jeudi 1 mai 2014

Un week-end dans le Far North



Pour le week-end de Pâques j'avais congé (le Vendredi Saint est férié en Nouvelle-Zélande, comme chez tous les gens bien) alors avec Professeur Flaxou on s'est aventurés dans la région de Nouvelle-Zélande connue sous le doux nom de "Far North".


Avec un nom pareil, je m'attendais à moitié à y trouver un truc de ce genre:





(Ce qui aurait été ultra cool)

Mais en fait, le Far North, ça ressemble plutôt à ça:



(C'est cool aussi.)


(Mais un peu moins.)

Commençons cet article par un petit cours de géographie de rattrapage:


La Nouvelle-Zélande, sur les cartes traditionnelles, faut bien avouer que c'est un pays qui fait un peu tièp:




MAIS c'est parce que les cartes classiques sont Eurocentrées (ça va les chevilles?) et que donc, forcément, quand on prend une boule et qu'on la met à plat, ça disproportionne complètement l'échelle réelle des pays.


(Mais pour faire tenir tous les pays du monde sur une seule carte, faut bien ça.)


Seulement, dans la réalité, la Nouvelle-Zélande n'est pas si petite. Elle fait quasiment la taille de l'Allemagne si on les superpose:





(L'Allemagne fait 1,3 fois la taille de la Nouvelle-Zélande, si tu aimes couper les cheveux en quatre.)

Mais la Zélandie est surtout un pays très étroit et trèèèèès long. Pour preuve, si on la transposait dans l'hémisphère Nord, la pointe Sud serait au niveau de la Bretagne, mais la pointe Nord irait jusqu'au Maroc!





(Bah oui faut lui mettre la tête en bas pour avoir une idée de la latitude.)


(Je vais te laisser une ou deux minutes pour te remettre de cette gymnastique mentale.)

Le Nord, où j'habite, se situe donc à peu près au Sud de l'Espagne en termes de latitude (par contre niveau climat laisse-moi te dire tout de suite que c'est pas la même chose, cf. la motherfucking humidité permanente qui refroidit tout).


Et le Far North, donc, c’est une étendue de plaines verdoyantes et de forets millénaires, ensemencée de moult vaches et moutons, et aussi d’un nombre assez incroyable de poules qui se baladent au bord des routes.

(Genre y’a des volailles qui picorent partout au bord des voies, mais par contre j’ai pas vu un seul élevage de poulets dans toute la cambrousse, alors il va falloir qu’on m’explique comment ça se passe.)


(Ou alors quand les Kiwis disent « élevées en plein air » en fait ils veulent dire « on les lâche un peu partout et elles se démerdent », m’enfin ça ne me semble pas très rentable comme approche.)


La Far North est apprécié de tous les Kiwis pour sa valeur historique (« historique » avec des pincettes, faut pas déconner, c’est le Nouveau Monde) car c’est ici qu’on débarqué les premiers Maoris (soi-disant ; ça me fait quand même rigoler parce que tu peux visiter n’importe quelle région de l’Ile du Nord et on te dira toujours que les premiers Maoris ont débarqué ici, alors à un moment faut vous entendre, les gars). En tout cas, ce qui est sûr, c’est que les premiers colons Britanniques ont débarqué là.


C’est aussi pas très loin à l’Ouest du Far North (le Far West ?) que fut signé le Traité de Waitangi, alias LE document fondateur de la Nouvelle-Zélande (un accord conclu entre la Couronne Britannique et les tribus Maories concernant l’installation des colons, et qui est une sorte d’équivalent de la Déclaration d’Indépendance aux USA, ou de la Magna Carta en Angleterre).


Comme aux Etats-Unis, d’ailleurs, on peut visiter l’endroit où le traité a été signé, y’a des visites guidées qui coûtent la peau des yeux de la tête et perso je pense qu’à moins d’être un grand grand fan d’histoire Britannique c’est de l’arnaque totale, parce que bon, on te montre une maison, quoi.

