lundi 23 juillet 2012

Merci, merci, gentil psy. Soigne, soigne ma phobie.

 (Freud juge ton rapport à ta mère!)

Donc je vois un psy.

Attention, hein, te fais pas d'idées : c'est pas genre je m'allonge sur le divan et je parle de mes traumatismes d'enfance. (D'ailleurs j'ai eu une enfance formidable, passée à courir dans les bois en slip et à manger des fruits pas mûrs directement sur les arbres. Que demande le peuple.)

Non, moi je vois un psy(chiatre, pour être précise) pour faire une TCC.


(T'as vu, ça fait trois semaines et j'utilise déjà le vocabulaire de pro.)

TCC, ça signifie thérapie cognitivo-comportementale (en langage de profane, on dit aussi "thérapie par l'exposition"), et c'est une méthode qui est utilisée très couramment pour guérir les phobies situationnelles.

D'ailleurs, je trouve ça assez marrant de me dire que je suis en train de faire un mémoire sur le handicap et sa perception par le grand public, et que je pourrais presque témoigner dedans.

Eh oui, car les maladies mentales font partie de ces handicaps "invisibles", et les phobies, qui sont des névroses, sont donc des maladies mentales.

Mais je vais pas non plus me considérer comme handicapée, puisqu'il faut noter que, dans le monde merveilleux des maladies mentales, je suis une grande chanceuse. Déjà parce que les phobies font partie des désordres mentaux les moins handicapants, et surtout parce que les phobies situationnelles (araignées, serpents, souris, avions, ascenseurs, etc.) sont beaucoup plus simples à gérer que les phobies sociales (la peur de rougir, pleurer, vomir, etc. en public), puisque les phobies situationnelles ne se déclenchent que quand la personne est mise face à l'objet de son anxiété.

Par exemple, moi qui suis arachnophobe, je ne vais ressentir de l'anxiété que face à une araignée (ou une toile d'araignée, ou une photo d'araignée, ou le petit truc vert en haut des tomates quand on le laisse dans l'évier et qu'on dirait une araignée de loin). Mais un mec qui a une phobie sociale, il panique dès qu'il sort de chez lui!

Et c'est assez fou que, dans une société où on estime que 5 à 25% de la population souffre de phobies (principalement des phobies situationnelles, comme moi), le grand public soit si peu renseigné sur le sujet.

J'imagine même pas à quel point ça doit être difficile d'expliquer une phobie sociale à son entourage ("Mais enfin! Pourquoi t'aurais peur de pleurer en public, c'est ridicule!"), mais je sais que, même avec une phobie aussi courante que la mienne (c'est quasiment la phobie la plus répandue sur la planète), c'est super difficile de se faire comprendre.

Pourquoi? Voici ce que j'ai pu expérimenter.

D'abord, les gens ne font pas la différence entre la peur et la phobie. Quasiment tout le monde a peur des araignées, mais (heureusement) peu de gens sont véritablement phobiques. La différence est assez simple :

- Si, quand tu vois une araignée, tu cries à la personne la plus proche "Aaah, tue-la, tue-la!" en reculant, tu as peur.

- Si, quand tu vois une araignée, ton cœur s'arrête de battre pendant une seconde, tu as une poussée d'adrénaline à faire péter l'échelle, et ton premier réflexe, avant de crier, est de quitter la pièce à tout prix, félicitations ! tu es l'un des nôtres.

De manière générale, plus tu expérimentes de situations honteuses, plus tu t'approches de la phobie.

Pourquoi des situations honteuses? Eh bien, parce que le grand public est tellement peu informé sur les phobies que la plupart des gens qui en sont atteints ne le savent même pas, et pensent qu'ils ont juste des problèmes à maîtriser leur peur, pendant que leur entourage pense qu'ils sont en train de faire un gros caprice de bébé. D'où la honte.

Par exemple, le jour où on m'a appris que la phobie était une maladie mentale, j'ai été carrément soulagée. Soulagée parce que je pouvais enfin accepter que ce n'était pas de ma faute si je n'arrivais pas à surmonter cette peur toute seule, comme mon entourage me le faisait remarquer depuis des années.

