dimanche 11 décembre 2016

Brève cycliste


Et donc je me suis remise au vélo.

Ce qui n’était pas de tout repos, et ce pour deux raisons.

La première raison, c’est qu’Auckland, si tu te rappelles, est une ville bâtie sur un champ de volcans (3615 idée de génie), ce qui, non content d’être une constante épée de Damoclès en mode « quand c’est qu’on va exploser », est aussi hyper pas pratique au jour le jour – surtout en vélo.

En gros, y’a quasiment aucune différence en altitude entre mon point de départ et mon point d’arrivée, mais y’a genre MILLE CUVETTES A LA CON que je dois me farcir entre les deux.

Et pour en rajouter dans le « pas d’bol Simone », le vent à Auckland souffle quasiment toujours de l’Ouest. Qui est la direction dans laquelle je vais tous les matins. 

Ce qui veut dire que, le matin à 8 heures, quand c’est bien important que j’arrive au boulot fraîche et bien mise, je me tape non seulement la partie du trajet avec le plus de montées, mais en plus j’ai des bourrasques de vent en pleine face tout le long du trajet, alors pas merci la sueur excessive. 



(Moi débarquant au bureau le matin, une allégorie.)

Ajoute à ça que mon vélo est une antiquité qui a beaucoup de mal à passer les vitesses, et tu comprendras facilement pourquoi j’ai maintenant des cuisses d’Amazone.

(Et des mollets qui refusent de rentrer dans ne serait-ce qu’une-demi botte.)

Petite anecdote : j’ai récemment suivi un cours d’entretien et réparation de cycles (la mairie d’Auckland organise des cours gratuits, c’est cool Raoul) et quand on a abordé la question des vitesses, j’ai montré mon vélo a l’instructeur en disant :

- J’ai du mal à changer les vitesses parce que j’ai pas de petite roulette qui me dit 1,2,3, juste un petit levier à monter ou abaisser. Vous avez des conseils?
- Ah ! Ça fait longtemps que j’avais pas vu des leviers de vitesse comme celui-là ! Vous savez comment on les appelait, dans le jargon ?
- Non ?
- « Suicide gears ».
- ….
- Parce que le seul moyen de savoir si ça marchait, c’était de regarder les rouages PENDANT qu’on changeait les vitesses.
- ….
- Ha, tous les accidents que ça a causé, cette merde ! Ho ho !
- ….
- Mais sinon, pour répondre à ta question, mon conseil c’est : choisis une vitesse et n’y touche plus jamais, sinon tu vas mourir, et ton p’tit vélo aussi. Voilà. D’autres questions ?

Donc mon vélo est un engin de mort, mais sinon je l’aime bien quand même.


Les gens me demandent pourquoi j’ai pas choisi un vélo plus performant, et a cela je réponds deux choses :

1. La version rationnelle : j’ai pas de fric à balancer dans un vélo flambant neuf, j’ai jamais payé plus de 50 Euros pour une bicyclette et c’est pas maintenant que ça va commencer.

2. La version irrationnelle : j’ai pris le vélo le plus pourri possible par pur réflexe, parce qu’après des années de vie à Strasbourg, tu choisis toujours cash le vélo le plus moche et rouillé possible – ça lui donne une extension de vie de quelques mois, voire quelques années si t’as de la chance. 
(Mais au bout du compte, on finit quand même par te le voler.)
(Un vélo à Strasbourg finit TOUJOURS volé.)
(C’est un peu la quatrième loi du mouvement de Newton.)

Evidemment c’est pas une loi qui s’applique au pays des Bisounours, puisque d’une part je suis même pas sure que les Kiwis sont au courant qu’il est possible de s’approprier les biens d’autrui, et puis surtout d’autre part QU’EST-CE QU’ILS IRAIENT FOUTRE AVEC UN VÉLO ?

Parce que c’est pas tellement qu’il n’y a pas de cyclistes ici (même s’il y en a peu) ; c’est plutôt que, depuis que je fais du vélo, j’ai l’impression de faire partie d’une caste à part.

