samedi 6 février 2010

On choisit ses copains.



Quand j'ai fait un sondage sur "de quoi vous voulez m'entendre parler" y'a quelqu'un qui m'a dit "Parle de ta famille, ça doit être des gens pas banaux" (pluriel de "banals" et pas de "bananes").

Peut-être que c'était un infiltré comme dans le film de Scorsese (mais sans Di Caprio qui meurt à la fin, comment j'ai pleuré ma race) ou peut-être que c'était juste quelqu'un de très perspicace.

Commençons par mes parents : mes parents, à l'origine, c'étaient des hippies. Des hippies alsaciens (la nuance est importante parce que des hippies provençaux, c'est à peu près les hippies alsaciens puissance trois mille). Donc chez nous on avait l'eau courante et l'électricité, mes parents avaient des boulots très sérieux et pas super amusants, on fabriquait pas notre savon nous-mêmes, et ma mère me forçait à me laver deux fois par semaine. (C'est parce que j'avais peur de me noyer dans l'eau de la douche. Pas parce que j'étais volontairement crado. Ou juste un petit peu.)

Mais on était quand même un peu hippies parce qu'on votait à gauche (vous imaginez pas, en Alsace, ça équivaut au putsch de 1917 sur l'échelle du communisme), qu'on était abonnés à Télérama, et qu'on avait que de l'homéopathie à la maison. J'ai passé mon enfance à sucer des granules avec des noms latins (et pour certaines petites maladies, par habitude, je le fais encore. Et puis c'est trop bon aussi.) et une fois, quand j'avais quatre ans, j'ai attrapé une otite de la mort, et ils m'ont scotché un oignon haché derrière l'oreille ! (Je pourrais appeler Amnesty avec des trucs pareils.) Pour ceux qui se demandent, oui, ça a marché, par contre l'odeur était tellement forte que mon oreiller préféré, aujourd'hui encore, a un très faible relent d'oignon. J'aime bien mettre ma tête dedans et inspirer, ça me rappelle ma vieille chambre (elle a aussi senti l'oignon pendant un moment.)

Le truc le plus hippie, c'était quand même que sur la télé, on avait bloqué TF1 (parce que TF1 c'est le diable consumériste). Et puis comme on était dans la montagne, on captait pas M6 (de toute façon ils l'auraient bloqué aussi). Du coup j'ai eu une enfance dénuée de Club Dorothée, de Hit Machine, de Morning Live... en fait j'ai eu une enfance dénuée d'animateurs abyssalement cons (la preuve, c'est que j'ai appris qui était Vincent Lagaf il y a deux semaines).

Mais faut pas vous sentir désolés pour moi, hein. A la place j'allais jouer dehors avec les amis qui vivaient dans ma tête, ou bien j'essayais de tuer les cigognes avec mes flèches en bois, ou bien sinon y'avait toujours le choix de regarder Arte. (Vous comprenez maintenant pourquoi j'allais jouer dehors.)

Ensuite mes parents ont divorcé, et ils sont restés moyennement hippies chacun de leur côté (même si ma mère a plutôt viré bobo, mais bon c'est la transition normale). Ma maman, c'est une maman normale : elle trie les déchets, elle aime la musique et le cinéma, elle sort plus que ma sœur et moi réunies, et elle croit à absolument toutes les chaînes Internet. (C'est parfois un peu fatigant). Du coup elle a proscrit de la maison le saumon, les déodorants à l'aluminium, les micro-ondes, les téléphones portables dans les voitures, et les ananas du Costa Rica. Ma maman elle est aussi persuadée que je suis un génie qui s'ignore, parce que quand j'étais petite j'avais un Q.I. de Sheldon (et certaines des mêmes obsessions d'ailleurs). Seulement le Q.I., quand on le fait bosser, il baisse. Du coup t'imagines bien que depuis le CE1, mon génie a quelque peu diminué. Seulement, à ça, ma mère elle répond :  "Non. Je choisis de ne pas croire à ça. Ma fille, mon génie, va donc distiller des particules positroniques."

Par contre le truc qui est trop génial avec ma maman, c'est que de parler de cinéma avec elle, c'est un peu comme de jouer à Trivial Poursuit édition Génius 1985. Ma mère elle se souvient de chaque film qu'elle a vu dans toute sa vie. Et pas seulement du film : du réalisateur, de l'année de production, des acteurs secondaires, du cinquième caméraman sur la gauche. Des fois c'est même un peu emmerdant :

- Oh, y'a "La nuit du chasseur" qui passe ce soir, j'ai toujours eu envie de le voir !
- Ooooh mais je l'ai vu y'a pas longtemps, je me souviens encore de tout ce qu'il se passe.
- Tu l'as vu quand ?
- Tu sais, quand j'avais la jambe cassée et que j'ai passé tout l'été à regarder des films.
- Tu veux dire l'été de 1976 ?

Ma mère elle est trop forte.


Mon père il est trop fort aussi, hein.  