Parce que, la peur des araignées, quand on est petit, ça passe. Mais plus on grandit, et plus on entend des choses comme :

- Quoi? Tu vas me dire que t'as peur de ce tout petit machin de rien du tout? Mais c'est ridicule, voyons! A ton âge!

Et autres :

- Tu veux que je vienne dans ta chambre pour la tuer? Mais elle est là, dans son coin, elle te fera pas de mal, voyons! Sois raisonnable!

Et, enfin, la phrase unanimement détestée par tous les arachnophobes du monde entier :

- C'est pas la petite bête qui va manger la grosse!

Alors celle-là, sérieusement, j'ai envie de planter des haches dans les crânes des gens qui me la sortent. Non mais franchement connard, j'ai 23 ans, tu crois que je m'en serais pas rendu compte, à un moment de ma vie, que les araignées c'est pas dangereux?

Tu crois quoi? Que tu vas me sortir ta maxime de merde et que je vais répondre :

- Ah bon, c'est vrai? Elle va pas me manger? Oh ben ouf! Me voilà rassurée! Maintenant, je peux vivre le reste de ma vie dans la paix et l'harmonie! 

Heureusement que tu étais là pour m'ouvrir les yeux, blaireau.

Mais ça, c'est typiquement la phrase des gens qui ne comprennent pas les phobies, et qui pensent que, si la personne a peur, c'est parce qu'elle pense qu'il y a un danger.

Non, je ne suis pas stupide, je sais très bien que les araignées ne sont pas dangereuses et que je ne risquerais rien même s'il y en avait cinq mille dans la pièce et qu'elles étaient toutes sur moi (même si je pense que ce serait un scénario flippant pour n'importe qui). La définition de la phobie, c'est que ce n'est pas de la peur qu'on ressent, c'est de l'anxiété. On sait très bien qu'il n'y a pas de danger immédiat, mais on ressent quand même une grande panique.

C'est pour ça que je suis contente d'avoir commencé une thérapie.

Non seulement parce que, à terme, ça va m'aider, peut-être à guérir entièrement, du moins à gérer plus facilement mes crises de panique.

Mais surtout parce que, depuis que je dis à tout le monde que je suis en thérapie, les gens me regardent différemment. Parce que, maintenant que j'ai un psy pour m'aider, des proches m'ont quand même dit :

- Ah ouais, donc c'est vraiment sérieux, cette phobie!

Non, non, c'était juste une phobie pour rigoler. 

Je me suis dit que ce serait fun de faire une fixation sur un animal. Comme ça, ça me donnerait une personnalité, tu vois.

Je serais "la fille bizarre qui évite les caves et les greniers", "la fille chelou qui vérifie tous les coins quand elle entre dans une pièce", "la fille timbrée qui va toquer chez ses voisins à minuit parce qu'il y a une araignée qui se balade sur sa porte d'entrée et que ça fait presque une heure qu'elle est debout dans le couloir en train de pleurer et de se dire qu'elle va réussir à se maîtriser suffisamment pour l'écraser, mais non, parce que ça n'arrive jamais, parce que ça fait 23 ans qu'on me dit que ça passera et que ça fait 23 ans que j'attends que ça passe, mais ça ne passe JAMAIS".

Et franchement, ça me fait mal quand les gens n'arrivent pas à comprendre que je ne le fais pas EXPRÈS. Que c'est pas un scénario de "jeune fille en détresse cherche homme viril à appeler mon héros". Que c'est pas un truc de diva que je fais pour attirer l'attention sur moi. Parce que, crois-moi, c'est pas le genre d'attention dont t'as envie. Parce que quand je commence à faire des crises de panique dans un lieu public, je vois tout le monde qui me regarde, et j'ai honte.

J'ai honte d'être malade. 

J'ai honte d'une affliction que je n'ai pas choisie, parce que tout le monde semble penser qu'il suffirait que je me ressaisisse et que j'arrête mes conneries deux minutes pour que la plus grande angoisse que j'aie jamais ressentie dans ma vie s'arrête du jour au lendemain.

Et j'ai tellement essayé, tu peux pas savoir comme j'ai essayé. Et plus j'échouais, plus j'avais honte. Plus j'échouais, plus je voyais mon entourage me juger parce que "T'as 23 ans maintenant, il serait peut-être temps d'arrêter ton cinéma".


(C'est un peu comme de dire à un diabétique : "Non mais bon, tes histoires de pas pouvoir manger de sucre, ça va bien deux minutes, mais ça commence à être pénible, hein.")

Et j'en avais vraiment marre. Marre de dépendre des autres pour me débarrasser des araignées, marre que ces bestioles de Satan contrôlent ma vie. ("Ha ha, tu voulais sortir de chez toi? Pas de bol, je suis au-dessus de la porte! Maintenant, va t'enfermer dans la cuisine et appelle tes amis en leur disant que tu auras du retard, parce que j'ai pas envie de bouger, là, tout de suite".) 

Et marre de rencontrer partout des ignorants à qui je devais expliquer que c'était pas fait exprès, que c'était pas exagéré, et que non, figure-toi que c'est pas incroyablement marrant de t'avancer vers moi avec ton poing fermé en disant :

- Ouuuuh, Charlooootte, j'ai une araignée dans la maiiiiin!


(Ça marche aussi avec la blague "Je te chatouille la nuque avec un brin d'herbe en criant oh, Charlotte, une araignée!" et avec la blague "Attention, derrière toi, une araignée!". Bizarrement, les gens trouvent ça hilarant. Mais il semblerait que mon rythme cardiaque n'ait pas trop le sens de l'humour.)

Donc je suis allée voir un psy.

Maintenant, je dois scruter des photos d'araignées tous les jours :

- Combien de temps?
- Jusqu'à ce que la panique s'estompe.
- Mais ça m'est encore jamais arrivé!
- Oui, parce que vous ne restez jamais assez longtemps en présence d'une araignée pour que la panique disparaisse. En moyenne, il faut compter 45 minutes.


(Oui, oui. 45 minutes avant que la panique COMMENCE à descendre un petit peu.)

Bon, moi je suis trop une boss, il m'a fallu que 35 minutes avant que je puisse fixer la photo sur mon écran avec un rythme cardiaque normal. Fastoche.


Je fais ça tous les jours, et tous les jours, ça devient un peu plus facile.

Et, surtout, maintenant, les gens me prennent au sérieux.

C'est le pouvoir incroyable du mot "psy". 

(Ça ou le pouvoir incroyable de "Je suis prête à dépenser 45 € par semaine pour me débarrasser de cette phobie, alors crois-moi que c'est un truc sérieux parce que sinon j'irais m'acheter de la viande".)

4 commentaires:

  1. ah ben j'espère que ta phobie se transformera bientôt en peur. moi j'ai peur des araignées, mais je remarque que je commence à supporter des araignées de plus en plus grosses. mais pas les grosses grises dégueu de cave. une fois je ne sais par quel réflexe j'ai écrasé une araignée avec mon pied mais c'est le géant qui a du la ramasser :-)

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  2. Bon courage avec ces bêtes de Satan (ya que lui pour inventer des êtres aussi immondes)...pendant de longues années je mettais dix bonnes minutes rien que pour faire pipi, parceque je devais dans un premier temps inspecter chaque coin du wc, la fenêtre, sous la cuvette, dedans, tout ça pour être sur qu'une huit pattes ne viendrait pas m'embêter...ça m'est passé peu à peu, mais je ne suis jamais rassurée pour autant...
    Quand à la phobie, moi c'est celle du vomi, je ne sais pas comment je ferais si j'ai un gosse..sincèrement, je devient hystérique à l'idée même de vomir...c'est déjà bien moins handicapant que celle des araignée au moins :)

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  3. Ma phobie pourrie à moi c'est les aiguilles. Donc je vais surement choper le tétanos ou je ne sais quelle maladie disparue d'ici la fin de ma vie parce que c'est même pas envisageable de faire un vaccin ou une prise de sang. Et rien que de l'écrire j'ai mal aux bras tiens x)

    Je compatis :)

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  4. Bien que n'étant pas phobique (du moins, n'ai-je pas encore trouvé ma phobie, encore que peut être un peut d'agalmatorémaphobie, mais ça c'est à cause du docteur...), je compatit pour connaître des personnes atteintes du même problème que toi et j'espère que tu guérira de cela assez vite. Bonne chance

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