(Genre c’est le pays avec les paysages les plus magnifiques du monde et c’est gratuit d’aller les admirer partout, mais pour visiter une pauvre maison, ah là nan c’est sérieux t’as vu.)


Donc Professeur Flaxou et moi on n’était pas dans le Nord pour aller visiter des maisons, tu t’en doutes, mais pour faire d’autres trucs passionnants, comme passer quatre heures dans des bouchons à la sortie d’Auckland.

(Partir en voiture pendant le week-end de Pâques, c’est de la merde internationalement, on dirait.)


Du coup on est arrivés à Cable Bay (notre hôtel pour la nuit) un peu bougons parce qu’il faisait déjà presque nuit, mais on a vite eu le moral remonté par un magnifique coucher de soleil digne des plus belles couvertures de bouquins de Danielle Steele :




(C’est tellement joli, on se croirait dans Lucky Luke.)


(Ouais, je suis une romantique.)


Et on a surtout eu le moral remonté quand on est arrivés à notre gîte et qu'on s'est rendu compte que la chambre pour deux était en réalité une "unit", soit un appartement entier rien qu'à nous, pour 80 dollars la nuit (le truc totalement improbable dans un pays où c'est impossible de trouver une chambre d'hôtel à moins de 100 dollars).

(Et on était encore plus contents quand le proprio nous a dit "Ca c'est mon disque dur de 2 Tera, il est branché à la télé mais si vous voulez copier des films ou des séries sur votre PC, faites-vous plaisir".)


(Qui c'est qui va se faire un marathon de films de monstres le week-end prochain? C'est bibi!)


D'où: joie.


Le lendemain, on a visité les merveilles cachées de Doubtless Bay:




Une baie recluse et très peu touristique, parce que souffrant de la compétition de sa voisine, la Bay of Islands (très connue parce que THE lieu historique, et un des lieux de villégiature préféré des Kiwis, avec Rotorua et Queenstown).


Et du coup c'était très cool parce que Professeur Flaxou et moi on est des gros asociaux, donc BONHEUR TOTAL en voyant ceci:









(Oui bon ben quoi, t'as jamais vu une plage de sable blanc totalement déserte un week-end de Pâques ou quoi?)






(Ha nan on n'est pas proches des tropiques du tout, qu'est-ce qui te fait dire ça?)









Ce week-end aura surtout été placé sous le signe du paumage, parce que malgré le GPS, on s'est perdus au moins cinq fois en allant à des endroits reculés:


- Bon, c'est par où Whatuwhiwhi?
- Je sais pas, le GPS le trouve pas.
- Tu l'as bien écrit? Avec trois WH?
- Oui oui, mais il le trouve pas.
- Bon ben on y va avec la carte alors.

(Grand moment de LOL, parce que notre carte c'est une carte du pays entier, on voit pas les petites routes.)


- Par là, y'avait un panneau!

- Mais c'est un chemin de terre et y'a que des fermes!
- Ben on y va et on va voir.



















- Y'avait rien finalement.

- C'est pas grave, j'ai pris des photos de la route, c'était joli.

Après une nuit de films et de pâtes, fini de rigoler: on s'est mis en chemin sur la très longue route menant à Cape Reinga, alias l'endroit le plus au Nord de toute la Nouvelle-Zélande, beyond the wall et tout et tout.


Cape Reinga est l'endroit où l'Océan Indien rencontre l'Océan Pacifique. C'est aussi un lieu sacré pour les Maoris, car c'est ici que se trouve l'entrée du monde des esprits (cf. cette légende qui le mentionne).


Nous, on y allait pour voir le point de convergence des océans, mais, pour une raison totalement improbable, TOUS les Kiwis a qui on a mentionné notre road trip ont répondu:


- Ah, Cape Reinga! Vous allez voir le phare!