J’en veux pour preuve les commentaires incompréhensibles de mes collègues :

- Ouah Charlotte t’es venue au travail en vélo ?
- Ouais.
- Mais t’habites pas à Panmure ?
- Si.
- Han ! C’est tellement courageux de faire tout ce chemin !



(« Tout ce chemin » = 6 kilomètres.)


Et le plus marrant, c’est que les mêmes gens, le lendemain, m’ont sorti :

- Ah mais en fait tu vas venir TOUS LES JOURS en vélo ?
- Ben oui. 
- Mais…. Ta voiture est cassée ?



(J'crois que vous avez pas bien saisi le principe, les gars.)

En fait, je l’ai compris plus tard, le vélo est vu par les Kiwis comme un sport/loisir, mais absolument pas comme un moyen de transport. Donc, quand les gens me voient faire du vélo pour aller au travail, ils se disent que je dois faire du vélo TOUT LE TEMPS, genre c’est tellement ma grande passion que j’en fais MÊME pendant la semaine.



(Mes collègues qui s'imaginent ma vie hors du boulot.)

Alors qu’en vrai, je fais du vélo la semaine, et après je passe le week-end cloîtrée a la maison en slip devant Skyrim.

(Ouais, j’ai fini The Witcher 3.)

(C’était génial, soit dit en passant.)

(Maintenant avec Skyrim j’ai un peu l’impression de jouer au Witcher pour les 6-12 ans.)

(Du coup j’ai mis Skyrim en mode Légendaire, et je joue mage nécromant sans armure.)

(Je me fais one-shot toutes des cinq secondes, c’est super.)

Bref bref.

Tout ça pour dire que moi, je vois le vélo comme un moyen de transport pratique : j’épargne de l’argent, je gagne du temps, c’est bon pour l’environnement, et ça me fait faire un peu d’exercice.

Mais à entendre mes collègues, c’est à peu près aussi pratique que de venir au travail en pirogue :

- Et si jamais t’as une réunion à l’autre bout de la ville ?
- Ben je prévois de prendre ma voiture le matin.
- Et si tu dois faire les courses ?
- Ben je prévois de prendre ma voiture le matin.
- Oui mais si tu dois faire des courses URGENTES et tu l’apprends pendant la journée ?
- Eh ben j’y vais en vélo.
- Mais si tu dois acheter un truc qui rentre pas dans ton sac ?
- Eh ben je rentre à la maison et je prends ma voiture quand j’arrive à 17h30, Denise !
- Ah tu vois ? C’est pas pratique.



Mais Jacqueline bordel de merde je suis en vélo, c’est pas la fin du monde ! 

C’est pas non plus comme si je venais au boulot tous les matins à pied, chaussée de sandales à clous, attachée à un menhir !

(Comme une joyeuse petite Sisyphe.)

Au final, je suis quand même bien contente de pouvoir enfourcher mon vélo pour les petits trajets – même si je frôle la mort à chaque instant parce que ces embouchés de Kiwis ne savent pas ce que c’est qu’un angle mort (ou qu’un rond-point) (ou qu’un passage piéton) (ou qu’on n’est pas censés s’arrêter au feu rouge a deux millimètres de moi, puis ouvrir sa portière en plein sur ma gueule pour laisser descendre son con de môme). 

(3615 ça sent le vécu.)

Mais y’a rien de plus cool que de chevaucher son vélo à l’heure de pointe, en doublant crânement tous les gens sur l’autoroute.

(Oui, la piste cyclable est à côté de l’autoroute.)

(Paye ta sécurité.)

Épilogue :

- Ouais, je voudrais me remettre au triathlon, mais à Auckland c’est trop bondé, je cherche un truc un peu excentré.
- Tiens, Charlotte, toi qui es sportive, ça te connaît les triathlons, non ?

Moi :



(Oui, hyper, oui) 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire