mercredi 24 juin 2009

All we need is just a little patience


Il m'aura quand même fallu trois semaines et une Sarah avant que je commence à rencontrer des gens à Londres.

C'est le revers de mon ancien génie : genre je parle anglais depuis que j'ai quatre ans, mais je l'utilise pas, non non. A la place je lis des livres en anglais dans le train Colmar-Strasbourg style j'me la pète je passe mes vacances en Floride. Et j'écris des longues longues dissertations sur Richard II, devenu mon hypra-pote (par ici la mention !).
Mais je parle pas aux anglais. C'est trop facile.

Je préfère parler aux russes, y'a plus de mérite. Déjà je comprends un mot sur vingt-quatre (challenge numéro un).

- (le mec parle pendant six minutes)
- Oh ! Maison ! Il a dit maison ! Et la il a dit "eau" ! Oh ! "Jambon" ! J'ai compris !

Ensuite je dois essayer de reconnaitre toutes les insultes du type rentre chez toi sale étrangère, ce qui est d'autant plus difficile qu'un russe parlera d'une voix agressive même s'il te raconte que tu es le soleil de sa vie, le crédit de ses envies (challenge numéro deux). Et ensuite je dois éviter les pains dans la gueule (challenge numéro trois).

Avec les anglais, c'est pas drôle. Déjà je comprends tout, oublie pas j'ai fini par comprendre même du Shakespeare, même du Oscar Wilde, même des fois des Écossais.

Et puis les anglais sont trop polis.

Si, c'est possible. Les Polonais sont trop gentils, les Russes sont trop méchants, les Parisiens sont trop snob (et la je te jure que je me retiens de dire des trucs plus méchants), les Américains sont trop bruyants, et les Anglais sont trop, trop polis.

Par exemple, un exemple : Y'a grève du métro.

La, toi tu es Français (et si tu es Belge ou Suisse imagine vite que t'es français, c'est juste pour l'exemple, ça durera pas, t'as bien de la chance) donc tu t'imagines les scènes de cohue, les hurlements de la foule en colère, les gens qui se font piétiner devant les portes des bus, les coups de coudes dans les cotes, les fourchettes dans les yeux, bref une journée normale à Paris.

(Oh mon dieu mais qu'a-t-elle donc contre les Parisiens ? Ils sont trop, voila ce que j'ai contre eux. Dispersez-vous un peu. Allez vous paumer dans la Creuse.)

Et donc, Londres, juste pour rappel, c'est encore plus grand que Paris, et c'est grève totale du métro pendant deux jours entiers, au milieu de la semaine.

Donc la, première surprise, les gens préviennent. Une semaine à l'avance t'as écrit en gros dans les journaux, sur des affiches, sur les murs, y'a grève. Ils l'annoncent même au haut-parleur des fois que tu saches pas lire. Et à côté, ils te marquent toutes les solutions alternatives : oui on met en place des lignes de bus supplémentaires, des itinéraires spécial bouchons, y'a même un service de bateaux-taxi gratuits qui vont longer la Tamise pour vous amener au boulot.

Moi je repense à l'époque ou je prenais le train tous les jours :

- Heu bonjour, il est pas la celui de 6h45 ?
- Ben non, y'a grève.
- Ah mais vous avez rien dit !

La, c'est le moment ou Ginette s'énerve, elle aime pas qu'on s'en prenne a son intégrité :

- Quoi ? Calomnies ! Mensonges ! On a imprime des feuillets préventifs hier soir ! Ils étaient a votre disposition dès 22h30 dans la cave de la salle des archives ! On va quand même pas tout faire a votre place !

Ça, c'est la version que je connais.

- Et sinon comment je vais en cours ?
- Ben vous y allez pas.

Bon. Donc y'a des choses de prévues. Mais Londres, c'est très grand, alors c'est quand même un peu la panique. Et les gens, il restent imperturbables, tu peux les imaginer avec un chapeau melon et un monocle, la moustache frémissant à peine.