Et chaque brochure touristique, chaque panneau sur le chemin, TOUT nous vantait ce fameux phare. Je me disais "ça doit être une antiquité, une institution, peut-être même qu'il y a une légende cool derrière ce phare" et je commençais à avoir vachement envie de voir le phare.


Et puis, sur place, le LOL complet en voyant la réalité du truc:




(V'là le phare de compète, quoi).




(Professeur Flaxou est là pour l'échelle, ça te donne une idée de la taille du bestiau.)

Bon, après, je suis pas une spécialiste des phares, vu qu'à la base je viens d'une région où y'en a pas des masses tu t'en doutes, mais j'ai été en vacances en Bretagne suffisamment de fois pour crier à l'arnaque.

Ce qui me fait marrer, c'est que les Kiwis sont trop en admiration devant leur vieux phare moisi, mais après ils ont le paysage de Cape Reinga devant la gueule, en mode "merveille":








Et ils font "Ouais bon okay c'est joli quoi, mais t'as vu ce PHARE?"

(Ces gens sont fous.)





(La photo obligatoire à envoyer à nos mamans.)

(Parce que quand on n'est pas sur les photos, elles ne regardent pas, dixit ma mère "J'ai vu les photos de ton week-end mais c'était que des paysages, alors je les ai pas regardées".)


Et puis c'était reparti dans la voiture, direction les dunes de sable géantes de Te Paki, qui feraient pâlir de jalousie la Dune du Pilat:




Alors d'en bas, OK, ça a l'air tout innocent.



Mais ensuite, ça grimpe, ça grimpe!



Et ça grimpe SEC:


Et une fois passées le haut de la dune, y'en a encore!




Mais la vue du sommet est imparable:






(On s'attendrait presque à voir surgir un ver des sables.)





 (L'Océan Indien nous fait coucou.)


(Tu noteras le bus qui roule dans la rivière, en mode "rien à battre".) 

Et si jamais tu passes par Te Paki et que tu roules sur l'or, sache que l'attraction principale est de faire de la luge le long des dunes, mais ça coûte 20 dollars de louer une luge alors pour qui tu me prends je suis pas un jambon.

(Et en plus pour qu'après tu passes le reste de la journée à enlever du sable de ta culotte et à te gratter la raie, merci mais non merci.)


Et puis on a cherché où aller pour la suite du voyage, et mon guide disait qu'il ne fallait pas rater 90 Mile Beach.


90 Mile Beach, comme son nom ne l'indique pas du tout, est une plage qui fait dans les 54 miles de long (donc en fait on devrait plutôt l'appeler 90 Kilometres Beach), mais faut avouer que c'est tout de même impressionnant. 


90 Mile Beach se situe ici:



On passait donc pas très loin pour rejoindre notre hôtel à Kaitaia.


On passe par des petits chemins de terre, on arrive à la plage, et là, surprise:


- Où est le parking?

Y'en avait pas!

(Dans un pays comme la Nouvelle-Zélande où on aménage des parkings au fin fond du bush - et ceci n'est pas une exagération - c'est un peu de la folie pure.)


On décide donc de rouler jusqu'au bout du chemin, et là, on arrive:




Directement sur la plage.

Et c'est en voyant les voitures passer dans tous les sens à côté de nous que j'ai compris que 90 Mile Beach n'est pas tant une plage qu'une véritable autoroute, et qu'elle est utilisée par tous types de voitures.


(Le guide mentionnait bien la conduite sur la plage, mais je pensais que ça s'appliquait aux 4X4, pas aux Ford Mondeo de 1998.)


Et donc, nous voilà partis comme des fiers kékés:





(Flaxou et sa pose de jacky.)





(Une vue plus sympa que l'A4 Strasbourg-Metz, on en conviendra.)

Bon alors j'avoue, dès les premières minutes dans la voiture, je me sentais en mode ultra rebelle hippie:




Mais tu noteras que Professeur Flaxou était loin de partager mon enthousiasme.



