
Donc l'Alsace me manque tellement que j'ai mis une photo de Kaysersberg en fond d'écran à mon boulot. Et aussi je compte les heures avant de rentrer (encore 99 heures avant Professeur Flaxou qui m'attend à l'aéroport comme dans les films. Et je vous dit qu'il a intérêt à me soulever dans ses bras et à me faire tourner, hein. J'ai pas perdu un kilo et 263 grammes pour qu'il fasse sa chochotte).
Ca me manque tellement, et je suis partie deux mois. Deux mois. Même pas un quart du temps que je vais passer loin de chez moi l'an prochain.
Je sais pas trop ce que je vais devenir, l'an prochain, du coup. Plusieurs options s'offrent à moi, et je les considère toutes mûrement.
D'abord, je pourrais sombrer dans l'alcoolisme. Mais vu la moyenne de l'Angleterre, ce serait tout de même très banal, et je me dis qu'en tant qu'exotique inconnue, il faut tout de même que je me forge un destin un peu plus original.
Je pourrais aussi me mettre à écouter The Cure toute la journée, me teindre les cheveux en noir, et dire aux gens "Nan mais tu m'comprends pas-an" en lissant ma mèche. Mais je pense que c'est le genre de trucs pour lequel j'ai passé l'âge. (Par contre j'ai pas passé l'âge de faire "t'as une tache pistache" sur les T-Shirts des gens, cherchez l'erreur)
Je pourrais aussi me mettre à prendre des drogues dures et détruire mon cerveau à petit feu en peignant des toiles impressionistes, et après les gens pourraient aller me voir dans les musées et prendre des expressions douloureuses en regardant mon oeuvre pensivement, le menton enfoui dans la main, en disant "Ah, la puissance du trait, la force du désespoir".
(Elles seraient pas forcément bien, mes toiles, mais en même temps, on expose n'importe quoi aujourd'hui dans les musées. Les acteurs de Harry Potter, quoi, merde. Si encore ils avaient fait autre chose dans leur vie ! Si encore ils jouaient bien ! Non mais vous avez vu cette nana ? C'est quoi ces sourcils en folie ?)
Sinon, comme bon moyen de sombrer dans la dépression, je pourrais aussi me mettre à écrire des trucs sérieux.
C'est radical, et chez moi, ca ne loupe jamais. Vraiment jamais. J'essaye à peu près une fois par an, je commence à écrire le meilleur roman comique jamais imaginé par l'homme, et deux semaines plus tard, l'héroïne se fait dévorer par des loups dans une forêt en flammes après avoir accouché d'un enfant mort-né en prison. Je sais pas comment ça se fait, ça doit être un don.
(D'ailleurs là je suis en plein dans une autobiographie familiale à vous faire pleurer dans les chaumières, je vais appeler ça "Toute ma famille est morte laissez-moi vous raconter combien on a été malheureux".)
Enfin, je dis ça mais ça n'arrivera jamais. Je suis incapable de faire une vraie déprime, et croyez-moi, j'ai essayé. Quand on essaye d'écrire des bouquins au lycée, c'est toujours mieux pour l'image : franchement, la différence parle d'elle-même : l'auteur tourmenté, ballotté par la tempête, rongé par le désespoir : Victor Hugo. L'auteur qui se dit que la vie c'est tout de même bien chouette et qu'il n'y a rien de plus bequ au monde que l'amour dans le soleil couchant : Marc Lévy.
Par la force de cette explication, il apparaît que je ne serai jamais une auteure connue. Peut-être aussi parce que mon degré de motivation d'écriture le plus extrême arrive à être cassé par n'importe quel test Facebook. ("Quelle chaise êtes-vous ? Plutôt chaise inclinable ou chaise de cuisine ?"). Mais gardons une mauvaise foi, les enfants, c'est la seule foi que je juge digne d'avoir.
Je me suis fait une raison il y a quelques années déjà. J'ai une imagination de merde. Je ne peux rien écrire convenablement si ça ne m'est pas arrivé. J'ai essayé, et c'est tellement mauvais qu'on dirait presque du Anna Gavalda :
- Victor ? Toi ici ?
- Oui Mathilde. Je ne pouvais pas te laisser. Pas après...(pause réflexive durant laquelle il regarde dans le vide, mâchoire crispée) ... ce qui s'est passé.
- Oh, Victor. Je crois que je t'aime.
- Je ne sais pas, Mathilde. C'est trop tôt. Je suis une âme brisée par la vie.
- J'attendrai, mon amour. J'attendrai.
(Vous avez remarqué comme les gens dans les romans d'Anna Gavalda répètent toujours les choses deux fois, et la deuxième fois c'est vachement plus solennel ? Et aussi comme ils arrêtent pas de dire les prénoms des gens ? On a un peu l'impression que c'est des amnésiques de la mémoire à court terme. Comme Dory dans Némo.)
Donc j'ai pas d'imagination, une prose pourrie, et je vous parle même pas de mes vers (si, au lycée, j'ai écrit des poèmes bucoliques sur des gens qui s'allongent dans l'herbe, et des poèmes tragiques sur des filles qui aiment des mecs et des mecs qui n'aiment pas ces filles. C'était très novateur. Je pense que j'ai entièrement réformé le genre.)
Mais s'il y a une chose que je sais faire dans la vie, c'est blogguer.
Pas un grand mérite social, mais que voulez-vous, je suis partie pour vivre emmurée avec un geek dans une maison sans fenêtres, alors on fait comme on peut.
PS : Qui veut faire lecteur-correcteur pour ma saga familiale larmoyante une fois que je l'aurai finie ? Allez, des volontaires. Je vous ai déjà fait rire, il est temps de vous faire pleurer. Mouhaha.
PPS : Professeur Flaxou est le roi de la blague par e-mail :
- Non mais, si jamais on a un chien, il faudra qu'on l'appelle Mauricette. Comme ça on pourra lui dire : "A la niche, Mauricette" !
Le pire c'est que j'en rigole encore.