vendredi 19 novembre 2010


Ce matin, je me suis réveillée, et j'ai pressenti la journée de merde.

Il faisait froid, il faisait moche, j'ai marché dans le mouillé de la douche avec mes chaussettes, j'avais encore de la fièvre, et mon porridge a explosé dans le micro-ondes.

Et puis je suis sortie de chez moi pour aller en cours, et là où il y a d'habitude mon vélo, il n'y était pas.

Au début je n'y ai même pas cru. Je me suis dit que j'étais tellement mal réveillée que je n'arrivais même plus à me souvenir de l'endroit où je l'avais mis, et qu'il devait être plus loin dans la rue. Et puis, par terre, au pied du rangement à vélos, j'ai vu mon cadenas. Il était cassé en deux.

Je ne sais pas trop pourquoi je suis allée ramasser mon cadenas, mais je pense qu'il fallait que je le prenne dans mes mains, que je le soupèse, que je voie la rupture de la serrure pour me convaincre que tout ça était bien réel.

Et là, il y a eu comme un grand bruit blanc dans mes oreilles, comme un trou dans mon ventre, comme une bulle dans ma gorge, et je me suis mise à pleurer toutes les larmes de mon corps devant les ouvriers des ponts et chaussées.

J'ai pleuré dans le tram et sur le trajet jusqu'à la fac, les gens me regardaient avec un air de pitié. Mais je m'en foutais.

Mon vélo n'est plus là et c'était mon vélo, mon partenaire d'infractions au code de la route et de chevauchées fantastiques dans la grisaille du matin. C'était mon vélo et il était formidable, il allait plus vite que l'éclair et je pouvais descendre des trottoirs comme une brute, les pneus crevaient jamais. C'était mon vélo et il avait un porte-bagages sur lequel je mettais mes courses, et une béquille, et une sonnette et même une dynamo, la selle la plus confortable du monde et des gardes-boue à l'avant et à l'arrière, c'était la Rolls des vélos.

C'était mon vélo, et avant d'être le mien, c'était le vélo de mon papapa. Maintenant mon papapa est mort, et mon vélo c'était tout ce qu'il me restait de lui. Et je m'en foutais qu'il datait des années 70 et qu'il ait la barre en haut que je me prenais dans l'aine à chaque fois que je m'arrêtais au feu rouge, parce que c'était le vélo de mon papapa et que chaque fois que je le prenais je pensais à lui, et je me disais qu'il serait content de voir comme je l'utilisais, parce qu'il détestait le gâchis, et qu'il aimait me rendre service, et qu'il faut dire que c'était un super vélo.

Et quand j'étais sur mon vélo, je ne me sentais jamais seule. C'était un peu comme s'il faisait la route avec moi.

Maintenant mon papapa est mort et mon vélo aussi. Ils sont partis tous les deux de la même manière, sans me prévenir, et à moi, il ne me reste plus rien.

Maintenant, je vais à la fac à pied. Toute seule. Et dans mon coeur, c'est un peu mort aussi.

7 commentaires:

  1. je compatis et j'envoie des ondes de réconfort.

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  2. sarah ta bffffffffmm19 novembre 2010 à 09:01

    Je t'envoie tout mon amour de meilleure coupine qui t'adore et samedi quand on se verra (oui on se verra ou je meurs) je te ferais un câlin de ouf ! Rien que pour te donner un peu d'amour. Je savais des le début de l'article pourquoi tu parlais de ce vélo avec tant d'amour et je ne peux que te comprendre (j'ai quand même gardé les chaussures de ma tata alors qu'elle avait pas la même pointure que moi). Un gros calinou de 90 km de toi. a ce week end!

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  3. Fonction Cathartique19 novembre 2010 à 11:50

    Je repense à décembre 96 et ma maison qui fait frouflacheminée et ça me rappelle que perdre, non pas des objets en eux-mêmes, mais de véritables souvenirs, ça fait mal. Tout mon soutien.

    Je détonnerai bien quelques mégatonnes pour te défouler, mais... la doomsday clock me souffle à l'oreille qu'il n'est pas l'heure. Ils paieront une autre fois. ( Mais ils paieront )

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  4. Enculé !

    J'suis pas sûre que cette petite référence t'arrachera un sourire, mais sache que j'aimerais bien être là pour pleurer avec toi et te faire un gros câlin !

    Moi-même je chevauche le vélo de ma mamie, alors voilà...

    Du coup je pleurniche moi aussi... :(
    (et vu le froid qu'il fait ici, mes larmes risquent de geler sur mon visage !!!)

    Paniiiiiiiiiiiiiii !

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  5. http://www.amusingplanet.com/2010/10/sydney-zombie-walk-2010.html

    Faut pas trop s'attacher a la materialité, l'important c'est que tu l'aimes ce velo, peu importe que tu l'ais.

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  6. Ca m'est arrivé la semaine passée... Un beau vélo que j'avais reçu pour mes 11 ans (j'en ai maintenant 25 et il était toujours parfait! Il a grandi avec moi!)
    Je compatis... =(

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