bisous. 
- Mais même quand ils en voudront plus, je leur en ferai quand même! Je ne peux pas me passer de ces petites joues si rondes et si douces!
- Ouais, profite de ça aussi.
- Comment ça?
- Ben... parce que d'ici quelques années... ils auront de la barbe.
- MES...MES BÉBÉS?!!


(Non, je suis vraiment pas prête.)

samedi 18 juillet 2020

Bisous morveux et conflits calendaires


Et donc mes bébés sont de retour à la crèche.

Pas la crèche où ils étaient avant, par contre.

(Elle n'est toujours pas rouverte.)

(On ne sait toujours pas pourquoi.)

Normalement, les grumeaux auraient dû être transférés dans une autre crèche de la vallée (à 20 minutes en haut de la montagne, alias la direction qui n'est sur la route de RIEN), mais, coup de bol, j'ai reçu un coup de fil fin juin :

- Oui bonjour, je suis le responsable de la crèche de Kaysersberg. Comme vos enfants sont censés venir ici en septembre, et qu'on a deux places de libre, ça vous intéresserait de les amener ici dès maintenant?

Tu veux dire : ça m'intéresserait que mes enfants n'aient pas besoin de changer trois fois de crèche en trois mois?

Ça m'intéresserait qu'ils aillent à la crèche qui est à une borne de chez moi et où je peux facilement aller à pied ou en vélo, et qui en plus est située juste à côté de la pharmacie, de la boulangerie, de la mairie et de la banque?

Ça m'intéresserait d'aller à la crèche qui est sur le chemin du boulot, et pas à l'opposée?


Donc mes bébés sont de retour en crèche.

Et normalement, c'est ici que j'insérerais un petit gif jovial, parce que ça veut dire que YEAH je peux reprendre tous mes cours, YEAH j'ai de nouveau du temps libre, YEAH je peux mettre à jour mon site web, faire du tri dans mes papiers, pourchasser mes dernières factures, et s'il me reste du temps je peux même faire des trucs de OUF genre LIRE UN LIVRE ou M’ÉPILER, bref, jouir des frontières toujours grandissantes de l'univers car mon monde ne connaît plus de limites.

SAUF QUE.

Sauf que pas de gif jovial, parce que j'avais oublié le facteur "c'était la pandémie pendant quatre mois et mes enfants sont restés collés à mon fion H24 sans voir personne, et apparemment ils ont grave kiffé mon auguste compagnie", ainsi que le facteur "mes enfants ont quitté la crèche à huit mois et maintenant ils ont un an, et une mémoire de bébé c'est un peu le mec de Memento Dory dans Némo" 

(Oui, j'adapte mes références cinématographiques, je suis une maman maintenant.)

(Aussi le fait que quasiment personne ne se rappelle de Memento.)

(Un film sur le thème de la mémoire.)

(IRONIE TRAGIQUE.)

Bref bref.

C'est donc pas hyper la joie, vu que chaque fois que j'amène les petits à la crèche, ils se mettent à pleurer à chaudes larmes, s'agrippent à moi, et me hurlent "MAMAAAAAA" en tendant les bras pendant que le personnel de la crèche est en mode "pas l'temps d'niaiser":

- Allez allez, on dit au revoir à maman! Au revoir, maman! 
- ....
- Madame! On a dit AU REVOIR MAMAN!


(Moi en train de me faire pousser dehors: une illustration)

Le premier jour, je me suis dit "Bon, c'est le début, ils se sont sûrement arrêté dès que j'ai passé la porte", puis quand je les ai cherché le soir, j'ai demandé:

- Ça va, tout s'est bien passé?

Et la meuf m'a répondu:

- C'était.... mitigé.

Et je SAIS que c'est du langage codé de crèche pour dire "Ils ont chouiné toute la journée", parce que ma soeur bosse dans une crèche et elle m'a dit que c'est ça qu'elle dit aux parents, VOUS M'AUREZ PAS BANDE DE BÂTARDS J'AI UN CODEX.