("On peut pas faire des drifts ça abîme les pneus", "On peut pas aller dans l'eau ça abîme la carrosserie"... Quel rabat-joie ce Flaxou.)

Mais, au final, même lui s'est laissé griser par la vie de rockstar:





(Oh là là on est des foufous.)

Au final, c'était les 90 kilomètres les plus fun de ma vie entière.


- T'es au courant que je vais mettre ces vidéos sur le net? 
- Et alors?
- Qu'est-ce que ta mère va dire quand elle te verra conduire sans les mains?
- Elle verra rien, elle a un Mac.

Décidément on est vraiment trop des ouf malades.




Mention spéciale au GPS qui a pété un plomb quand on l'a branché parce qu'il ne trouvait pas la route, et qui  par dépit nous a très gentiment invités à venir nous noyer dans l'Océan:




(Après 3.6 kilomètres, tournez à droite et suicidez-vous.)

(Skynet existe, c'est pas de la blague.)


Et puis c'était le looong retour vers Auckland (5 heures de route quand même.)

En bonus round, quelques photos prises du siège passager:


(Les plaques personnalisées sont très courantes dans ce pays, mais celle-ci est la plus cool du monde.)


(La route qui mène à Cape Reinga, featuring notre voiture.)


(C'est limité à 100 sur les routes de campagne et les autoroutes, on ne peut pas aller plus haut) (enfin techniquement si mais ce serait illégal).


(Partout des vaches.)


(Le sapin cônique, un incontournable de l'Ile du Nord.)


(Des fruits pas dérangeants du tout.)

(Et c'est une très mauvaise idée de dessiner une patate douce, parce qu'on dirait quand même vachement un caca.)


(Le dessin de mouton le plus paresseux du monde.)


(Un arc-en ciel à Opononi.)

Epilogue:

- Alors maman t'as vu mes photos du Far North? J'ai pris des photos de moi cette fois-ci, t'as vu.

- Oui oui j'ai vu. Dis donc t'as grossi, oh là là je t'ai même pas reconnue!

(Et après, elle s'étonne que je préfère les paysages.)

dimanche 27 avril 2014

Frimousse



Hier soir je parlais à ma mère et elle m'a dit que Frimousse était mort.

Et je n'étais pas triste de savoir qu'elle avait dû le faire piquer, parce qu'il avait seize ans et qu'il était malade, et qu'au moins comme ça il ne souffrait plus. Et je n'étais pas triste parce qu'il avait eu une belle vie de chat: seize ans passés à rien glander, à se lécher le trou de balle et à tuer des bestioles, c'est un peu le nec plus ultra du chat.

Et je n'étais pas triste de ne pas lui avoir dit au revoir, parce qu'il était déjà malade quand je suis rentrée pour Noël et qu'en lui disant au revoir avant de repartir, je me doutais bien que c'était la dernière fois que je le voyais.

Mais je suis triste parce que j'aurais dû être là quand ma mère s'est finalement résolue à le faire piquer. Et je suis triste parce que je n'arrive pas à me défaire de l'idée qu'il est mort en se demandant où j'étais.

Et je suis triste parce que c'est seulement maintenant que je réalise que je ne le reverrai plus jamais.

Je ne lui ferai plus jamais de câlins. Je ne plongerai plus jamais la tête dans sa fourrure pour la renifler (c'est pas bizarre okay, il sentait super bon mon chat). Je ne l'entendrai plus jamais ronronner sur mes genoux quand je regarde la télé. Je n'entendrai plus jamais son miaulement super chiant qui nous faisait tous crier "Ta gueule Frimousse" parce que sans déconner, ce chat miaulait en permanence et on n'a jamais su pourquoi, si ce n'est pour faire chier son monde.