Genre moi, j'habite un peu loin du centre. Donc le matin, je me lève une-demi heure plus tôt, j'arrive a l'arrêt de bus en maugréant, j'attends. La le bus se pointe, il s'arrête, le chauffeur nous regarde, nous compte avec les yeux, fait non non de la tête, et se casse.

Donc bon, moi je fais la fille normale : je cogne dans une poubelle et je hurle PUTAIN MAIS C'EST PAS VRAI MAIS QUI M'A FICHU UN POV'CON PAREIL BANDE D'ENCULES. Et les autres gens, ils me fixent l'air de dire mais elle a avalé son porridge de travers, c'est pas possible. Parce que les autres gens, ils étaient pas fâchés contre le bus, non non, c'est pas grave, on attend le prochain.

Et le pompon, c'est que l'autre bus se pointe cinq minutes plus tard, et se gare le long du trottoir. La je vois les gens bouger bizarrement et je me dis, oh non mais dites-moi que je rêve.


Ils se mettaient en file ! Ces gens sont fous.

Donc je me mets dans la file en maugréant un peu, et ça avançait pas très vite, j'ai vite compris pourquoi :

- Après vous, madame.
- Oh non, après vous madame.
- Je vous en prie.
- Je vous en supplie.
- Je n'en ferai rien.
- Voues êtes trop bonne.
- Je vous en prie.
- Merci.
- Merci a vous.
- Non non merci a vous.
- Allez j'vous fais la bise.
- Merci encore.
- Et bonne journée.
- J'adore vos chaussures.




Bientôt, d'autres aventures. En attendant, des photos de lions.




Un lion qui se la pète.



Un lion triste.

Un lion un peu mal en point.


Bon, y'a une crinière au moins.

6 commentaires:

  1. J'étais pliée en lisant l'article ! Oui, c'est sûr qu'à côté de nous, français, le monde paraît presque poli ! ^^
    Tu as bien de la chance d'être là-ba en tout cas.
    Have Fun !

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  2. C'est vraiment énorme ce que t'écris, ya plein de références de partout, c'est trop marrant, c'est vraiment des petits bijoux tes articles ! Continuuuuue !!

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  3. chevelure-exquise24 juin 2009 à 23:41

    Je te deteeeeeeeeeeeste! Pourquoi cete photo hein :( Bon quoique... y'avait pire donc je me tais :D

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  4. zut jviens d'envoyer un commentaire vide ché pas si ça va apparaitre.
    Anyway, j'ai rit durant tout l'article, mais la photo de la fin m'a tuée XDDDD
    J'm'attendais vraiment à voir un dernier lion j'ai trop trop rit. Désolée mademoiselle la pote de la blogueuse mais c'est trop drôle xD

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  5. Héhé, comme toujours, j'adore, et pourtant chuis qu'une sale dinde de LLCE qui want tou bi euh titcheur !
    En tout cas, en avril je suis allée a Liverpool avec la fac, et quand on attendait le bus, les gens passaient et disaient qu'on était français, alors qu'ils nous avaient pas entendu parler. La prof nous a expliqué qu'il nous reconnaissait à notre "troupeau", parce que les anglais étaient toujours en file... je vois que ton article le confirme ! Et c'est là qu'une amie a conclue "ils ont une expérience de la queue ces anglais, c'est incroyable !" ... j'te laisse méditer !
    Ah, et moi, dans mon agglomération rouennaise, on est prévenus quelques jours avant quand y'a greve des transports... la classe hein ?
    En tout cas, profite bien, et continue à prendre de belles photos de crinières exquises :-p

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  6. Le dialogue des anglais trop polis et sa conclusion par "j'adore vos chaussures" m'ont littéralement sciée! :D
    Aimedéaire
    PS: je pars vivre à Edimbourg l'an prochain, je commence un tooouuuut petit peu à appréhender l'accent chelou... Pauvre de moi!

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