Du coup, la fois d'après, j'étais encore plus triste de les laisser, à tel point qu'une responsable a dû voir la détresse sur mon visage et m'a dit:

- Si vous voulez, n'hésitez pas à appeler dans la journée pour prendre de leurs nouvelles!

J'ai pensé "Ouais c'est ça, pour que tu puisses me mentir et me dire que tout va bien?"

Et puis trois heures plus tard j'ai appelé pour qu'elle me mente et qu'elle me dise que tout va bien.

- Bonjour, c'est la maman de Samuel et Auguste. Je voulais juste voir comment ça se passe.
- Tout va bien!

Et le soir:

- Ça va, tout s'est bien passé?
- Bon... c'était plutôt moyen.


Enfin bon, de toute façon ils ont passé qu'une semaine en crèche, vu qu'après EVIDEMMENT ils sont illico tombés malades (rapport au fait que je les ai remis dans l'endroit où trente mômes lèchent le même jouet toute la journée).

Ils ont donc chopé un rhume, ce qui d'ordinaire ne les empêcherait pas de rester à la crèche, mais comme on est en protocole covid:

- Bonjour, Auguste a de la fièvre, il faut venir le chercher.
- Mais d'habitude vous ne lui donnez pas juste du Doliprane?
- En temps normal, oui, mais avec le protocole actuel, on vous demande de chercher votre enfant dès qu'il a plus de 38° de température.
- Et il a combien?
- 38,1°.


Heureusement, j'ai mon petit réseau de grands-parents qui sont ravis de revenir babysitter, parce qu'après une semaine de crèche, ils étaient déjà en PLS, cf. ma mère :

- Mais ils vont y aller TOUTE la journée, TOUTE la semaine?
- Non, cet été, juste trois jours par semaine.
- Et à la rentrée?
- Je vais rajouter une demi-journée.
- Oh non! Mais quand est-ce que je vais les voir?
- Mercredi?
- Je travaille.
- Vendredi matin?
- C'est le jour du marché!
- Eh ben je sais pas moi, le week-end?
- Ah ben non, pas le week-end! C'est quand tous les autres grands-parents vont vouloir les voir!


- Non mais sinon, tu me les laisses le lundi au lieu de les mettre à la crèche.
- Mais est-ce que tu peux me garantir que tu seras dispo TOUS les lundis?
- Bien sûr! Enfin, sauf quand je serai en vacances.


- Bon, je peux toujours me débrouiller avec les autres grands-parents. Tu me diras juste sur quelles semaines tu n'es pas dispo entre septembre et Noël.
- Ah ben ça je le sais pas à l'avance! Avec Marc on prend les offres "dernière minute" maintenant, c'est tout l'avantage de la retraite!
- Donc en gros, tu veux que je te laisse les enfants tous les lundis, sauf les lundis où tu ne seras pas là, et où tu me préviendras à la dernière minute que tu ne seras pas là?
- Voilà! C'est pas compliqué!


("C'est pas compliqué".)

Bref, pour résumer : les petits vont mieux, sont de retour à la crèche, et je profite de mon temps libre:

- Salut Charlotte! Les petits sont là aujourd'hui?
- Salut papa! Non, ils sont à la crèche.
- Jusqu'à quand?
- Normalement, 18h, mais je pensais aller les chercher un peu plus tôt, genre....
- Maintenant?
- Euh, plutôt d'ici deux heures.
- Mais sinon tu veux pas les chercher maintenant? Comme t'es à la maison?
- Ben c'est-à-dire que j'ai encore deux-trois trucs à faire...
- Ou moi je peux y aller! Si ça peut te rendre service.
- Si tu veux, mais c'est pas nécess...
- Okay j'y vais tout de suite! Pour te rendre service!


(Y'a pas un grand-parent pour rattraper l'autre.)

A bientôt pour plus d'aventures et de bisous morveux!

lundi 8 juin 2020

Vis ma vie de mère au foyer


Et donc ça y est, c'est le déconfinement, tout le monde est dehors, tout le monde retourne au travail.

SAUF MOI.

Moi, gentille bobonne qui reste coincée dans les années pré-mai 68 au milieu des couches sales et des piles de lessive, parce que ma crèche est toujours fermée.