C'était un casse-couilles de première, c'est vrai. Il demandait des câlins et puis il décidait d'un seul coup qu'il en avait marre et qu'il allait te bouffer le bras à la place. Il rentrait jamais ses griffes quand il se faisait un nid sur mes genoux et résultat j'avais toujours des petits trous sur les cuisses de tous mes pantalons. Il adorait mettre son trou de balle dans le visage des gens pour aucune raison particulière, si ce n'est qu'il savait probablement que ça dégoûtait tout le monde. Il venait toujours s'étaler avec bonheur sur ma pile de linge propre et se frotter aux jambes de tous les gens qui avaient des pantalons noirs juste pour laisser des poils dessus, et je te jure que près d'un an après mon déménagement en Nouvelle-Zélande, je trouvais encore des poils de Frimousse dans mes fringues, parce qu'il avait tellement dormi dessus que ses poils finissaient par se mêler aux fibres de mes vêtements.

Mais c'était mon casse-couilles.

C'était mon casse-couilles au nom pourri parce que je l'avais choisi quand j'avais 9 ans et j'étais bête et mièvre, si j'avais su je lui aurais donné un nom qui pète la classe genre Schopenhauer ou Sargeant Fuzzyboots, mais non toute sa vie il s'est appelé Frimousse, et maintenant il est mort.

Et je suis triste parce que je ne sentirai plus jamais cette petite boule de poils qui ronronnait si confortablement entre mes jambes pendant la nuit, cette présence qui me rassurait à chaque fois que je me réveillais d'un cauchemar persuadée qu'un monstre se cachait dans un coin sombre de la chambre. Pendant quinze ans j'ai dormi avec lui, et quelquefois je me réveille encore en sursaut dans mon lit à Auckland parce que j'ai cru sentir le poids de cette petite boule de poils entre mes pieds.

C'était mon petit chaton, c'était mon vieux pépère, et maintenant il est mort.

Et je suis triste parce que je me demande: qui va venir me donner des coups de patte sur le visage à quatre heures du matin pour que je lui ouvre la porte? Qui va me suivre partout quand je suis malade, et me regarder d'un air sérieux quand je vomis mes tripes dans les toilettes? Qui va m'offrir des moitiés de souris joliment enrubannées d'entrailles et les poser délicatement sur mon lit au petit matin? Qui va venir mettre des poils sur tous mes vêtements?

Et je regarde mon nouveau jean qui n'a pas de tout petits trous sur les cuisses et ça me donne envie de pleurer, parce que mon Frimousse est mort et je ne le reverrai plus jamais.


dimanche 13 avril 2014

Culture maorie: le moko


Aujourd'hui, penchons-nous sur un élément fondamental de la culture Maorie: le moko.

Le tatouage est un rituel important dans toute la Polynésie, et la Nouvelle-Zélande n'échappe pas à cette règle.

Le moko est donc une forme de tatouage traditionnel de couleur bleue ou noire, représentant des symboles tribaux.

Par contre, ne va pas croire que le moko est l'équivalent d'un tramp stamp dans le bas du dos qu'on se fait faire à la crise de la quarantaine après une soirée de cuite, ou d'un crâne qui saigne parce que j'ai dix-huit ans et je suis trop dark t'as vu.

Nan nan, le moko, c'est pas de la rigolade mon petit ami.


D'abord, le procédé du moko est très ancré dans la tradition Maorie, et est donc empreint de tapu.


Le tapu (d'où vient le mot "tabou" en français) est un concept qu'on retrouve dans toute la Polynésie, et qui dénote tout ce qui touche au sacré, au spirituel, et à l'interdit.


Dans la culture Maorie, c'était surtout des endroits ou des choses qui sont considérées tapu: la maison d'un chef, dans la culture pré-coloniale, était tapu, et personne d'autre que le chef ne pouvait y entrer sans invitation. De même, la nourriture préparée pour un aristocrate ne pouvait pas être mangée par un inférieur, car elle était tapu également. 