Il a construit notre maison tout seul, mon père, c'est Davy Crockett mon père, il te pète la gueule. Et sinon mon père il est aussi super fort en maths, et quand ma sœur et moi on était petites il aimait bien nous faire des cadeaux de Noël du genre "Les mathématiques c'est facile" en CD-ROM. Enfin ça c'était ma sœur. Moi j'avais eu de la chance, j'avais eu "Les Zoombinis, à la découverte de la logique", c'était un peu comme des Pokémon avec des épreuves de triage, et ça déchirait sa mère. (Enfin ça déchirait surtout parce que j'avais pas encore joué à Star Wars Droïdes Mécanos.)

Ce que j'aime bien avec mon papa c'est qu'il est assez prévisible : par exemple, sa réponse à n'importe quelle information c'est "Ah ben c'est bien." Vous voulez des exemples tirés de la vie réelle ? C'était à chaque fois sa réponse à "Je déteste ta femme et je veux plus aller en vacances avec vous", "Au lieu de faire sciences po je vais plutôt aller à la fac tirer sur des joints avec des joueurs de didjeridoo" et à "Au fait, Flavien et moi on est fiancés depuis Noël".

Ce que j'aime bien aussi avec mon papa, c'est qu'il se souvient jamais des titres des choses. Il regarde des films, il lit des livres, mais ensuite il oublie tout. Il a une mémoire de Dory pour ce genre de choses, mon papa. Alors ensuite il fait des mix genre :

- Ah hier soir je suis allé voir le film, là... le film connu. Avec des images de synthèse.

(Là c'est le moment où tu soupires parce qu'on est plus en 1977, époque à laquelle c'était facile : le seul film avec des images de synthèse, c'était La guerre des étoiles.)

- Tu sais le film, là... "Allégorie". Non : "Incarnation".
- "Avatar" ?
- Oui, c'est ce que j'ai dit.


Sinon j'ai aussi une grande sœur qui est mi-directrice de crèche, mi-ninja.


(bon là on dirait pas trop, mais en vrai elle peut être super menaçante)

J'te jure, je sais pas à quelle école secrète elle a été à Mulhouse, mais c'était pas l'école d'éducatrices de jeunes enfants, y'a pas moyen. Ça devait être une couverture pour l'école top-secrète d'espions qui font du kung-fu.

Ma soeur elle peut te paralyser en une seule prise (elle s'entraîne souvent sur moi pour pas perdre la main) et tu l'entends jamais, jamais venir. C'est assez flippant. Un moment tu es dans la cuisine, sur le point de racler la crème vanillée des éclairs ni vu ni connu, et l'autre moment elle te tape sur la main à la vitesse de l'éclair en hurlant : "Non ! C'est vilain ! Vi-lain !" (Je plains ses futurs gosses, vu comme ça se profile c'est pas à la baguette qu'ils vont marcher, c'est au pas de l'oie.) 

Le jour de l'apocalypse de zombies, moi je sais où je vais direct : pas chez les pompiers, pas chez les militaires, même pas sur le toit de la centrale de Fessenheim. Je vais chez ma sœur, et je sais que je la trouverai en train de poutrer du zombie dans ses escaliers en gueulant "Quand on rentre chez moi on s'essuie les pieds !"

Ma soeur et moi, on partage plein de trucs : on a le même grain de beauté près de l'oreille, on achète les mêmes vêtements (avec cinq tailles de différence), on a grandi avec la même musique (mais y'en avait une des deux qui était plus d'accord que l'autre sur le choix de CD, je vous laisse deviner qui. Indice : "au nom de la rooooooose, mon amie la femme, prête-moi ton coooooorps") et on partage certains traits de caractère, comme par exemple le fait qu'aucune de nous n'ait jamais fait une nuit blanche de sa vie et qu'on s'endort tous les soirs à vingt-deux heures trente (sauf à Nouvel An).

J'ai aussi un papy qui parle welche et qui coupe du bois, une mamie qui arrête pas de nous gaver de nourriture bien alsacienne (certains d'entre vous se souviendront de son combat de tous les instants contre la crème allégée), un parrain qui habite mi-en Suisse mi-au Vietnam, un tonton rigolo qui a une moustache, une tata qui parle jamais d'autre chose que de ses chiens, une tripotée de cousins que je vois qu'à Noël, et un chat complètement neurasthénique et ennemi juré de Professeur Flaxou. 



D'autres questions ?

4 commentaires:

  1. Y a comme un air de famille entre ta soeur et toi ^^ (mais 5 tailles de différence ? elle est anorexique du nichon? sinon je vois pas)

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  2. Eh ben, ta soeur et toi, vous êtes pareilles. En légèrement différentes.
    Sinon, les Zombinis, j'ai connu aussi (mon tout premier jeu vidéo découvert à l'école, j'te dis pas la révélation, j'en étais fan).
    Sinon, eh bien... Chouette famille, apparemment :D

    PS : mon frère, c'est un peu comme ta maman pour les films : il connaît tout et moi, j'oublie presque tout. Alors, quand il me parle de réalisateurs ou d'acteurs, je suis foutue. Tout juste si je me souviens des titres des films (sauf les dessins animés, là, bizarrement, je retiens mieux !)

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  3. Comment tu RESSEMBLES à ta soeur, c'est un truc de fou!

    (commentaire constructif, je sais)

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  4. Et ta maman n'as pas aussi proscrit la perche du nil ?

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