- Ah bon, mais comment ça se fait?

Me dit le PUTAIN D'UNIVERS ENTIER quand je leur explique que je n'ai pas repris mes cours.

EH BEN JE SAIS PAS FIGURE-TOI.

Tout ce que je sais, c'est qu'en mai, j'ai reçu un e-mail me disant "On n'est pas sûrs de rouvrir en juin, on vous tient au courant", et qu'ensuite c'était silence radio total jusqu'au MARDI 2 JUIN, où j'ai reçu un autre e-mail me disant "Au fait, on n'est toujours pas rouvert pour le mois de juin", SANS DÉCONNER DIS DONC.


L'e-mail ne disait pas pourquoi la crèche ne rouvrait pas, mais me donnait quand même une liste des assistantes maternelles encore disponibles dans la vallée ("encore disponibles" = les meufs cheloues dont personne ne veut en temps normal), ce qui de toute façon ne me sert à rien vu que j'ai deux bébés et que toutes les nanas listées n'ont plus qu'une place de libre.

- Ouais mais de toute manière c'est mieux comme ça, moi j'aime pas l'idée de les mettre chez une nounou qu'on connaît pas. Au mieux, elle est géniale, ils s'attachent à elle, et après quand on les remet à la crèche ils sont tristes, et au pire, elle s'en occupe mal.

Est intervenu Professeur Flaxou le bon parent, qui en a encore quelque chose à foutre de l'éducation de ses mômes, et franchement bravo à lui parce que moi j'ai jeté l'éponge début mai.

(Sérieusement, je m'en bats les couilles, je file mes bébés à n'importe qui.)

(Faites-les regarder Cyril Hanouna toute la journée, droguez-les au Toplexil, mettez-leur Cannibal Holocaust à l'heure du goûter, donnez-leur des petits couteaux et faites un Fight Club de bébés, sans déconner j'en ai plus rien à carrer, juste PRENEZ-LES UNE JOURNÉE COMPLÈTE.)

Et donc, alors que le monde entier revient à la vie, je reste encore coincée dans ma routine de purées, couches, rangement, nettoyage, lessives, cuisine, biberons, vaisselle, et la même promenade en poussette tous les jours, et sérieusement pendant des siècles et des siècles tu naissais femme et c'était ça ta vie? TOUTE ta vie? Juste ça?

Mais là je juge un peu les générations précédentes pour pas avoir fait la révolution féministe plus tôt, hein.

Non parce que clairement, il faut une certaine trempe pour s'épanouir dans une vie pareille, et chapeau aux meufs qui y parviennent, parce que moi je suis en train de mourir à petit feu sans mon travail, Simone de Beauvoir avait raison.


Alors, je ne dis pas que cette vie n'a pas ses avantages : c'est vrai qu'il y a des moments où je suis super heureuse d'être à la maison pour voir mes petits bouts de chou évoluer de jour en jour – d'autant qu'ils sont à un stade où il y a quelque chose de nouveau quasiment tous les jours.

Depuis le début du confinement, ils ont appris à s'asseoir, à se mettre debout, à marcher avec leurs trotteurs, à jouer à la balle, à faire "tope là", à faire coucou de la main, à manger des morceaux solides, à dire des mots, et attends je t'ai pas dit le meilleur mais AUGUSTE A UNE DENT!



Bon, après, plus haut, j'ai dit "dire des mots", mais c'est quand même un peu approximatif. Disons qu'ils maîtrisent bien l'usage du "maman", et que j'ai pu constater empiriquement que "ba-ba" veut dire "papa" (puisqu'ils ne savent pas encore faire le son "p") mais pour le reste, c'est beaucoup de devinettes. Quand je mets Auguste dans les bras de ma grand-mère et qu'il dit "mah-meh", est-ce qu'il veut vraiment dire "mamie", ou bien est-ce que c'était juste une syllabe au hasard, comme ça?

Par contre, quand je leur donne un truc qu'ils aiment, ils disent "miam-miam" et ça c'est systématique, donc bravo, j'ai des enfants qui ne savent pas dire "mamie" mais qui savent dire "miam-miam", est-ce que vous vous foutez pas un peu de notre gueule?