De nombreux lieux sont également considérés comme tapu, y compris dans la culture moderne: les cimetières (modernes et pré-coloniaux) sont tapu, et certains lieux où une divinité (atua) a été aperçue restent tapu par la suite, car ils contiennent la force vitale de l'esprit (mana). 


Mais les gens pouvaient aussi être tapu: donc, le prêtre qui s'occupait des tatouages (le Tohunga tā moko) était une personne tapu, considérée comme sacrée et inviolable. De même, une personne se faisant tatouer était également tapu, ne pouvait pas avoir de relations sexuelles tant que le tatouage n'était pas cicatrisé, et ne pouvait se nourrir que de liquides. 

(Bon, la dernière partie, je la soupçonne d'être plutôt un côté pratique, parce que de un la tête était enflée comme un ballon de basket, et de deux, quand t'as des plaies ouvertes sur le visage, t'as pas trop envie de projeter de la bouffe dedans.)

Ah parce que oui, petite précision rigolote : tu penses avoir douillé quand tu t'es fait faire tatouer "force" en chinois sur la cheville? Ben tu peux aller te rhabiller. Parce que le moko, contrairement au procédé moderne du tatouage (où une aiguille pénètre la peau à de multiples reprises et laisse une trace d'encre sous l'épiderme), était un procédé où l'on prenait un petit burin en os, un petit marteau, on te faisait mordre sur un bout de bois, et on te TAILLADAIT le visage à vif, avant de verser de l'encre dans les plaies encore fraîches.


(Le procédé le plus métal du monde.)





(Décidément j'aime beaucoup cette analogie de "Vikings du Pacifique".)


(D'ailleurs, si jamais tu kiffes la douleur, il existe encore des artistes en Nouvelle-Zélande qui pratiquent le moko traditionnel, avec le petit burin en os et tout, et l'anesthésie en option.)


Le moko n'était pas seulement un procédé esthétique, mais servait un peu à plein de choses.

D'abord et surtout, le moko était une sorte de carte d'identité (plus douloureuse qu'un bout de plastique, mais plus détaillée): les symboles identifient en effet à quel iwi (tribu)hapu (clan), ou whanau (famille étendue) une personne appartenait. Des zones précises sur le visage déclinaient tout ce qu'on avait besoin de savoir sur la généalogie d'une personne: le rang social était gravé sur le front, la profession de la personne sur la joue, la liste de ses ancêtres de chaque côté du visage, etc.

(T'imagines aujourd'hui les ratures que tu dois te manger dans la face dès que tu changes de boulot.)

(Ça fait réfléchir à deux fois avant de quitter son job, c'est moi qui te le dis.)

Tu l'auras peut-être compris, le moko, c'était pas pour le premier pécore qui passait. Seules les personnes de rang élevé avaient l'honneur de se faire tatouer un moko complet sur le visage entier. (Si l'un des côtés de la famille n'avait pas de rang social, on ne tatouait qu'un seul côté du visage, par exemple). Le moko complet n'était autorisé que pour les élus de haut rang, capables de décliner leur whakapapa. 

Parenthèse: le whakapapa, c'est une généalogie qui comprend la descendance de toutes les choses vivantes (incluant les dieux, les cailloux, les montagnes et les arbres) du commencement des temps jusqu'à nos jours.

(Ah ça oui, c'est du boulot de dresser un arbre généalogique quand on est Maori.)

(Bonne chance pour remonter jusqu'à tes ancêtres de la préhistoire et certifier le nom du caillou sur lequel ils avaient bâti leur hutte.)

Le moko était un jalon important qui, en plus d'indiquer un statut social, marquait également le passage entre enfance et âge adulte, avec un procédé très ritualisé en conséquence.

Enfin, le moko avait également une fonction esthétique : plus on avait de tatouages, plus on était désirable aux yeux du sexe opposé. 




(Et c'est pas Kate qui vous dira le contraire.)

Il est bon de noter que le moko n'était pas une pratique réservée aux hommes, puisque les femmes de haut rang se faisaient tatouer aussi.

(Même si ça serait mieux si elles étaient d'Alexandrie.)

(Blague de 2002, bonjour.)

Par contre, les zones à tatouer différaient chez les hommes (visage, fesses et cuisses) et chez les femmes (menton, lèvres et front), même si, là encore, c'était plutôt une généralité qu'une véritable règle.



Mais venons-en à l'origine de cette pratique.

La naissance du moko chez les Maoris nous est expliqué par une légende, celle de Mataora et Niwareka.

Mataora est un chef guerrier qui épouse Niwareka, une femme venue du monde souterrain, où vit un peuple appelé les Turehu.

Les Turehu (aussi appelés Patupaiarehe) (à tes souhaits) sont des esprits à la peau claire qui vivent dans les forêts profondes et au sommet des montagnes, et qui peuvent être hostiles ou cléments envers les humains.

Dans ce cas, Niwareka était pas trop trop hostile, vu qu'elle tombe amoureuse de Mataora et accepte de vivre avec lui dans le monde du dessus.

Seulement, Mataora a un sale caractère (je commence à croire que c'est un truc génétique chez les Maoris), et, un jour qu'il est bien vénère, frappe sa femme dans un accès de colère. Niwareka est atterrée, car les Turehu sont un peuple pacifique, et ne sont pas habitués à la violence.

(Sérieusement? C'est ça ton explication? Genre les femmes Maories, elles s'en foutent si on les tabasse?)

Niwareka s'enfuit donc de la maison et retourne dans le monde souterrain, mais Mataora est tellement triste et plein de regrets qu'il décide de la retrouver, et part en expédition chez les Turehu. Une fois dans le monde souterrain, il assiste à une cérémonie du moko, et en est ébahi, car en ce temps, l'art du moko n'existait pas chez les humains.

Niwareka refusant de se présenter à lui, Mataora subit donc l'épreuve du moko, et chante le nom de sa femme pendant qu'il se fait taillader le visage. Une fois la procédure finie, son visage est tellement enflé qu'il est méconnaissable, mais Niwareka le reconnaît aux habits qu'elle lui a tissés, et accepte de revenir vivre dans le monde des humains, à la condition qu'il se conforme désormais à des principes de paix et d'amour, et qu'il ne lève jamais plus la main sur elle.

Mataora répond alors que son visage est désormais gravé avec le moko du monde souterrain, et qu'il ne pourrait jamais l'enlever. De cette manière, il signifie à Niwareka que sa promesse sera indélébile.

Les époux retournent dans le monde des humains et vivent heureux et en paix, et c'est Mataora qui enseigne aux humains l'art du moko.

Bon, alors évidemment cette histoire cautionne quelque peu la violence domestique (du moment que tu te repends, pas de souci!) mais, en remettant les choses dans leur contexte historique, je trouve que c'est une vision un poil plus évoluée que celle des Européens de la même époque, où battre sa femme c'était un peu comme taper son chien avec un magazine quand il a fait caca par terre, c'est pour l'éduquer tu vois.

(J'veux dire, là au moins il doit souffrir sa race pour se repentir.)

En conclusion: le moko c'est super badass, et perso je trouve ça très très joli.

(Après, j'irai pas m'en faire un parce que 1. Je suis pas Maorie et 2. Je suis pas sadomasochiste, mais il n'empêche que je trouve tout le procédé et la symbolique vachement cool.)

Et, perso, je pense que c'est assez chouette d'avoir l'histoire mythique de l'art du tatouage venu d'être divins du monde des esprits, plutôt que de dire:

- Bah c'est Jojo, un jour il s'est balafré en coupant un bout de fromage, après y'a des cendres du feu qui sont rentrées dans la plaie et il s'est dit : eh, ça a l'air cool en fait!

C'est une question de classe, tu vois.