Voilà, c'est ça les trucs sur lesquels je cogite maintenant. Alors je pense que tu as bien compris à quel point ça devient impératif pour moi de reprendre le boulot.

J'ai déjà repris deux cours, avec l'aide de la famille qui vient ponctuellement en renfort, mais je ne peux pas non plus trop leur en demander, vu que :

- les oncles et les tantes travaillent (et doivent gérer leurs propres enfants)
- une mamie travaille à temps plein
- une mamie travaille à mi-temps, mais a mal au dos et ne peut rien soulever
- un papy est à la retraite, mais tout seul (donc difficile de gérer deux bébés)
- un papy est à la retraite avec sa femme, mais souvent en vacances maintenant que le confinement est levé.

Heureusement, j'ai la chance d'avoir des parents et beaux-parents hyper impliqués et qui n'hésitent pas à sacrifier leurs jours de congé, leurs projets, voire leur dos si je les laissais faire (n'est-ce pas MAMAN), ce qui fait que j'ai rarement à devoir passer une journée entière seule à gérer les deux gobelins.

Et malgré ça, je pète quand même les plombs!

Non mais t'imagines comment j'aurais fait une trop mauvaise épouse dans les temps anciens?

- Bonsoir ma mie! Qu'il est bon de retrouver la douceur du foyer après une longue journée de trav....
- OH MAIS VAS-Y FERME TA GUEULE!
- Mais... ma mie...
- TIENS, TU PRENDS TON CON DE MÔME ET TU LE JETTES PAR LA FENÊTRE SI CA TE CHANTE, MOI JE VAIS PRENDRE L'AIR!
- Mais... et le dîner?
- EH BEN BOUFFE TA BITE!

Et la cerise de crotte de nez sur ce gâteau de caca, c'est que je ne sais pas quand la crèche va rouvrir! On sait déjà qu'elle sera fermée tout le mois de juin, mais on est dans le noir total concernant la suite des événements, et perso, ça m'étonnerait fort qu'elle rouvre en juillet ou en août, étant donné que c'est la période où tout le monde prend ses vacances.

Donc là, je suis doucement en train d'essayer de me faire à l'idée que je ne vais probablement pas travailler avant septembre.

Je ne vais pas revoir mes élèves avant septembre.

Je ne vais pas avoir de journées libres, à moi, avant septembre.

Je ne vais pas pouvoir aller faire les magasins, donner du plasma, flâner à la bibliothèque, faire une balade en forêt, bruncher avec une copine ou aller manger des sushis, avant SEPTEMBRE.

(Et si d'aventure quelqu'un serait tenté de me dire "Ah mais tu peux faire tout ça, il suffit d'emmener tes bébés!", LOL.)

(Peut-être que tes bébés à toi sont différents, ou peut-être juste que tu es un meilleur parent que moi, mais mes bébés, ce sont des agents du chaos, et je les emmène nulle part, jamais.)


(Mes enfants dans leur poussette, une illustration.)

Alors, lecteur, lectrice, prie avec moi les anciens Dieux des mères au foyer, pour une prompte réouverture de la crèche.

Hestia, Frigg, Vesta, les Domovoy et les Kobold, soyez sympa, laissez-moi retourner à ma vie de membre productif de la société. Et, en attendant, je vous prie pour que vous m'accordiez des petits moments de paix. Des moments sans vomi à ramasser, sans bave à éponger, sans gencives à masser, et sans bobos à consoler.


(Et aussi, si vous pouviez jeter un sort de bienveillance sur mes enfants pour qu'ils arrêtent de nous refaire des scènes de Mad Max avec leurs petits trotteurs, ce serait cool, merci, bisous.)

lundi 27 avril 2020

Brève cosy


Et sinon chez nous le confinement se passe toujours très bien.

Tout autour de nous, c'est le craquage général, mais ici, ça va.

Oui parce que dans notre foyer de glandeurs, on est habitués à se la couler douce comme des petites patates de PC, et puis avec des enfants en bas âge, c'est pas comme si les sorties en boîte ou au restau auraient été une option de toute manière.

En revanche, pour certains membres de notre famille, c'est plus difficile à accepter, cas d'école à l'appui:

1. Ma belle-mère qui est sévèrement claustrophobe et se retrouve qué-blo dans un appartement de 50 mètres carrés.



2. Ma soeur qui doit gérer le télétravail en plus de deux gamines qui se prennent le chou en permanence, cf. nos discussions téléphoniques méga relou compliquées :

- Et là il me dit "Mais c'est pas grave si t'as pris trois kilos, moi j'ai toujours aimé les gros culs!"
- Han! Mais quel mufle!
- Et là je....
- MAMAAAAAAAN ! Emma elle arrête pas de piquer ma poupééééééé!
- C'EST MÊME PAS VRAI!
- Les filles, je suis au téléphone avec tata...
- AIEUH! MAMAN! ELLE M'A TAPÉE!
- T'ES RIEN QU'UNE SALE MENTEUSE!
- TOI LA MENTEUSE!
- TOI LA CROTTE DE BIQUE!
- AIEUH!
- MAMAAAAAN!
- MAMAAAAAAAAAAAN!



3. Ma grand-mère qui est remontée comme jamais dans sa vie, parce qu'elle a appelé le coiffeur pour prendre un rendez-vous après le 11 mai (sa permanente retombe, juge toi-même de l'immensité de la crise) et que la coiffeuse a eu l'outrecuidance de lui dire "les personnes âgées je ne les prends pas en priorité, de toute façon vous serez les derniers qu'on laissera sortir".



(Alors six ans de guerre, de bombardements et de famine, pas de soucis, mais deux mois à la maison à lire des romans Harlequin et à repasser des chaussettes, ça, c'est la fin du monde?)

4. Mon grand-père qui s'ennuie comme jamais dans sa vie, et il arrive doucement à bout de trucs à faire.

Il a réparé tout ce qui était réparable, il a enlevé toutes les mauvaises herbes du jardin, il a planté des légumes, il a mis des petits tuteurs sur ses petits pois, il a taillé ses rosiers, il a ratissé la cour, et maintenant, il ne sait pas, il ne sait plus, alors il fait juste. Des trucs.

Genre, l'autre jour, j'ai cru qu'il avait touché le fond parce que je l'ai vu repeindre la porte du garage.

(La porte INTÉRIEURE du garage.)

Mais avant-hier, il trouvait qu'il y avait trop de pollen dans l'air, alors il a PASSÉ L'ASPIRATEUR SUR LA TERRASSE.



Et aujourd'hui, je l'ai vu en train de faire les carreaux:

- Salut mamie, salut papy! Mais t'avais pas déjà fait les vitres?
- Penses-tu! Ça fait trois jours qu'il les relave tous les jours! Tous les matins je veux lire mon journal, et il est là à me bloquer les soleil parce qu'il faut qu'il fasse les vitres!
- Mais il FAUT que je fasse ça le matin, c'est là qu'on a la bonne lumière pour voir les saletés! T'as qu'à lire ton journal le soir!
- Lire un JOURNAL le SOIR? Mais schàtzi tu t'entends parler?

(Dans cette guerre, il n'y aura point de vainqueurs.)

Pendant ce temps, mes enfants vivent leur meilleure vie : ils passent toutes leurs journées avec papa et maman, ils mangent la cuisine de mamie tous les jours, et comme il a fait beau tous les jours depuis le début du confinement, ils passent leurs après-midis dans le jardin à manger des pâquerettes.

(Enfin, Samuel mange des pâquerettes.)

(Auguste semble préférer grignoter de tout petits bâtons avec ses gencives molles.)

Et il semblerait qu'ils m'aient accompagné dans ma bonne résolution de me remettre en forme, parce qu'en même temps que je reprenais le sport, ils ont commencé à se tenir debout.

(Oui, je fais du "sport".)

(30 minutes de fitness suivies d'un Coca et un-demi paquet de chips.)

(CA COMPTE QUAND MÊME OKAY?)

(J'ai même acheté des poids pour mes chevilles, àchtung c'est du sérieux)

(En plus je voulais des 500g parce que c'est ceux qu'on utilisait à mon cours de fitness, mais ils étaient plus en stock, donc j'ai pris des 750g je me suis dit "bah c'est presque pareil")

(EH NON!) (NON NON NON!)

(Bref.)

Donc les enfants se mettent debout, c'est génial, je suis hyper fière d'eux, juste un petit truc, vous pouvez arrêter de VOUS JETER DANS LE VIDE?

Non parce que la station debout c'est super hein, la belle vie d'homo sapiens, tout ça, mais tu penses qu'ils auraient pu démarrer par un combo "je me lève - je m'assois"?

MAIS NON!

C'est tellement plus marrant de se mettre debout et puis de se jeter par terre la tête la première!

(Voire la tête en arrière sur le carrelage, DOUBLE FUN!)

Donc ma vie est désormais rythmée par les *bonk* suivis de cris plus ou moins perçants, et comme en plus ils s'entêtent à se mettre debout en même temps, je peux en assurer qu'un à la fois, on dirait qu'ils essayent de me forcer à choisir un préféré.

(Et je m'y oppose.)

(Il n'y aura pas dans cette famille de Boromir et de Faramir.)

(C'est exactement par crainte de cette situation que j'ai refusé cette idée de prénoms quand Professeur Flaxou l'a proposée.)

(Alors par contre SOI-DISANT que Elladan et Elrohir c'était "trop obscur" et "que personne n'aura la ref", mais PARDON EUX AU MOINS C'EST DES JUMEAUX, excuse-moi de vouloir faire ton sur ton.)

(En plus j'ai pris la référence la plus facile.)

(Les gars ils sont dans le Seigneur des Anneaux!)

(Si j'avais voulu faire obscur, j'aurais pu faire obscur, hein.)

(Elrond et Elros, Elured et Elurin, c'est pas les jumeaux qui manquent dans cette lignée!)

(Bref bref.)

Dans la série "progrès", ils ont aussi appris à dire "maman".

Par contre, "maman", c'est pas moi.



En fait, ils ne disent pas "maman" pour m'appeler spécifiquement. C'est juste le mot qu'ils ont trouvé pour dire "y'a quelque chose qui ne va pas".

(D'ailleurs, pour être tout à fait précise, ils ne disent pas "maman", ils pleurent "maman".)

(Parce que, quand tout va bien, pas moyen de leur faire cracher un seul "ma"!)

Et alors moi, comme une truite, la première fois qu'un des gamins s'est réveillé de sa sieste en criant "mah-mah!", j'étais RA-VIE, je te raconte pas comment c'était le plus beau jour de ma vie.



("Yeeeuuuh mon bébé qui m'appelle, il veut sa maman, sa maman adorée, j'arrive mon petit ange!")

Eh ben c'est bon, maintenant que je l'ai entendu MILLE FOIS PAR JOUR, ça me gave bien, vous pouvez vous arrêter quand vous voulez.

(Ah oui, parce que j'ai beau avoir compris rationnellement que ce n'était pas MOI qu'ils appelaient en disant "maman", je cours quand même à chaque fois comme une belle quiche.)

(Réflexe pavlovien de merde.)

Et donc, quand ils ont sommeil, quand ils ont faim, ou encore l'une des cinq mille fois de la journée où ils se cognent la tête parce qu'ils ont toujours pas compris qu'ils ne pouvaient pas se mettre assis SOUS une table basse, c'est la fête du "mah-mah".

Même quand ils voient leur père qui passe devant eux pour aller se chercher un café, ils rampent vers lui en criant "mah-mah", et j'ai beau être quelqu'un de progressif sur les questions de genre, ça me vexe quand même un peu.

(Maman c'est MOI, okay?)

(C'est moi qui ai fait tout le boulot pendant les huit premiers mois, c'est pas pour qu'on m'usurpe mon titre maintenant!)

Et sinon, ils commencent tout doucement à développer chacun leur caractère, ce qui est super chouette à observer.

On sait donc maintenant que Samuel préfère le petit suisse et qu'Auguste adore la viande, que Samuel ne reste jamais en place et qu'Auguste a un certain goût pour la lecture.

Et quand je dis "un goût", c'est



UN GOUT.

(Mais c'est du Steinbeck, messieurs-dames, donc c'est du BON goût!)

Et donc, tous les soirs, je range ma bibliothèque sens dessus dessous, et tous les matins, je pose Auguste par terre et il va consciencieusement tout retourner.



(C'est comme si j'avais mon petit Sisyphe de poche.)

J'ai bien essayé de le leurrer en mettant des livres pour enfants devant les étagères, mais ça a marché une-demi seconde et il s'est rué sur les gros tomes.

Je ne sais pas si c'est le goût de la reliure qui le fait kiffer, ou de pouvoir faire du tam-tam sur les couvertures rigides, mais il semblerait que mon fils aime les gros pavés – ce qui fait évidemment de moi la maman la plus fière du monde.

- Mais t'as qu'à mettre tes livres hors de portée si tu ne veux pas qu'il te les abîme.
- NON! Je ne veux pas brider ses instincts.
- Quels instincts?
- T'as pas vu? Regarde.
- Oui, il mâchonne un bouquin.
- Il mâchonne le SILMARILLION !
- ...
- C'est l'oeuvre de Tolkien la plus complexe! La plus académique! La plus chargée en mythologie! Et c'est vers celle-là qu'il est allée directement! Tu comprends ce que ça veut dire?
- ...
- Il va être un LITTÉRAIRE!
- Cha, il a dix mois.
- UN GÉNIE!
- Même pas un an.
- UN PRODIGE!
- Un prodige qui sait pas encore tenir une cuillère.

En vrai, évidemment, tout ça c'est pour rire, je ne compte pas former mes enfants à une carrière d'académicien.

(Ils seront un combo Président / Premier Ministre, ou rien.)

mardi 7 avril 2020

Brève orthographique


Le français est une langue compliquée.

Et ça n'a jamais été aussi évident pour moi que depuis que je suis devenue prof d'anglais.

- Et donc, ce present perfect, c'est l'équivalent anglais du passé composé?
- Non, ça, ce serait le past simple, ou prétérit.
- Mais alors c'est quoi l'équivalent du passé simple?
- Aussi le prétérit.
- Et l'imparfait?
- Toujours le prétérit.
- Je...
- En gros, si c'est une action au passé, on met du prétérit.


Donc ouais, le français, c'est balèze, mais, pour moi, ça n'avait jamais été un souci. Parce que, d'une part, je dévorais quatorze bouquins par semaine, et que d'autre part, j'avais une super mémoire, et donc je savais écrire correctement en français, non pas parce que j'avais appris les règles, mais parce que je connaissais de mémoire la bonne orthographe.


(Moi en train de vanter mes talents d'Académicienne, une illustration)

Et je mets tout ceci au passé parce que désormais tout a changé.

D'une, j'ai eu deux enfants et j'ai perdu mille neurones (oui, ces deux faits sont corrélés).

De deux, je ne lis plus beaucoup (cf. les enfants sus-mentionnés) et presque exclusivement en anglais.

(Sauf quand c'est un roman écrit dans une autre langue, là, je lis évidemment la traduction française.)

(Je précise parce que j'ai des élèves qui étaient persuadés que ma vie en dehors des cours, c'était que de l'anglais. Genre je lisais des romans japonais en anglais, je parlais anglais à mes mômes, je bouffais des haricots à la sauce tomate sur du toast, et tout le toutim.)

(Non, je mange du Saint-Nectaire comme Jean-Claude Tout le Monde, et la seule expérience bilingue que mes enfants connaissent, c'est quand je les insulte en alsacien.)

Bref bref.

C'est ici, sur le blog, que j'ai remarqué que mon français commençait à boiter, quand j'ai réalisé qu'il ne se passait plus un article sans que j'aille faire une recherche Google en mode "KOman on écri sa".

Et rien n'a été pour moi plus révélateur de mes faiblesses, et de l'horreur qu'est la langue française, que le pluriel des noms composés.


Parce que l'autre jour, saoulée de devoir googler à chaque fois "couvre-feu pluriel", "arrière-grand-parent pluriel" ou "après-midi pluriel", je me suis enfin décidée à réviser ma grammaire, et je suis allée voir une bonne fois pour toute quel mot on mettait au pluriel : le premier ou le deuxième?

Mais parce que tu crois vraiment que c'est aussi simple? Que nenni, naïve enfant!

Evidemment, si on avait été logiques et raisonnables, on aurait inventé une règle d'un bloc, genre "on met tout au pluriel" ou "on laisse tout tel quel". Mais NOOON ! NON NON NON! 

Alors d'abord, il y a une règle pour chaque TYPE de mot : si c'est un nom ou un adjectif, on met un S, mais pas si c'est un verbe, un pronom ou un adverbe. 


(Alors déjà, laisse-moi dix minutes pour me rappeler ce qu'est un adverbe, et on continue.)

Donc d'après cette règle, on écrira "des longs-métrages" et des "cerfs-volants" (ce qui est logique et harmonieux), MAIS on écrira "des va-et-vient", et "des porte-manteaux" (ce qui est moche et nul).

SAUF QUE C'EST PAS FINI !

(Bah non, ce serait trop simple.)

Parce qu'il ne faut pas seulement prendre en compte la NATURE du mot, mais également le SENS du mot qu'on met au pluriel!


Et donc, on n'écrira pas "des années-lumières" mais "des années-lumière", même si "lumière" est un nom, parce que c'est LA lumière et qu'il n'y en a qu'une.

Pareillement, on n'écrira pas "des chasse-neiges" mais "des chasse-neige", parce qu'ils chassent LA neige et pas LES neiges, ou "des lave-vaisselle" parce qu'ils lavent LA vaisselle. (Mais on écrira "des tire-bouchons" parce qu'ils retirent plusieurs bouchons.)

Encore plus sournois, on écrit "des pot-au-feu". Pourquoi? Excellente question, parce que va te faire foutre, je suppose!

(Ça se sent, que je commence à fatiguer?)

Tu me suis toujours?



Tant mieux, parce que c'est TOUJOURS PAS fini! 

Parce que maintenant que tu as passé trente minutes à décortiquer la nature et le sens de chaque morceau de ton mot composé, il faut que je te parle des EXCEPTIONS!



Ah ben oui, parce que tu pensais pas t'en tirer à si bon compte? Nan nan mon coco, si t'as un mot avec "demi" dedans, oublie tout ce que tu as appris, parce qu'il est invariable, boum c'est comme ça c'est gratuit c'est pour ton cul, ah oui et si c'est un élément savant il est invariable aussi, comment ça tu sais pas ce que c'est un élément savant? Ça te paraît hyper vague comme détermination? MAIS C'EST PARCE QUE CA L'EST! CES RÈGLES SONT ÉCRITES AVEC LE CUL !!!


(Okay, c'est bon, je me calme.)

Les "éléments savants", donc, c'est tous ces mots hérités du latin, genre "anti", "multi", ou encore tous les mots qui se finissent en -O : donc on écrira "des Anglo-Saxons", "des micro-ondes", "des anti-inflammatoires", et c'est bon là c'est fini avec les règles à la con, ou bien il faut conjuguer tout ça en sautant sur un pied à la pleine lune enroulé dans du jambon?


Bref, tout ça pour dire, lecteur, lectrice : je te souhaite un bon confinement, sans trop de couvre-feux. J'espère que tu ne fais pas beaucoup de va-et-vient et que tu restes bien chez toi, à jouer des demi-finales sur FIFA, à résoudre des casse-têtes, ou, qui sait, à composer des chefs-d'oeuvre? J'espère aussi que tu n'as pas à jouer les gardes-malades. Porte-toi bien, et n'oublie pas d'appeler tes grands-pères, tes grand-mères et tes arrière-grands-parents.


(Ah oui, bah maintenant que j'ai souffert, forcément, je me la pète.)